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Full text of "Ménologe de la compagnie de Jésus : assistance de France : comprenant les missions de l'Archipel, de l'Arménie, de la Syrie, de l'Egypte, du Canada, de la Louisiane, des Antilles, de la Guyane, des Indes orientales et de la Chine"



Il NONCIRCULATING 




V 



^' 



COLL. CHRISTI RFGIS S.J. 

BIB. W/JOR 

TÛRONIU 



^ 



Digitized by the Internet Archive 

in 2012 with funding from 

York University - University of Toronto Libraries 



http://archive.org/details/mnologedelacompa02guil 




MÉNOLOGE 



DE LA 



COMPAGNIE DE JÉSUS. 



ASSISTANCE DE FRANCE. 



COLL. CHRISTI H :J. 

BIB. MAJOrt 

JOAONtU 



MENOLOGE 



DE LA 



COMPAGNIE DE JÉSUS 



PAR LE P. ELESBAN DE GUILHERMY 



DE LA MEME COMPAGNIE 



ASSISTANCE DE FRANCE 

COMPRENANT LES MISSIONS DE L'ARCHIPEL, DE L'ARMÉNIE, 

DE LA SYRIE, DE L'EGYPTE, DU CANADA, DE LA LOUISIANE, DES ANTILLES, DE LA GUYANE. 

DES INDES ORIENTALES ET DE LA CHINE. 

DEUXIÈME PARTIE 




PARIS 

TYPOGRAPHIE M. SCHNEIDER 
185, RUE DE VANVES. 
1892 







Q 



MÉNOLOGE 



DE 



LA COMPAGNIE DE JESUS. 



ASSISTANCE DE FRANGE. 



I« JUILLET 



Vers l'an 1652, on ignore quel mois et quel jour, mourut en Sy- 
rie le F. Coadjuteur Raymond Bourgeois, qui, par ses vertus héroï- 
ques, mérita d'être associé au dénuement, aux outrages et aux 
souffrances des grands et saints fondateurs des missions d'Alep 
et de Damas. L'auteur de La Syrie et la Terre Sainte l'appelle 
à bon droit un demi-martyr^ non qu'il en ait laissé échapper la 
couronne, mais parce qu'au milieu des périls de mort et des tor- 
tures, Dieu parut toujours se complaire à le conserver pour de 
nouveaux témoignages de foi, de dévouement et de patience. Dès 
ses débuts, il s'était à trois reprises différentes, et dans l'espace 
de dix-huit mois, dévoué au salut des pestiférés, et n'avait échap- 
pé au martyre de la charité que par un miracle ; car il fut guéri 

1 

A. F. — T. II. — 1. 



Z MENOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

instantanément, an moment où, atteint du fléau et déjà dans les 
transes de l'agonie, il recueillit avec sa langue, par un effort d'a- 
mour et de respect, la sainte Hostie, qu'il n'avait pu garder une 
première fois. Raymond Bourgeois était de nouveau malade, et ne 
pouvait faire un pas, de langueur et d'épuisement, lorsque la haine 
des Turcs et leur fanatisme contre la célébration du saint sacrifice, 
fit mieux encore éclater son courage. Traîné au tribunal du sous- 
bachy d'Alep, la tête et les pieds nus, violemment frappé à coups 
de bâtons, lié d'une longue chaîne au cou et à la ceinture, jeté 
d'abord avec le P. Ghézaud dans le cachot ordinaire des malfai- 
teurs, et de là, comme s'il y était encore trop à l'aise, dans une 
basse-fosse, « où [leur lit, dit le P. Besson, n'était que des pointes 
de cailloux », il y goûta une si douce joie de se voir ainsi mal- 
traité pour l'amour de son divin Maître, que le jour de son em- 
prisonnement, disait-il plus tard, avait été bien réellement le plus 
agréable de toute sa vie. 



Besson, La Syrie et la Terre Sainte, édit. Carayon, 1862, p. 27. — Mé- 
moires du Levant, t. 4, p. 28. 



II JUILLET 



Le deux juillet 1651, mourut en odeur de sainteté, dans la mai- 
son professe de Paris, le P. Nicolas Gaussin, l'une des plus no- 
bles figures du siècle de Louis XIII, honoré à la cour du beau 
nom d'ange de la paix, et de celui non moins glorieux d'apô- 
tre des grands du monde, dont il travailla jusqu'à la fin, mê- 
me au prix d'épreuves héroïques, à faire des saints, selon les 

r 

plus pures maximes de l'Evangile. 

Né à Troyes, en Champagne, d'un père que la voix publique 
proclamait hautement, pour prix de sa charité et de sa foi, l'a- 
mi et le médecin des pauvres, et d'une pieuse mère, femme for- 
te, qui ne lui enseigna dès sa plus tendre enfance qu'à aimer 
Dieu, le jeune Nicolas Gaussin sembla prévenu des dons les plus 
précieux de la grâce et de la nature. Jusque sur les traits de 
son visage, il avait quelque chose de si noble et de si royal, 
et faisait présager de si grandes choses, qu'Henri IV le voyant 
un jour venir à la cour avec le célèbre P. Gontery, auquel on 
l'avait donné pour compagnon, s'approcha de lui, le prit affec- 
tueusement par la main , et se tournant vers le P. Gontery : 
«Voilà, dit-il, un jeune homme qui sera quelque jour, si je ne 

me trompe, une des plus grandes lumières de votre Compagnie ». 

3 



4 MENOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

La suite répondit à ce royal présage. Par son application à l'é- 
tude et à la vertu, Gaussin ne tarda pas à se rendre capable de 
soutenir l'honneur de sa vocation, dans les emplois les plus di- 
vers et les plus relevés. Il s'était mis devant les yeux, dès son 
noviciat, cette maxime, « qu'un fils de saint Ignace ne devait as- 
pirer qu'à rien de parfait, pour la plus grande gloire de Dieu » ; 
et dans son enseignement, ses prédications, sa direction et ses 
nombreux ouvrages, tous consacrés uniquement à la défense de l'E- 
glise, de la Compagnie et de la vertu, il parut répondre aux plus 
saints désirs de son bienheureux Père. Toutes les maisons qui 
le possédèrent tour à tour, disent les témoins de sa vie, en 
étaient demeurées merveilleusement embaumées, et le regardaient 
comme leur gloire, même après de longues années d'absence. 
Sa réputation d'écrivain est, à notre avis, bien loin d'égaler son 
mérite ; elle serait digne ici d'une étude à part, malgré les défauts 
de style et de goût, inséparables du temps où il prit la plume. 
On ne peut dire assurément qu'il en fut exempt, mais une main 
discrète et délicate les ferait sans peine disparaître ; et l'on trouve 
déjà, dans bien des pages de sa Cour Sainte, un charme et une 
vigueur d'expression qui défient presque toute comparaison à la 
même époque, et parfois laissent pressentir Bossuet : comme lors- 
qu'il rappelle à l'élite des grands du monde et des dames les 
plus délicates de la cour, « que Dieu n'a pas envoyé pour sau- 
ver le monde deux chefs et deux modèles des prédestinés, l'un 
couronné de roses pour les riches, l'autre pour les humbles et les 
misérables, couronné d'épines » ; ou lorsqu'il passe en revue les 
hommes de Dieu sur les marches du trône, ou à la tête des 
villes et des armées, et qu'il adresse ensuite à ses lecteurs cette 



II JUILLET. — P. NICOLAS CAUSSIN. S 

magnifique apostrophe : « Ne sommes - nous donc pas les enfants 
des saints » ? Au reste, ce grand et bel ouvrage, publié quatorze 
fois en France du vivant de l'auteur, et traduit bientôt pour tou- 
tes les cours, dans toutes les langues de l'Europe, n'a pas be- 
soin d'un autre témoignage de l'esprit apostolique dont il est 
rempli. 

Ame absolument étrangère à la politique mondaine, Nicolas Caus- 
sin était renommé comme possédant au plus haut degré la sim- 
plicité de la colombe, et ne cherchant que les intérêts de Dieu. 
L'œil si clairvoyant de Richelieu lui-même s'y trompa. L'habile et 
impérieux ministre crut qu'il pouvait confier impunément au P. 
Caussin la direction de l'âme de Louis XIII, dans le saint tribu- 
nal de la pénitence. Mais ce vrai religieux, qui n'envisageait et 
n'appréciait en toute chose aucun motif qui ne fût surnaturel, crut 
devoir bientôt signaler à la conscience du roi ce que son gou- 
vernement lui paraissait avoir de trop lourd pour ses peuples, de 
trop favorable aux hérétiques, du moins chez les nations étran- 
gères, ce que le devoir exigeait de lui à l'égard de sa mère et 
de sa femme ; et les juges les moins suspects de faveur pour la 
Compagnie, sans en excepter le sceptique Bayle, n'ont pu mécon- 
naître l'heureuse influence et la loyauté de ses conseils, auxquels 
ils avouent que la France dut bientôt la naissance de Louis XIV. 
Mais dix mois d'une direction aussi chrétienne et aussi vigou- 
reuse, avaient tellement porté ombrage au tout-puissant ministre, 
que la même année, aux fêtes de Noël, le P. Caussin se vit tout 
à coup exclu de la cour, voué à l'exil, relégué sur les côtes de 
la Bretagne, et menacé d'être envoyé jusque parmi les sauvages 
du Canada, si les supérieurs de la Compagnie n'eussent répon- 



6 MÉNOLOGR S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

du à Richelieu que le dénuement des missions Iluronnes et Iro- 
quoises ne serait pas une peine, mais un honneur, aux yeux d'un 
enfant de saint Ignace. D'ailleurs l'exilé, qui connaissait bien la 
puissance et le caractère de Richelieu, envisageait d'un œil ferme 
et serein^ les dernières extrémités dont il pouvait être la victime. 
« La mort, écrivait-il, n'est point une chose terrible à un religieux 
qui a renoncé aux délicatesses de la vie, ni ignominieuse à qui 
la reçoit pour la vérité ». (le fui même, selon toute apparence, 
vers la môme époque, et pour mieux immoler toutes les répu- 
gnances de la nature au })ied de son crucifix, que le P. Caussin 
offrit à Notre Seigneur le vœu héroïque d'indifférence, telle que 
saint Ignace nous la propose au livre de ses Exercices ; vœu di- 
gne d'entrer en parallèle avec ce que nous trouvons de plus beau 
dans la vie des saints. Ses plus chers confidents n'en eurent con- 
naissance, qu'après sa mort, quand ils en trouvèrent la formule écri- 
te de sa main, avec celle d'un autre vœu non moins admirable, 
d'apporter secours en toute manière, autant que sa vocation le lui 
permettrait, aux douleurs et à la misère de tous les membres souf- 
frants de Jésus-Christ. On ne s'étonna plus alors du témoignage 
rendu publiquement à la mémoire du P. Caussin, par l'auteur de 
son éloge, le P. Labbc, « que le plus beau de sa vie avait été 
couvert de la nuit des justes, dont Dieu s'est réservé ici-bas le 
secret ». 

Toujours prêt à la mort , quand elle lui viendrait de la volonté 
divine, comme il avait été prêt à la disgrâce, il la vit approcher 
d'un œil qui envisageait sans crainte l'éternité ; et lorsqu'il fut 
prévenu du danger, à peine quatorze heures avant de rendre le 
dernier soupir, il déclara que très volontiers il la recevait de la 



II JUILLET. P. FRANÇOIS D ENTRECOLLES. 7 

main de Dieu, et il s'endormit comme dans un reflet de joie et 
d'espérance. Peu de temps après, un des plus saints religieux 
de la Compagnie était admis au spectacle de sa gloire : c'était le 
P. Joseph-Antoine Poucet, si célèbre lui-même par les travaux et 
les souffrances de son apostolat au milieu des sauvages, aussi bien 
que par les faveurs dont Dieu le comblait, et qui vit Nicolas Caus- 
sin lui apparaître, brillant de toute la splendeur des bienheureux, 
en la très douce compagnie de saint Joseph, de Notre-Dame et de 
l'Enfant Jésus, 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. (Archiv. Rom.). — Préface de la Cour 
Sainte, Eloge de l'auteur (dans la première édition qui suivit sa mort) 
par le R. P. Philippe Labbe. — Sotuellus, Bibliotheca Scriptorum S. /., 
p. 627. — Rybeyrète, Scriptor. Provinc. Franc, p. 308. — Champion, Vie du 
Père Rigoleuc, p. 125. — Drews, Fasti Societ. Jesu, 2a jul., p. 252. — Grif- 
FET, Hist. de France, t. xv, p. 17. — Michael a S. Joseph, Bibliographia 
critica^ t. m, p. 359. — de Backer, Bibl. des Ecrivains de la Compagnie, 
t. i, p. 177, — Daniel, Des études classiques dans la société chrétienne, 
p. 271. — Id., Une vocation et une disgrâce à la cour de Louis XIII. Lettre 
inédite du P. Caussin, confesseur du roi. Cf. Etudes religieuses, 1861,/?. 373- 
395. — Feller, Dictionn. historique, t. 2,/;. 117. — Bayle, Dictionn. histor. 
et critique., article Caussin. 



Le même jour de l'an 1741, mourut dans la résidence françai- 
se de Pékin, après quarante-trois années d'apostolat, le P. Fran- 
çois-Xavier d'ENTRECOLLES, de la Province de Lyon. C'est à lui que 



8 MÉNOLOGE S, J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

la Chine dut en grande partie la conservation de ses églises, et 
même la fondation de plusieurs chrétientés nouvelles, après la mort 
de l'empereur Cang-Hi, dont le successeur se signala par sa haine 
pour le nom de Jésus-Christ. On peut juger du zèle et des pieuses 
industries du P. d'EntrecoUes, par ce qu'il fit pour le salut des pe- 
tits païens. Il parvint à changer un temple des faux dieux, où l'on 
exposait chaque jour ces malheureuses victimes, en un temple du 
Saint-Esprit, presque uniquement peuplé d'anges. Il avait gagné à 
force d'argent un des bonzes gardiens de ce sanctuaire du démon ; 
et chaque matin un catéchiste avait la liberté d'en parcourir 
tous les recoins, et d'administrer le saint baptême à tous les nou- 
veau-nés déposés aux pieds des idoles, d'où ils ne tardaient pas à 
s'envoler au ciel. Dieu acheva de purifier la vertu de son serviteur 
par quatre longues années de souffrances si vives, qu'il ne pouvait 
plus se remuer. Mais alors même, il ne cessa pas de vivre en 
apôtre; et jusqu'à son dernier soupir il accueillait avec joie ses 
chers néophytes, entendait leurs confessions, les exhortait à toutes 
les vertus chrétiennes, leur inspirait son zèle des âmes, et gagnait 
encore par eux une multitude d'infidèles à la connaissance et à 
l'amour de Jésus-Christ. 



Lettres édifiantes, 1"^ édit., t. 26, p. xv. — Id ., e'dit. de 1781, t. 10, 
p. 49 et suiv.; t. 17, p. 104 et suiv.; t. 18,/?. 56 et suiv.; 84 et suiv. ; 144 et 
suiv. ; 224 et suw. ; /. 22,/;. 9 et suiv. , p. 527. — Pfister, Notices biograph. 
et bibliograph., n° 225. — de Ba.cker, Bibliothèque..., t. 5, p. 164. — Fellkr, 
Dictionnaire histor., t. 2, p. 532. 



III JUILLET 



Le troisième jour de juillet de l'an 1730, mourut au collèg-e de La 
Flèche, où depuis plus de soixante ans il se dépens ait sans relâche 
au service de Dieu et de la Compagnie, le saint F. Goadjuteur 
Pierre Baron, âgé de quatre-vingt-treize ans. Il n'avait consenti à 
s'accorder eiifin un peu de repos, depuis quatre mois, que par obé- 
issance. Au dehors aussi bien qu'au dedans du collège, il jouissait 
de la réputation d'un véritable serviteur de Dieu . Non-seulement 
son amour pour le travail et la prière, mais aussi le reflet de joie 
surnaturelle avec lequel il se dévouait en particulier au soulage- 
ment des pauvres et des malades, était de la plus douce édification. 
Dès qu'il avait un moment de répit, il le consacrai^ à la vie inté- 
rieure, surtout à visiter le saint Sacrement, ou bien il s'offrait à 
aider ses frères dans leurs offices. Nul n'était plus sou mis à la di- 
rection de ses supérieurs : il n'omettait rien, écrit l'un d'entre 
eux, de ce qu'il soupçonnait être conforme à leurs désirs. Dans sa 
dernière maladie, il s'appliquait encore avec le plus filial esprit 
d'obéissance, même après avoir reçu l'extrême-onction, à suivre les 
exercices de la vie commune ; et quatre jours avant sa mort, il 
s'était rendu péniblement, mais joyeusement, à la chapelle domes- 
A. F. T. II. — 2. 9 



40 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE FRANCE. 

ti([iie, pour y recevoir avec tous ses frères le corps de Notrc-Sei- 
gncur, le mutin de la fête des saints Apôtres. Sa bienheureuse mort 
fut moins un sujet de deuil que de joie, pour toute la iiondjr(îuse 
communauté à lacjuelle il laissait un si suave parfum de vcrlii ; 
les témoins de ses derniers moments se sentirent j)orlés h'io.u 
plus à l'invoquer qu'à prier pour son àme, persuadés ([u'il goûtait 
déjà le repos du ciel. 



Lettre du \*. Haif.vhd sur la mort du F. Pierre Baron, « à la 1- lèche, ce 4' 
juillet 1730 » (Arc/i. dom.}. 



Le même jour de l'an 1787, mourut à Lyon le W Barthélémy 
Baudrand, né à Vienne en Dauphiné. Sa vie se résume })Our nous 
presque tout entière dans les nombreux ouvrages de ])i(''té (juil 
composa jusqu'à sa mort, et dont quelques-uns, après plus de 
vingt éditions, traduits dans les principales langues de rKurop(\ 
n'ont pas cessé de convertir et de sanctifiei" un grand nombre d'à- 
mes, depuis plus d'un siècle déjà. Qu'il nous suffise de rappelei- ici 
L'àme élevée à Dieu et Le Nouveau Pensez-y-bien, L'àme alfermie 
dans la foi, L'ànu^ sur le calvaire au pied de la croix. c\ v\\{\\\ 
L'ame sanctifiée par la j)erfection de toutes les actions de la vie. 



III JUILLET. P. BARTHÉLÉMY BAUDRAND. H 

OÙ le pieux auteur a réuni les pratiques les plus autorisées de la 
dévotion chrétienne pour tous les jours et pour les principales 
époques de chaque année. 



Préface de L'âme élevée à Dieu. — de Backeu, Bibliothèque des Écriv. de la 
Compagnie, t. 3, /». 120. — Felleh, Dictionnaire histor., t. 1, /j. 389. 



IV JUILLET 



Le quatrième jour de juillet de l'an 1648, mourut dans la Nou- 
velle-France, de la glorieuse mort des martyrs, le Vénérable P. 
Antoine Daniel, Agé de cinquante ans, dont il venait de consacrer 
quinze à la conversion des Ilurons. Né à Dieppe, d'un père et d'une 
mère « très gens de bien », écrit un do ses compagnons, et dès 
son enfance, témoin des travaux apostoliques de nos premiers mis- 
sionnaires de Normandie, il avait embrassé, à l'âge de vingt-trois 
ans, la vie religieuse, au noviciat de Rouen, et treize ans plus tard, 
la rude vie des sauvages du Canada , laquelle, au rapport de nos 
vieilles relations, ne demandait (jue des tlmes héroïques. 

Telle était bien celle du P. Daniel ; et l'histoire des commence- 
ments de cette mission se confond perpétuellement avec la sienne. 
Les premiers ouvriers de ce champ rebelle témoignent à l'envi du 
leur admiration pour ce grand apôtre, « toujours prêt à tout faire 
et à foui souffrir », gagnant par sa douceur et sa patience invinci- 
bles les cœurs des barbares, et plus encore par son humilité le 
cœur de Dieu. Un de ses supérieurs, le P. Le Jeune, nous le re- 
présente revenant de la mission laborieuse des Ilurons, pour lui 
42 



IV JUILLET. — P. ANTOINE DANIEL. 13 

amener à Québec trois petits sauvages, destinés à la formation du 
séminaire des futurs catéchistes de leur nation, « la face toute gaie, 
dit-il, mais toute défaite , pieds nus, l'aviron à la main, couvert 
d'une méchante soutane, son bréviaire pendu au cou, sa chemise 
pourrie sur son dos...» Mais, ajoute-t-il, dans sa sainte joie, il 
nous obligea « de chanter un Te Deum d'actions de grâces des bé- 
nédictions que Notre-Seig-neur allait versant sur ces nouvelles chré- 
tientés » ; et quant aux fatigues de son voyage, « ce lui était assez, 
pour les adoucir, d'avoir baptisé un pauvre misérable qu'on menait 
à la mort ». 

En dernier lieu, le P. Daniel venait d'achever les exercices spi- 
rituels de saint Ignace, dans la réduction centrale de Sainte-Marie, 
où se trouvaient alors plusieurs de ses frères. Mais vainement leur 
charité le pressa de prendre encore, au milieu d'eu^c, quelques jours 
de repos. Il sentait au fond de son cœur que Notre-Seigneur le 
rappelait, pour préparer ses néophytes et se préparer lui-même au 
martyre. Rentré dans sa mission de Saint-Joseph, le jour de la 
Visitation de Notre-Dame, il consacra sans délai ses dernières heu- 
res au salut éternel de son troupeau, réconciliant avec Dieu les 
pauvres pécheurs, pressant amoureusement les infidèles de se pré- 
occuper plus sérieusement que jamais du bonheur de mourir enfants 
de Dieu. Une troupe nombreuse d'Iroquois rôdait en efl'et à peu de 
distance du village de Saint-Joseph : le quatre juillet, de grand matin, 
ayant découvert qu'une partie notable des guerriers et de la jeu- 
nesse huronne était alors absente, il rompirent les palissades en 
poussant leur terrible clameur de guerre et de mort. Antoine Daniel 
achevait à l'autel le saint sacrifice ; au premier cri, son unique sou- 
ci fut de courir en toute hâte aux cabanes de quelques catéchu- 



14 MÉNOLOGE S, J. 



ASSISTANCE DE FRANCE 



mènes, vi(;illarcls ol infirmes, (|ui ne pouvaient se traîner jusqu'à 
lui, pour les régénérer par le saint baptême. Puis, apprenant bien- 
tôt que son église se remplissait de païens fugitifs, <{ui réclamaient 
la même grâce, il se hâta de revenir vers eux, de les baptiser par 
aspersion, seul rite que lui permettait d'employer un pareil mo- 
ment; et à quelques guerriers <pii le pressaient de mettre sa vie 
en sûreté : « Ma vie n'est rien, mes frères, leur répondit-il, tant 
([u'il me restera encore une àme à sauver. Nous nous reverrons 
aujourd'hui au ciel » ; et il marcha au-devant de l'ennemi. 

A sa vue, les victorieux, saisis de stupeur, s'arrêtèrent quelques 
moments. Mais, bientôt ils dirigèrent contre lui toutes leurs flè- 
ches, et l'un d'eux l'acheva d'une balle en pleine poitrine, tandis 
qu'il prononçait le nom de Jésus. Après avoir dépouillé et déchiré 
son corps, et lavé leurs mains et leur visage dans le sang qui 
avait été formé, disaient-ils, dans un pareil cœur, ils le jetèrent 
sur les débris de son église en feu, où il fut consumé. Dieu vou- 
lut toutefois faire éclater la gloire du saint martyr, pour la con- 
solation de ses néophytes et de ses frères. Peu après, le P. Joseph 
Chaumonot eut la joie de le voir à plusieurs reprises brillant 
d'un éclat ineffable ; et comme il se sentit pressé de lui demander 
pourquoi la divine bonté avait permis que rien ne fut sauvé de 
ses chères reliques, traitées avec tant d'ignominie: « mon Père, 
([ue Dieu est grand et adorable, répondit .\ntoine Daniel ; il a jeté 
les yeux sur ces derniers opprobres de son serviteur, et il les a 
récompensés en Dieu, daignant me donner quantité d'àmes, qui 
étaient dans le purgatoire, pour accompagner mon entrée et mon 
bienheureux triomphe dans le paradis » ! 



IV JUILLET. — P. ETIENNE BINET. ÎS 

Ragueneau, Lettre au T. R. P. Général Vincent Carafa, l/"" mars 1649, 
sur la mort du P. Antoine Daniel (Arc/i. Rom.) — Relation de la Nouvelle- 
France, Ann. 1633, p. 30 ; Ann. 1634, p. 88 ; Ann. 1635, p. 25, 37 ; 
Ann. 1636, />. 27, 69-75, ^1; Ann. 1637,/;. 55-71, 89, 103, 119;yl««. 1639, 
p. 53; Ann. 1640,/;. 90-95; Ann. 1641, /;. 67, 81 ; Ann. 1642,/;. 82; Ann. 
1644, /;. 99 ; Ann. 1649, /;. 3 ^; suiv. — Bressani, Relation abrégée de quel- 
ques missions, p. 247-250. — Greuxius, Hist. Canad., lib. 1, p. 524 seqq. — 
Charlevoix, Hist. de la Nouvelle- France, t. 1, p. 290; /. 2, p. 3 et suiv. — 
Alegambe, Mortes Illustres, p. 642. — Tanner, Soc. Jesu usque ad sanguinem 
militans, p. 531. — Theoph. Raynaud, Opéra, t. 17, p. 340, 2" col. — Nadasi, 
Ann. dier. memor., A^ /uil., p. 12. — Drews, Fasti Soc. Jesu, k^ juil., p. 
254. — Patrignani, Menol., 4 Lugl., p. 440. — Cassani, Varones ilustres, t. 1, 
^634, — Ferland, Cours d'histoire du Canada, p. 268, 283, 371 et suiv. — 
Brasseur de Bourbourg, Hist. du Canada, t. 1, p. 64 et suiv. — Bancroft, 
History of the United States, p. 783, 795. 



Le même jour de l'année 1639, le P. Etienne Binet mourut à Pa- 
ris, à l'âge de soixante-et-onze ans, dont il avait passé quarante- 
neuf dans la Compagnie. La douceur et la bonté, puisées à l'école 
et dans le Cœur du divin Maître, étaient ses vertus de prédilection. 
Condisciple de saint François de Sales au collège de Clermont, et 
constamment honoré de son amitié, il en avait toute la mansuétude. 
« Je n'ai jamais ouy, écrivait plus tard sainte Chantai, un esprit 
plus conforme, en solide dévotion, à celui de Monseigneur ...» 
Recteur du collège de Rouen, Supérieur de la maison professe 
de Paris, Provincial de Champagne, de L^^on et de Paris, il se fit 
constamment aimer et de ses religieux et des séculiers, et l'on put 
lui appliquer l'éloge que les saints Livres font de Mojse, le plus 
doux des hommes, Dilectus Deo et Jioininibiis . Dans ses entre- 



i6 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

tiens particuliers, il semblait, disent ses biographes, que sa langue 
distillât le lait et le miel. Tout sentiment d'aigreur ou d'animosité 
lui (Hait étranger. Un jour, un docteur en théologie, fameux par 
son hostilité contre nous, lui ayant dit brusquement au milieu de 
la rue : « Savez-vous que je suis le plus grand ennemi de votre 
Compagnie » ? il se contenta de lui répondre avec douceur : « Eh 
bien, monsieur, si nous avons le bonheur de nous sauver l'un et 
l'autre, nous serons bons amis dans le ciel ». 

Il est difficile de dire combien de fruits il recueillit par cette 
incomparable suavité, et combien d'Ames, même dans les rangs éle- 
vés de la société, il sut gagner et conduire à Notre-Seigneur. 
C'est cette charité qui, au milieu des plus graves soucis du gou- 
vernement, lui fit trouver des loisirs et lui inspira tant d'ouvrages 
remplis de l'onction du Saint-Esprit, et qui sont encore aujourd'hui 
les délices des âmes pieuses : « La consolation pour les malades et 
personnes affligées ; Le riche sauvé par la porte dorée du ciel et 
les motifs sacrés et grande puissance de l'aumône ; L'ineffable mi- 
séricorde de Dieu à la conversion du bon larron..., et s'il vaut 
mieux prêcher la justice que la miséricorde . . ; Quel est le meil- 
leur gouvernement, le rigoureux ou le doux » ? Et ces gracieux trai- 
tés où débordent l'amour, la confiance et la dévotion la plus ten- 
dre envers Dieu Notre-Seigneur, la très sainte Vierge Marie et le 
glorieux saint Joseph : « La pratique du saint amour de Dieu ; 
Les saintes faveurs du petit Jésus ; Le grand chef-d'œuvre de 
Dieu, ou les perfections de la sainte Vierge ; Le tableau des di- 
vines faveurs faites à saint Joseph ». 

Le P. Binet reçut l'annonce de sa fin prochaine avec autant de 
calme et de tranquillité, que s'il se fût agi d'un autre . Repassant 



IV JUILLET. P. JEAN-BAPTISTE GIRARD. 17 

alors dans son esprit les longues années qu'il avait consacrées au 
gouvernement de ses frères et au ministère apostolique, ce vrai 
fils de saint Ignace put se rendre le témoignage qu'il avait tou- 
jours eu uniquement en vue la plus grande gloire de Dieu et le 
salut des Ames. 



SoTUELLUs, Bihliotheca Scriptor. Soc. Jesu, p. 747. — Patrignani, Menolog., 
4 Luglio., p. 43. — Prat, La Compagnie de Jésus en France.., t. 3, p. 73, 341 
et suiv, t. k, p. 668 et suiv. — de Backer, Bibliothèque..., t. i, p. 95. — 
Jennesseaux, Préface de l'ouvrage du P. Binet : « Marie, chef-d'œuvre de 
Dieu », Paris 1864. — Lempereur, S. J., Vie du Vénérable Père Bernard, 
edit. 1834, ch. 12, yj. 123. — Les Èpistres de la Mère de Chantal, 2° édit., 
Lyon 1666, 2e Uv., p. 280. — Girault, Essais historiques et biographiques 
sur Dijon, Dijon, 1814, j). 444, 



*Le même jour de l'an 1733, mourut à Dole, en odeur de sainte- 
té, le '.p. Jean-Baptiste Girard, âgé de cinquante-trois ans, « dont il 
avait passé trente-cinq, dit son éloge, dans tous les exercices de la 
vie religieuse, sans jamais se démentir ». Après avoir enseigné les 
humanités et la philosophie, il fut appliqué à la prédication et à 
la direction des âmes ; et dans ce difficile et important ministère, 
il n'eut d'autre souci que celui de la gloire de Dieu. En 1728, il 
fut nommé directeur du séminaire royal de la marine à Toulon. 

C'est là qu'une de ses pénitentes, jouet des illusions du quiétis- 
me et de sa vanité, n'hésita pas, pour le punir de l'avoir abandon- 

A. F. — T. II. — 3. 



18 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

née après lui avoir peut-être accordé quelque crédit, à le charger, 
au prix de son propre déshonneur, des accusations les plus infa- 
mantes. On sait le procès retentissant qui se déroula alors devant 
le parlement d'Aix. Après avoir été accablé de libelles, de sati- 
res et d'injures sans nombre, le P. Girard fut déclaré innocent de 
toutes les calomnies entassées contre lui. Cette épreuve terrible 
fut le creuset où sa vertu acheva de s'épurer et de s'embellir. 
« Au plus fort des persécutions qu'on lui a suscitées, non plus 
que dans la suite, dit la relation de sa sainte mort, à laquelle 
nous empruntons mot à mot tous les détails qui suivent, il n'a 
jamais ouvert la bouche pour se plaindre de ceux qui en étaient 
les auteurs. Il portait sur ce point si loin la délicatesse, qu'il 
ne lui est pas échappé une parole contre eux ; il n'a été pleine- 
ment satisfait qu'après avoir rendu toute sorte de bons offices 
à ceux qu'il savait avoir été les plus vifs et les plus ardents à 
le flétrir et à le décrier. 

« Il avait un merveilleux talent de parler de Dieu et de le 
faire goûter aux autres, soit dans les entretiens particuliers, soit 
dans les chaires .... Mais esprit, réputation, talents, succès, il a 
tout sacrifié au bon plaisir de Dieu. 

« Une mort douce, tranquille et précieuse devait être la récom- 
pense d'une vie passée dans l'exercice de toutes les vertus. Dans 
le cours de sa maladie, qui a été longue et douloureuse, le P. Gi- 
rard trouva toute sa consolation au pied de son crucifix. Avant 
de recevoir le s;iint viatique, il renouvela ses vœux, puis il décla- 
ra, pour l'honneur de la vérité et de la religion, en présence de 
toute la communauté, que, quoiqu'il fût un grand pécheur, il n'é- 
tait tombé par la grâce de Dieu, dans aucun des crimes affreux dont 



IV JUILLET. — P. NORBERT DE LA BYE. 19 

on l'avait accusé... Enfin, sentant sa fin prochaine, il demanda 
qu'on lui fît la recommandation de l'âme, pria de nouveau pour 
ses ennemis, et peu après il expira doucement ». 



Lettre du P. Préfet du collège de Dole au P. Recteur du noviciat de 
Nancy, suivie de la lettre circulaire du P. Recteur du Collège de Dole sur 
la mort du P. J.-B. Girard (Arc/iiv. dom.j. — de Bagker, Bibliothèque..., 
t. 6, p. 178. — Feller, Dictionnaire historique, t. 3, p. 309. — Créti- 
ne au- Joly, /Twi. de la Compagnie, t. 5, ch. 3, p. 174. — Recueil général 
des pièces contenues au procès du P. Jean-Baptiste Girard, Jésuite, et de- 
moiselle Catherine Cadière, querellante, Aix 1731, 6 vol. in-i% ou 2 vol. 
in-fol. Cf. Gar.vyon, Bibliogr. histor., n° 3306. 

N. B. — L'arrêt qui mettait le P. Girard hors de cause est du 10 octobre 
1731; il était ainsi conçu : « Dit a esté que la Cour, faisant droit sur toutes les 
fins et conclusions des parties, a déchargé et décharge J.-B. Girard des accu- 
sations et crimes à lui imputés, l'a mis et met sur iceux hors de cour et de 
procès ». Cf. Crétineau-Joly, loc. cit. 



* Le même jour de l'an 1743, mourut au séminaire de Séez le P. 
Norbert-Antoine de la Bye, après avoir évangélisé pendant qua- 
rante ans les campagnes de la Basse-Normandie. « C'était un reli- 
gieux, disent nos annales, véritablement saint et d'une humilité 
admirable, qui ne cherchait en tout et partout que la dernière 
place ». Il fut longtemps le compagnon du P. Sandret, cet autre 
grand missionnaire « digne des temps apostoliques », au témoigna- 
ge des contemporains. Absolument mort à lui-même, le P. de la 



20 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Bye affrontait non seulement avec patience, mais avec une sainte 
allégresse les fatigues des voyages, les privations dans la nourri- 
ture, le vêtement et l'habitation. Dévoré du zèle des âmes, il se 
refusait tout repos, et on le voyait passer presque sans interrup- 
tion de la chaire à l'autel, de l'autel au confessionnal, et du con- 
fessionnal encore à la chaire , ne se ménageant qu'à regret de 
courts moments pour prendre une nourriture grossière. 

De retour au séminaire, il se dépensait avec le même zèle et le 
même oubli de lui-même pour la gloire de Dieu et la sanctifica- 
tion des Ames. Quand il fut près de mourir, à l'âge de soixante- 
douze ans, il fit rassembler autour de sa couche les jeunes clercs 
qui se préparaient au sacerdoce, et leur adressa, d'une voix forte 
et animée par la plus ardente charité, une exhortation émouvante, 
qui laissa dans leurs cœurs une impression profonde. Ce fut le 
dernier effort de cette âme d'apôtre. Bientôt après, le P. de la Bye 
s'endormit paisiblement, sous leurs yeux, dans le Seigneur. Ils vi- 
rent alors ses traits, naturellement durs et austères, se transfigurer 
en quelque sorte et s'éclairer comme d'un reflet de la gloire et de 
la beauté du paradis ; en même temps une douce joie inondait leur 
âme, et tous rendirent gloire à Dieu, qui glorifiait son serviteur. 



Litt. nnn. Prov. Franc, ann. 1743 {Arch. Rom.). 



*Le même jour enfin de l'année 1754, mourut à Paris, dans la mai- 
son professe, le P. Nicolas Ingoult, qui, au témoignage d'un con- 



IV JUILLET. — P. NICOLAS INGOULT. 2i 

temporain, était « l'homme de toutes les bonnes œuvres », et « rem- 
plissait le ministère de plusieurs hommes à la fois ». La chaire 
dans les plus illustres églises de Paris et dans les plus humbles 
chapelles des communautés religieuses, le confessionnal, où plus de 
quatre mille personnes venaient lui demander ses conseils, le che- 
vet des malades et des moribonds auprès desquels il passait souvent 
les nuits entières, la direction d'une congrégation d'artisans com- 
posée de cinq cents membres, ne lui laissaient presque aucun mo- 
ment de repos. Mais « il suffisait à tout », ajoute le même témoin. 
Il savait même trouver encore des heures de loisir pour con- 
tribuer à la propagation de l'Evangile, en publiant les lettres des 
missionnaires du Levant. 

Au milieu de tant de travaux, le P. Ingoult ne perdait jamais de 
vue la seule fin digne d'un ouvrier apostolique ; et suivant la belle 
expression d'un de ses panégyristes, « la religion le conduisait par- 
mi les hommes sans le séparer de Dieu ». Il mourut épuisé de 
fatigues dans la soixante-quatrième année de son âge et la quaran- 
te-neuvième depuis son entrée dans la Compagnie. 



Nouveaux mémoires du Levant, t.'è, préface, p. 2 et suiv. — L'Abbé 
DE La Tour du Pin, Éloge du P. Ingoult^ Lettres sur les ouvrages de pié- 
té, t. 4, p. 323-334. — de Backer, Bibliothèque. . ., t. S, p. 363. 



V JUILLET 



Le cinquième jour de juillet de l'an 1G25, mourut au collège de 
Billom, où il enseignait les humanités, le jeune Frère Scolastique 
Pierre Vicier, né en Auvergne, et entré à la fleur de l'Age dans 
la Province de Toulouse. Il y passait pour le modèle des jeunes 
professeurs de la Compagnie, et rivalisait en ce genre avec Fran- 
çois Régis, qui venait de le précéder dans le même collège. Pierre 
Vigier ne laissa rien perdre de cet héritage. Il aspirait aussi à 
devenir un saint et un apôtre. Pour conserver sa première ferveur, 
il avait recours à une pieuse pratique, dont il retirait les plus 
grands fruits. Avec la permission de l'obéissance, il s'était choisi 
un ange gardien ; et chaque semaine il s'accusait à genoux devant 
lui de ses moindres défauts, le suppliait d'y joindre ses propres 
remarques, lui demandait humblement une pénitence, et lui baisait 
les pieds en témoignage de sa reconnaissance. Les deux jeunes re- 
ligieux étaient convenus ensemble de se rappeler mutuellement par 
quelque signe, comme saint Ignace le recommande au livre de ses 
Exercices, à propos du double examen de chaque jour, la présence 
de Dieu et le désir unique de lui plaire. Son ardeur pour la mor- 
tification avait besoin de toute la vigilance de ses supérieurs pour 
ne pas dépasser les bornes de la prudence. Rien que dans l'es- 
22 



V JUILLET. — F. PIERRE VICIER. 2â 

poir de se préparer aux rudes travaux des missionnaires, ou même 
aux douleurs du martyre parmi les hérétiques, il demandait sou- 
vent à dompter son corps par le jeûne, à prendre son repos tout 
habillé sur une planche, surtout à l'approche des fêtes et en l'hon- 
neur de la très sainte Vierge. Sa joie était de manquer des choses 
les plus nécessaires, quand il le pouvait sans provoquer l'attention 
de ses frères ; et comme, un jour de séance publique, on avait 
emporté de sa cellule la seule chaise dont il se servait pour son 
propre usage, il attendit trois mois entiers qu'on s'aperçût de sa 
détresse. 

L'honneur de la Compagnie et le contentement de Dieu lui es- 
taient si chers, qu'il préparait et faisait sa classe chaque jour com- 
me pour le plus brillant auditoire, ou pour mieux dire, comme de- 
vant parler en présence même de Dieu. Les jours de fête, son 
délassement ordinaire était de parcourir les villages voisins, de 
catéchiser les enfants, de- rétablir ça et là les pieux usages en 
mémoire des saints patrons, de faire disparaître les désordres et 
les rites profanes de l'hérésie. Consumé avant l'âge par cette ar- 
deur pour toutes les oeuvres de sa vocation, Pierre Vigier cou- 
ronna dignement sa vie angélique . Sentant approcher la mort, 
il pria, quatre jours à l'avance, le P. Ministre de le faire porter 
à l'hôpital public, où il ne serait plus, disait-il, un fardeau in- 
commode pour ses frères, et rendrait son âme au milieu des pau- 
vres, dans un plus complet dénuement, à Jésus dénué de tout sur 
la croix. 



Elog. defunct. Provùic. Tolos. (Archiv. Rom.). 



24 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Le cinquième jour de juillet nous rappelle encore le souvenir de 
deux hommes apostoliques morts dans les missions de l'Orient, le 
P. François Paregaud, en 4095, dans le royaume du Tonkin , et le 
P. Toussaint Masson, au iMozambique, en 1749. 

Le P. Paregaud, chassé du roj'aume de Siam, où il avait recueilli 
au milieu des persécutions les premiers fruits de son apostolat, tra- 
vaillait depuis quelques années dans la rude mission du Tonkin, 
lorsqu'il périt victime de son zèle et de sa charité pour les fidèles 
confiés à ses soins. Ayant appris qu'il y avait dans les montagnes un 
grand nombre de chrétiens qui n'avaient pas vu de missionnaire de- 
puis bien longtemps, il résolut d'aller les visiter. En vain le conjura- 
t-on d'attendre au moins la fin des grandes chaleurs pour pénétrer 
dans une région où l'air et les eaux étaient de si mauvaise qua- 
lité, que les étrangers semblaient ne pouvoir y vivre : ce saint hom- 
me, avide de souffrances, et qui s'était même engagé par vœu à fai- 
re en toutes choses ce qu'il croirait le plus parfait et le plus utile 
à la gloire de Dieu, n'hésita pas un instant. Mais à peine avait- 
il parcouru ([uelqucs villages, que ses catéchistes tombèrent mala- 
des , et bientôt il se sentit lui-même frappé. 11 ne laissa pas néan- 
moins de continuer les exercices de la mission et de passer même 
les nuits à entendre les confessions, jusqu'à ce que, la défaillance 
de ses forces ne lui permettant plus de se soutenir, après quelques 
jours d'une douce et sainte agonie, dans une continuelle union à 
Dieu et avec une sérénité admirable, il alla recevoir la récompense 
de tant de travaux et de vertus. Il était âgé de quarante-deux ans 
et en avait passé vingt-cinq dans la Compagnie. 

Le P. Masson, que les plus solides vertus religieuses et son rare 



V JUILLET. — P. TOUSSAINT MASSON. 25 

talent pour la peinture semblaient destiner à rendre d'importants 
services aux missions de la Compagnie en Chine, mourut avant 
d'arriver au terme de ses désirs, martyr de la mortification incroya- 
ble par laquelle il préludait aux souffrances de l'apostolat. Non 
content de crucifier son corps par des cilices et des chaînes hor- 
ribles, il souffrait depuis plusieurs mois, sans laisser échapper une 
plainte, un mal secret qui lui dévorait les chairs et y avait creusé 
une si affreuse plaie que, lorsqu'il crut devoir en parler par obé- 
issance, il n'était plus temps de le sauver. Ce généreux mission- 
naire joignait à un si prodigieux amour de la croix, une union de 
cœur à Dieu que rien n'était capable d'interrompre. Son bonheur 
était de passer de longues heures et quelquefois même les jours 
et les nuits devant le saint Sacrement ; et sur le vaisseau portu- 
gais qui le conduisait aux Indes, comme il ne pouvait par l'igno- 
rance de la langue exercer le saint ministère, tout le temps de la 
traversée, jusqu'au moment de sa mort dans la rade de Mozambi- 
que, n'avait été qu'un exercice continuel de prière et de mortifi- 
cation. 



P. Paregaud — Cf. Lettres édifiant., édit. 178 1, t. 16,/?. 14^ Lettre 
du P. Le Royer^ « au Tonkin, le 10 juin 1700 ». 
P. Masson. — Ibid, t. 23, p. 369. 



A. F. T. II. 



VI JUILLET 



Le sixième jour de juillet de l'an 1701, mourut au collège de 
Rennes, après une longue et sainte carrière de quatre-vingt-cinq 
ans, le P. Ji:an Jégou, l'un des premiers coopérateurs du Nénéra- 
ble P. Vincent lluby dans l'œuvre admirable des retraites, qui lu- 
rent pour toute la Bretagne, au dix-septième siècle, la source de 
tant de bénédictions. 11 était Recteur du collège de Quimper. Pres- 
que sans autre ressource que les fonds de la Providence, mais as- 
suré par le Vénérable P. Julien Maunoir (piils ne sauraient lui 
manquer, il mil la main ;i Fanivro. Dès que la nouvelle se répaiulit 
qu'il bâtissait une maison commune d'Exercices pour les ecclésias- 
tiques, les gentilshommes, les bourgeois, les artisans, et même les 
simples paysans, tous lui apportèrent à l'envi, dit l'historien du 
P. Maunoir, « argent, pierres, bois, meubles; el Ton vit les da- 
mes elles-mêmes témoigner d'une ardeur semblable et dune libé- 
ralité non moins surprenante, pensant travailler ainsi, disaient-elles, 
au salul et à la sanctification de leurs nuiris. de leurs frères el 
de leurs enfants, en attendant cfu'on leur ouviît à ('ll{^s-uu"mes «le 
pareils asiles. On allail autrefois en Egypte, ajoute le P. Antoi- 
26 



VI JUILLET. P. JEAN JÉGOU. 27 

ne Boschet, qui nous a laissé par écrit ces précieux détails, pour 
y visiter les saints solitaires ; que ne vient-on en Bretagne visiter 
les maiscms de retraite ? On y verrait de vrais fidèles, qui adorent 
Dieu en esprit et en vérité ; et l'on bénirait . . . les instituteurs de 
ces pieux établissements ». 

Peu de temps après l'ouverture de la maison de retraite de 
Quimper, on y comptait déjà plus de quinze cents retraitants en 
une seule année ; le P. Jégou fut alors appelé au gouvernement 
du collège de Rennes, et entreprit de faire participer au même 
bienfait cette capitale de la Bretagne. Il en vint à bout plus promp- 
tement encore, grâce à la munificence des Etats et à la protection 
du duc de Gliaulnes, alors gouverneur de la Province, qui voulut 
y faire l'un des premiers les Exercices de saint Ignace, avec la 
Heur de toute la noblesse du pays. Ce fut désormais à cette belle 
œuvre que le pieux fondateur consacra tout le reste de sa sainte 
vie. Il composa pour elle ses Méditations à l'usage des retraites, 
sa Journée chrétienne ou Règlement spirituel pour une personne 
qui sort de la retraite , ses opuscules sur l'Usage du sacrement 
de pénitence, et la Préparation à la mort; et il ne se reposa en- 
fin de ses longs travaux, que pour aller, plein de jours et de 
mérites, recevoir au ciel la récompense de ses soixante-six années 
de dévouement au service de Dieu, et des âmes dans la Compa- 
gnie. 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. (Archiv. Rom.}. — Boschet, La vie du 
R. P. Julien Maunoir^p. 331 et suii>. — de Backer, Bibliothèque..., t. 4, p. 320. 



28 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE: DE FRANCE. 

Le môme jour de l'an 1710, mourut à I*aris, en vrai renom de sain- 
teté, le P. Pierre Le Dérel. Les témoins de son heureuse mort ne 
doutèrent point que Notre-Dame ne fût venue recevoir son âme 
pour la présenter elle-même au trône de Dieu. C'était là, disaient- 
ils, la juste récompense de son amour pour la Reine du ciel ; car 
on assure que, durant plus de quarante ans de vie religieuse, il ne 
lui arriva jamais ni de ([uitter sa chambre;, ni d'y rentrer, ni de 
laisser passer une seule heure, du matin au soir, sans rendre quel- 
que hommage à la très sainte Mère du Sauveur, et lui recomman- 
der le soin de sa perfection : pieuse pratique dont il avait contrac- 
té l'habitude aux premiers jours de son noviciat, et qui I aida con- 
stamment à faire d'admirables progrès dans toutes les vertus. 



Elog. defuncl. Provint-. Franc. {Archiv. Rom.}. 



vu JUILLET 



Le septième jour de juillet de l'an 1644, mourut à Santorin, 
dans les missions de l'Archipel, l'humble et apostolique P. Simon 
FouRNiER, renommé dans tout le Levant pour les fruits de son zèle 
et ses héroïques vertus. Il avait renoncé aux premières chaires de 
sa Province pour aller, au milieu des pauvres insulaires, ensevelir 
sa brillante réputation de littérateur et de philosophe. Mais les bé- 
nédictions que Dieu répandit, dès le début, sur ses plus modes- 
tes travaux, engagèrent bientôt son supérieur à lui demander en dé- 
tail le récit de toutes ses industries et de ses succès pour le salut 
des âmes : « Je le ferai, répondit-il, à la condition que toute la gloi- 
re en sera donnée à Dieu, à qui elle est entièrement due, pour 
avoir daigné se servir d'un instrument si vil et si peu propre à fai- 
re ce qu'il fait » . 

II avait commencé son apostolat à Santorin, en y ouvrant une 
petite école « à tous ceux qui voudraient venir chaque jour appren- 
dre les bonnes lettres et les bonnes mœurs ». — « Je m'y suis mon- 
tré, écrit-il, très affectionné, tant par voie d'obéissance à mon su- 
périeur, que par la lumière du ciel, qui me fit voir clairement 
que c'était le meilleur moyen de réformer peu à peu l'Eglise grec- 
que et latine de cette île », et de gagner le cœur du peuple grec, 

29 



30 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCK DE FRANCE. 

merveilleusement touché <le ce que l'on fait pour ses enfants. <( J'a- 
voue qu'il y a de la peine ; mais le mérite en est d'autant plus 
j>-rand. Oh ! que notre bon Maître Jésus s'est humilié bien plus 
bas f> ! 

Le saint missionnaire consacrait à ce dur travail presque toutes 
ses heures, contraint de diviser ses petits écoliers en six ou huit 
classes différentes ; il enseignait aux uns la lecture, l'écriture, l'a- 
rithmétique, la tenue des livres de compte : à d'autres le latin, 
l'italien , le grec littéral ; mais par-dessus tout et à tous le caté- 
chisme, qu'il leur faisait répéter en public tous les jours de fête 
et de dimanche, dans l'église et en présence du peuple, au grand 
profit des catholiques et des hérétiques. Le peu de loisir que lais- 
sait au P. Fournier un aussi pénible travail, était employé à la 
direction des communautés religieuses, d'une congrégation de la 
sainte Vierge, à la visite des malades; et selon l'expression d'un 
de ses successeurs à Santorin, le zèle d'une troupe entière de fer- 
vents ouvriers eût à peine suffi à soutenir un pareil faix. 

Trois ans avant sa pieuse mort, Dieu lui en donna, dans l'orai- 
son, une connaissance confuse, mais qui devint peu à peu plus 
distincte; car dès lors^ dans un court billet de sa propre main, il 
avait écrit ces paroles : « Je suis né à Paris le jour de sainte 
Anne, en l'année lo94; je mourrai l'an 1644, le jour que Dieu sait». 
(iCtte mort, racontée par le P. François Richard, offrit vraiment 
un spectacle incomparable: l'homme de Dieu, couché à terre, dans 
un misérable réduit ouvert à tous les vents, et qui ressemblait à 
un sépulcre ou à une tanière de bêtes sauvages, était si dénué de 
toute chose, qu'il fut redevable à la charité des pauvres chrétiens 
(jui l'environnaient, même du linceul dans lequel il rendit le der- 



vu JUILLET. P. SIMON FOURNIER. 31 

nier soupir, même du cercueil et de la fosse dans lesquels il fut 
enseveli, des cierges qui brûlèrent pendant ses obsèques autour 
de ses précieux restes, et de tous les derniers devoirs que lui 
rendit le clergé de Santorin. Mais cette extrême pauvreté, il l'avait 
expressément demandée à Dieu, afin d'honorer et d'imiter celle de 
son Sauveur naissant et mourant couché dans sa crèche et sur sa 
croix. Pour tout soulagement à sa défaillance, ses amis n'avaient 
à lui offrir qu'un peu de biscuit de pêcheur et quelques herbes 
crues. Et néanmoins, en cette dernière extrémité, soulevant sur 
son bras sa tête défaillante, cet invincible ouvrier instruisait encore 
les petits enfants, leur expliquait la doctrine chrétienne, exhortait 
tous ceux qui le visitaient à écouter la voix de Dieu, consolait af- 
fectueusement les affligés, et réconciliait même des ennemis dont 
l'humble retour allait rendre la joie à son église. Le jour de la 
Visitation de la très sainte Vierge,' il se traîna encore jusqu'au pied 
de l'autel, où il offrait ordinairement le saint sacrifice, pour rece- 
voir avec plus de respect, en présence de tout son peuple, le saint 
viatique II le reçut à genoux, malgré sa faiblesse, ayant renouvelé 
d'abord à haute voix sa profession de foi catholique, et demandé 
très humblement pardon aux assistants . Mais ceux-ci ne lui ré- 
pondirent que par leurs larmes, et ne se consolèrent de le perdre 
que par l'assurance de son bonheur et en lui donnanl unanime- 
ment le titre de Bienheureux. 



Richard, Relation de ce qui s'est passé en Pile de Sant-Erini, p. 2, 42-50, Çti- 
73, 88, 227-229. — Fleuriau, État des missions de Grèce, p. 273-276. — 
Rybeyrète, Scriptores Provinc. Franc, p. 293 et suiv. — Courcier, Maria, 
negotiuin omnium sœculor., p. 419. 



•32 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

* Le môme jour de l'année 1698, mourut à Nantes le P. Nicolas 
d'Harouys, dans la soixante -dix -septième année de son Age et la 
soixante-deuxième depuis son entrée dans la Compagnie. Après 
de longues années d'enseignement dans les chaires de grammaire 
et de rhétorique, il fut chargé de la classe de mathématiques au 
collège Louis-le-Grand ; et c'est alors qu'il inventa et fit exécuter 
ces célèbres machines destinées à représenter les divers systèmes 
du ciel et qu'on venait admirer de toutes parts. Le P. d'Harouys 
n'apporta pas une moindre activité et un moindre talent dans le 
gouvernement des Nôtres et la direction des âmes. 

« La maison de Nantes, écrit le P. Champion, lui a des obliga- 
tions éternelles. On peut dire qu'il en est comme le fondateur. Les 
congrégations de la sainte Vierge qui y sont établies, les retraites 
qui s'y font avec tant de fruit, sont des monuments de son zèle 
qui rendront sa mémoire immortelle». Toutes les vertus religieu- 
ses brillaient en lui d'un vif éclat. Toujours égal à lui-même, « hum- 
ble, modeste, régulier, grand amateur de la pauvreté, il avait en- 
core, selon l'esprit de l'Evangile, ajoute le P. Champion, la docili- 
té, la simplicité et l'innocence d'un enfant ». 

Les douze dernières années de sa vie ne furent qu'un long mar- 
tyre ; il les passa sur la croix, en proie aux tortures de la pierre 
et à des convulsions « qui ne lui donnaient repos ni jour ni 
nuit ». Mais le soldat de Jésus-Christ supportait tous ces assauts 
« sans jamais se plaindre, sinon de ce qu'il ne pensait pas assez 
à Dieu, sans marquer aucun ennui, sans donner un signe d'impa- 
tience, ne demandant rien, ne voulant rien d'extraordinaire » ; et 



VII JUILLET. — P. NICOLAS d'hAROUYS. 33 

il rendit enfin son âme vaillante, plein de confiance dans les mé- 
rites de son Sauveur crucifié. 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. (Arck. Rom.}. — Lettre du P. Pierre 
Champion sur la mort de P. Nicolas d'Harouys « à Nantes^ 16 juillet 1698 » 
{Archiv. dom.). — de Backer, Bibliothèque..,., t. 2, p. 287. — Rybeyrète, 
Scriptores Provinc. Franc, p. 208. 



A. F. — T. II. — 5. 



VIII JUILLET 



Le huitième jour de juillet de l'an 1662, mourut au collège de 
Tournon , le P. Pierre-Juste Sautel, né à Valence, un des plus 
charmants humanistes de la Compagnie aux premières années du 
règne de Louis XIV. Entre les poètes latins de la Renaissance, 
il en est bien peu qui aient possédé au môme degré la flexibi- 
lité du talent d'Ovide . Mais tous ses travaux littéraires n'a- 
vaient pour but que d'embellir de fleurs et de faire aimer à 
ses élèves les plus pures leçons des vertus de leur âge, et les 
plus beaux exemples de la vie des saints. Vrai maître de la 
jeunesse suivant l'esprit et le cœur de saint Ignace, il laissa 
en mourant, nous dit l'auteur de son éloge, la réputation d'un 
parfait religieux ; et sa mort parut comparable à celle des 
saints. Jusque dans les plus cruelles douleurs de la maladie 
qui l'emporta, sa constante sérénité lui donnait l'air d'un pré- 
destiné couché sur la croix. 

A la nouvelle du danger qui le menaçait, les habitants et les 

écoliers de Tournon se portèrent en foule, pendant neuf jours 

entiers, à un sanctuaire miraculeux de la très sainte Vierge, où 

Ton célébrait pour lui \c saint sacrifice chaque matin. In grand 

34 



VIII JUILLET. — P. ARNOLD VOISIN. 35 

nombre de vœux, de prières, d'œuvres de pénitence ne ces- 
saient d'être offerts à Notre-Dame, pour la conservation d'une 
vie aussi précieuse. Et lorsqu'au bout des quinze derniers jours 
de cette belle vie, qui ne furent qu'une long-ue extase et un 
perpétuel entretien de cœur du mourant avec Notre-Seigneur et 
sa sainte Mère, ses anges et ses saints, le P. Sautel rendit 
très doucement le dernier soupir, les congréganistes de Notre- 
Dame, dont il était depuis plusieurs années l'oracle et le mo- 
dèle, lui firent de solennelles funérailles. Le même jour, lisons- 
nous dans la relation de sa bienheureuse mort, un des mem- 
bres de sa famille, son propre frère, consumé par une fièvre 
ardente depuis deux mois, se leva tout à coup en pleine santé, 
comme pour témoigner manifestement par ce prodige que le dé- 
funt jouissait déjà de la vue de Dieu. 



Elogiuni funèbre R. P. Sautel, e S. J . {Cf. Sautkl, Annus sacer, t. 1, 
p. i4j. — SoTUELLus, Bibl. Script. Soc. Jesu, p. 680. — de Backer, Bibliothè- 
que..., t. 1, p. 699. — Feller, Dictionn, histor., t. 5,/?. 423. — Biographie 
univers., article Sautel. 



Le même jour de l'an 1596, mourut au Puy le P. Arnold Voi- 
sin, âgé de cinquante - six ans, dont il avait passé trente-quatre 
dans la Compagnie. Un désir ardent de souffrir et de vivre hum- 
ble, méprisé, détaché de tout pour l'amour de Jésus-Christ, lui 
avait fait demander instamment à ses supérieurs la grâce de pas- 



30 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE FRANCE. 

ser sa vie entière dans les plus basses et les plus pénibles fon- 
ctions, et de ne jamais revoir sa famille et sa patrie. Mais con- 
trairement aux désirs de son humilité, Dieu se plut à faire éclater 
les vertus de son serviteur et son amour pour la croix, en l'expo- 
sant à tous les regards dans les charges de Supérieur, de Recteur, 
de Provincial, au milieu des temps les plus difficiles et des plus 
violentes persécutions ; et il y apparut comme un homme dont 
toutes les pensées n'avaient pour but f[ue l'amour el la plus grau- 
do gloire de Dieu. Parmi les œuvres de zèle dont il fui l'auteur 
ou le propagateur dans sa Province, l'histoire do la Compagnie 
signale le saint usage du sacrement de pénitence, et en particulier 
de la confession générale, suivant l'esprit des Exercices de saint 
Ignace. Il regardait avec raison cette coutume comme une des 
armes les plus puissantes pour renouveler partout l'esprit du 
christianisme, et il consacrait bien souvent à ce pieux ministère 
les jours et les nuits, sans prendre de nourriture ni de repos. 
Grâce à lui, les pèlerins de Notre-Dame du Puy, auxquels il no 
manquait jamais de suggérer cette sainte pensée, retournaient dans 
leur pays transfigurés en des hommes nouveaux, dont la seule 
vue suffisait pour changer des familles et des populations entières; 
et Dieu montra, par des miracles éclatants, combien ce zèle de 
l'homme apostolique était agréable à ses yeux. 



Nadasi, Ann. dier memor., S'^ j'ul., p. IG. — Dhews. Fasti Societ. Jesu, 
8» juin, p. 2G0. 



IX JUILLET 



Le neuvième jour de juillet de l'an 1698, mourut à une demi- 
journée de la ville de Gondar en Ethiopie, le P. Gharles-François- 
Xavier de Brévedent, dans le même abandon et presque dans les 
mêmes circonstances que le grand apôtre des Indes. Issu d'une 
vieille race militaire de la Normandie, il était entré dans la Com- 
pagnie dès l'âg-e de quinze ans . Depuis quatorze ans, il avait 
éyangélisé tour à tour les îles de la Grèce, les missions de Gon- 
stantinople et de Trébizonde, la Syrie et l'Egypte, et il venait de 
partir pour relever de ses ruines l'église catholique en Ethiopie. 
Partout on racontait sur les travaux, les vertus, et même les mi- 
racles de cet héroïque serviteur de Dieu, des traits merveilleux. 
II était tellement mort au monde et plein de l'esprit divin, que 
tous ses discours, toutes ses pensées n'avaient pas d'autre objet 
que d'embraser les âmes de l'amour de Notre-Seigneur, et en par- 
ticulier de l'amour de la croix, qui faisait sa vie. Une de ses plus 
grandes mortifications, au milieu des infidèles et des hérétiques, 
était de ne pouvoir bien souvent leur parler que de choses indif- 

37 



38 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE, 

férentes, pour gagner peu à peu leur esprit et leur cœur. Il pas- 
sait chaque nuit au moins deux ou trois heures à s'entretenir avec 
Dieu de l'intérêt et de la sanctification des âmes ; et dans l'es- 
pérance de les racheter plus sûrement par l'effusion abondante 
de son propre sang mêlé à celui de son Sauveur, il se flagel- 
lait cruellement deux fois chaque jour. 

« Quand il était seul, écrit son supérieur, le P. Jean Verzeau, 
sa nourriture ordinaire consistait dans un peu de son détrempé 
d'eau ; et je fus obligé de lui interdire ce genre de vie, qui 
nuisait trop notablement à sa santé » . Dieu concourait visi- 
blement à l'efficacité de son apostolat. « Je sais, ajoute le mô- 
me témoin, qu'un des schismatiques les plus obstinés entendant 
un jour sa prédication, vit à côté du P. de Brévedent, un ange 
éclatant de lumière qui lui reprocha de résister depuis si long- 
temps au serviteur de Dieu, et le décida enfin à se convertir ». 
Un prêtre grec de Tripoli attesta pareillement au P. Verzeau, sous 
la foi du serment, que se confessant un jour au saint apôtre, il 
vit Notre-Dame lui apparaître tenant dans ses bras l'Enfant Jésus ; 
elle l'exhortait maternellement à profiter des conseils de son ser- 
viteur. A l'exemple du grand apôtre des Hurons, son compatriote, 
Xavier de Brévedent s'était engagé par vœu à ne pas fuir les tour- 
ments du martyre, si jamais ce bonheur lui était oiïert. .\ toutes 
ses autres austérités, il venait d'ajouter encore des fatigues extra- 
ordinaires, en se dévouant au salut des pestiférés, durant les plus 
accablantes chaleurs de l'été, quand il s'enfonça dans les sables 
des déserts de la Haute-Egypte et de la Nubie. 11 acheva d'y con- 
sumer le peu de vie qui lui restait, par un pénible voyage de 
plusieurs mois ; il n'était plus qu'à quelques heures du but vers 



IX JUILLET. — P. LAURENT CHIFFLET. 39 

lequel il aspirait, lorsque, pour dernier trait de ressemblance avec 
son saint patron, il fut appelé à la récompense éternelle. Il n'a- 
vait pas encore quarante-trois ans, et en avait passé ving-t-cinq 
dans la Compagnie. 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. (Archw. Rom.}. — Lettre du P. Jean Ver- 
ZEAU, Sayda, ^ juin 1701 (Arc/iiu. dont.). — Lettres édifiantes, e'dit. 1781, 
/. 1, pre'f-, p- xviii-xxi, p. 213; t. 3, p. 260. — Villotte, Voyages d'un mis- 
sionnaire, p. 271, 272. — Collect. manuscrite de la Prov. de Lyon sur les 
Missions de Syrie, p. 2 et 466. ' 



Le même jour, à Anvers, mourut en 1658, le P. Laurent Chifflet, 
né à Besançon, « l'un de ces quatre frères, dit un vieil historien 
du même pays et du même temps, qui semblent s'être répartis 
dans les maisons royales et religieuses, pour 3' travailler à l'envi 
au salut des corps et des âmes des grands et des petits, et qui 
enrichissent journellement les plus curieuses librairies de pièces 
exquises de toute sorte d'érudition et de solide piété ». La liste 
des ouvrages du P. Laurent suffirait seule à montrer l'ardeur de 
son zèle pour l'instruction chrétienne des enfants et des ignorants. 
Mais ce ne fut que la moindre partie de ses travaux pour le salut 
des âmes, ou plutôt le fruit du peu de loisir que lui laissaient 
les fatigues de l'apostolat. Rien ne saurait donner de cet héroï- 
que fils de saint Ignace une idée plus haute, que le tableau de 
son dévouement sans mesure sur les remparts et dans les hôpi- 



-'»() MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE F)K FRANCE. 

taux (le la ville de Dôlc, au milieu des horreurs du siège qu'elle 
eut à subir en 163C, et des ravages de la peste qui en fut la 
suite. Après nous l'avoir montré au poste d'honneur où la mi- 
li'aillc faisait le plus de victimes, n'abandonnant la place « de jour 
ou de nuit, non pas même pour aller dire la sainte messe ou 
prendre un peu de réfection », à moins qu'un autre Père ne fût 
au milieu des combattants, la relation authentique du siège assu- 
re qu'il fut l'inventeur et le conseiller ou directeur « presque de 
tous les vœux et dévots exercices pour implorer la faveur du ciel 
aux plus grandes détresses ». Puis, après six ou sept semaines de 
cette rude vie, sûr de trouver plus de fatigue encore et plus de 
péril, avec moins d'éclat, parmi « les soldats, et les pauvres bour- 
geois et paysans, blessés ou autrement malades qui peuplaient le 
grand hôpital et comblaient ses cimetières : il s'y enferma, pour 
les assister en toutes leurs nécessités spirituelles et temporelles ; 
sans s'épargner à les servir pour le corps même, en tout ce que 
peut un zélé religieux , s'acquittant ainsi, non moins par exemple 
que par exhortation et avis, de l'intendance que le magistrat lui 
avait donnée sur cette maison de Dieu». 

Peu s'en fallut que ce vaillant apôtre, frappé à son tour par 
le fléau, ne succombât lui-même, peu après le siège, au chevet de 
ses chers mourants. Mais Notre-Seigneur le conserva pour l'éter- 
nel bonheur d'un plus grand nombre d'Ames ; et « sa guérison 
inespérée, ajoute encore le même historien, lui parut une nouvelle 
vie, que Dieu lui avait prêtée pour la prodiguer une autre fois au 
salut de son prochain, comme il fit durant cette ravageante peste, 
qui déserta presque la ville, en l'automne suivant. 11 s'y expo- 
sa sans réserve, dedans et hors les maisons empestées, à toutes 



IX JUILLET. — P. CHARLES CLUSEL. 44 

sortes de périls en une extrémité où les plus proches et les af- 
fectionnés abandonnaient leurs parents et amis ». Mais profondé- 
ment pénétré de son impuissance pour ramener les Ames à Dieu, 
et ne fondant son espoir que sur la grâce et les mérites de Jésus- 
Christ, ce saint homme savait trouver encore de long-ues heures 
pour ne traiter qu'avec Dieu seul du salut des pécheurs ; et sept 
fois par jour, prosterné à terre, il suppliait humblement le Sau- 
veur d'avoir pitié de ces pauvres âmes, pour lesquelles il avait 
donné sa vie et son sang. 



BoYviN, Le siège de la ville de Dole, p. 121, 275. — de Backer, Bibliothè- 
que . . . , t. \, p. 191. — SoTUELLus, Biblioth. Script. Soc, p. 539. — Nicéron, 
Mémoires.., t. 25. — Biographie univers, de Michaud, t. 8 {Art. de Weiss). 



Le même jour encore, l'an 1636, mourut à Bordeaux le P. Char- 
les Clusel, serviteur insigne de la Reine des anges, dont il di- 
rigea la congrégation, avec autant de succès que de ferveur, pen- 
dant une grande partie de sa vie. Son unique pensée semblait 
être d'inspirer à ces jeunes enfants un ardent désir de retracer 
en eux les plus belles vertus de leur divine Mère, particulière- 
ment son amour pour la chasteté et pour la prière, et sa haine 
pour le péché. La très sainte Vierge ne fut pas insensible au zèle 
de son dévot serviteur. Elle enrichit son âme des dons les plus 
précieux, et lui donna une puissance miraculeuse sur les maladies 
du corps et de l'âme de ceux qui faisaient partie de cette pieuse 
réunion. Il lui suffisait d'offrir à leur intention le saint sacrifice 
A. F. — T. II. — 6. 



42 MKN'OLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

on (le rôciter sur eux los litanies «le la sainte Vierge, ce (ju'il 
faisait avec lanl de ferveur, qu'il était <|iiel({ueiois lavi en extase 
aux yeux de tous les assistants. Les esprits célestes venaient eiix- 
niénuîs l'aveiiir du danger que couraient ses jeunes congréganis- 
les, et lui indiquer les moyens dv les en préserver. 



Nadasi, Ann dier. memor., S)^Jut.^p. 18. — P\TiirGNAM, Metwlog., \) Lugl. 
p. 73. — Drevv.s, Fasti Societ. Jesii, ^)^jnl., p. 2GI. — Histoire des Filles N-D. 
t. \, p. 'i37. 



*Le uiéme jour encore de l'année 1630, tomba victime de sa cha- 
rité au service des pestiférés, \o P. Loi is i)i; Serres, Kecteur du 
collège de Ghambéry. La peste, la famine et la guerre s'étaient abat- 
tues à la fois sur cette malheureuse ville, entraîiuuil à leur suite 
des misères sans nombre. Le P. Kecteur, vaillamnuMit secondé par 
tous les Pères et Frères du collège, dont six payèrent leur dé- 
vouement de leur vie, se multiplia pour venir en aide à tant d'in- 
fortunes. Durant six mois entiers, il lit distribuer des secours à 
si.x cents pauvres, et donna l'ordre de n'en refuser aucun, assuré 
que la Providence se montrerait d'aulaiit plus Ulx-rale euveis lui el 
envers les siens, qu'il serait lui-mènu> plus miséricordieux envers 
les membres souffrants de Jésus-Christ. 



Lilter. ann. Prov. Liigdun., ann. I()30 (Arc/iii: I{(un.\. 



X JUILLET 



* Le 10 juillet 1718 mourut ii La Flèche, universellement regretté 
des Nôtres et des étrangers, le P. Jean de la Roche, dont toute 
la vie religieuse, vouée à l'enseignement des lettres et des hautes 
études de philosophie et de théologie, n'offre rien d'extraordinaire 
qu'une scrupuleuse et constante fidélité à l'accomplissement de tous 
ses devoirs. La faiblesse de sa santé et de continuels maux de 
tète avaient d'abord obligé les supérieurs à le retirer de la régence 
et à l'envoyer prendre quelque repos au collège de La Flèche ; 
mais bientôt il se remit au labeur et, dit la relation de sa mort, 
« il n'a point cessé depuis de travailler avec la môme application 
que s'il eût été d'un tempérament des plus robustes, et que s'il 
eût joui d'une santé parfaite ». 

Aux fatigues de sa classe, il joignait celles du ministère des à- 
mes, les confessions dans notre église, les retraites dans les com- 
munautés religieuses, la visite des malades, des prisonniers, des 
pauvres, dont il était, par ses conseils et ses encouragements en- 
core plus que par ses aumônes, la providence visible ; la direction 
de plusieurs congrégations et surtout de celle des pensionnaires, 
dont il associait les membres à toutes ses bonnes œuvres en fa- 

43 



f\\ MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

veur des malheureux. Le zèle pour sa perleelion propre soutenait 
et aniniail cette ardeur ; rien n'ég-alait sa délicatesse de conscience, 
son exactitude aux moindres observances, son humilité, son es- 
prit de foi, sa souplesse entre les mains des supérieurs, et son 
attention de tous les moments à veiller sur lui-même pour ordon- 
ner chacune de ses actions à la [)liis grande gloire de Dieu, .\ussi 
le P. d(; la Hoche accueillit-il sans trouble la nouvelle de sa fin 
prochaine, et il assurait humblement (|ii'il lirait « toute sa conso- 
lation du bonheur (pi'il avait de moui ir (Mifant tic l'Ilglise et de 
la Compagnie, et de sa parfaite conliance dans les mérites de Jé- 
sus-Christ )) . Il était Agé de quarante-huit ans et en avait passé 
trente-et-un dans la (Compagnie. 



Lettre circulaire du P. Chauveav sur la mort du V. Jean de Ut Hoche, 
« à la Flèche, ce 15 juillet 1718 » (Archiv. Rom.). 



Le dixième jour de Juillet de l'an 1794, mourut glorieusement à 
Orange, ()ar la main du bourreau, \e P. Jean Fiteai , de l'ancien- 
ne Province de Lyon, une des colonnes de la foi dans le Dauphi- 
né et la Provence. Il donnait vaillamment à tous ses confrères 
rexeni[)le d'une constance inébranlable à condjattre la Constitution 
civile du clergé. Le sacrilège et féroce émissaire de la Convention, 
le proconsul Maignet, prêtre apostat, parcourait alors la Proven- 
ce, avec une troupe incendiaii'e ; dans ses lettres au tribunal du 
Salut J^iihlic, ce malheureux n'exhalait d autre plainte et dautie re- 



X JUILLET. — P. JEAN FITEAU. 45 

gret, que de ne pouvoir ensevelir la loi catholique des populations 
dans le sang- des fidèles, ou sous les décombres de leurs villages 
livrés aux flammes. Ce fut en de pareilles mains que tomba le P. 
Fiteau. Jeté dans les cachots d'Orange, il eut encore le bonheur 
d'y soutenir l'intrépidité des saintes religieuses martyres de Bou- 
lène ; et quand il marcha au dernier supplice, après avoir confes- 
sé hautement sa foi et son caractère sacerdotal, il mérita d'être 
compté parmi ces Ames héroïques, dont la sérénité arrachait aux 
exécuteurs et aux juges ce cri d'une rage mal déguisée : « Ces 
misérables-là meurent tous en riant )> ! 



GuiLLON, Z/«s martyrs de la foi, t. 3,/>. 100. 



XI JUILLET 



Le onzième jour de juillet de l'an 1591, niounil viclime de la 
charité, près de Carpentras, le P. Pierri: Pkquet, vénérable vieil- 
lard, consommé dans la science des saints, et directeur du P. Cé- 
sar de Bus, fondateur de la Doctrine Chrétienne, (jui le regardait 
comme l'oracle du Saint-Esprit. L'oraison et la croix faisaient tou- 
tes ses délices. La joie qu'il y goûtait était si douce, ([u'elle éclai- 
rait son visage d'une lumière toute divine, et semblait un avant- 
goût et un reilet de la joie du ciel. Son habileté et sa puissance 
à changer les cœurs étaient si grandes, (ju il suffisait d'être dirigé 
par lui pour être regardé comme inébranlable dans la vertu et as- 
suré de sa prédestination. L'estime des peuples du midi pour ce 
grand serviteur de Dieu allait juscpi'au prodige. Pendant les trou- 
bles d'Avignon en 1569, tandis ([u'une populace ameutée par les 
émissaires de l'hérésie, assiégeait le collège de la Compagnie en 
poussant des cris de mort, et se préparait à enfoncer même les 
portes à coups de canon, seul le P. Péquet sortait libremont pour 
ses œuvres ordinaires de charité et de zèle, ri ne recueillait sur 
son passage, de la part même des plus furieux, (pu' des IcMuoigna- 
ges de vénération. 
46 



XI JUILLKT. P. PIERRE PÉQUET. 47 

Dieu lui avait accordé, pour prix de ses héroïques vertus, le 
don de guérir les malades et même de ressusciter les morts. C'est 
ainsi qu'il rendit à une mère désolée son enfant mort sans baptê- 
me, afin qu'aussitôt après avoir été régénéré, il pût s'envoler au 
milieu des anges ; et trente ans après sa mort, son chapelet, ap- 
pliqué à un malade, sulïisait pour lui rendre à l'instant même une 
parfaite santé. Dès que le saint homme eut rendu le dernier sou- 
pir, et jusqu'au moment de ses funérailles, ses précieux restes fu- 
rent tout à coup environnés d'une splendeur miraculeuse, et exhalè- 
rent un parfum délicieux. Pendant qu'on le descendait dans la tom- 
be, une croix étincelante de lumière s'éleva dans les airs au-des- 
sus du cercueil ; et lorsque ses frères, jaloux de posséder un si 
précieux dépôt, demandaient instamment que l'on transportât ses 
ossements au collège de Garpentras, il apparut encore dans l'é- 
glise de la Compagnie, pendant le saint sacrifice, couronné de gloi- 
re et comme ravi d'une ineffable extase devant le saint Sacre- 
ment. 



Theoph. Rayxaui), Pétri Pecqueli c Soc. Jesu vita innocentissimn, pretiosa 
mors, ac cœlestis pridein mortui species, t. 9, p. 285 ; t. il, p. 633. — Juven- 
cius, Histor. Societ., part. 5, lib. 16, n. 13, p. 365, — Nadasi, Ann. dier. me- 
ntor. . lli jul., p. 21. — Dreavs, Fastî Societ. Jesu, 11^ Jul-, p. 264. — 
Litter. ann. Provinc. Lugduii., ann. {iSiÇ> (Arch. dom.j. — Patrignani, Menol. 
11 Luglio, p. 82. 



''i8 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

* Le m(;mo jour de l'an Ifil?, mourut à Agen lo F. uovice Ber- 
nard AiBAis, oncore dans la première Heur de l'Age, mais d'une ver- 
tu qui l'égalait déjà aux vétérans de la rcligiou. Hieu ne surpassait 
son ardeur à se vaincre, à fouler aux pieds toutes les inclinations 
et toutes les recherches de la nature ; ceux qui l'avaient accompa- 
gné dans les différentes épreuves du noviciat, les hôpitaux, le pè- 
lerinage, les offices les plus bas de la maison, parlaient avec ad- 
miration de son intrépidité joyeuse à tout affronter et à tout souffrir 
pour l'amour de Jésus-Christ. Son exemple soulevait les Ames les 
moins généreuses et exerçait autour de lui une sainte contagion 
pour le bien. Une vertu si fortement trempée promettait un vaillant 
ouvrier à la Compagnie , mais Dieu ne fit que le montrer. 

Le F. Aubais ne se démentit pas dans sa dernière maladie. Par 
une méprise grossière du pharmacien, on lui présentait tous les 
jours une potion d'une telle amertume, que le médecin, après y a- 
voir goûté, déclarait n'avoir jamais rien trouvé de si insupportable. 
Cependant le F. Aubais, toujours à la piste, disent nos annales, de 
ce qui pouvait le mortifier, s'en abreuvait avec délices, et si on 
ne l'avait écartée, il aurait continué d'y tremper ses lèvres, prêt, 
comme saint Alphonse Rodriguez, à mourir par obéissance. 



Histor. Provinc. Aquitan., ann. 1617 {Arc/iw. Rom.}. — Nadasi, Annus 
(lier, memorab., [i^juL,p. 21. — Duews, Fasti Socict. Jcsu, [l^jul.,p. 264. 



XII JUILLET 



Le douzième jour de juillet de l'an 1607, mourut à Toulouse le 
P. Pierre Vital, professeur de théologie et prédicateur célèbre, qui 
avait ramené un grand nombre d'hérétiques à la foi. Sa vie et sa 
mort furent celles d'un saint. Quand les médecins lui appliquaient 
le fer et le feu, sa joie de ressembler à Notre-Seigneur tout cou- 
vert de plaies, ne lui laissait pas échapper un gémissement. A la 
nouvelle du danger où l'on était de le perdre, toutes les commu- 
nautés religieuses se mirent en prière, et le peuple se porta en 
foule aux reliques des saints apôtres et des martyrs de la ville de 
Toulouse, pour obtenir de Dieu sa guérison. Deux heures avant 
de rendre le dernier soupir, le P. Vital, comme un soldat prêt à 
saisir la palme, fît entendre par trois fois d'une voix forte ce cri 
triomphant : Victoire ! « et en même temps, raconte un témoin ocu- 
laire de sa mort, il fît une exhortation à nos jeunes frères qui 
étaient là présents, mais avec tant de véhémence que, s'il eût été 
en chaire et plein de santé, il ne l'eût su faire avec telle véhémence 
et ardeur». Quelque temps après, « il se mit à chanter, continue le 
même témoin, fort mélodieusement: Deus^ in adjutorium meum in- 
tende y> ; et il s'endormit doucement dans le Seigneur. 

A. F. — T. II. — - 7. 49 



V)() MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Le jour des funérailles de ce saint homme, le Parlement suspen- 
dit ses séances, pour lui rendre les derniers devoirs, avec les con- 
fréries des pénitents, le clergé, la ville entière, comme à l'apôtre 
et au père de toute cette grande cité. 



Nadasi, Annus dier. mentor., 12a JuL, p. 21. — Litlerdc ann. Societ. Je- 
su, ann. 1607, p. 554. 



* Dans le courant du mois de juillet de l'année 1598, on ignore 
au juste quel jour, mourut à Avignon le F. Coadjuteur Michei, Sar- 
tre. Chargé de l'administration de la maison de campagne du col- 
lège et presque toujours abandonné à lui-même, il ne laissait pas 
de vaquer à tous ses exercices spirituels avec ki même exactitude 
que s'il eût été sous les yeux de ses frères et des supérieurs ; et 
si quelque affaire imprévue l'avait empêché de faire son oraison 
ou son examen à l'heure ordinaire, il s'était imposé la loi inviola- 
ble de ne pas goûter une bouchée de pain avant d'avoir satisfait 
à son devoir et donné à Dieu la mesure tout entière. 11 se ren- 
dait un jour au collège pour y faire la sainte communion; la route 
était longue, et il marchait à pied. Epuisé de fatigue et de faim, 
le F. Sartre se sentait défaillir. Tombant alors à genoux, il se re- 



XII JUILLET. — F. MICHEL SARTRE. î$l 

commanda à son Père céleste ; et, racontent les lettres du collège, 
il aperçut sur le chemin un pain d'une blancheur éclatante, qui 
communiqua à ses membres une force merveilleuse et lui donna 
comme des ailes pour achever sans peine le reste de sa course. 



Nadasi, Annus clier. memorab., 23** j'uL, p. 47. — Drews, Fasti Socîet. Je- 
su, 2^^ j'ul., p. 281. — Litter. ann. Soc. Jesu, ami. 1598, p. 207 seqq. 



Xm JUILLET 



Le treizième jour de juillet de l'an 1G67, mourut à Vannes le 
P. Barthélémy Vimont, à l'âge de soixante-treize ans. Cinq fois il 
avait traversé l'océan pour ses chers sauvages du Canada, dont le 
P. Jean de la Bretesche lui avait annoncé dans sa jeunesse qu'il se- 
rait un jour l'apôtre et le père. C'est lui qui conduisit à Québec 
les premières religieuses de la Nouvelle-France, âmes héroïques, 
dont les travaux et la charité firent lleurir, parmi les femmes et 
les petites filles des Hurons, des Algonquins et des Iroquois, les 
plus belles et les plus pures vertus du christianisme. A ce titre 
seul, il mériterait d'être compté parmi les plus insignes bienfai- 
teurs de ces contrées. On raconte aussi de lui des traits d'une cha- 
rité admirable, surtout pendant une cruelle maladie qui désolait la 
colonie, et plusieurs événements miraculeux que l'on regarda com- 
me un éclatant témoignage de sa sainteté et de son crédit auprès 
de Dieu. Supérieur de toute la mission, le P. Vimont ne voulait cé- 
der à aucun de ses frères les ministères les plus vils et les plus 
laborieux. « Pour animer ses pauvres sauvages, écrivait la V. Mère 
Marie de l'Incarnation, il leur donne lui-même Texemple et tra- 
vaille la terre avec eux. Puis tout épuisé de fatigue, il enseigne à 
lire aux petits enfants, et leur apprend en même temps à connai- 
52 



XIII JUILLET. — F. CHARLES PELLETIER. 53 

tre et à aimer Dieu, ne trouvant rien de bas dans tout ce qui 
peut servir à la gloire de Notre-Seigneur et au bien de ce pauvre 
peuple. En un mot, il n'y a pas de mère qui puisse montrer plus 
de vigilance et se dévouer avec plus d'amour pour ses enfants » ! 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. ( Archw. Rom. }. — Gordara, Histor. 
Soc, part. 6, t. 2, lib. 14, n. 265 seqq., p. 346, 348. — Greuxius, Histor. 
Canad., l. 4, p. 257. — Relations de la Nouvelle- France, ann. 1639- 
1643, 1645, 1648. — Rybeyrète, Scriptor. Provinc. Franc, p. 25. — So- 
TUELLUs, Biblioth. Scriptor. Societ. Jesu, p. 108. — de Backer, Biblio- 
thèque ...,/. b, p. 763. ^- Lettre du P. Ghaumonot au P. Vitelleschi, 
1 août 1639. Cf. Garayon, Documents . . , Le P. Pierre Chaumonot, p. 115. 
— Lettres de la Vén, Marie de l'Incarnation, p. 321, 323. — Ferland, 
Cours d'histoire du Canada, t. 1, p. 237, 297, 313 et suiv. 



Le même jour de l'an 1827, mourut à St-Acheul le F. Gharles 
Pelletier, un des premiers Goadjuteurs de la nouvelle Gompagnie. 
Il était déjà sur le retour de l'âge, lorsque le vénérable P. de 
Clorivière l'admit au nombre des novices ; mais il était d'une sim- 
plicité d'obéissance qui rappelait vivement la perfection et les ma- 
ximes du saint Frère Alphonse. Ge fut le caractère propre des dou- 
ze dernières années de sa vie. Le nom et l'amour de l'obéissance 
étaient toujours présents à son esprit et toujours sur ses lèvres. 
On admirait sa promptitude et sa fidélité à tout recevoir comme 
de la bonté et de la volonté divines. Lui proposait-on de dire un 
seul mot pour obtenir un soulagement ou une dispense ? « Ne vaut- 



;i4 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

il pas mieux faire l'obéissance » ? répondait-il. Et il ne trouvait en 
eil'el rien de trop fatigant pour son âge, rien de trop humiliant 
dans ses travaux, rien de trop pauvre, ou dans ses vêtements, ou 
dans les objets mis à son usage. Tout cela lui venait de Dieu, 
c'était assez pour lui faire goûter la plus douce joie. Même quand 
on lui imposait ([uelques pénitences pour des oublis ou des dé- 
fauts dont il n'était pas coupable devant Dieu ( et il en reçut bien 
des fois de très mortifiantes pour la nature ), il les faisait avec 
plaisir, lisons-nous dans les précieuses notes du P. Loriquet, sans 
qu'il lui arrivât jamais de s'en plaindre. Enfin, jusqu'au milieu des 
plus vives douleurs, bien loin de laisser échapper un signe de 
tristesse ou d'impatience, il semblait goûter un plus vif plaisir de 
la bonté de Dieu, un plus filial amour de sa vocation, et répétait 
bien souvent à ses frères. « Oh ! que de grâces nous fait Notre-Sei- 
gneur, de nous avoir appelés à sa Compagnie » ! 



Annales de St-Acheul, p. 531. — Témoignages des contemporains I Arc/i. 
dont. ). 



^'♦-1 



XIV JUILLET 



Le quatorzième jour du mois de juillet de l'an 1654, mourut 
au collège de Pont-à-Mousson le F. Coadjuteur Dominique Gérard, 
cité dans les annales de la Province de Champagne comme un 
modèle de conversations vraiment religieuses. Il ne trouvait en ef- 
fet de charme aux entretiens qu'autant qu'ils pouvaient intéresser 
le cœur d'un fils de saint Ignace et d'un compagnon de Jésus. 
Après avoir travaillé tout le jour pour l'amour de Dieu et en la 
présence divine, son plus doux repos était de parler de Dieu. Ce 
don précieux se communiqua par lui à un grand nombre de nos 
Frères et de nos Pères ; et l'on peut dire que, même après sa 
mort, il fut encore l'apôtre des pieux discours ; car dans le même 
mois, le jour de la fête de saint Alexis, un des professeurs de 
Pont-à-Mousson s'étant levé la nuit pour faire oraison, vit tout 
à coup apparaître le F. Gérard couronné de lumière et portant sur 
les lèvres une étoile d'un merveilleux éclat. « Jouissez-vous déjà 
de Dieu, mon Frère ? et que signifie cette étoile»? — « Oui, je jouis 
de Dieu, répondit le bienheureux défunt, et cette étoile est le signe 
de la récompense dont le Seigneur a couronné la fidélité de son ser- 

55 



of) MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCK DE FRANCE. 

viteur à ne jamais parler que des choses divines. II m'envoie vers 
vous, ô mon Père, pour recommander la même fidélité. Oh ! si 
l'on savait, ajouta-t-il, combien le ciel aime, combien l'enfer a en 
horreur les saintes conversations » ! 



Nadasi, Ann. (lier, niemor.^ ïk^ jul.^ p. 25. — Dhews, Fasli Societat. Jesu, 
ik^/ul.,p. 269. 



XV JUILLET 



Le quinzième jour de juillet nous rappelle le souvenir d'un grand 
nombre de nos Pères, de la Province de Champagne et de la Pro- 
vince de Lyon, qui se consacrèrent au service des pestiférés en 
1585 et en 1630, et succombèrent glorieusement, victimes et mar- 
tyrs de la charité. La première de ces deux généreuses troupes se 
composait de onze Pères et Frères du collège de Pont-à-Mousson, 
qui, au milieu des ravages de la peste et de la famine, obtinrent 
la grâce de dévouer leur vie au soulagement et au salut d'un peu- 
ple presque réduit au désespoir par la violence de ses maux. C'é- 
taient les PP. et FF. Jean Bernard, Guillaume Pastor, Jean Roulet, 
Gilbert Lanoy, Jean Pélisson, Philippe Dagné, Antoine Du Pont, Da- 
mien Grammaire, Jean Blondel, Barthélémy Raphaël et Pierre Fi- 
tan. 

Le même jour à Embrun, l'an 1630, le P. Antoine de Digne, hom- 
me vraiment apostolique, insatiable de travaux et de souffrances 
pour l'amour de Jésus-Christ, et le F. Ignace Fondora, animés du 
même esprit de charité et du même zèle, remportèrent la même 

A. F. T. II. — 8. 57 



58 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCK DE FRANCE, 

couronno, victimes de ces terribles fléaux, ([ui, sous le règne de 
Louis XIII, désolèrent si longtemps le midi de la France, et aux- 
quels la seule Province de Lyon n'hésita pas à sacrifier, pour le 
salut des âmes, quatre-vingts de ses enfants, cpii périrent dans 
l'espace de trois ans. 



Sacchini, IJisfor. Societ., part. 5, lib. 5, n. 138, p. 2.5G. — Abh\m, L Uni- 
versité de Ponl-à-Mousson, l. 3, p. 200. — Aleg.vmbe, Heroes et victinur vha- 
rilatis^i ann. 1585, /;. 77 ; ann. 1630, p. 286. — Drews, Fasti Societ. Jes., 15=* 
j'uL, p. 271. — P. M.vuGELLiN Former, S. J. , Histoire ge'néralc des Alpes- 
Maritimes ( Mss. de la Biblioth. de Lyon, n" 831 j. 



»•••••« 



XVI JUILLET 



Le seizième jour de juillet de l'an 1677, mourut glorieusement, 
à la reprise de l'Ile de Gayenne sur les Anglais, le P. Louis Fré- 
MOND, de la Province de Paris, aumônier militaire des troupes fran- 
çaises, homme d'un grand cœur et véritable martyr de l'amour des 
âmes. Dès le temps où il étudiait à Bourges la théologie, on lui 
avait confié le double office de catéchiste des pauvres mendiants et 
de directeur de la congrégation des artisans. Deux fois par semai- 
ne, il réunissait les premiers dans l'église du collège de la Compa- 
gnie, et leur distribuait, tête nue par respect pour les membres 
souffrants de .Jésus-Christ, l'aumône hebdomadaire, destinée à ser- 
vir d'appât et de récompense à ceux que n'eût point attirés le seul 
amour de Dieu ou de leur salut. Les jours de dimanches et de fê- 
tes, il consacrait l'après-midi à évangéliser les campagnes envi- 
ronnantes, où l'on comptait encore un grand nombre de calvinis- 
tes ; et sa charité, toujours attentive à ne jamais dire une parole 
capable de les blesser, tout en leur exposant la foi catholique dans 
toute sa force et sa pureté, ramena un grand nombre des plus ob- 
stinés au bercail de la sainte Église. 

Après son élévation au sacerdoce, Louis Frémond fut d'abord 

59 



fiO MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

appliqué à l'œuvre des missions et des retraites de la Fiasse-Bre- 
tagne. Ne voulant rien négliger de ce (pii pouvait servir à la con- 
version et à la sanctification de ses auditeurs, il se mit à étudier 
la langue bretonne, avec une ardeur qui promettait déjà un digne 
compagnon au Vénérable P. Julien Maunoir. Mais Dieu le destinait 
principalement à l'apostolat des Antilles, où l'attirait lespoir de 
verser son sang pour Jésus-Christ. Une lettre du 1*. Jean Mongin, 
de la Province de Toulouse, l'appelle un des quatre grands apô- 
tres de cette mission, mais sans entrer malheureusement dans les 
détails ; et nous n'avons pu retrouver qu'une relation officielle, a- 
dressée aux cardinaux de la Propagande, ([ui nous permet cepen- 
dant d'assister, à la distance de deux siècles, aux glorieuses scè- 
nes qui couronnèrent, à l'âge de quarante-huit ans, cette belle 
vie. 

Depuis onze jours, le P. Frémond accompagnait la petite armée 
française, destinée à reprendre sur les Anglais le fort de Cayenne, 
lorsqu'il fut attaqué soudain d'une lièvre ardente. Bien qu'il parût 
incapable, dès le jour suivant, de faire un seul pas, il répondit 
au général, qui le pressait de prendre quelque repos, que peu im- 
portait sa vie, mais qu'il ne pouvait demeurer en arrière, et que 
tant qu'il lui resterait un souflle, il suivrait sa troupe allant au 
combat. Sa faiblesse croissant de jour en jour ne l'empêcha pas de 
convoquer les soldats dans sa tente, d'entendre leurs confessions, 
de les absoudre, et de les animer à faire bravement leur devoir. 
Mais quand sonna l'heure du dernier assaut, n'ayant ni la force 
de marcher, ni seulement de se tenir debout, il lui fallut se rési- 
gner à implorer de loin, pour ses chers combattants, la bénédi- 
ction divine et la victoire. 



XVI JUILLET. — P. JEAN PAPON. 61 

Bientôt on vint lui annoncer que le fort était emporté, presque 
sans effusion de sang- français, mais que le ministre hérétique de 
l'armée vaincue était blessé à mort. Le désir de sauver une âme 
de plus rendit au P. Frémond un reste de vigueur. Il invoqua l'as- 
sistance de Notre-Seigneur ; et se traînant avec une peine extrême, 
il rampa lentement jusqu'au fort, où il acheva de s'épuiser pour 
réconcilier le mourant avec l'Eglise romaine. Puis entouré de 
l'armée victorieuse, il entonna, dans un suprême effort, le Te 
Deuin^ bénit et purifia la chapelle souillée par les cérémonies 
du culte hérétique, et reporté sur les bras des soldats jusqu'à 
son lit de mort, il y vécut encore trois jours, en silence, les yeux 
au ciel, et le crucifix sur le cœur, si calme et si plein d'une dou- 
ce joie, qu'il parut à plusieurs ravi en extase, entrevoyant déjà le 
bonheur du ciel. 



Martinus Poinsset, Sup. Gen. Missionum Soc. Jesu in America Meridiona- 
li, ad ^m«"'»os Cardinales S. Congr. de Propaganda Fide, ex insula Marti- 
nica, 12 mart. 1682 {Archiv. Roman.). — Elog. defunct. Prov. Franc. (Arc/iiv. 
Rom.). — Lettre inédite du P. Jean Monginj «a P. Antoine Pages, Provin- 
cial de Toulouse, 10 mai 1679 ( Archiv. dom. ). 



Le même jour, mourut à Lyon, l'an 1672, le P. Jean Papon, reli- 
gieux d'une si scrupuleuse fidélité aux prescriptions les plus légè- 
res des règles de son office, que si elles avaient pu se perdre, son 
seul exemple, disait-on, aurait suffi pour les retrouver. On admi- 



1)2 MÉNOIOGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

rait en particulier son exactitude à préparer par écrit et en latin 
loutes ses classes, même après de longues années d'enseignement, 
sans qu'il se permit jamais l'ombre d'un relâchement ou d'une ex- 
cuse. Aussi lorsqu'il eut été chargé par l'obéissance de former les 
novices de sa Province à la perfection propre de Iciir vocation, 
cette fidélité et cet amour de la règle était comme le signe 
distinctif de tous les jeunes religieux sortis de ses mains. 



Elogia dejunct. Prov. Lugdun. { Archiv. Rom.}. 



XVn JUILLET 



Le dix-septième jour de juillet de l'an 1725, mourut, en pleine 
mission bretonne, le P. Guillaume Le Roux, d'abord le compagnon, 
puis le biographe et l'un des plus parfaits imitateurs du Vénéra- 
ble P. Julien Maunoir, dont il parut, pendant près de quarante ans, 
avoir reçu le double esprit de sainteté et d'apostolat. Telle 
était sa réputation que, lorsqu'il termina sa longue et glorieuse 
carrière, deux populations voisines qui prétendaient avoir éga- 
lement droit à un si précieux dépôt, se disputèrent ses saintes 
reliques ; et il fallut partager entre elles le cœur et le corps de ce 
grand serviteur de Dieu, qu'elles reçurent avec des transports de 
joie et honorèrent comme les dépouilles d'un Bienheureux. L'évê- 
que de Quimper lui-même crut devoir joindre son témoignage à la 
vénération publique des fidèles ; et dans le s^^node du diocèse, il 
voulut payer solennellement, au nom de son clergé et de son peu- 
ple, un juste tribut d'éloges aux succès apostoliques et à la sain- 
teté du P. Le Roux. 



Elog. de f une t. Pr ovine. Francise ( Archiv. Rom. ). 

03 



XVIII JUILLET 



Le dix-huitième jour de juillet de l'an 1669, mourut en odeur 
de bénédiction au collège de Bourges, le P. Pierre Boutard, véné- 
rable vieillard de quatre-vingt-huit ans, d'une innocence et d'une 
ferveur vraiment angéliques, et dont on racontait, plus de quaran- 
te ans après sa mort, mille traits de simplicité, d'humilité, d'a- 
mour de Dieu et du prochain, dignes des plus beaux siècles de 
l'Église. Jusqu'à l'âge de plus de soixante ans, il s'était fait le 
disciple fidèle et le coopérateur assidu du grand et humble père 
(le tous les misérables de Paris, le Vénérable Claude Bernard, si 
connu sous le nom du Pauvre Prêtre et de l'Apôtre par excellence 
des prisonniers et des suppliciés. 

Pierre Boutard avait mis au service de Claude Bernard son 
temps, sa fortune, sa personne, sa rare connaissance des affaires 
humaines, et donnait le plus bel exemple d'un homme qui a re- 
noncé à vivre pour lui-même et ne vit plus que pour les pauvres 
et pour Jésus- Christ. Ce fut la splendeur de cette charité qui, 
après la mort de son cher maître, lui ouvrit l'entrée de la Com- 
pagnie, malgré l'obstacle de son âge et d'études trop incomplètes. 
Mais il y rendit les plus grands services, dans la charge de pro- 
64 



XVIII JUILLET. — P. FRANÇOIS CHARBONNIER 6S 

eureur du collège de Bourges, en administrant les affaires de la 
Compagnie comme il avait administré celles des pauvres. On con- 
naît en particulier la tendre dévotion de Claude Bernard, le pau- 
vre prêtre, pour la très sainte Eucharistie, et pour la miséricor- 
dieuse Reine du ciel, qu'il faisait invoquer aux pécheurs, jusque sur 
l'échafaud. Pierre Boutard avait hérité de ce double esprit. Simple 
laïque, il servait chaque jour la messe de Claude Bernard, qui de- 
meurait souvent trois heures entières à l'autel, ravi en extase ; là, 
prosterné aux pieds de son Seigneur, Pierre Boutard ne se lassait 
jamais ; et quant à Marie, pour lui témoigner un plus humble res- 
pect, il garda, jusqu'à l'âge de plus de quatre-vingts ans, l'invio- 
lable coutume de balayer chaque semaine son sanctuaire, sans 
vouloir jamais consentir à laisser à d'autres ce témoignage de filia- 
le piété. 



Elogia defunct. Provinc. Franc. ( Archiv. Rom. ). — Lempereur,. Vie 
du vénérable Père Bernard, édit. 1834, chap. 17, p. 160. 



Le même jour de l'an 1676, mourut, après soixante-trois ans de 
vie religieuse, le P. François-Michel Charbonnier, zélateur insigne 
de toutes les œuvres de la Compagnie dans la maison professe de 
Toulouse. Il l'avait gouvernée à deux reprises différentes; il y avait 
fondé en particulier des réunions de chaque mois pour les âmes 
du purgatoire, et d'autres pour la préparation à la bonne mort. Il 

A. F. — T. II. — 9. 



OC) MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCIi! \>V. FRANCK. 

y (lirigeail clc|)uis dix-sept ans, quand il moiinil, la grande con- 
grégalioii do la sainte Vierge, où llcurissaienl les plus beaux 
exercices de charité, de zèle et d'humilité. Cette dernière vertu ou 
particuiiei' était, disail-il, la voie la plus sûre, pour arriver au 
ciel ; et c'était j)Our lui un vrai Irioniphe d'allei-, avec ses plus 
nobles congréganistes, visiter les réduits les plus misérables des 
pauvres, des malades et des prisonniers. 

Quand ce saint homme ne traitait pas de Dieu avec les âmes, il 
traitait des âmes avec Dieu, toujours à genou.x dans sa cellule, ou 
prosterné au pied de son crucifix, puisant dans les plaies de No- 
tre-Seigneur une ardeur divine qui se reflétait sur son visage. Com- 
me le Bienheureux Fondateur de la Compagnie et tous les pre- 
miers disciples de saint Ignace, le P. Charbonnier attachait une 
souveraine importance à la sainte pratique de l'examou particulier. 
Pour ne jamais la négliger sous aucun prétexte, il s'était engagé 
formellement à de très rigoureux exercices de pénitence, toutes 
les fois qu'il se trouverait coupable, en ce genre, de (juclque in- 
fraction ; et les fruits de cette fidélité merveilleuse semblent pou- 
voir rappeler la perfection du Bienheureux Père Le Fèvre. Dieu 
l'éprouva, avant de le couronner, par de très cruelles douleurs de 
la pierre, mais il le trouva digne de Lui. 



Elogia defunct. Proi'inc. Tolos. (Arc/iiv. llnni.). 



XVIII JUILLKT. F. PIERRE DOLIGIER 67 

Le même jour encore de l'an 1604, mourut au collège d'Avignon 
le F. Pierre Doligier , Coadjuteur temporel de la Province de 
Lyon, Il avait un si grand désir de travailler jusqu'à la mort pour 
l'amour de Notre-Seigneur, que les douleurs d'une cruelle sciatiquo 
n'étaient pas même capables de l'arrêter ; et c'était un touchant 
spectacle pour tous ses frères, que de le voir se traîner avec 
peine et en boitant, mais toujours invincible à la souffrance, et 
remplir tous les devoirs de son office avec une ferveur qui ne 
pouvait lui venir que de Dieu. 



Lillerœ annux Soviet. Jesu, ami. 1604, p. 363. — Nadasi, Ann. diev. me- 
mor., 18^ jul., p. 38. — Drews, Fasii Societ. Jesu, 18» juL, p. 274. 



XIX JUILLET 



* Le dix-neuvième jour de juillet de l'année 1G89, mourut à Pariç 
le P. Jacques Giroust, né à Beaufort en Anjou, insigne ouvrier de 
la Compagnie, dont la parole, au témoignage des contemporains, 
était celle d'un orateur, d'un théologien et d'un religieux unique- 
ment préoccupé des intérêts des Times et de la gloire de Dieu. De 
grands succès récompensèrent son zèle, et la réputation d'orateur 
elle-même ne lui fît pas défaut dans un siècle qui entendait Bour- 
dalouo et Bossuet. Mais peu sensible à la gloire, le P. Giroust ne 
voulut jamais publier ses sermons ; et sur le déclin de sa vie, il 
fallut toute l'autorité de ses supérieurs pour l'empêcher de les li- 
vrer aux flammes. 

Ses huit dernières années se passèrent sur la croix. Forcé par 
de douloureuses infirmités de se tenir éloigné des chaires, il se 
renferma dans l'humble et fécond ministère de la direction des Ti- 
mes, et mit libéralement au service du prochain les trésors de ses 
lumières et de son expérience, heureux de travailler jusqu'à la fin, 
et n'attendant point d'autre repos que celui du ciel. Epuré par de 
longues souflrances, qu'il supporta avec une patience inaltérable, 
et riche de mérites, il s'endormit enfin paisiblement dans le Sei- 
68 



XIX JUILLET. — F. GABRIEL GRIFFON 69 

gneur, à l'Age de soixante-cinq ans, dont il avait passé quarante- 
huit dans la Compagnie. 



Elogia defïmclor. Prov. Franc . { Archiv. Rom. ). — Avertissement en 
tête des sermons du P. Giroust, 3* e'dit., Bruxelles., 1742. — de Backeh, 
Bibliothèque. . . ,t. 1, p. 242. — Feller, Dictionnaire historique, t. 3, p. 315. 
— L.vuRAs, Bourdaloue, sa vie et ses œuvres, t. 2, appendice xiii, p. 563. 



* Le même jour de l'an 1656, mourut à Aubenas le F. Goadjuteur 
Gabriel Giuffon, âgé de trente-neuf ans, vénéré comme un saint re- 
ligieux par toute la Province de Toulouse. Avant même son entrée 
dans la Gompagnie, il avait conçu pour la grâce de son baptême 
une si vive estime, qu'il la conserva intacte jusqu'à la mort. 

Devenu enfant de saint Ignace, il se donna pleinement à Dieu, 
et ses moindres actions étaient empreintes d'un caractère surnatu- 
rel. Il était toujours armé de quelque instrument de pénitence, 
moins pour expier ses fautes et vaincre les rébellions de la natu- 
re, que pour se rappeler son inébranlable résolution de vivre et 
de mourir avec Jésus crucifié. L'auteur de son éloge ne croit pas 
exagérer, dit-il, en assurant que l'humilité du F. Griffon, son re- 
noncement, sa dévotion, son obéissance a répondaient pleinement à 
ce que saint Ignace désire pour que nos Frères glorifient Dieu 
dans leur degré ». 



Elogia defunctor. Provinc. Tolos. { Archiv. Rom. }. 



XX JI ILLKT 



Le vingtième jour de juillet de l'an 1()90, mourut à Québec le 
P. Jacques Frkmin, du diocèse de Meaux, l'émule des plus dignes 
ouvriers de la Compagnie dans le Nouveau-Monde. Enrôlé, à l'Age 
de dix-huit ans, sous l'étendard de saint Ignace, il était parti à 
vingt-huit pour la mission des Iroquois. On peut sans exagé- 
ration affirmer que les églises du Japon cl <lu Paraguay n'offrent 
pas de plus belles pages, que l'église fondée et cultivée par le P. 
Frémin. Et si, comme le grand apôtre saint Jean, il ne mourut 
pas de la sanglante mort de ses compagnons d'apostolat, il y souf- 
frit à l'égal des martyrs. Sortant la première fois du port de Qué- 
bec pour monter chez les Iroquois, « nous fûmes suivis, écrit-il, 
des acclamations de quantité de peuples différents qui bordaient le 
rivage, et dont plusieurs nous regardaient d'un œil de compas- 
sion et d'un cœur tremblant, nous croyant autant de victimes des- 
tinées au feu et à la rage des barbares » . Racontant, dans une 
autre lettre, le séjour qu'il a fait durant <|uelques mois dans une 
bourgade sauvage où l'on avait levé la hache sur sa léte, et où 
il lui avait fallu, dit-il encore, « souffrir mille insolences sans se 
plaindre, sans manger, sans reposer » : « Les choses vont quel- 
quefois à un tel excès, ajoute-t-il, cju'il nous semble ([uc la place 
70 



XX JUILLET. — P. JACQUES FRÉMIN. 71 

n'est plus tenable, mais nous ne la quitterons qu'avec la vie ; et 
cependant nous travaillerons à recueillir les précieux restes du 
sang de Jésus, qui n'a pas été moins répandu pour ces pauvres 
barbares que pour tout le reste du monde ». 

En quelques années, son apostolat devint si fécond en véritables 
fruits des plus belles vertus chrétiennes, que les témoignages una- 
nimes de ses compagnons semblent presque au-dessus de toute 
croyance. « Quelle gloire pour Dieu , écrit le P. Gholenec, quelle 
joie pour le paradis, quelle édification pour nos Français, lors- 
qu'ils y assistent ! Je puis dire sans h3^perbole et dans la pure 
vérité, que cette église ressemble bien plutôt à un chœur de re- 
ligieux qu'à une chapelle de sauvages ». — « les véritables 
chrétiens ! écrit dans une de ses lettres, le P. Bruyas, qui venait 
d'en voir passer quelques-uns dans sa mission ; ils ont changé 
toute la face de notre petite chrétienté dans le peu de temps 
qu'ils y ont demeuré. sainte et heureuse mission, qui a de si 
saints chrétiens ! Et encore plus saint le missionnaire qui les a 
formés par ses soins et par ses fatigues » ! Le P. Frémin lui-mê- 
me, ne pouvant voiler ces merveilles, avoue que, parmi ses néo- 
phytes, plusieurs sont dans une continuelle union avec Dieu pen- 
dant tout le cours de la journée. Leur zèle est incomparable, 
ce sont autant de catéchistes et de chasseurs d'Ames. Quand ils 
vont au travail et qu'ils en reviennent, ils s'animent ou se repo- 
sent par la récitation du chapelet et le chant des cantiques. 

A son entrée dans la bourgade où avait tant souffert le saint 
martjr Isaac Jogues durant une captivité de dix-huit mois, on lui 
apporta dix petits sauvages à baptiser. C'étaient les prémices de dix 
mille, auxquels il devait ouvrir le royaume des anges par le saint 



72 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

baptême. Dieu J'aidait quelquefois par une intervention toute mi- 
raculeuse. Rencontrant dans une de ses courses une sauvagesse 
mourante, dont il ignorait jusqu'à la langue, il vit tout à coup, 
après avoir invoqué les saints anges, deux femmes iîiconnues 
s'approcher d'elle et la préparer au baptême. Et racontant d'autres 
semblables merveilles de la grâce : « C'est, disait-il encore, la ré- 
compense que Dieu nous donne par avance pour les petits travaux 
auxquels ce genre de vie si barbare nous engage pour son a- 
mour ». La célèbre mission de Saint-François-Xavier, ou du Sault- 
Saint-Louis, près de Montréal, fut un des plus beaux fleurons de 
l'apostolat du P. Frémin ; on y comptait jusqu'à des membres de 
vingt-deux nations, dont beaucoup de langues différentes. « Ces 
pauvres gens, lisons-nous encore dans ses lettres, font profession 
des plus hautes vertus; ils contribuent bien plus que moi à la 
conversion des infidèles ; nous sommes pour avoir bien de la 
confusion devant Dieu en l'autre vie, à la vue de tant de barbares 
qui se sont servis plus avantageusement que nous du secours 
de ses grâces » . Et il ne tarit pas sur leur contrition des 
moindres fautes, sur leur amour de la prière, et va jusqu'à dire 
qu'il ne croit pas qu'il y ait au monde, même une assemblée de 
religieux où l'on puisse parler plus dignement des choses de Dieu 
et de la foi. 

Dans les dernières années de sa vie, le P. Frémin, épuisé de for- 
ces, fut rappelé à Québec par ses supérieurs, pour se reposer un 
peu de ses travaux et des infirmités qui en étaient la suite, en tra- 
vaillant à la sanctification des religieuses et des malades de l'Ho- 
tel-Dieu. L'historien de cette maison nous dit qu'il en fit le théâ- 
tre des béatitudes évangéliqucs, tant il apprenait doucement et cffi- 



XX JUILLET — P. PIERRE LARTIGUE. 73 

cacement aux pauvres infirmes à supporter avec amour leurs dou- 
leurs et leur dénuement. II leur faisait faire des confessions, après 
lesquelles ils étaient tout changés et s'en retournaient chez eux 
pleins de Dieu. Mais c'était surtout à l'autel que le P. Frémin pui- 
sait abondamment cette vie divine qu'il communiquait à toutes 
les âmes. Il en donna du haut du ciel, après sa mort, une merveil- 
leuse assurance h son saint et illustre ami, le P. Ghaumonot. Celui- 
ci venait de monter à l'autel et oiïrait pour lui le saint sacrifice ; 
au moment où il prononça ces belles paroles de l'Evangile : « Si 
quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement », il entendit 
tout à coup la voix du P. Frémin, qui lui répondit : « Oui, je vis et 
vivrai éternellement en Celui qui m'a donné l'être ». 



Elogia defunctor. Provinc. Franc^ ( Archà>. Rom. ). — Relations de la 
Nouvelle-France, ann. 1656, 1657, 1659, 1667-1672. — de Montézon, Re- 
lations inédites de la Nouvelle-France, t. i, p. 179-189, 279-293 ; t. 2, 
/;. 13, 49-70, 167-179, 217-227. — Histoire de l' Hôtel-Dieu de Québec, 
p. 184, 263, 350. — Lettres de la Vénér. Mère Marie de l'Incarnation, 
p. 647. 



Le même jour, l'an 1792, le P. Pierre Lartigue, du diocèse d'A- 
gen, fut massacré près de Glérac, en haine de la foi, à l'âge de 
cinquante-quatre ans. Digne fils de saint Ignace, il aimait à choi- 
sir, dans les Exercices de notre Bienheureux Père, les sujets de ses 
prédications, et enseignait aux âmes pieuses à méditer sur les mys- 
tères de la vie et de la passion de Notre-Seigneur. Inébranlable 

A. F. — T. II. — 10. 



1^ MIÎNOLOGK S. J. ASSISTANCE DE FRANCE. 

dans sa Foi (;L dans son amour pour ri'^f^liso, il repoussa avec une 
sainte indij^nalion les serments sacrilèges de ia Constitution civile 
du clergé , sans consentir néanmoins ii se cacher ou à suspendre 
un seul moment ses travaux apostoliques. Ce fut dans l'exercice 
même du saint ministère qu'il eut le bonheur de donner sa vie 
pour Jésus-Cihrist. Saisi par une j)opulace sanguinaires armée de 
fusils, de sabres, de fourches et de bâtons, il fui traîné, au milieu 
des plus infâmes outrages, au pied d'un arbre de la liberté : et 
s'étant mis à g-enoux, tourné vers une croix de mission (jui n a- 
vait pas encore été abattue, il fut ii l'inslanl même percé de mil- 
le coups et laissé baigné dans son sang-, tandis qu'au milieu des 
chants d(; triomphe des assassins, une femme emportait comme un 
Iroplîée la main droite du martyr, qui s'était si souvent étendue 
sur ce malheureux peuple pour bénir et pour pardonner. 



GuiLLON, Les Marti/rs de Ui {'oi, t. m. p. 'i6^. — C.vrron, Les Confesseurs 
de la foL t. l, p. 1. ■).■)- 176. 



XXI JUILLET 



Le vingt-et-iinième jour de juillet de l'an 1746, mourut en odeur 
de sainteté, dans la mission de Tripoli, le P. Yves de Lerne, de 
la Province de Paris, l'une des colonnes de la foi romaine et de 
l'autorité du Saint-Siège parmi les catholiques et les schismatiques 
de la Syrie, du Liban et de l'Egypte, durant un apostolat de qua- 
rante-cinq ans. Il était révéré comme un saint, et « sa vie entière 
s'est passée dans les exercices de la sainteté », écrit un de ses 
compagnons, le P. Gabriel Ghabert, témoin de sa bienheureuse mort. 
On pouvait dire de lui que jamais il ne s'était dérobé à la mort, 
dès qu'il était question, ou de sauver une Ame, ou de faire pré- 
valoir devant les infidèles l'honneur de Dieu . La grandeur des 
travaux, des fatigues et des périls qui ne lui laissaient pas un 
moment de repos, ne faisait que développer la générosité de son 
cœur ; comme on le vit au temps de la fameuse peste de Syrie, 
qui enleva sous ses yeux, en moins de sept mois, jusqu'à cent 
vingt mille victimes dans la seule ville d'Alep. « La terreur, écrit-il 
lui-même, était si grande et si universelle, que sains et malades 
avaient également recours à nous, et assiégeaient nuit et jour notre 
porte, pour nous demander quelques secours ». — « J'ai été souvent, 

7v 
O 



70 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCi: DE FRANCE. 

ajoiite-t-il, obligé de me tenir couché entre deux pestiférés, pour 
les confesser l'un après l'autre, l'oreille collée sur leurs lèvres, 
pour tâcher d'entendre leur voix mourante ». Et rendant honneur 
au courage de ses compagnons, dont il était le chef et le modèle, 
il écrit encore, « qu'après avoir reçu le dernier soupir des mou- 
rants, l'humilité de ces héroïques missionnaires allait jusqu'à la- 
ver les corps et les habits des morts , imprégnés de l'infection 
la plus horrible, et à baiser ensuite leurs mains et leurs pieds ». 
Puis il termine par ce touchant regret : « Je n'ai pas mérité que 
Dien ait bien voulu recevoir le sacrifice de ma vie, que je lui 
avais offert ». 

Une autre fois, consumé par une fièvre mortelle, le P. de Lerne 
fut prévenu par son médecin qu'il allait à la mort, s'il se rendait 
à un concile d'évéques et de prêtres maronites, dont plusieurs son- 
geaient à se révolter contre le Siège Apostolique: «Quand donc, 
répondit-il, pourrai-je trouver une plus heureuse occasion de don- 
ner ma vie » ? VA réduit à suspendre, après plusieurs rechutes, 
ses instructions et ses catéchismes, il écrivait, en attendant de 
nouveaux accès plus terribles, de petites feuilles sur quelques points 
de la foi catholique, et les faisait porter par ses disciples aux prê- 
rcs maronites du voisinage, qui les lisaient le dimanche à tout le 
peuple, au temps de l'office divin. La dernière année de sa vie, le 
P. de Lerne passait encore vingt jours entiers dans un de ces affreux 
cachots, qui, sur le moindre caprice des pachas turcs, devenaient 
si souvent la demeure de presque tous les missionnaires du Lo- 
vant. Aussi, « lorsqu'il vit approcher la mort, dit un de ceux qui 
avaient partagé sa prison, il l'envisagea comme l'entrée do l'éter- 
nité glorieuse, où il posséderait enfin son Dieu ; et il expira plein 



XXI JUILLET. — P. YVES DE LERNE. 77 

de joie, en prononçant ces dernières paroles de Jésus en croix : 
Pater, in nicmiis tuas commendo spirituni rneitui. 



Mém. du Levant, t. 4, p. 64, 82. — Lettres édifiantes, e'dit. 1781, 
t. % p. 298-318. 



XXII JUILLET 



Le vingl-deiixième jour de juillet de l'au 1672, le P. Louis Janin 
mourut à Lyon, à l'Age de quatre-vingt-deux ans, dont il avait 
passé soixante -six dans la Compagnie. Appliqué par l'ohéissance, 
pendant près de quarante aus de sa vie religieuse, à faire la clas- 
se ou à servir de secrétaire pour l'Assistance de France au T. U. P. 
(Général Mulius Vitelleschi, il se fit toujours admirer par son humi- 
lité et son abnégation, au milieu de fonctions si assujettissantes 
pour la nature. Mais en même temps, pour Iravailler au salut des 
Ames, et j)our contribuer, dans la mesure de ses forces et du peu 
de temps que lui laissait son oflice, à former dans toutes les Pro- 
vinces de fervents apôtres et de parfaits religieux, il publia tour 
à tour en latin l'Histoire de nos missions d'Asie et d'Angleterre, 
les vies du saint F. Alphonse Rodriguez et des W. PP. Baltha- 
sar Alvarez et Bernardin Realino, la Triple (Couronne du P. Poiré, 
la Perfection chrétienne du P. Rodriguez, et les deux opuscules du 
P. Nieremberg sur le prix inestimable de la grâce et sur les pro- 
diges de l'amour divin. 



78 



XXII JUILLET. P. RAYMOND GUIRBAL. 79 

SoTUELLus, Bibliotheva Scriplor. Socief. Jesu. p. 560. — de Backeu, Bi- 
hliothèque . . . , t. 2, />. 313. 



Le même jour, deux grands serviteurs de Dieu dans la personne 
des pauvres, des humbles et des petits, les PP. Raymond Guirbal et 
André Guévarre, allèrent recevoir au ciel la récompense promise 
aux miséricordieux. 

Le P. Raymond Guirbal, de la Province de Toulouse, mourut ti Bil- 
lom en IGoG, à l'âge de soixante-quatre ans, dont il avait passé 
quarante-six dans la Compagnie. Chargé tour à tour d'une humble 
classe et de l'administration des biens temporels du collège, il se 
montra constamment, dit l'auteur de son éloge, ouvrier infatigable 
et parfait religieux, toujours prêt à rendre service et à s'abaisser. 
Mais rien ne surpassait sa charité envers les membres souffrants 
de Jésus-Christ ; et pour en étendre encore plus loin les effets, 
il établit une pieuse réunion de dames, dites de charité, chargées 
de l'aider dans son œuvre de dévouement, et de procurer aux 
malheureux tous les secours de l'âme et du corps. 

Le P. André Guévarre, de la Province de Lyon, mourut à Turin 
en 1724. Ses travaux apostoliques et ses œuvres de miséricorde 
l'avaient fait regarder comme un autre P. Chaurand, l'émule de 
saint Vincent de Paul dans tout le midi de la France , Sa répu- 
tation en ce genre était si grande, qu'il fut appelé en Italie par 
le Pape Innocent XII, par le grand duc de Toscane et par le roi de 
Sardaigne, Victor-Amédée, pour organiser les hôpitaux de Rome, 
de Florence et de Turin. 



80 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

P. R\YM. (JLiRBXL. — lUogia ilcfunct. Prnv. Tolos. ( Arc/iiv. Rom. ). — Na- 
»\.si, nnn. (lier, incmorab., 22** juL.,p. ^l't. 

P. And. GuKVAHnE. — Elogia defunctor. Provinc. Ludgun. { Archiv. Rom. ). 
— Charles Jorkt, Le P. Gue'vnrre et les Bureaux de charité' au XVII* 
siècle, Toulouse 1889. 



XXIII JUILLET 



Le vingt-troisième jour de juillet nous rappelle le souvenir de 
trois Jésuites français, morts d'épuisement et de travail dans les 
missions du Levant, le P. Nicolas Bazire à Seyde en 1707, le P. 
Jean-Baptiste Souciet à Salonique en 1738, et le F. Etienne Viau 
en 1615 près des côtes de la Grimée. 

Le P. Nicolas Bazire, mort supérieur de toutes les missions de 
Syrie, avait travaillé pendant dix-huit ans dans celle de Tripoli, 
dont il mérita d'être regardé comme le fondateur ; il y avait une 
église si florissante, que longtemps après sa mort, elle n'était ap. 
pelée dans| tout le pa3^s que la mission du P. Nicolas. Son habi- 
leté dans la médecine lui donnait accès dans les maisons même 
des Turcs ; et il eut ainsi la consolation d'ouvrir le ciel à une 
multitude d'enfants consacrés à Mahomet par le malheur de leur 
naissance, et dont il faisait des enfants de Dieu, dès qu'il les voy- 
ait en danger de mort. Au milieu de ses travaux incessants, il 
ne perdait jamais la présence de Notre-Seigneur, et cette vue ré- 
pandait un si vif éclat sur son visage, que les infidèles eux-mêmes 
le regardaient et le vénéraient comme un homme venu du ciel. 

Le P. Jean-Baptiste Souciet, l'un des plus fervents apôtres de 
la Macédoine, se dévouait surtout au salut des marins de tout 

a. F. — T. II. — 11. 81 



S2 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FHAN'CE. 

pays, de tout rite et de toute langue, (|ui duianl l'année entière 
ne cessaient d'aborder au porl de Salonique. Ce l'ut dans les fati- 
g-iics excessives de cette perpétuelle mission, qu'il ne tarda pas à 
succomber. Les Lettres édifiantes nous ont conservé des traits hé- 
roïques de son zèle, commet lorsqu'il pénétra dans les prisons, au 
riscjue évident de périr au milieu des supplices, pour animer îiu 
martyre deux apostats repentants de leur crime, et qui, grâce à 
ses exhortations, confessèrent jusqu'à la mort le nom de Jésus- 
Christ. 

Le F. Ltihxxe Viai", (^oadjuteur temporel dv la mission de Con- 
stantinople, où il avait souffert les injures, la prison et de cruels 
tourments pour la foi, puis compagnon des naufrages, des fatigues 
et des privations excessives du P. Louis Granger, dans la mission 
de Mingrélie, mourut non loin des côtes de la Crimée, martyr de 
la générosité avec laquelle il s'était exposé à tant de souffrances, 
pour travailler au salut des Ames les plus abandonnées. 



P. \^.v/A\u^:. — Elogia defunclor. Provinc. Fi'anc. (Arc/i.Ro/n.). — Mémoires 
du Levant, i. \, p. IM , 159, -2G1 — Leur, ddif., t. \.p. 208-210. 

P. SouciET. — Lettres cdif., t. 2, p. 4I()-4I8. 

F. Viw. — JuYKNCius, Histor. Soc. Jcsu, Ub. xvu. part. .">. //. 30. p. 42 
scqq. — C\R\YON. Missions de la Compagnie de Jésiuf à Constantinople et 
dans le Levant . Dora ni. inédits. Lettre du P. de Canillac. p. 2. 3(). 



XXIV JUILLET 



* Le vingt-quatrième jour de juillet de l'an 1759, mourut à Pékin 
le P. Antoine Gaubil, une des plus fermes colonnes de la mission 
de Chine au XVIII^ siècle, et un de ces grands missionnaires égale- 
ment admirables par leur science et par leurs vertus apostoliques, 
les Ricci, les Schall, les Verbiest, les Parennin, parmi lesquels il 
occupe une place qui ne le cède à aucun autre. 

Né à Gaillac dans le Haut-Languedoc, il entra dès l'âge de quinze 
ans dans la Compagnie, et fut formé aux vertus religieuses par les 
mains du vénérable P. Cayron, ce maître consommé dans les voies 
spirituelles. Ses désirs l'emportaient déjà vers les missions de Chi- 
ne. Persuadé que la science doit être un moyen d'apostolat et l'in- 
strument de la gloire de Dieu, il résolut de ne rien omettre de ce 
qu'il pouvait apprendre. Envoyé à Paris après sa régence, il se li. 
vra à l'étude avec une « application que rien ne rebutait, écrit le 
P. Souciet, et qui ne connaissait ni peine ni travail ». Théologie, his- 
toire ecclésiastique, hébreu, mathématiques, physique, histoire et géo- 
graphie universelles, il embrassa tout avec un égal succès. Arrivé en 
Chine à l'âge de trente-trois ans, il se jeta avec une ardeur égale 
dans l'étude des monuments de l'histoire et de la littérature du Cé- 

83 



84 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE m. I RANGE. 

leste-Empire, « et ee qui semble n'avoir rien que de rebutant, écrit 
le P. Amiot, avait j)our lui des attraits auxquels il se laissait aller 
comme vers son centre ». « Le P. Gaubil, dit le savant Abel Rémusat, 
est incontestablement celui de tous les Européens qui a le mieux 
connu la littérature chinoise, ou du moins qui en a su faire les 
applications les plus utiles et les plus multipliées. 11 a traité à 
fond, avec science et critique, toutes les (|uestions qu'il a abordées ». 
On peut voir, dans la Bibliothèque des écrivains de la (Compagnie, 
la longue suite de ses œuvres. « C'était un de ces hommes, écrit en- 
core le P. Amiot, qui savent de tout et (jui sont propres à tout ; 
il avait beaucoup lu et il avait présent tout ce «[u'iT avait lu, sa 
prodigieuse mémoire ne le laissant jamais hésiter sur rien ». 

Contraint par ses fonctions d'interprèlc impérial de traduire 
les pièces diplomatiques échangées entre les cours de Russie et 
de Pékin, il devait faire ce travail dans les salles du palais, sans 
cartes et sans livres, sous les yeux des mandarins qui !«• har- 
celaient de questions impertinentes ou s'entretenaient à haute voix 
de leurs affaires particulières ; mais rien n'était capables de le dé- 
concerter ; il répondait à toutes les questions, il interrogeait lui- 
même, et le document se trouvait terminé à {)oint nonnné. Les 
docteurs chinois étaient dans l'admiration de voir cet étranger pos- 
séder mieux qu'eux-mêmes les secrets de leur langue et de leur 
histoire nationale ; et malgré leurs préjugés et leur orgueil, ils 
étaient obligés de saluer en lui un maître. Les distinctions vinrent 
plusieurs fois le chercher, et il eut grand' peine à se dérober à 
l'honneur d'un mandarinat dans le tribunal d'astronomie. Mais il 
attachait peu de prix à la gloire humaine, il se souvenait avant 
tout qu'il était religieu.x et apôtre. 



XXIV JUILLET. — P. ANTOINE GAUBIL. 85 

Rien n'égalait son amour pour la Compagnie, pour ses œuvres, 
ses traditions, les grands exemples laissés par ses enfants. Son 
ancien maître des novices, le P. Gayron, lui ayant envoyé le Mé- 
nologe, qu'il venait de traduire, en abrégé, de celui du P. Patri- 
gnani, le P. Gaubil s'empressa de lui en témoigner sa reconnais- 
sance ; car « rien n'est plus consolant pour nous, dit-il, que de 
lire les actions héroïques et édifiantes de nos Pères et Frères » . 
Et dans une autre circonstance, demandant au P. Souciet plusieurs 
ouvrages qui concernaient l'histoire de la Compagnie : « Ces sortes 
de lectures, ajoutait-il, animent tout bon Jésuite à tout entrepren- 
dre pour être un digne fils de saint Ignace ». Lui-même ne recu- 
lait devant aucune fatigue, aucun danger pour remplir son mi- 
nistère d'apôtre. Dans la persécution soulevée par les successeur» 
de Cang-Hi contre les chrétiens, il prit hautement, devant les mi- 
nistres de l'empereur, la défense de la religion, et comme le 
gouverneur de la ville, craignant sans doute que sa franchise 
ne lui attirât quelque disgrâce, lui disait avec intérêt : « Je vous 
ai trouvé dans cette occasion un peu trop courageux » : « Je suis 
prêt, répondit noblement le missionnaire, à en dire autant à Sa 
Majesté ; tous tant que nous sommes ici, nous serions ravis de 
plaider et de mourir pour la religion de Jésus-Christ, en présence 
de l'Empereur et de sa cour». 

Cet illustre savant, en communication avec les principales aca- 
démies d'Europe, n'avait en effet qu'une chose en vue, l'extension 
du règne de Jésus-Christ et le salut des âmes ; tout le reste était 
sans importance à ses yeux : « Selon l'ordre de mes supérieurs, 
écrivait-il lui-même, je communique à Messieurs de l'Académie plu- 
sieurs observations astronomiques . . . Mais dans le fond, je ne 



86 MKNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE IRAIVCE. 

fais cc\a (jue par obéissance ot à contre-cœur, et j'abandonne tout 
cela avec plaisir pour baptiser, confesser, communier, instruire les 
(idoles et les gentils «. 11 aimait surtout à l)aptiser les petits en- 
fants moribonds et délaissés , nulle autre œuvre ne lui paraissait 
plus sûre ni plus belle , il y consacrait tout l'argent qu'il recevait 
d'Europe et dont il pouvait disposer , il écrivait en France pour 
la faire connaître et la recommander à des personnages puissants ; 
c'était le meilleur fruit qu'il attendait de ses communications scien- 
tifiques. Enfin après une vie qui n'avait été qu'une suite continuel- 
le de travaux, le P. Gaubil, qu'un de ses supérieurs n'appelait pas 
autrement que «l'infatigable», fut attaqué de sa première et unique 
maladie. Il vit venir la mort avec une parfaite sérénité, et remit 
son âme à Dieu avec la joie et la simplicité d'un enfant qui re- 
tourne à son père. Il était âgé de soixante-dix ans et en avait 
passé cinquante-cinq dans la Compagnie. 



Lettres édifiant.^ l^'"' édit.^ /. 31. Lettre du^. Amiot à M. de VIsle,de l'Aca- 
démie des Sciences, p. iet suiv., — Pfister, Notices biograph. et bibliograph., 
n. '^m. — Lettres édif., édit. 1781, t. 23,/?. 104, 280, 391, 407. —Et. Sou- 
ciKT, Observations mathématiques, astronomiques . . . tirées des anciens li- 
vres chinois et faites nouvellement .... par les Pères de la Compagnie de 
Jésus. . , /. 1, préface, p. ix-x, Paris 1729. — P. Jos. Brucker, Correspondan- 
ce scientifique d'un missionnaire français, à Pékin, le P. Antoine Gaubil, Pa- 
ris 1884. — DE Backer, Biblioth. des écriv. de la Compagnie. — Feller, Dic- 
tionn. histor., au mot Gaubil. — Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie . . ., 
t. 5, Ch. [y p. 59 et suiv. — Ab. Rémusat, Nouveaux mélanges asiatiques, 
t. 2, p. 111 et suiv. 



XXIV JUILLET. — P. JEAN TREMBLOY. 87 

Le même jour de l'an 1758, mourut à Pondicliéry le P. Jean- 
Baptiste Trembloy , de la Province de Champagne, épuisé par 
vingt années de travaux dans la mission du Garnate, et vénéré 
comme un homme divin par les rois infidèles, qui lui envoyaient 
des ambassadeurs pour se recommander à ses prières. Il était 
arrivé dans l'Inde au moment d'une de ces terribles famines qui 
dépeuplent les villes entières ; et, mourant lui-même de faim, il se 
traînait le long- des routes pour y chercher au moins de petits en- 
fants à baptiser, visitant en un jour lui seul jusqu'à onze villa- 
ges. Ce fut ainsi qu'en moins de deux ans, dans le district qu'il 
évangélisait, douze mille enfants eurent le bonheur d'être mis au 
nombre des prédestinés. L'abandon à la Providence au milieu des 
plus grands dangers, était sa vertu favorite. Plusieurs fois des ser- 
pents s'étaient enroulés autour de son cou , des tigres s'étaient 
approchés de lui jusqu'à la longueur de son bâton ; il avouait 
avoir souffert plus de maux qu'il n'en avait même imag-iné ; 
mais tout devient doux à supporter, écrivait-il à ses frères d'Eu- 
rope, quand à ce prix nous avons le bonheur de voir ces pau- 
vres infidèles connaître et bénir le nom de Jésus ! 



Lettres édi/'., t. 14,/.». 173. 175-217; /. 15, p. 157, 160. 



XXV JUILLET. 



Le vingt-cinquième jour (le juillet de l'an 1657, mourut clans l'Ab- 
baye (le Czenstochowa, où il repose à droite de l'autel de la Vierge 
miraculeuse, en attendant le jour de la bienheureuse résurrection, 
le P. Guillaume Rose, de la Province de Champagne, confesseur et 
prédicateur de la reine de Pologne, Louise de Gonzague, qui l'a- 
vait emmené] de la cour de France à celle de Varsovie. Les annales 
de la Compagnie en Pologne nous ont conservé de lui le plus af- 
fectueux souvenir, et ont associé son nom à celui du Bienheureux 
André Bobola et du Vénérable Nicolas Lancicius, les plus saints 
et les plus illustres enfants de la Compagnie dans ces contrées. 
La vénération dont il jouissait à la cour de sa royale pénitente, 
et même sa réputation de thaumaturge dont la simple bénédiction 
donnait la santé aux malades, ne rendait que plus admirable son 
amour pour les pauvres et pour toutes les privations de la pau- 
vreté. C'était le temps où la Pologne était en proie à ces mal- 
heurs si vivement décrits par Bossuet dans l'oraison funèbre d'An- 
ne de Gonzague ; Guillaume Rose partagea les plus dures épreuves 
de ce peuple, jusqu'à passer les nuits exposé aux injures de l'air 
avec les Polonais en fuite et sans asile, après des jours de défai- 
88 



XXV JUILLET. — P. GUILLAUME ROSE. S9 

tes désastreuses. Menacé, s'il tombait entre les mains des schisma- 
tiques, du même traitement qu'André Bobola, il s'y préparait vail- 
lamment par la mortification. Il aimait à passer des journées 
entières sans nourriture, ne suspendant que le dimanche le jeûne 
qu'il avait coutume de garder d'un bout à l'autre de l'année ; et il 
ne déposa que sur son lit de mort une douloureuse chaîne de fer, 
hérissée de pointes, qu'il portait constamment, même au milieu des 
fatigues de ses voyages. 

Plein de la plus tendre affection pour cette patrie d'adoption que 
Notre-Seigneur lui avait donnée, et qu'il aimait surtout comme le 
royaume de Marie et le boulevard de la chrétienté contre le schis- 
me et l'infidélité, il offrait pour elle ses prières et ses souffran- 
ces ; et les historiens de la Compagnie nous ont conservé le sou- 
venir des communications divines qu'il reçut, pendant les longues 
nuits qu'il passait souvent en oraison pour le salut de la Pologne. 
Saint Nicolas lui apparut en particulier à plusieurs reprises diffé- 
rentes, dans les circonstances les plus critiques, et lui dit la pre- 
mière fois : « La Pologne sera désolée; mais il faut prier ». Et à la 
seconde visite : « La Pologne sera sauvée , mais il faut prier ». Ce 
fut au pied de l'image miraculeuse de la Reine du ciel. Reine de 
la Pologne, que ce grand et saint religieux trouva enfin le lieu 
de son repos. Il reçut dans l'abbaye de Gzenstochow^a, sur son lit 
de mort, la dernière visite de la reine Louise de Gonzague, con- 
trainte de s'enfuir jusqu'à Gracovie devant l'ennemi victorieux. Après 
avoir annoncé que son bienheureux départ pour le ciel aurait lieu 
le jour de saint Jacques, à trois heures de l'après-midi, il remit 
dans ce moment-là même son âme entre les mains de Dieu. Le 
jour suivant, d'après une lettre du Préposé de la maison professe 

A. F. T. II. — 12. 



90 MÉNOLOGF S. J. ASSISTANCK DE FKAXCi:. 

do Varsovie, un de nos Pères le vit, à i'Iicurc ordinaire où il cé- 
lébrait le saint sacrifice rayonnant de gloire, et comme marchant 
à l'autel, entonnant à voix haute ce cantique des bienheureux ha- 
bitants du ciel : « (îloire au Père, au Fils, et au Saint- lt]s[)rit ». 



Litler. ann. Provitic. Canipan. (Archw. /{o/n.l. — N.vitxsi. Anims (lier, me- 
mor., 25» /m/., p. 50. — Drew.s, Fasti Societ. Jes., ib'^ JuL. p. 284. — Com- 
peridio dcUa vita del B. Martin. Andr. Bobola, Homa, 1<S.);{, /;. il), 20. 



* Le môme jour de l'année 1822, mourut très saintement au collè- 
ge de Moutmorillou le V. Coadjuleur Pierki: Pacoi , âgé seulement 
de vingt-quatre ans, dont il avait passé près de sept dans la Com- 
pagnie. 

Lorsqu'il se présenta au P. de Clorivière en 18L'i, le saint vieil- 
lard, frappé de son intelligence et de sa jeunesse, l'engagea d'a- 
bord à étudier la langue latine pour se préparer au sacerdoce ; 
mais Pierre Pagot lui témoigna un si ardent désir d'être le ser- 
viteur de tous dans les emplois les plus vils et les plus pénibles, 
qu'il mérita d'être admis sur-le-champ au nombre des novices Co- 
adjuteurs ; et juscju'au jour de sa mort, cet amour d'un(ï vie ob- 
scure et crucifiée ne se démentit jamais. Sou obéissance était, à la 
lettre, celle que demande notre Bienheureux V'cvc. Tous (-eux tpii 



XXV JUILLET. F. PIERRE PAGOT. 94 

lui étaient donnés pour supérieurs, n'importe en quel oflice, te- 
naient visiblement pour lui la place de Dieu. Aussi n'hésitait-il 
pas un moment à leur demander pardon de la plus légère inad- 
vertance. 

Telle était sa fidélité à toutes les règles, qu'à son lit de mort, 
il ne put pas se rappeler avoir manqué volontairement, depuis son 
entrée en religion, non seulement à la modestie ou au silence, 
mais à aucun détail de la vie commune ou de son office. Chargé 
seul de la lingerie des élèves, et souvent obligé de sortir quinze 
et vingt fois dans un jour pour porter le linge au blanchissage, 
il ne négligea jamais, même quand il était chargé de lourds pa- 
quets, de marquer son nom, comme le veut la règle, dans le ta- 
bleau placé près de la porte. 

Gomme ses modèles, les saints Frères Coadjuteurs Jacques Kisaï 
et Alphonse Rodriguez, le F. Pagot aimait à méditer la Passion 
de Notre-Seigneur, et le chemin de la croix était une de ses pra- 
tiques les plus habituelles. .Jaloux d'unir ses souffrances à celles 
du Sauveur, il se traitait lui-même avec si peu de ménagement, 
qu'après sa mort on le trouva couvert d'une large plaie ; c'était 
même une persuasion commune qu'il avait hâté sa fin par la rigueur 
de ses flagellations et de ses autres pénitences. Mais comme il les 
avait toujours soumises aux supérieurs, il n'en éprouvait ni scrupu- 
les ni regrets. [ Le F. Pagot assistait avec bonheur à cette ruine 
de la nature, et quand l'infirmier, sur sa demande expresse et sou- 
vent réitérée, lui annonça que l'appel de Dieu n'était plus éloigné, 
il se jeta avec transport à son cou en le remerciant d'une si bon- 
ne nouvelle. Il s'endormit véritablement dans le baiser du Seigneur, 
plein de la confiance, comme il le dit un jour avec cette simplicité 



92 MÉNOLOGE S. .1. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

que l'innocence peut seiilé donner, que son Aine s'envolerait tout 
droit au ciel sans passer par le purgatoire. 



Témoignages vonteniporains sur le F. Pierre Pagot { Archiv. doni.) 



XXVI JUILLET 



Le vingt-sixième jour de juillet rappelle la mémoire do deux ex- 
cellents ouvriers de la Compagnie, le P. Jean-Baptiste Beau, de la 
Province de Toulouse, et le P. Jacques Desmothes, de la Province 
de Paris. 

Le P. Jean-Baptiste Beau , également distingué par les succès 
de son enseignement et par les fruits de son apostolat, mourut à 
Montpellier, en 1670. Ses ouvrages d'érudition méritèrent d'être 
recueillis avec honneur dans le Trésor des Anticpiités de Grse- 
vius ; ses pieuses biographies de plusieurs saints prélats , saint 
Torribio de Lima, Dom Barthélemi des Martyrs et François d'Es- 
taing, évêque de Rodez, contribuèrent puissamment à la sanctifica- 
tion du clergé de France ; mais il fut surtout admirable par sa dévo- 
tion pour les anges gardiens, dont il fit fleurir le culte dans un 
srrand nombre de villes et de diocèses du midi. 

Le P. Jacques Desmothes mourut au collège d'Orléans, en 1725, 
à l'âge de quatre-vingt-un ans. Durant les soixante-trois années de 
sa vie religieuse, il mérita ce bel éloge d'avoir été saintement ava- 
re d'un temps qu'il regardait comme entièrement consacré à Dieu 
et aux Ames ; peu de mois avant sa mort, il employait encore les 

93 



îKj MI-NOLOGR S. J. — ASSISTANCE DK I FUNCK. 

inomcnls de loisir que lui laissaient la direction, la souffrance et la 
prière, au dernier opuscule de piété sorti de sa plume, la Vieil- 
lesse sanctiliée , vive et touchante image de sa sainte préparation 
à la vie de l'éternité. 



P. Jean-Bai'tistk Beau. — Cf. Elog. defunct. Prov. Tolos. (Arc/tiv. Hom.) 

— SoïUELLUs, Biblioth. Script. Soc. Jesu, p. 'i08. — uk Backer, Biblioth. 
des Ecriv. de la Compagnie..., t. I, />. 52. 

p. .Iacq. Desmotiies. — Cf. Lettre circulaire du P. Desmonts sur la mort 
du P. Jacques Desnwthes, a. à Orléans, ce 29 Juillet 1725 » lArchiw dont.) 

— DK Backeu, Bibliothèque . . ., t. 5, p. 166. 



XXVH JUILLET 



Le ving-t-septième jour de juillet, lendemain de la fête de sainte 
Anne, un des plus cliers anniversaires de sa longue vie apostoli- 
que, mourut à Québec, en 4726, à l'âge de quatre-vingt-treize ans, 
le P. Etieisne de Garheil, qui travaillait depuis environ soixante 
ans au salut des tribus sauvages du Canada. Dieu ne lui accorda 
pas, il est vrai, le martyre du sang, dont l'attrait, selon l'expres- 
sion du P. Cliarlevoix, lui avait fait faire une espèce de violence à 
ses supérieurs, pour obtenir une mission dont l'obscurité ne lui 
présentât que des croix. La Vén. Marie de l'Incarnation disait de 
lui, dès ses débuts : « C'est un jeune homme d'environ trente-cinq 
ans, fervent au possible, et plein des plus belles qualités ». Au 
bout de deux années seulement, il avait déjà tant souffert des ri- 
gueurs du climat, que « le voilà déjà, ajoutait-elle, perclus pour 
le reste de ses jours », Mais grâce à l'intervention miraculeuse de 
sainte Anne, il put travailler encore plus d'un demi-siècle ; et il 
est })ermis de dire que Dieu lui donna en partage, durant ce 
temps, toutes les croix qu'il avait désirées. Français et barbares 



06 MÉNOLOGlî S. J. — ASSISTANCE DF FRANCE. 

(lu Nouveau-Monde s'étonnaient qu'on leur eût envoyé, disaient-ils, 
« un pareil saint et un pareil génie ». 

Le P. de Carheil possédait si parfaitement les langues iroquoises, 
et il avait en particulier un genre d'éloquence si bien a])proprié 
au génie de ces peuples, que leurs plus audacieux jongleurs de- 
meuraient en public muets devant lui. A son arrivée dans un de 
leurs bourgs, les voyant invoquer le secours de leurs manitous : 
« Puisque le castor, leur dit-il, est le maître de vos maladies et 
de vos vies, faites-lui donc cette prière : Toi, Castor, f[ui ne parles 
point, tu es le maître de moi qui parle ; toi (|ui n'as point d'es- 
prit, tu es le maître de moi qui ai de l'esprit ». Et en leur sug- 
gérant ces invocations ridicules , il livrait sans peine à leurs 
risées tous les ministres du démon. Aussi l'enfer le poursuivait-il 
incessamment d'une haine mortelle : « Nous sommes , écrivait-il , 
comme de perpétuelles victimes, il n'est point de jours où nous 
ne soyons en danger d'être massacrés ». Souvent, le salut d'une 
seule àme lui coûtait des peines infinies ; et s'il ne parvenait pas 
à en arracher autant au démon qu^il tachait de le mériter par ses 
souffrances, du moins, écrivait son supérieur, le P. Dablon, « il 
se sanctifie lui-même de la bonne façon ». 

Deux mois d'un travail assidu et de la servitude la plus hum- 
ble auprès d'une sauvagesse mourante, lui avaient si peu réussi 
pour gagner cette âme inflexible, que, la veille même de sa mort, 
elle tentait, dans un dernier effort, de lui déchirer le visage avec 
ses ongles, et le repoussait avec mépris en lui jetant ses souliers 
à la tête. Mais à la dernière heure, elle le rappelait, et demandait 
humblement le saint baptême : « J'ai appris, dit-il, par cet exemple, 
que je ne dois jamais abandonner aucune personne, quelque résis- 



XXVII JUILLET. P. Dlî CARHEIL ^ 

tance qu'elle y apporte, tant qu'elle aura encore quelque reste t\^^ 
vie ; mon espérance et mon travail ne devant avoir d'autre terme 
que là où Dieu on nu^t à sa miséricorde ». On peut jug-er de 
son cœur pai' ces autres paroles, que lui arrachait une mort de 
réprouvé : « Je conçus pour lors l'étrange douleur du Cœur de Jé- 
sus » ; mais, presque au même instant, un autre sauvage, las de 
ses importunités, faisant mine de vouloir lui casser la tête : « Tou- 
te l'amertume de mon cœur se dissipa, ajoute-t-il, et se changea eu 
une extrême joie », Enfin, dans une lettre à son supérieur, le P. 
de Carheil mettant en regard de tant d'épreuves le souvenir des 
nombreux infidèles dont il avait fait des enfants de Dieu avant 
leur mort : « J'avoue, dit-il encore, que ce m'est une consolation 
bien sensible de me voir présentement environné de LanI de sépul- 
cres de saints, dans un lieu oii, en arrivant, je n'avais vu que des 
tombeaux de réprouvés ». 



Relations de la Nouvelle-France, ann. 1668-1672. — de Montézon, Relations 
inédites de la Nouvelle-France^ t. 2, p. 11, 41, 100, 197, 368. — de Char- 
LEvoix, Histoire de la Nouvelle-France, t. 2, p. 185, 186, 432 et suiv. — Let- 
tres de la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation, p. 673. — Lettre du 
P. DE Carheil, 17 sept. \^^^ {Archiv. dont.}. — Shek, ffiston/ of t/ie catholic 
missions ..,/>. 289. 



F. 



T. II. — 13. 



{>S MÉNOI.OGK S. .1. ASSfSTANCi; OK FRANCK. 

IjC même joui' de l'aii ISfKi, iiiomiil an cliàlcau de (lioniug"(;ii, 
sui' les IVoulirrcs <lii Liniboiirg-, clic/ la piiiK-cssc Sopliic de Ilo- 
lionlolic, le I*. Nicolas di; lÎEAURKGAiii), le pln^^ ^raiid orateur sacre 
cl \'\\]) des plus saints ieli^i(.'ux de la l*j()\inee de (Jhanipag-iie au 
XVIII" siècl(>. On peut dire qu(; la. 1res sainte N ier^e Tavail donur 
par miracle à la (loinpag'uie, en renouvelanl pour Ini les mêmes 
merveilles (juc pour le grand théologien de (jrenade, l'rançois Sua- 
le/, cl l(; grand orateur j)orlugais, Antoine \ ieyia ; puisr[u il re- 
çut comuK! (!ux, au pied de son autel cl [)ai- une subite illnmina- 
tion, les dons (juc lui avait refusés la natuic en le icndant incapa- 
ble de toute étude. Or nul autre, par sa paiolc, ne devait inn)ri- 
mer une j)lus vive et plus l'cdoutable secousse ;i toute la généialion 
du siècle de \oltaire. L'histoire de l'I^g-lisc de i'i'ance compte j)aiiin 
ses plus belles j)ag(.'s, le souvenir des prédications de Hcaureg'ard 
durant le jubih' de I77'> Ji Notr(vI)ame de Paris, où le d(*sespoir 
d(»s j)hilosophes, au témoig'nage i\c La llar|)i', leni" arracha ce sur- 
prenant aveu: u La Révolidion est ajournée h "l'j ans « . (le lut alors 
<pie, saisi comme les prophètes de l'esprit de Dieu, il \il cl lit voir 
à ses anditiîurs consternés, les niystères d"ini(|uités (pie de\ait ac- 
complir, juscpie dans le temple de Dieu cl sur les autels, la philo- 
sophie Iriotuphanle. (îeiix (pu coiinaissaienl la haute ^■ertu <\\[ I*. 
Beaureg-ard, ne lurent [)as surj)ris (pn> Dieu leùl choisi pour pré- 
dire les crimes et les malheurs dont la l'iance allait devenir la vic- 
time, (îe grand orateur ('tait en eil'el un véritable saint. Nous 
avons l'ctrouvé dans ses j)jipiers un V(eu (|ui l'aj^pelle celui du \'(''- 
nérablc IV de la (lolondjière. 11 s'y engage à ne se ménag-er en 
rien, cl à ne jamais rien rel'user ji Dieu. LnIranI dans le détail 






XXYII .irir.LFT. p. NICOLAS DE lîKAURLlGARD. 99 

(.les huniiliiitioli.s auxquolios un homme de mérite est d'ortliiiaire si 
sensible : v Je ne les éviterai jamais, écrit-il, du moins de propos 
délibéré. J'accepterai de i>rand cœur toutes celles (jue Dieu m'en- 
verra, j'irai le remercier, ([uaud j'aurai été humilié, et le prier 
pour la |)ersouue dont il se sera servi pour me faire acquérir ce 
degré de perfection si important dans la vie spirituelle. La morti- 
fication étant, selon notre Père saint lgiu\ce, le moyen d'arriver à 
ce degré sublime de perfection, je |)romets et je voue aussi la 
mortification extérieure et intérieure selon l'esprit de nos (Constitu- 
tions, c'est-à-dire, la j)lus grande, la plus (Continuelle, la plus 
universelle ». De plus, (uitre autres pratiques, il mentionne celle 
de se flageller tous les jours, excepté le dimanche, et, de porter 
la haire ou le cilice durant plusieurs heures, surtout les jours 
de sermon et de confessions. 

(Contraint par le malheur des temps de se réfugier en Angleter- 
re, le P. Beauregard s'}^ montra l'apôtre du clergé ; il réunissait au- 
tour de lui jusqu'à douze cents prêtres à la fois. Mais rien ne pou- 
vait lui faire oublier les liens si forts et si doux qui l'avaient atta- 
ché à la Compagnie ; malgré ses infirmités, qui allaient croissant 
de jour en jour, et ses soixante-treize ans, il voulait se remettre 
en route pour la Russie, même au milieu des rigueurs de l'hiver, 
lorsqu'il reçut du P. Gruber la grâce insigne de redevenir fils de 
saint Ig-naee par la profession solennelle. « Tout ce que je suis, 
(■'crivait-il, je le dois à la Compagnie de Jésus ; elle m'a élevé, 
nourri, formé dans son sein ; elle est, dans toute sa signification, 
ma bonne et véritable mère y> ! Or, tandis qu'il mettait par obé- 
issance la dernière main à ses sermons et à un traité sur l'é- 
loquence, pour former à la prédication les jeunes religieux de la 



10(1 MKNor.OGi: s. j. — assistanci; ui krance. 

(lompa^iiic, l)i('«t le jui>(Ni dij^-iic <rall('i- lecevoii sii roconipensc. 
A l'appioclïc de la lètf de saint Ignace, le '21 juillcl 180^, 
pendant (|n il ('tait à l'aiitel, an nionienl on il a(;h(*vait de consom- 
mer la sainlc Hostie, il tomba sondain à \i\ renverse et se brisa 
le crAne sur les marclies tnemes de Tantel. lin le déponillant <le ses 
vêtements, on vit «piil a\ail voidn jusipi à la mort portei' snr son 
eorps la morlilicatioii de Jésus-(ihrist, s'étant jevètn le jonr mènn- 
d'un rude cilict^ avant d'olliir, [)Ou»" la dernière fois, le saint sa- 
crifice. Quand il (Mit expire'', son visage, empr(»int jusfjn alors d une 
grande tristesse, |)ril tout à ('ou[) une expression de paix, de re- 
connaissance et de joie aussi Irappaute, écrit la princesse So- 
pbie, (pie si Notre-Dame et les saints anges lui cassent apparu 
l'invitant au ciel. Quand la triste nouvelle de celte mort arriva 
en l'iance, un des oiganes les [)lus accredit(''s de Topinion j)ubli- 
(juc n'JK'sita pas à lui reiulrc ce dernier liommagc : v Qui lem- 
|)lira ces \ides (pu> la mort creuse (.'.hîupic jour .' Par où et com- 
ment nous reviendront d'autres hommes capables Ai' remplacer de 
pareils hommes » ? 



Guidée, Notices historiques sur f/uelques tne/nOres de lu Société. . .du 
Sacre-Cœur. l. I. p. 2G9 et suii\ — D.vmkl. Etudes de théologie . . . t. ^î. 
/). ;î25, « Le P. Beauregard, sa vie et ses travaux ... «. — de B.vckeh, Bi- 
hiiothè.fjue . . , t. (>. p. 36. — Picot. Mémoires pour servir . . . I. \, p. ()18. — 
I^'ei.i.eh, Dietiouii. histor. , /. i,/;. ''ill. — Biographie univers. . (. W. p. ()52. — 
Nouvelle biographie univers. , /. ."). p. \i. — Begin, Biographie de la Mo- 
selle, t. \. p. 72. — Journal des Débats, 1 (tetob. IS()4 (Cf. P. Gmhke. op. 
rit. . p. 287;. 



XXVm JIÎU.LET 



Le viiig'i-hiiitième jour de juillet de l'an UiOl, mourut à Avignon 
le P. Pauï. de Barry, de la Province de Lyon, dont il avait occu- 
pé les principales charges en homme véritablement rempli du zèle 
de la plus grande gloire de Dieu. Le vénérable fondateur des 
Kudistes n'hésite pas à placer le P. de Barry parmi les douze 
apôtres du Cœur de Marie. Notre-Seigneur sembla le choisir 
aussi pour préparer les voies à la dévotion de son divin Cœur, 
en lui donnant <le ramener à la foi catholique la petite ville de 
Paray. Quand il vint y prêcher la parole de Dieu, en 1626, on y 
comptait à peine douze familles demeurées fidèles à la foi romai- 
ne. Tel fut le succès de son apostolat, (ju'il y fit lleurir en peu 
de temps jusqu'au désir de la perfection religieuse. La ville de Pa- 
ray le supplia de désigner lui-même l'ordre religieux qu'il juge- 
rait plus capable de répondre à un pareil attrait; et ce fui lui qui 
conseilla d'appeler les filles de saint François de Sales. Notre-Sei- 
gneur montra combien ce choix lui était agréable ; car le jour mê- 
me de la dédicace du saint monastère, où la Bienheureuse Margue- 
rite-Marie devait si promptement trouver un asile, le P. de Barry, 
miné par la fièvre, fut subitement guéri pendant le sermon ([u'il 
prononçait pour cette belle fête. 

101 



'•^^ MÉNOJ.OGi: S. .1. ASSISTANCi: I)K l-KA.NCi;. 

1^*' "<>"" '!<• '•<' l'uU'lv scrNiiciir de Dieu. iTcnI :iii jotiid'iiiii ((jiimi 
«'<' '>i<'i" <l<'s Icciciii's (jiic |);(i' les railleries îles .laiiseiiistes eonlre 
ses iionihreiix ouvrages de |)i('|('". Mais ces railleries ne lonl «lual- 
lesler I iiilliieiicc du pieux aiileiir j)()iir ('lendrc le règue de la |)lus 
douée r[ de la plus l'erine |)iél('' dans loule la liaiice et chez les 
nations ('t ran«>ères, tant on se hTila de les tr;i(hiire dans toutes les 
langues. (^)ui ])ourjail, en |)arlieuIior, calculei' riienicn^e iniluenec 
<lii plus populaire do Ions, le Pense/-v l>ien ? 



Son liij.is. Hibliotk. Scriptor. Soc. Jes . , j>. iVx'.y. ■ — i»k Hackkii. Jiiblio- 
ilièque . . ., I. \, p. \iS. — Daniel, Hi^t. de hi liicnlieureuse Marguerite- 
Marie, cil. G, p. 63 et fiuiv. — Ven. P. Eudes, l^e ('(pur ndniirahlc de la 
f/'ès sacrée Mère rie Dieu. h\: I. c/t. m. — - Fi:t.).ki{. Diction. Iiist . .t. I. 
p. iVM. 



Le même jour de l'an 17o(), le 1*. AiiXiTi'in: l)rii\.\, sup(''rienr de 
la mission «rispalum, appelé par les sehismaiiques >> le \oleur dà- 
mes )), mourut à .Inlfa, vielime des h'ait(Mnenls les plus cruels. (pTi! 
souflVif avec joie pour l'amour <le .N'Sus-CIumsI. Aeca!)l('' de coups 
\M\r l(>s l)ai'l)ares, lié à une (^olonne eomiiK» le Sauveur, cl condamui' 
à rec(»voir la l)astonnad(^ sur la plante d(>s pi(Mls. il allait expirer 
dans cet all'rcMix suj)pHee, si ses bourriMUx eux-niènics nCnssi^nl 
('lé' saisis de compassion à la vue de s(^s membres (>ull(''s el nuMir- 
Iris. Mais ses soulïranees avaient ('l(' si vives, cpiil <'n mourut an 



WVIIJ JUILLET. P. ARNUr.PHE DUHAN. 103 

bout do lui il jours, imiversellemenl regretté, non seulenienl des ca- 
tholiques, mais même des Arméniens hérétiques et des Persans, (|ui 
k' regardaient comme nn saint. 



Lettres édifiantes^ e'dit. 1781, /. ^i, p. 358. Lettre du P. Gkimod (di, P. 
Binct, Ispahau, le 20 août !750. — Nouveaux Mémoires du Levant, t. 9, 
p. 178 et suiv. . Lettre du P. Desvignes au P. Roger. 



XXIX JUILLKT 



Le vingt-neiivièmc joui- do juillet de l'an 163^, hk^uiuI du mar- 
tyre de la charité, au collège de Bar-Ie-Duc, le P. (^^alde Viole, 
saintement altéré, durant toute sa longue vie religieuse, de boire 
au calice des ignominies et des amertumes de son Sauveiii . Pré- 
<lestiné, ce semble, par sa naissance et par les attaches de sa fa- 
mille, aux premiers honneurs du clergé de France, il n'avait qu'à 
les acctîpter docilement, lorsqu'il se sentit ap])elé à la Compagnie 
<le .Jésus, Mais Notre-Seigneur le prédestinait à un bien autre hon- 
neur, celui de retracer très excellemment sa propre vie humble et 
crucifiée. Le peu de dispositions du jeune Claude poui- les hautes 
études spéculatives, (it hésiter d'abord le Provincial de Paris à le 
recevoir ; mais après avoir consulté le Saint-Espril dans la prière : 
« .le trouve, dit-il, en ce jeune homme, (quelque chose (pii ne nie 
permet pas de refuser au nom de la Compagnie un pareil trésor ». 
Cette première hésitation fut, aux yeux de Claude Viole, une des 
grâces signalées (ju'il appelait « les grandes miséricordes de Dieu 
sur son àme » ; car il ne cessa dès lors de se regarder comme 
une pierre justement réprouvée, et uniquement admise par grâce, 
au jugement du divin architecte de la ('ompagnie. 

Voici (pielques traits de la vie et des vertus de ce saint hom- 



XXIX JUILLET. P. CLAUDE VIOLE. 10^ 

me, empruntés mot à mot aux lettres inédites de plusieurs de ses 
supérieurs, et qui suffiront du moins pour faire entrevoir à quel 
degré de perfection il était parvenu. L'un d'entre eux, passant en 
revue une partie des trjiits de sainteté dont il avait été le témoin : 
J'ai admiré, dit-il, dans le P. Viole, d'heureuse mémoire, une 
très profonde humilité, lorsque je le vis déjà fort âgé, régenter 
la sixième en notre collège de Rouen, venant de prêcher, avec 
grand concours et grand profit, aux meilleures chaires de Flan- 
dre, durant notre éloignement de France. (Vêtait un grand hom- 
me d'oraison, car il employait ordinairement sept heures par jour, 
tant à la prière vocale qu'à la mentale, à moins qu'il n'en fût 
détourné par quelque emploi d'obéissance ; et il y passait encore 
une bonne partie de la nuit, étant ordinairement levé deux heu- 
res avant ses frères, pour y vaquer. Il se méprisait lui-même en- 
tièrement ; et quand quelque séculier ou religieux l'avait repris, 
piqué et méprisé, ou il n'en parlait à personne, ou bien c'était 
avec un tel air de gaieté, qu'on voyait bien le singulier plaisir 
qu'il goûtait dans les déplaisirs et les alfronts. Il était si soigneux 
de son avancement spirituel, qu'il ne manquait pas un seul mois 
d'aller trouver son supérieur pour lui rendre compte de sa con- 
science avec une sincérité non pareille. II se disait toujours assez 
vigoureux pour catéchiser, prêcher, exhorter, aller aux missions 
des villages, aux prisons et aux hôpitaux. Quoique d'une humeur 
fort sanguine, on ne l'a jamais vu fâché pour quelque accident 
que ce fût, signe évident du domaine absolu qu'il avait acquis 
sur ses passions. Voilà, mon Révérend Père, ajoutait son ancien 
Recteur de Verdun, ce qui se prise davantage que s'il avait fait 
cent miracles ». 

F — T. II. — -• 14. 



406 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE FRANCE. 

On l'avait vu, en temps de peste, par respect et amour pour la 
sainte Hostie, en recueillir à genoux les parcelles souillées et reje- 
tées par un pauvre mourant, et s'en communier lui-même : « Si ce 
n'est pas là un acte de saint, je n'en sais point », écrivait le \*. Ce\- 
lot. Et un autre enlin, retraçant sa vie crucifiée, nous le montre 
en Bccc Homo, tenant d'une main le roseau, de l'autre tour à tour 
les divers instruments de la flagellation de Notre-Seigneur, et le 
front ceint de la couronne d'épines de son Maître, se traitant si 
cruellement chaque jour, que « le tour de sa chambre, ajoute-t-il, 
était à deux pieds de haut tout ensanglanté ». 



Elogid dcfunctor. Provinc. Campait. {Archà'. liom.). — Mémoires sur le 
l\ Claldk Vioi.k [Bibliolh. nation. . F. franc. , 18670/. Ces Mémoires ren- 
ferment: Courte notice sur le P. Viole, Lettre du H. P. d Ognv. Recteur 
du collège d'Au.verre au R. P. Dont George Viole, bénédictin {neveu du P. 
Viole), 30 Juin 1641 ,• Lettre du R. P. Clolkt, Recteur de ]'erdun, au R. 
/'. d'Ogny; Lettre du \\. P. Gellot au R. P. J^e Blanc, « à Bar, 17 août 
1642 » ; Lettre du. \\. P. hk Mvhnvy au R. P. Thomas Le Blanc, « à Bar, 
7 octobre 1642 » (copie, Archiv. dom. ). — Cordar.v, Histor. Soc, part. (>. lib. 
17, n. 209, p. 641. — Patiugnani, Menolog., '2\) luglio, p. 233. — Nad.vsi, an- 
nus dier. mcmor.. 2U*' Jul.. p. 55. — DiiEws. Fasti Societ. Jesu, '2{)'' /'ul., 
p. 290. 



* Le même jour de l'an 1792, mourut à Pékin le P. François Bour- 
geois, de la Province de Champagne, dernier supérieur de la rési- 
dence l'raneaise de la (lomjiagnie dans la capitale du C.éleste-Kmpi- 



XXIX JUILLET. P. FRANÇOIS BOURGEOIS. ' 107 

re. Le P. François Bourgeois, né en 1723, à'PuUigny en Lorraine, 
entra dans la Compagnie en 1740, à l'âge de dix-sept ans. Après 
avoir rempli les fonctions de ministre et de professeur de théo- 
logie morale à l'université de Pont-à-Mousson, il sollicita la faveur 
de porter l'Évangile aux nations infidèles ; et en 1767, à la veille du 
jour où la Compagnie, déjà supprimée en France par les arrêts 
des Parlements, allait cesser aussi d'exister en Lorraine, il fit voile 
vers l'extrême Orient. A son arrivée en Chine, il trouva la guerre 
civile imminente, la persécution dans toutes les provinces, les mis- 
sionnaires poursuivis de toutes parts, les routes gardées sévère- 
ment et fermées à tous les étrangers. Protégés par leur titre de 
mathématiciens de l'empereur, les Pères de la résidence de Pékin 
jouissaient encore de quelque tranquillité. Le P. Bourgeois fut en- 
vo3^é dans cette ville. Grande fut sa joie d'y retrouver la vie com- 
mune au milieu de ses frères : « Admirons, cher ami, écrivait-il au 
P. Simon Duprez resté à Nancy, et bénissons ensemble la Provi- 
dence. Nous n'avions plus dans le monde qu'une maison de Jésuites 
français, et il fallait faire sept mille lieues pour y arriver. Je les 
ai faites, et m'y voici. J'y vis avec mes frères, tous gens d'une 
piété distinguée, tous amateurs de l'ordre, de la discipline et de 
notre saint Institut ». Il se mit avec ardeur à l'étude de la lan- 
gue ; au bout de dix mois de patients efforts, il put annoncer la 
parole de Dieu, et fut chargé de la congrégation des jeunes néo- 
phytes. Deux ans après, au milieu de fatigues et de dangers con- 
tinuels, dans des chemins escarpés « qu'il n'est pas facile d'imagi- 
ner », dit-il, il évangélisait de pauvres montagnards à quelques jour- 
nées de Pékin. 

Malgré la persécution, rp]glise de Jésus-Christ ne laissait pas de 



108 MKNoroGi: s. .i. - assistance di: France. 

H'étendro. A voir le courage av(M; Iccfiicl les <lir<''liens confossaient 
IfMir loi : « Nous sentons, écrivait le \\ liourgcois, redoubler eu 
nous le zèle, cl nous brûlons <le reculer l(;s limites de notre mis- 
sion, pour y faire connaître le divin Sauveur. Nous avons com- 
mencé il exécuter ce dessein, en établissant une nouvelle mission 
dans la Tartarie. » 

Mais bientôt ce grand mouvement allait être arrêté. La nouvelle 
de la suppression de la (Compagnie vcMiail <ii cllcl d'être aj)[)()rtée 
en (^hine. (]o fut connue nu coup de ioudr<'. Le 1*. llallerstein. prc''- 
sident du lri})unal des mathématiques, el dcnix autres Pères en 
moururent de «loulenr. Le P. bourgeois lu! frappe'' au cœur d'une 
blessure fjui ne se fernui jamais. 11 pleura loul ensemble, et la 
perte de celle ([u'il aimait comme sa mère, el la ruine de tant 
d'âmes (pii allaient être privi'cs du bonheur de connaître .h'sus- 
(Ihrist, on cpii, après l'avoir connu, allaient se trouver cx[)0.sées au 
péril de r(;tomber dans l'idolâtrie ; mais sa résignation à la volon- 
\ô de Dieu et îiux dispositions souveraines <l(^ son Vicaire sur la 
terre, ne laissèrent nul senlinu'ut d aigreur dans son Cnnv et sur ses 
lèvres. >< .h' n'ose vous (''j)ancher mon cœur, écrivait-il l\ un de ses 
anciens coJit'rères, je me cout(Mile de gémir devant Dieu. Ce tendre 
père n<' s'oflensera pas de mes larmes ; il sait (pTelles coulent de 
mes veux maigre* moi, el la résignation la plus entière ne peut en 
tarir la source. Ah ! si le monde savait ce (|ue nous j)erdons, ce 
que le monde perd, en perdani la Compagnie! ...» Kt dans une 
autre lettre : « Dieu, s'<»eriait-il, combien d'Ames nouI se replonger 
dans l'idolâtrie ! (îombieii n'eu sortiront pas ! >^ Ll à cetli' pensée, 
pleine dune immense tristesse j)our son eoMir d'apotn*, il appelle 
à grands cris des successeurs: el (piaïul les lil>. de saint Vincent 



XXIX JUILLET. — P. FRANÇOIS BOURGEOIS. 109 

(le Paul sont venus se joindre aux rares survivants de la Compa- 
gnie, pour recueillir après eux l'héritage des Ricci, des Schall, des 
Verbiest, des Parennin, des Premare, et de tant d'autres grands 
missionnaires, il fait éclater sa joie et il leur ouvre ses bras 
comme à des frères. 

Cependant il porte toujours le trait qui l'a frappé. « La plaie 
qu'a faite à mon cœur l'extinction de la Compag-nie saigne encore, 
écrit-il, et saignera toujours. Je gémis sans cesse et inconsolable- 
ment. Pauvre Compagnie de Jésus, vous serez à jamais l'objet de 
mon amour. Soumettons-nous à la volonté de Dieu ». Mais en gé- 
néreux disciple de la croix, il ne se laisse pas abattre, et pendant 
plusieurs années, il travaille, de concert avec les Lazaristes, à 
soutenir cette belle mission, ébranlée par cette terrible secousse 
plus encore que par la persécution; et enfin, miné par sa douleur 
non moins que par les années et les fatigues, il alla plein de joie 
se réunir, comme il l'avait désiré, « aux Ignace, aux Xavier, aux 
Louis de (ionzague et à cette troupe innombrable de saints qui mar- 
chent avec eux, à la suite de l'Agneau, sous l'étendard du glorieux 
nom de Jésus ». Il était dans la soixante-neuvième année de son âge, 
et la cinquante-deuxième depuis son entrée dans la Compagnie. 



Lettre ms. du P. Amiot à M. de Latoui\ sur le P. Bourgeois (Archiu. de 
l'Institut). — Lettres e'dif., édit. 1811, t. 23, ja. 398 et suiv., p. 459 et suiv. ; t. 
26, p. 332 et suiv. — Pfister, notices biogr. et bibliogr., n. 424. —L'Espéran- 
ce, courrier de Nancy, 2 nov. 1861. — Hue, Le Christianisme en Chi-r 
ne, t. 4, p. 228 et suiv. — Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie ... ? 
/. 5, ch. 5, p. 337 et suiv. 



XXX JUILLET 



Le trcntièmo jour do juillet de l'an 1612, mouiiil à (lalata, en 
odeur de sainteté , le P. (Charles Gobin, un des trois premiers 
apôtres de nos missions françaises du Levant. Dès son arrivée à 
Constantinople , tandis que les PP. (juillaume Lévèque et Fran- 
çois de Ganillac se livraient au ministère de la prédication, le P. 
(iobin s'était chargé de l'instruction des enfants, et consacrait au 
moins huit heures chaque jour à leur faire la classe et à leur 
enseigner les premiers éléments de la foi. Il joignait à des talents 
extraordinaires, une grâce merveilleuse pour gagner ces jeunes 
cœurs et leur inspirer une tendre et solide piété. Mais ce fut au 
milieu des persécutions et des croix, que prit racine une (cuvre qui 
devait rapporter à Dieu tant de gloire. Plus d'une fois, le P. Go- 
bin se vit en péril de perdre, do la main des Turcs, la liberté et 
la vie. Traîné à travers les rues de Gonstantinoplc comme un 
malfaiteur, il confessa généreusement son titre «le prêtre et de jé- 
suite au tribunal du Grand-Visir et dans les cachots des Darda- 
nelles ; et si Notre-Seigneur n'accorda pas à ses prières le niar- 
110 



XXX JUILLET. — P. THOMAS DORE. 114 

tyre du sang-, il couronna du moins son apostolat et ses souffrances 
par le martyre de la charité au service des pestiférés. 



Litterœ ann.^ An. 1612, p. 681. — Gaiuton, Relations des Missions de 
la Compagnie ... à Constantinople . . , Documents inédits, Document K, 
Lettre du P. de Ganill.vc, p. 2 et suiv. — Juvencius, Hist. Societ., part. 
5«, lib. 17, p. 424. 



* Le même jour de l'année 1700, mourut le P. Thomas Dore, de la 
Province de Lyon, à l'âge de quatre-vingts ans, dont il avait passé 
soixante-trois dans la Compagnie. Quelques lignes seulement ont 
été consacrées dans nos annales à sa mémoire, mais elles permet- 
tent de deviner à quel degré de perfection il était parvenu. Les 
vertus solides d'abnégation, de mépris de lui-même, d'obéissan- 
ce, de pauvreté, d'assiduité au travail, étaient ses vertus de pré- 
dilection. Après avoir gouverné pendant trente ans les différents 
collèges de la Province, on le vit solliciter avec larmes une classe 
de grammaire ; sa chambre était si pauvre, qu'on l'appelait <( la 
chambre de la pauvreté » ; chaque jour, il se ilagellait cruellement, 
et jamais il ne montait à l'autel sans avoir enroulé autour de son 
cou et de ses bras des chaînes de fer et s'être revêtu d'une horri- 
ble cuirasse armée de pointes aiguës. 

La vieillesse ne put le condamner au repos, et dans les derniè- 
res années de sa vie, il entraînait encore les ouvriers plus jeunes 
par son infatigable ardeur. C'était un jeu pour lui de passer les 
journées entières au confessionnal, et quand les pénitents lui lais- 



112 MÉNOLOGE S. f. — ASSISTANCE DE IRANCK. 

S aient «{uelf|U(i relàclu;, il demeurait en prière auprès de ce cher 
trit>iinal de; la miséricorde, demandant à Dieu de convertir et de 
sauver les âmes. Plein d'une tendre dévotion pour l'adorable sa- 
crement «le l'Eucharistie, le P. Dore avait sollicité la grâce d'offrir 
jusqu'à son dernier jour la sainte Victime. H fut exaucé, et fortifié 
de ce divir» viatique, il remit son ànie entre les l)ras de Dieu, la 
veille de la fête de saint Ignace. 



Elogia de.funct. Provinc. Lugdun. \Arehiv. Rom.). 



XXXI JUILLET 



*Le trente-et-unième jour de juillel de l'an 1701, s'éteignit pieu- 
sement au collège de la Flèche le P, Etienne de Champs, vénérable 
vieillard âgé de quatre-vingt-huit ans, dont il avait passé soi- 
xante-et-onze dans la Compagnie. Après avoir enseigné avec un 
grand éclat la rhétorique, la philosophie et la théologie, le P. de 
Champs fut appliqué au gouvernement des Nôtres . Recteur du col- 
lège de Rennes, et à trois reprises différentes de celui de Paris, 
Préposé de la Maison Professe, deux fois Provincial de France et 
une fois Provincial de Lyon, trois fois député de sa Province à 
Rome, il déploya partout les qualités que saint Ignace exige des 
supérieurs ; on admirait en particulier l'art merveilleux avec lequel 
il savait animer ses enfants à toutes les œuvres de notre vocation. 
Du reste, il donnait lui-même l'exemple de l'intrépidité au travail, 
du dévouement à la sainte Eglise et de la fidélité à toutes les rè- 
gles et à toutes les observances. Nul autre n'attaqua plus vive- 
ment les jansénistes, et son grand ouvrage de Hœresi j ansetùana, 
dédié au pape Innocent X, est le plus solide qui ait paru contre 
les doctrines de l'éveque d'Ypres . Dans ses rapports avec les 
grands, il n'avait en vue que la seule gloire de Dieu, et pour 
A. F. — ï. II. — lo. 113 



114 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

se réserver le droit de leur dire la vérité, comme pour maintenir 
intact le trésor de sa pauvreté, il n'en voulait recevoir aucun pré- 
sent. Le prince de Condé, autrefois son condisciple au collège de 
Bourges, le choisit pour confesseur aux dernières années de sa 
vie, et on sait les exemples de vertu chrétienne (jue l'illustre 
vainqueur de Rocroy , sous cette direction douce et ferme, donna 
alors à toute la l'rance. 

La modestie du P. de Champs et sa pureté de conscience étaient 
celles du plus fervent novice ; on assure qu'il emporta au ciel 
l'innocence de son baptême. Tendrement attaché au culte de la très 
sainte Vierge, il avait aussi une dévotion particulière pour Notre 
Bienheureux Père. Aucune des pratiques recommandées par le saint 
Fondateur de la Compagnie pour s'avancer dans la perfection, ne 
lui paraissait petite ou indifférente ; jusqu'à la plus extrême vieil- 
lesse, il fut (idèle, avec une exactitude scrupuleuse, à la méthode 
de l'examen j)articulier, telle qu'elle est prescrite au livre des Ex- 
ercices. Aussi lorsque épuisé de forces et d'années, le P. Etienne 
de Champs fut appelé à recevoir sa récompense le -H juillet, tout 
le monde remarqua la coïncidence, et bénit Dieu, qui réunissait en 
un pareil jour le lils à son père. 



Elogia def'unclov. Pi ovine. Franc. (Arc/ià'. Boni.). — Lettre circiil. pour 
annoncer la mort du P. Etienne de Champs {Arc/m-, dont. }. — I\yheyrètk, 
Scriptor. Provinc. Franc, p. 256. — Sotukllls, Biblioth. Script. Soc. Jes., 
p. 749. — R.vpiN, Histoire du Jaruicnisme, t. l. p. 511 ; t. 2, p. IGO, 198, 408. 
409. — Me/noires de Tréuou.x^ f'évr. 1702, p. 168. — de Backeh, Bibliotlt. des 
Fcriv.. , au mot m; Champs. — FKr.LKit, Dictionn. /listor., au mot pe Champs. 



XXXI JUILLET. — P. MARC CHARROT. 115 

* Le même jour de l'an 1751, le P. Marc-Antoine Gharrot, de la 
Province de Lyon, alla recevoir au ciel la récompense de son hé- 
roïque charité au service des pestiférés de Gonstantinople. C'était 
un relig-ieux d'une douceur et d'une patience à toute épreuve, d'une 
obéissance parfaite, d'une exactitude si scrupuleuse à tous ses 
exercices de piété, qu'au milieu des occupations les plus accablan- 
tes, il n'y manqua pas une seule fois. Il venait de consumer dix 
années de sa vie dans tous les ministères les plus pénibles, auprès 
des Arméniens catholiques, dont il était l'apôtre et le père, et des 
esclaves entassés dans les bagnes et sur les galères du Grand Sei- 
gneur, quand la peste se déchaîna sur Gonstantinople avec une vio- 
lence inouïe. Le P. Gharrot se jeta au plus fort de la contagion, 
sans souci du danger, prodiguant à tous les secours de l'âme et 
du corps. Bientôt frappé lui-même, il essaya de lutter quelques 
jours contre le mal, ne pouvant se résoudre à délaisser ses chré- 
tiens dans une si grande détresse ; mais il dut enfin quitter ce 
champ de bataille si cher à son dévouement. 

Repassant alors tout ce qu'il avait eu à souffrir dans cette labo- 
rieuse mission, au milieu des pauvres, des malades et des forçats, 
ce généreux enfant de saint Ignace, insatiable de sacrifice, fit le 
vœu, la veille même de sa mort, de s'y consacrer jusqu'à son der- 
nier jour, s'il plaisait à Dieu Notre-Seigneur de lui rendre la san- 
té. Mais l'heure de la récompense était venue. Le P. Gharrot ex- 
pira doucement, en pressant son crucifix sur ses lèvres, au mo- 
ment même où le prêtre qui l'assistait prononçait ces belles paro- 
les de la Recommandation de l'âme : Subi^enite, sancti Dei ; occur- 
rite, angeli Domini. Il était dans la quarante-sixième année de 



HT) MÉNOLOGI': s, J. - ASSISTANCK I)i; lUANCK. 

SOU àgc cl lit vingl-iHîiivièmc «Icpiiis sou cuivre dans la (lompa- 



^-IllO. 



Letf/f^ fin P. l)oMiM<,>UK IIkllkr. Co/tsfrtnlinoplr, ce \' («ntsi I7.")1 (copie, 
Arc/iiv. (lotn.j. -— Noiwcau.v nir'moirrs r/cs Mi-^sions <hi Lcvaul. t. *,>, Vré- 
face, p. () el suiv. 



L<f iiiêiuc jour cucorc do I an l/it'», le J*. I'ka.\(:oi.>^-Ai chstin Uou- 
viLi.K cul le Jjouheu)' de vorscr sou saui^- |)our la foi sur léclia- 
faud d(î Privas, (?t d'allcM' l'ecevoiT- au ciol la courouue des uiar- 
lyrs, 1<^ joui" uièinr de la IV'lc df uotre lîiculu'ureux Pèro. Co saiut 
liouiUU' asall niéritô cotlc o-raco. \n\v une vie t'ousaci'éc proscjue 
tout tulièrt' à Tinstruction de la jcunessu, dont il ('lail r('i>ardé 
couuuc I a[)(Mi('. Sou uuiou à N()li"(>-Seiguouf dail si <>iaudc, ((u il 
paraissait couiuic ravi eu (>xtas€; ; cl il proloug-cail fjuclcjuci'ois sa 
prière;, sans uuniu' sou apcu'ccvoir, jus(|ii(' bien ;ivaul daus la nuit, 
tant il était absorbé ou Diou ! Mais c'étail surtout à l'autel, an mo- 
menl on il tenait Notre-Seigneur daus ses mains, qu'il était hors 
de lui-nièu»e par l'excès de son amour ; le visage baigné de larmes, 
il inspirait à tous les assistants une profonde vénération pour le 
saint saerific<' de la messe, et semblait leur eommunicpier (piebjue 
chose des llammes divines dont il était lui-mèuu' consumé. 

Saisi dans l'exercice même de la /L'harih- el <le 1 apostolat par lis 
satellites du tribunal i(''Volutionnaire, el déclaré coupable d'avoir 



XXXI JUILLET. — P. FRANÇOIS KOi;VH.T,K. 117 

hautemenl refiis(' le serment sacrilège de Iji Constitulion civile du 
clergé, après avoir répondu avec la sainte liberté des martyrs, et 
conjuré publiquement un de ses juges, qui avait été son élève, de 
revenir au Dieu qu'il avait si indignement outragé, le 1*. Houville 
retourna plein de joie dans la prison d'où il iic devait plus sortir 
que pour aller à la mort. Quand on vint lui notifier ([ue l'heure 
était arrivée, il se mit à genoux pour entendre la lecture de l'arrél 
d'exécution, el les gardes de la prison eux-mêmes imitèrent son 
humble attitude, tant il avait su leur inspi)(M" de respect et d'ad- 
miration, (le joui' tut un jour de deuil pour la ville de Privas , 
partout on fermait les portes et les fenêtres en signe de douleur. 
Le P. Rouville et ses compagnons de supplice sortirent de pri- 
son en chantant le Miserere ; mais à la vue de l'échafaud, le géné- 
reux confesseur de Jésus-Christ entonna le Te Deuni. Sa tête tom- 
ba la dernière, et l'hymne sacrée ne fut terminée qu'au ciel. 



Phaï, Le disciple de S' François Re'gis^ p. 226. — Guillo.x, Les Martyrs 
de la Foi, t. 4, /;. 537. — Jauifket, Mémoires pour servir à r/dstoire de 
la religion à la fui du XVIIF'*^^ siècle, t. \\, p. 428, 443. — Voir aussi 
la Notice consacrée au P. Rouville par le P. Fh.vnCjIOis Rousset, .S'. /.. Pri- 
vas, 1888. 

N. B. — Le P. Rouvillo avait pris ce nom à l'époque de la Révolution, 
pour éviter la proscription ; son vrai nom était Roubaud. 



MÉNOLOGE 



DE 



LA COMPAGNIE DE JÉSUS. 



ASSISTANCE DE FRANGE, 



P' AOUT 



Le premier jour d'août, mourut à Home, l'an lf)46, le B. Pierkk 
Le Fèvre, premier compagnon de saint Ignace, dont le berceau, 
placé par la Providence dans les hautes montagnes de la Savoie, 
appartint dès les origines de la Compagnie et appartient encore 
à la Province de Lyon. Nous ne croyons pas ([ue nos annales of- 
frent à notre imitation un plus beau modèle des vertus que le 
saint Fondateur de la Compagnie s'efforce d'inculquer à tous ses 
enfants. Le grand apôtre des Indes n'hésitait pas à mettre le 
nom de Pierre Le Fèvre dans les litanies des Saints, et l'invoquait 
avec une confiance sans bornes et qui ne fut jamais trompée. Saint 
François de Sales recommandait la lecture de sa vie aux Ames 
qui aspiraient à la plus haute perfection ; le Vénérable P. André 

119 



120 MK>0[,OGi: s, .1. — ASSISTANCE DH KRANCR. 

Oviedo, avant son (l(''[)ar(. [)()iir l'Ethiopie , envoyait tons les ans 
à saint Ignaccî nn (vierge (jn'il le priait de faire brûler au tom- 
beau (lu P. Le Fèvre, afin d'obtenir, par l'intercession d'un si 
saint homme, ({uelcjue part de ses lumières et de son amour 
pour Dieu. I]nfin le P. Le Fèvre lui-même, dans ses communi- 
cations intimes avec le. P. Lainez, (idèle compagnon de ses tra- 
vaux , ne savait comment lui exprimer les faveurs admirables 
dont Dieu récompensait sa fidélité à la g-race. « Plût à Dieu, mon 
cher Père, lui écrivait-il, que je pusse vous faire entendre les 
grands biens que j'ai reçus de la bonté divine, depuis que je vous 
ai quitté, ce qu'il m'a été donné de comprendre et de goûter de 
Dieu, de Notre-Seigneur et de sa très sainte Mère, des esprits céles- 
tes, des bienheureux qui jouissent de la vue de Dieu et des saintes 
âmes du purgatoire ! Que vous dirai-je de mon àme ! De ses éléva- 
tions et de ses anéantissements ! Comment Notre-Seigneur me fait ren- 
trer en moi et sortir de moi pour sa gloire ! Comment il m'a ap- 
pris à purifier mon corps et mon àme, mon esprit et mon cœur, 
pour recevoir et conserver, sans en rien perdre, les divines eaux 
de la grâce ! Que serait-ce si je pouvais ajouter encore les lumiè- 
res que Notre-Seigneur me donne pour connaître les âmes et leurs 
voies, me réjouir de leurs biens et m'afïliger de leurs maux , re- 
merciant Dieu pour elles, le priant et lui demandant pardon, m'en- 
tretenant d'elles et pour elles, avec Notre-Seigneur et avec ses 
saints ! Je ne puis même comprendre de si grands bienfaits, loin 
de pouvoir vous les redire. A Dieu seul gloire, louange, honneur 
et bénédiction en soient rendues par toutes les créatures » ! 

Le recueil des lumières et des grâces que le Vénérable Servi- 
teur tle Dieu avait reçues, est plein de semblables aveux et des 



h'" AOUT. — B. PIKRRE hV. FKVRE. 121 

plus belles maximes de la vie intérieure, dont il avait appris tous 
les secrets à l'école de saint Ignace. Cette vertu de Dieu sem- 
bla donner à ses travaux apostoliques en Europe une puissance 
<[ui n'a de comparable que l'apostolat même de saint François-Xa- 
vier. L'Allemagne n'eut ])as de plus puissant défenseur contre l'hé- 
résie. Une g-rande partie de l'Italie, la Belgique et les Provinces 
Rhénanes, les cours de l'Espagne et du Portugal furent comme re- / 
nouvelées par les Exercices spirituels, qu'il donnait avec un si rare; 
talent, que Notre Bienheureux Père ne croyait pouvoir lui comparer 
aucun autre de ses enfants dans cet art de convertir et de sancti- 
fier les âmes. Parvenu à une si haute sainteté, cher à la (Compa- 
gnie et à l'Eglise par tant de travaux et de triomphes, ce g-rand 
homme, rappelé à Rome par saint Ignace, partit de l'Espagne 
sur-le-champ, malgré le mauvais état de sa santé ; et comme on 
lui représentait qu'il y allait de sa vie : « Il importe peu de vivre, 
répondit-il, mais il importe d'obéir » ! En effet à peine arrivé près de 
son Bienheureux Père, il succomba à la violence de la maladie qui 
l'emporta en peu de jours. Il était à peine Agé de quarante ans. 



Ses différentes Vies [Cf. apud Garayon, Bibliographie hislor. de la Com- 
pagnie de Jésus, nn. 1821-1826J. Aux ouvrages indiqués par le P. Cara- 
yon, on peut ajouter : Orlandino, Forma Sacerdotis apostolici expressa 
in exemplo Pétri Fabri . . , Dilingœ, 1647. — Boero, Vita del B. Pietro 
Fabro, Roma, 1873. — Maurel, La Vie du B. Père Pierre Le Fèvre, Lyon 
1873. — Prat, Le B. Pierre Le Fèvre, Lyon 1873. — Nadasi, Annus dier. 
memor., i^aug., p. 73. — Drews, Fasti Societ. Jesu, 1* aug., p. 294. — Pa- 
TRiGNAKi, Menol., 1 agost., p. 1. — NiEREMBERG, Vurones ilustres, t. 1,/?. 1. 
— Zaccaria, Iter litter. per Italiam, 1753-1757, p. 124. — de Bagker, 
Biblioth. . . , t. 4, p. 339. 

A. F. — T. II. — 16. 



122 MKNOLOCiK S. J. ASSISTANCE DE FRANCE. 

IjG mT'iiK^ .i<>'"" ^^^ ' '*" KV^tO, inoiinil à Bordeaux, dans la soixaii- 
h'-dix-hiiihèinc ami<''(> dv son àg-e et la soixante-et-unième depuis 
son entrée dans la (louipagnie, le J*. Jean di; i,\ Uenai'DIi;, (''gaie- 
ment célèlne j)ai' les eharges <ju il a remplies, son esprit de jx'Tii- 
tence, les grâces miraculeuses accordées plusieurs fois à ses pri- 
ères, et un ainoui- de la Compag-nie si tendie et si profond, <pi a- 
près celui de saint lg-na(;e, nul autre, disail-on, ne j)ouvait lui 
être compare''. 11 était né aux (Mivirons de l>rives, dune famille no- 
ble, mais du côt('' de son père engag'é(^ «lans I lu'rf'sie. Innove'- à 
notre collège de Bordeaux, il sollicita et ohtinl. ses études teiini- 
nées, son admission dans la (lompagnic. Sou [)ère, furieux de cette 
détermination, le Iraduisil dexani le parlenuMil de Bordeaux ; mais 
le jeune homme soutint victorieusement sa cause et put suivie li- 

hrement ra|)pel de Di(!u. 

(a'ite cjucuNC l'alfennil d une manière iiu'hranlablc dans l amour 

de sa vocalion. 1! n a\ail point au monde de plus cher tr(''S(ti\ Son 
éloge? en cite des traits louchants. On le \il j)lusieurs fois se je- 
Ici' aux pieds d'un homme puissant, dont les griefs contre cpicl- 
(jues-uns des N<\t)'es auiaient pu devenir funestes à tous. Il s'in- 
téressait à tout ce (pu' la Compagnie faisait dans le monde ; il 
prenait paît à ses joies et à ses tristesses, applaudissait aux 
succès de ses jeunes g'cns, en cpii il aimait à saluer les esp(''ran- 
ces de l'avenir ; et même sur le «h'-clin de rage, il assistait à leurs 
exercices littéraires et montrait \ prendre un |)laisir singulier ; 
il ne refusait aucun tia\'ail, dès (ju'on le lui demamlait au nom 
<le la (lompag-nic. Les règ'les étaient perp(''tuell(Mnenl sous ses 
\('UX ; à force de les lire et de les médilei^, il les savait toutes 



I*'" AOUT. I'. JEAN l)i: LA UENAUIJIK. \^^> 

par cœur. Maître des novices, Recteur des collèges de Périgueux, 
de Pau, de Poitiers, Provincial, et député de sa Province à la 
huitième congrégation générale, il les observait partout lui-même, 
les faisait observer selon leur esprit, avec autant de fermeté que 
de douceur. 

Quant à saint Ignace, le Père et le fondateur <le la Compagnie, 
on ne saurait exprimer, dit la notice à laquelle nous enqiruntons 
ces détails, de quelle vénération et de quelle fdiale tendresse le 
P. de la Renaudie l'entourait. A le voir saisir toutes les occasions 
de rappeler son nom et ses vertus, on ne pouvait s'empêcher de 
lui appliquer les paroles des juifs, témoins des larmes du Sauveur 
pleurant sur Lazare : Ecce quomodo amahat eum. Il aurait voulu 
se faire sa vivante image, et véritablement bien peu en ont re- 
produit plus fidèlement tous les traits dans le gouvernement des 
Nôtres et dans l'œuvre de leur propre perfection. Pi'ovincial, il 
faisait tous ses voyages à pied , le rosaire suspendu à son cou, 
avec une rigueur de pénitence et un recueillement en Dieu, qui 
rappelaient ceux de notre fondateur, dans les premières années de 
sa conversion, et ceux de ses compagnons allant de Paris à Venise 
et de Venise à Rome. On trouvait en lui même dévotion pour la 
sainte Vierge, qu'il n'appelait pas autrement que sa bonne Dame et 
sa bonne Mère ; même modestie angélique ; même confiance en Dieu 
et même intrépidité, que n'effrayait et ne décourageait aucun obs- 
tacle, dès qu'il s'agissait de l'intérêt des âmes ; enfin même amour 
des pauvres et même délicatesse de reconnaissance à l'égard des 
bienfaiteurs de la Compagnie. Recteur du collège «le Pau, il réu- 
nissait les pauvres trois fois par semaine, et après leur avoir dis- 
tribué la double aumône spirituelle et temporelle, il les faisait 



i24 MKNOf.OGl-: s. .1. — ASSISTANCE 1)1. IRANCK. 

prier tous eiiseiiihlc cl à liante voix pour le roi de France, t'oa- 
«lateur i\u collrge, usa^e loueliaiil (|ii<' son (•\eni|)l<' fit passeï- en 
coutnnK.' a|)r('s Ini. 

La gloire <Jes niiraeles ajouta son auréole à eclle de lanl de 
vertus. Pai- la |)uissanee du signe de la eroix, le I*. de la Ilenau- 
die gneiil plusieurs fois l(,'s jiniladies ; il aiièla subilenient une 
bête furieuse (pii se j)rceipilail sni' lui, eorues baissées; il renou- 
vela en l"a^(Mtr de panxies pèeheui's, cpii avaienl vainement tra- 
vaill('' toute uiu; unit et une |)arlie du jour, le niiraele opéré par 
Notre-Si'igiu'ur sur la nier de Tibériade. IMusieurs années à lavan- 
ce, il annonça cpa; La Koelielle et le l>éai"n, encore oeeu])es par les 
héréti(pies, auraient des collèges de la (;onn)agnie : " \c)us Acri'e/ 
cela de vos veux, dil-il ju'solu nient aux Pèics (pii rcnlonraieiil, 
et vous ne mourrez point (pie cela ne soit accompli ". 

Knlin ce grand liomme, épuisé de Iraxaiix, (diargc'î de mérites et 
d'années, alla recevoir au ciel sa léiîonipensc. Ses dernières paro- 
les furent pour la (jonniagnic, (pi il a\ail iani ainu'e et ^i bien 
servie ; apr('s a\()ir recommandé à tous, dans un adieu suprême, 
«le la chérir comme une mère, de travailler de toutes leurs for- 
ées à protég-er son lioiiiiciir, il remit paisiblement son àmc entre 
les mains de Dieu. 



h'IoîTiam 1{. I*. JtKinnis lunaldùini. Suc. Jeu. (Arc/u\\ lioin.). - N.M»\- 
SI. An nus (lier, tnenioiah.. l' aiii^.. p. 7(). — Pat»k;n\m. Mcnolog.. \" agos- 
/o, p. Ti. — SoTiKLMs. lïibliothrcn . . . . j>. '»%. - i>k Hmkkh. liihliothè- 
ffiic ..../. 1. /(. ()ÎU). 



l*"'" AOUT. — P. JEAN COLLIGNON. 125 

* Le même jour de Fan 1633, mourut h Pont-à-Mousson le P. 
Jean Collignon, né en Lorraine, insigne imitateur de l'humilité et 
de la charité de Jésus-Christ. 11 aurait pu prétendre aux chaires 
les plus élevées ; mais il préféra la g-loire d'ensevelir ses grands 
talents dans les plus humbles ministères, l'enseignement de la 
grammaire, le catéchisme aux enfants et les missions de campa- 
gne. La peste s'étant déclarée en Lorraine, il s'empressa de voler 
au secours des malades et des moribonds. Plus de cent personnes 
avaient succombé au terrible lléau dans un pauvre village aux en- 
virons de la ville ; les survivants, glacés par la peur, s'abandon- 
naient à une sorte de désespoir. Le P. Collignon accourt au milieu 
d'eux ; pendant plusieurs mois, il leur prodigue tous les secours 
spirituels et temporels d'une inépuisable charité ; il les relève et 
les fortifie, et quand il s'éloigne, son œuvre achevée, tous bénis- 
sent son nom et celui de la Compagnie. 

Onze fois dans le courant de deux années, il se dévoua au mê- 
me ministère, sans égard à ses quatre-vingts ans. Enfin atteint lui- 
même par la contagion, il dut rendre les armes. L'héroïque vieil- 
lard supporta ses souffrances avec une jo3'euse résignation, mais 
non sans témoigner le regret de n'être pas tombé sur la brèche, 
au chevet de ses malades ; et pour s'épargner la honte de mourir 
dans son lit, il demanda qu'on voulût bien l'étendre à terre. 

En même temps, toujours fidèle à son amour de l'humilité, il 
s'affligeait d'avoir si peu travaillé, et il se traitait lui-même de la)- 
ron de la gloire de Dieu. La ville de Pont-à-Mousson reconnais- 
sante lui fît faire un service solennel dans la principale église, pen- 
dant que ses funérailles se célébraient dans notre collège. 



'^^'' MliNULOGK S. J. — ASSISTANn; I)i: IKA.NClî. 

Elo<^ia de/ïiiKa. \^*iov. Campan. {Archiv. liom.). — Aijham, L' Université'' 
de Pont-à-Afonssun, I. 1. p. 'i92 ; l. S, p. :,()(•,, :,07. - Xu.^si. .\nnus (lier, 
mrmor., 1" mi'^.. p. i:^. Du i:\vs, Jù(s/i Sori,-/ . Jc.sn. h' raiir.^ p. 09;,. 



II AOUT 



Dans les premiers jours <lu mois d'aoul <le l'an ];)8(). inoiiiiU, 
victime de la cliaiilé, le P. Anaioij- Réginald, (jui s'étail oilert avec 
plus de cinquanle Itères et Frères de noire (collège de Paris, pour 
assister les panvies malades abandonnés, au milieu des ravag-es 
affreux de la peslc qui désolai! (^ette grande ville, (l'était, au té- 
moignage du P. (llaude Mathieu, son Pr(^)viu('ial, un très saint reli- 
gieux. Dans la eliarg-e «le ministre, (pi'il exereait depuis trois ans, 
il s'étail l'ail ])artieulièremenl aimer et vén(''r<^r d<' tous par sa eliii- 
rité, sa prudence et sa modestie. A j)eiije eut-il rendu le dernier 
soupir ((ue, malgré la eontagiou et les chaleurs de l'esté, son (îorps 
exhala une odeur loute céleste, comme si, dit la relation de sa 
mort, il eul repose- au milieu des lleuis. 



S.vccniNj, Jlà/or. Societ. Jesu, purt. V', lib. «S. //. 181 vcyy , p. 278 ei suiv. 
— P.vTr.iGNA>t, Menai., 1 (i^o.st.,p. il . — Alkciammi;. Herocs cl V/cti'mfH' rharif., 
ann. 1580. cap. '\. p. 70 .srt/(/. 



127 



m AOUT 



Le troisième jour d'août de l'an 1720, mourut au collège de Bor- 
<leaux le P. François Duvergier, en grande réputation de sain- 
teté. Sa vie, éerite par un jeligieux de saint Franeois, offre des 
exemples vraiment héroïques de toutes les verlus d'un apôtre, par- 
ticulièrement de son zèle, de son union à Dieu et do sa mortifica- 
tion. Dès les premières années de sa vie ridigieuse, il avait de- 
mandé avec instance les missions du Canada ; et pour mieux se 
])réparer à en supporter les rigueurs, souvent, au plus fort de l'hi- 
ver, il passait eu plein air une grande parlic de la luiil. Mais Dieu 
lui réservail, comme à saint François Régis, l'apostolat de plusieurs 
grandes provinces du midi de la France, où son zèle, soutenu par 
une élo(juence pleine de feu et par la vertu de Dieu et le don mê- 
me des miracles, opéra des fruits admirables de conversion et de 
sainteté. 

Pour suppléer au martyre du fer et -du feu, (ju'il ne lui était pas 
donné d'aller chercher parmi les sauvages, il se condamna lui-mê- 
me aux plus cruels tourments ([ue })ut inventer son amour pour la 
croix. Pendant ([uarante ans, malgré les fatigues du saint ministè- 
l'c, il n'eut d'aiilrcî lit ([ue des ais ou la terre nue : trois fois 
au moins j)ar semaine, il jeûnait rigoureusement ; à l'usage conti- 
128 



m AGIT. — I'. IHANÇOIS 1)1 VKKGIER. 129 

iiuel des cilice.s, dos cliaiiios do foi" ol des disciplines sanglantes, 
il joig'nait souvenl nne couronne armek' de pointes de loi", e[ ne 
s'asseyait dans sa chambre que sur un taJ)ouret également arme 
de pointes ([ui ne lui laissaient pas un moment de repos. Durant 
plus de six ans, il parvint à se faire cruellement flageller trois 
ibis par semaine, avec tant de rigueur, qu'il demeurait quelquefois 
à terre, baigné de sang et presque privé de sentiment. Mais dans 
son amour poui' la personne adorable du Sauveui', et dans l'excès 
de son humilité, il se regardait encore comme un membre trop d('>- 
licat, indigne d'un Dieu crucifié et couroniK'; d'épines. 

Un homme si mortifié ne pouvait être (pi'un homme de prière ; 
aussi restait-il souvent les jours et les nuits entières dans nne pro- 
fonde oraison, prosterné au pied des autels; et c'est là, qu'après 
une longue nuit ainsi passée près du tabernacle, après avoir reçu 
de son bon Maître l'assurance que l'heure de sa récompense était 
venue, le P. Dnvergier tomba tout à coup, et rendit à Dieu son 
Ame sainte au boni de quelques instants d'une courte et tranquille 
agonie. 



La vie du H. P. J)iwergier de Barbe. S. J ., par le \\. P. F**^ de l'Or- 
dre de S' François. Bardeau.r. 1725. — P\TiaG>A>fi, Menolog.'. 3 agos/., 

p. :i2. 



T. II. 1 



IV AOUT 



Vers le ([uatrième jour du mois (raoût de l'an 1019, mourut à 
la résidence de Vesoul, le P. Jacques-Philibert dk Iîomvahd, de la 
Province de Lyon, en grande estime de science, de prudence et 
de sainteté auprès de sainl Krançois de Sales, (jui recourait sou- 
vent à ses conseils. « Ce très bon serviteur de Dieu », écrit Ma- 
deleine de Chaug-y dans la vie de sainte (Ihauial, avait reçu, 
entre îiutres laveurs célestes, « la grâce de voir son bon ang-e » ; 
et c'était sans doute la récoiupense de la pureté angélique dont il 
avait lait V(X3U à Notre-Seig-neur bien avant d'embrasser la vie re- 
ligieuse. Dieu lui donnait aussi de grandes lumières au saint 
autel. Dans le récit des origines de la Nisilation, on ])eut voir 
comment il reçut, en même temps que le saint i'ondaleur, la 
révélation des desseins de Dieu sur le nouvel Ordre. 

Vingt années de luttes contre l'hérésie sont presque Tunique 
résumé de la vie religieuse et apostolique du P. de Bonivard, 
dans nos annales. Mais, par bonheur, un mot d'Auguste de Sa- 
les, dans l'histoire de son glorieux oncle, nous montre à que! 
degré le xaiilant religieux étail devenu la l(>rreur des plus 
130 



IV AOUT. P. JACQUE.S 1)K BONIVARD. 131 

fiers ministres de Genève; car, ayant d'abord accepté, en 1609, 
le défi ([ue leur avait adressé François de Sales, d'une confé- 
rence })ul)li(jue, ils se dédirent, ajoute le pieux auteur, « parce 
([u'ils avaient entendu que le P. Jacques-Philibert de Boni- 
vard, très excellent théologien, et pour lors Hecteur du collè- 
ge de Besançon, était du côté du saint évèque ; et ainsi, é- 
chappèrent ignominieusement ». 



Littera' ann. Prov. Lugdiin., an. 1619 (Aixhiv. Rom.). — Mémoires sur 
la vie et les vertus de sainte .... Chantai., par la Mèki: dk Chaugy, Paris, 
1874, p. 122, 166, 167. — Aug. de Sales, Histoire du B. François de Sa-: 
les, Paris, 1857, /. 2, liv. 7, p. 51. 



V AOUT 



Le ('in(|iiicnic jour (l'août de l'an 11)3''», mounil saiiitenieni à Moiil- 
pollior le P. Phançois T)K Iîahry, de la Piovince de Toulouse, âgé 
de soixante-douze ans, digne frère du saint et a|)Ostoli([ue 1*. Paul 
de liari'y. In de ses vœux les plus ardenis a\ait <''t('' d'cMisevclir 
dans nue profonde obseurité, parmi h's inonlagnai'ds et les pay- 
sans des Pvrénfîes, l'éclat de son nom el de ses talents ; et jns- 
ipTà la plus extrême vieillesses, il ne cessa d'aller de village en 
v^illage, toujours à pied, le chapelet à la main, catéchisant les pau- 
vres el les ignor'ants, visilanl les malades dans h^uis niis(''rables 
chaumières, el faisant |)artonl refleurir, a\'ec la loi, le sainl usage 
des sacr<Mnenls et l'amoui" des plus ang(''li((ues vertus. L()is(pron 
l'invitait à visiter les riches et les grands du monde : u Asscv. d au- 
li'i's et dv plus habiles (pie moi s'en chargeront, i(''poudait-il ; 
les pauvi'cs, celte portion si cIkmc du troupeau de .lesus-Cdirist, 
ont bi(;n plus besoin de s(>cours ; et ce sont eux (pu en ont le 
moins. D'ailleurs, leur intellig'ence est à la j)ort('>e de la mienne, 
nous nous cntentlons, soidfre/ «pie je \ ive e| nuMiic avec «mix » ! 



V AOIT. — V. FRANÇOIS DK BARRY. 133 

Mais au milieu <le cet liunibie iniuistère, Dieu se plaisait souvent 
à confondre rhumilit('î <le son serviteur. La charité «lont le P. de 
Barry était embrasé, ne lui permettait pas de refuser ses bénédic- 
tions et ses prières aux malheureux qui venaient en foule cher- 
cher près de hii le remède de tous leurs maux, et paifois la simple 
imposition des mains de ce saint homme fut suffisante pour leur 
rendre à l'instant même la santé. 



Na.d\si, ann. (lier, memoi., 5a aiig.., p. 83. 



M AOIIT 



Le sixième joiiv craoùl de Tan liiîJ^. luoiiriil h \ iciiiic en Autriche, 
le P. (^LAi i)i: Li: .Iay, un des premiers eompag-nons de saint Ignace, 
surnommé par les évèques, les universités et les princes du Saint- 
Hmpire, « l'ange et l'apôtre de rAllemagiu' el le boulexaid de la 
foi)) ! Forme Jt l'école d(; Notre bienheureux Père, il par\iiil en jxu 
de temps, par la jnorlifiealion cl par la piièii-, à une liés haute 
saintet(''. Dès ses premières missions en Italie, à lîicseia, à Faënza, 
à Ferrare, voici le genre de vie (péil avait adopté : Après avoir 
consacré loul U; jour aux d'uvres de misc-ricorde et de zèle, il se 
retirait le soir à l'hôpital, mais sans y a<'('ej)l('r la nourriture (piî 
(pii lui ('lail ollerte ; car il s"('tait lail nue loi de la mendier de 
[)Orte en porte, et g-ardail du resle le jeune le |)lns ligoureux. La 
nuit, après un court sommeil, il se levail, nuMiu- au j)lus fort de 
l'hiver, |)our ic'citer, toujours à genoux, lollice divin: et il demeu- 
rait ensuite en oraison, dans la ménu' posltiic. jus<pi'au moment 
oii il jxmvail recommencer ses liavaux. l*our se soutenir et s'a- 
nimer au milieu de tant «le fatigues, il ne laissait point passer un 
seul joui- sans lire un chapitre de la Passion du Sauveur: el il ne 
lui en fallait pas davantage pour le r(Midre saintenuMit avide de 
nouvelles et de plus rudes croix. 
13^1 



VI AOUT. P. CLAUDE LE JAY. 13o 

Accordé par saint Ignace aux instances des catholiques d'Allema- 
g-ne, le P. Le Jay fit partout reculer l'hérésie, à Ratisbonne, à Ingol- 
stadt, à Vienne, non sans avoir à souffrir toutes sortes d'outrages 
et de mauvais traitements, de bannissements, et de périls de mort. 
Plus d'une fois, les luthériens furieux cherchèrent à l'empoisonner, 
et le menacèrent hautement de le précipiter dans le Danube ; mais 
sans s'effrayer, le P. Le .Jay se contenta de leur répondre en sou- 
riant : « Pourvu que j'arrive au ciel, peu m'importe que ce soit par 
terre ou par eau » ! Du reste. Dieu le protégea visiblement et le 
vengea même avec éclat de ses persécuteurs, en les frappant de 
mort subite,- dans le temps où ils conjuraient sa perte. Les ducs 
de Ferrare et de }3avière, le célèbre cardinal d'Augsbourg, Othon 
Truchsez, et l'empereur Ferdinand, alors roi des Romains, se dis- 
putèrent tour à tour le bonheur de posséder ce grand homme ; ils 
passaient souvent avec lui de longues heures, s'entretenant des 
choses de leur salut et des moyens de faire refleurir la foi parmi 
les peuples que Dieu leur avait conflés. On ne saurait com- 
pter le nombre des hérétiques qu'il a ramenés à l'Eglise, par sa 
science et par son zèle, après leur avoir gag-né le cœur par sa 
douceur et sa modestie. 



Ohlandini, Histor. Societ. Jesu, part. 1, lib. 1-12, pass. — Alegambe, 
Biblioth. Scriptor. Societ. Jesu, p. 152. — Rader, Bauaria sancta et pia..., 
Monachu, 1704, p. 116. — Nadasi, Amius dier. memorab. , G^ûug.,p.H^. 
— Drews, Fasti Societ. Jes., 6^ aug., p. 301. — Patrignani, Menolog., 6 
agost., p. 60. — Tanner, Societas Jesu apostol. imitatrix, p. 41. — Boero, 
Vita ciel Servo cli Dio P. Clnudio Jaio, Firenze, 1878, 



Vf! AOIT 



\jV septiônu' jour du mois d'août de Tan IT^-î, mouriil h Madrid, 
(Ml très liaiil renom de saiiil(^t('', le I*. '■rii.i.AiMi: Dai iji:m(;.\. de la 
Province <!(• (ïliam|)a«>-iu\ illiislrc pai- les impoiiaiiles eliarf'fes 
(jn'il a\ail remplies, mais jiieii |)lus encore par les services (pi'il 
rendil a la Compagnie cl à I l']j>lise, en l'ranee. à Home el à Ma- 
drid. Assiwtanl de Franche sous (llc-menl \l, doni il mérita an plus 
haut d(^^r('' la confiance, cont'esseni" de l'Iiiiippe \ , roi d l>spaj>"iie, 
<e lui en paiiiculi<M' à ses <lémarches, ipie la (lompa^iiie Int rede- 
val)lc de la hcNitiHcation de saint l"raiicois l{éi;is, ainpiel il lil ('le- 
vei' à Madiid nn des pins ma^ni(i<pies autels de la clirétientt'. Mais 
an milieu des lionnenrs de la conr, de la taxcnr des princes el des 
rois di; Irance et d'l]s|)ayiie, ce saint reiii^ien\ n aspiiait cpi à 101)- 
scurile d une vie cacluM' ; il re<^reLtait siirtonl I liiiinble ministère 
d'apolre des soldais el des lier('li<pies (piil avait rempli autrefois. 
aN'cc taiil de consolation j)our son ione et de IVnifs de saint, durant 
les premières années de son sacerdoce. 

Après avoir Umi^ieinps sollicite el ohlenn enlin. ;i l'orce de priè- 
res, l'aulorisation de se relirer, pour ne j)lns sonii'er, disail-il. (ju'à 
se sanclilier en se piu'parani à la mort, il >e \it. an Ixnil de cpiel- 

1:^(1 



VII AOUT. P. GUILLAUME DAUBENTON. 137 

ques années, à près de soixante-dix ans, contraint pour la seconde 
fois, par les instances réunies du Vicaire de Jésus-Christ et du roi 
d'Espagne, à reprendre le poste de confiance que lui avait assigné 
Louis XIV auprès de son petit-fils, montant sur le trône de Char- 
les Quint ; et il dut y rester jusqu'à la mort. 

La pureté angélique de ce grand homme, son amour pour la 
pauvreté, sa fidélité aux moindres observances de sa vocation, la 
rigueur de sa vie, ou plutôt la sainte cruauté avec laquelle il domp- 
tait chaque jour son corps, par les llagellations, les chaînes, les 
eilices, et en particulier par une croix de fer hérissée de pointes, 
qu'il aimait à presser souvent sur sa poitrine, son exactitude à gar- 
der encore, à soixante-seize ans, les jeûnes et les abstinences de la 
sainte Église, faisaient de sa seule présence au milieu des grands de 
la terre, une perpétuelle et toute-puissante prédication. Quand il 
eut rendu sa sainte àme à Dieu, la cour entière de Madrid accou- 
rut vénérer ses précieux restes. Le cardinal Belluga, le nonce du 
pape, tous les évêques alors présents dans la capitale, avec l'arche- 
vêque de Tolède, les supérieurs des Ordres religieux, les ministres 
du roi, les grands d'Espagne, enfin le clergé, la noblesse, les pau- 
vres honorèrent en foule ses funérailles ; et son éloge funèbre, en- 
voyé par ses supérieurs aux Provinces de la Compagnie dans toute 
la monarchie espagnole, offrit à leur reconnaissance le P. Dau^ 
benton comme l'un des grands bienfaiteurs de toutes les œuvres 
de la Compagnie et l'un de ses plus saints religieux. 



A. F. — r. II. — 18. 



i38 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCK DK FRANCE. 

Lettre du P. Khançois Ghan.vuo aux supérieurs de la Province de Tolède 
sur la mort du P. (iuillaumc Daubenton. — Patiugnam, MenoL, 7 agosto, 
/>■ 77. — i.K Mackkk, Bihliothèfjue . . . , t. 1, p. 2'i9. — Cahayon, Bibliographie 
historique ... ^ n" i7*)8. — GiiiAui/r, Essais historiques et biographiques sur 
Dijon, p. ¥i{S. — Felleh, Dictionn. historiq., t. 2, p. 400. — Picot, Mémoi- 
res pour servir à l'histoire.. . . du XVII P siècle, t. \, p. I ()."). — Crétjneal- 
JoLY, Hisi. de la Compagnie ... . t. 4, ch. (>,/>. 'iX\ et suiv. 



* Le septième jour d'août de lan 1G()4, mourut à Paris le P. Paul 
Le Jeune, un des plus intre''pides parmi les ouvriers (pii ont fécon- 
dé do leurs sueurs et de leur san^»- la rude mission du Canada. 
Le P. Le Jeun(! naquit eu 1592, dans le diocèse de Cdiàlons, d'une 
lamillc protestante. Mal^ic'^ l'ojjposiliou (pie lui firent ses parc^nts, 
il emhrassa la foi catlioli([ue à seize ans , cl à \ inol-ddix ans il 
entra dans la (A)mpa^nie de .lésus. Il était suj)érieur de la rc'-si- 
dence de Dieppe, <[uand il fut choisi ponr reconstituer la mission 
du Canada, (pii venait de s'ouvrir de nouveau après le traité conclu 
avec les Anglais en 4632. lin arrivant, il ne trouva (puî des lui- 
nes à relever. Le premier et le plus dilHcilc travail <''tail d'appren- 
<lre la langue des sauvaj>es. Ponr s'en rendre maître j)lus rapide- 
ment, le P. Le Jeune n'hésita pas à passer un hiver entier dans les 
bois au milieu des chasseurs algompiins. 11 faut lire, dans les Rela- 
tions des missions, \(\ i"écit des s()utl"ranc(>s incioyables cpi il eut à 
endurer, u .\ (jui Dieu donne les pensées cl les désirs de venir 
cJiercher les sauvages, écrivait-il, <|u'ils n Onhiient de s(> munir 
des armes n(''cessaii'es, notamment d'une patience de Icr ou de hron- 
/(î, ou plutol d"un<' patience lonle d'or, pour snpj)ortcr fortement 



vil AOUT. P. PAUr, LE JEUNE. 139 

et amoureusement les grands travaux qu'il faut souffrir parmi ces 
peuples ». Et après avoir décrit quelques-uns de ces tourments, le 
froid, la faim, le feu, la maladie et l'intolérable société de ces 
hommes barbares : « Gela, poursuivait-il, ne doit épouvanter per- 
sonne ; car les bons soldats s'animent à la vue de leur sang et 
de leurs plaies » ; pour lui, il goûtait « une paix et une joie qu'on 
peut bien sentir, mais qu'on ne peut décrire ». 

Après de longs mois, il parvint à posséder assez la langue de 
ces sauvages, pour la réduire en principes et servir lui-même de 
maître aux autres missionnaires. Mais bientôt il dut quitter sa 
chère mission. A la sollicitation du gouverneur et des habitants, il 
fut chargé, en 1641, d'aller exposer à la cour l'état précaire où se 
trouvait la colonie. Le roi, la reine et le cardinal ministre lui fi- 
rent le plus bienveillant accueil ; la reine voulut même le retenir 
pour son confesseur, mais il obtint de retourner auprès de ses 
sauvages l'année suivante. Les intérêts généraux du Canada le ra- 
menèrent une seconde et une troisième fois en France ; en 1649, 
il le quitta définitivement, et fut chargé à Paris des affaires de la 
mission en qualité de procureur. « 11 s'est comporté dans cet em- 
ploi, écrit son supérieur, avec beaucoup de sagesse ; ayant eu par 
son moyen quelque entrée à la cour, il s'y est acquis l'estime et 
la confiance d'un très grand nombre de personnes de qualité, qu'il 
entretenait d'une manière très religieuse et pleine d'édification , . . 
On a remarqué, ajoute-t-il, que toutes les personnes qui étaient 
plus attachées à lui, étaient très intérieures ». La mort de ce grand 
apôtre « n'a pas été moins sainte que sa vie ». Dans sa dernière ma- 
ladie, il remerciait Dieu particulièrement de trois grâces : la pre- 
mière, d'avoir été appelé du sein de l'hérésie à la foi catholique, 



140 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCK DI- IRAxNCE. 

apostolj([uo cl romaine ; la seconde, de mourir fils de saint Ignac<i 
dans la Compag-nie de Jésus ; la troisième, d'avoir été « employé aux 
missions », et d'avoir travaillé à la dilatation du règne de Dieu. 



Elo^ia dt'funclor. Provinr. Fraïuùv [Aickis). Hom.). — Lettre du P. K. 
Uech.vmi's, à la mort du P. Paul Le Jeune, « à Paris, ce 1* aoust 1664 » 
(Archiv. dont.). — éclations de la Nouvelle-France, ann. 1632-1643, 1653, 
1657, 1661, 1()66. — Greuxius, Histor. Canadens..^ lib. 1, p. 104 seqq. — 
SoTUELLVs, Bihliotli. Scn'ptor..., p. 649. — Kybeyhètk, Scripiores Provincisp 
Franc., p. 213. — uk Hackeu. Bihlioth..., t. 5, p. 346. — Chahlevoix, //w- 
toirc de la Nouvelle-France, t. 2, /;. 88. — Lettres de la Vénér. Mère 
.MARiii i>K L Incarnation, p. 63, 176. 323, 342, 347, 657. — Brassecu de 
IJouRBOi'Hi;. Histoire du Canada, t. I. />. 50. 82. 



VIII AOUT 



Le huitième jour d'août de l'an 1730, mourut de pure défaillan- 
ce, au fond d'une pauvre barque chinoise, dans la province du 
Hou-Kouang, le P. Joseph-Etienne le Coûteux, né en Normandie. Il 
travaillait depuis trente ans à la conversion des infidèles, et n'a- 
vait pas cessé, durant dix-sept ans, de parcourir, souvent au péril 
de sa vie, les chrétientés du Chan-Si et du Hou-Kouang, parfois 
dans un si grand épuisement, lisons-nous dans une de ses rela- 
tions, c( qu'il m'a fallu, pour entendre les confessions, tenir ma 
« tête appuyée sur une table, et m'asseoir sur une chaise pour con- 
« férer le saint baptême. On me croyait près de rendre l'àme », 
ajoute-t-il ; et en cet état, il baptisa un jour jusqu'à soixante-dix- 
sept catéchumènes, si près d'expirer, semblait-il, dans ce saint mi- 
nistère, que ses néophytes lui firent la recommandation de l'ame. 
Exilé à Canton par les édits de persécution de l'empereur, il 
tenta deux fois de retourner auprès de ses néophytes, jugeant 
qu'il ne devait craindre aucun excès de fatigue et aucun danger 
de captivité ou de supplice, pour les soutenir dans la foi. Il con- 
sacrait ses nuits à recevoir ceux qui accouraient de bien loin 
pour obtenir la grâce des sacrements, dont ils étaient privés de- 

141 



142 MÉNOr.OGK s. J. — ASSISTANCE DK HKAN<:K. 

puis (les années. I^o jour, il demeurait caché au l'ond de sa bar- 
rjuc, dans un dénuement excessif, avec des incommodités que re- 
doublait encore l'obligation de se soustraire, lui et les chrétiens, 
à toutes les recherches des persécuteurs. Et c'est ainsi (ju il rendit 
doucement à Dieu sa sainte Ame, profilant de ses derniers jours 
pour introduire secrètement un de ses frères dans cette belle mis- 
sion, (pi'il avail cultivée avec tant d'amour! 



Lettres édif., 1^'^« édit., t. 22, pré/'., p. ix. — Lettres e'dif., edit. 1781, t. 20, 
p. 300; /. 21, /7. 237. - — Pfister, Notices biogrnph. et bibliograpk., rf 251. 



Le même jour de l'an 1780, mourut à Pékin, à la cour de l'em- 
pereur, le P. Piehke-Martiai, Cibot, de Limoges. Parti pour la Chine 
en 1758, à l'àg-e de trente-et-un ans, le P. Cibot passa au service de 
l'empereur les vingt dernières années de sa vie. Son habileté dans 
les sciences et dans les arts de l'Europe , l'avait rendu très cher 
à ce prince ; mais cette faveur même le condamnait à un perpétuel 
esclavage ; et il enviait la sainte liberté des missionnaires (pii pou- 
vaient se consacrer tout entiers au service des âmes, tandis ([u il lui 
fallait consumer de longues années à satisfaire les caprices les plus 
frivoles, a J'ai travaillé j)endant cjuatre ans, dit-il dans une de ses 
lettres, à une grande horloge d'eau, avec jets d'eau, chauls d'oi- 
seaux, figures mouvantes ». Mais il sacrifiait généreusement ses 
goûts les plus saints pour le plus grand bien di' la icligioii. Il n»' 



VIII AOUT. P. PIERRE CIROT. 443 

laissait pas néanmoins de s'employer au salut des infidèles. Il eut 
même le bonheur de baptiser plusieurs princes de la famille impé- 
riale ; et la ferveur de ses néophytes lui semblait une récompense 
surabondante de ses plus pénibles travaux. « Je me crois transporté, 
dit-il, dans les premiers siècles de l'Ég-lise ; et il y a bien des en- 
droits des épîtres de saint Paul dont ce que je vois me donne 
la clef ». Quant au péril d'une soudaine disgrâce, ou d'une per- 
sécution générale qui pourrait le jeter dans les fers pour le nom 
de Jésus-Christ, c'était l'objet de ses vœux les plus ardents, n L'o- 
rage dont on se plaint dans les provinces , écrivait-il en Europe, 
n'est pas encore venu jusqu'à Pékin ; mais du soir au matin, il peut 
éclater et tout renverser. La perte de la mission à part, il me sem- 
ble que je trouverais bien doux de devenir le jouet de la Provi- 
dence ! Je ne crains que mes péchés » ! 



Lettres édifiantes, t. 23, p. 440, Lettre au P. Den>illé ,- t. 24, p. 236 
et suiv., p. 247 et suiv. ; t. 20, p. 493 etsuiv. — uk Backer, Bibliothèque..., t. 3, 
p. 266 d^ suiv. — Feller, Dictionn. historiq.^ t. % p. 2^7. — Gaballero, Bi- 
hlioth. Scriptor. Societ. Jesu, Supplem. J"*", p. 117. - Pfister, Notices hio- 
graph. cl bihliogrnph., n" 4i5. 



IX AOUT 



Dans les premiers jours du mois d'août de l'an 1634, mourut en 
odeur de sainteté, après six années seulement de vie religieuse 
et dix-neuf mois de dévouement au service des missionnaires, le F. 
(iOadjuteur Fléury Béchesne, première victime de la charité au che- 
vet des pestifV^rés de la mission naissante d'Alep. Son supérieur, 
le P. Jérôme Queyrot, annonçant sa mort au Père (jénéral, n'hésita 
pas à l'appeler l'un dos meilleurs ouvriers de l'Orient, tant il ré- 
pandait efficacement la bonne odeur de Jésus-Christ parmi les fi- 
dèles et les infidèles. Traîné devant les juges, par des soldats 
turcs, })our avoir travaillé à fabriquer et à orner un autel, il fut 
retenu plusieurs jours en prison, quoicpie consumé par la fièvre, 
bénissant Dieu de l'avoir jugé digne de ce traitement et de cet op- 
probre, pour une cause qui tenait de si près au sacrifice du corps 
et du sang de son divin Fils. 

« Je ne tairai pas, dit l'auteur de la Syrie Sainte, la réputa- 
tion de sainteté qu'il s'était acquise sur le vaisseau qui le por- 
tait de France en Syrie. Une grande tempête s'étant élevée, et le 
péril du naufrage paraissant extrême, le capitaine et les mariniers, 
après lui avoir adressé beaucoup de prières, que notre Frère rebu- 
144 



IX AOUT. F. FLEURY BÉCHESNE. 145 

ta, lui firent une honorable violence, et l'emportant sur le château 
de la poupe, l'obligèrent à faire un signe de croix sur les flots ir- 
rités, qui se calmèrent en ce moment . . . Cette victoire g-agnée sur 
la mer fut, ajoute-t-il, un glorieux pronostic des bonnes actions 
qu'il devait faire paraître sur la terre ». Les épreuves de la misè- 
re qui signalèrent les débuts de la mission d'Alep, avaient un in- 
croyable attrait pour son cœur ; dans son cachot, il baisait ses 
chaînes avec transport, comme son vrai titre de gloire. Et il donna 
encore, durant la peste, de si beaux exemples de vertu, que la re- 
connaissance universelle en consacra le souvenir par un monu- 
ment funèbre, où l'on grava une belle inscription formée des lou- 
anges de l'humble et héroïque religieux. 



Besson, La Syrie et la Terre Sainte, p. 25, — Mémoires du Levant^ t. 4, 
p. 28. — Relazione délia missione d'Aleppo, 1630-1635, par le P. Jérôme 
QuEYROT, 23 febbr. 1636 (Collect. mss. delà Prov. de Lyon, p. 45-48J. 



A. F, — T. II. — 19. 



X AOUT 



L'ail 1661, le dixième jour du mois d'août, mourut absolument 
sans aucun secours, dans les profondeurs des forets de la Nouvel- 
le-France, \r I*. Kkné Mknaki), scmblahlc en sa mort, ainsi <[u'il 
l'avait prédit expressément, au glorieux apotie des Indes, saint 
François-Xavier, dont il avait très parfaitement imité le zèle et les 
vertus, pendant sa longue vie religieuse cl apostolique. 11 avait 
gag'n('î à Jésus-(jlii'ist, dans l'espace de vini»! annc'es, une immense 
multitude <le ])arl)ares. On disait de lui (pi'il aeiu'lail les àm(îs, 
moins encore |)ar ses vives prédications, (|ue |)ai' ses prières in- 
<;essantes, pai* ses jeûnes si rigoureux, (pi il ne vivait guère que 
de racines, de mousse et d eau, durant des mois el parfois des 
années entières, par des veilles de cha([ue nuit ({n'interrompait à 
[)(!ine un (^ourt sommeil sur la terre uu(\ eulin par laut d'autres 
soulfrances, cpu' le (hUiiil de sou apostolat, dans l(.'s relations de 
ses frères, remplit ITinu? d'une sorte d effroi. 

A plusieurs reprises, les Iroquois, pressés d'une ijige d'enfer, 
s'étaient jetés sur lui le couteau à la main, ou la hache levée 
pour lui lei\(lre la lèt(;. Mais à Unir grand i-tonnemenl, il n'en 
146 



X AOUT. P. RENÉ MÉNARD. 447 

paraissait pas seulement ému. Il soulTrait d'un visage gai les ai- 
fronts (les petits sauvages, qui s'amusaient à le huer et couraient 
après lui comme on court après un insensé; avec le grand apôtre, 
il se faisait gloire d'être traité de fou pour Jésus-Glirist. Sa joie 
éclatait malgré lui lorsqu'il voyait la flamme des bûchers, sur les- 
quels il espérait bientôt se voir consumé. Mais Dieu le réservait à 
des travaux plus longs et non moins terribles. 11 se trouvait à la 
résidence de Québec, lorsque la nation des Ottawas, en 1660, en- 
voya quelques députés chercher de nouveaux missionnaires ; et bien 
qu'elle eût fort maltraité ses premiers apôtres, le P. Ménard s'offrit 
aussitôt pour cette entreprise, dans le seul espoir d'y trouver en- 
core plus à souffrir qu'il n'avait fait jusqu'alors. 

Voici quelques mots admirables d'une lettre qu'il adressait à l'un 
de ses frères peu de jours après son départ : « Je vous écris pro- 
bablement le dernier mot, que je souhaite être le sceau de nôtres 
amitié jusqu'à l'éternité. Arna queni Dominus Jésus non (iedignatur 
amare^ quanquam maximum peccatorem ; am,at eiiim quem dis^na- 
tur sua cruce ; aimez ce pauvre pécheur misérable, (^ue le Sei- 
gneur Jésus ne dédaigae pas lui-même d'aimer, puisqu'il l'hono- 
re de sa croix ». — « Dans trois ou quatre mois, ajoute-t-il, vous 
pourrez me mettre au m,emenfo des morts, vu le genre de vie de 
ces peuples, mon âge et ma petite complexion. Nonobstant quoi, 
j'ai ressenti de si paissants instincts, et j'ai vu en cette affaire si 
peu de nature, que je n'ai pu douter, si je manquais à cette oc- 
casion, que je n'en dusse avoir un remords éternel. Nous avons 
été un peu surpris (n'a^^ant eu le loisir de nous pourvoir d'habits 
et d'autres choses) ; mais celui qui nourrit les petits oiseaux 
et habille les lis des champs, aura soin de ses serviteurs ; et 



148 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

quand il nous arriverait do mourir do misère, ce nous sérail 
un grand boidieur ». 

Obligé de ramer du malin au soir avec les sauvages, durant 
des voyag^es de plusieurs cenlaines de lieues, n'ayant (jue la nuit 
[)oui' dirt' son bréviaire, à la lueur d'un tison brulanl, ou à la 
clitrlé de la lune ; tellement dénué des choses les plus nécessaires 
t[ue, pendani huit mois, il dut vivre de g-lands et d'écorce d'ar- 
bres piles, et même (juehfue temps d'ossements d'aninmux bro- 
yés, dont il faisait avec de l'eau une espèce de bouillie pour ne 
pas mourir tout à fait de faim ; abandonné plus dune fois par ses 
(ompagiions, au risque de s'égarer et d'être tué dans l'épaisseur 
de forets inconnues, mais toujours dans les mains de la Provi- 
dence, le P. René Ménard termina dans le délaissement sa sain- 
te et glorieuse vie, comme il l'avait souvent annoncé à ses frères, 
en leur répétant que les croix lui sembhiieni si douces, qu'il ne 
savait comment leur exprimer le sentiment de joie dont son cœur 
était alors inondé. 



P. Henati Ménnrd \>ila et mors (Arc/iù'. /{o/n.j. — Helationa de la Nouvelle- 
France^ ann. I()i0-I6''i4; rt/i//. 1650, Uiô? ; KiGO-KiG."). — ï*\ii\\o^\m, Mcnolo- 
gio, 10 agosto, /). \)H. — NvD.vsi, Annus dier. memorah., 10^ aug., p. 93. — 
Drews, Fasti Societ. Jes., 10» aug.. p. 306. — Charlevoix, Histoire de la 
Nouvelle-France, t. 2, p. 113 et suiv. — Br.vssevr de Bouhboirg, Histoire 
du Canada, t. \, p. 75, 94, 95. — Lettres de laXks. Mère Marie de i/1nc\r.>a- 
rioN, />. 533, 5()9. — i^iiE.s.., Histon/ of t/ie catàolic missions aniong thc in- 
dian tribes . . ., p. 356. 



X AOUT. P. JEAN SANGENOT. 149 

Le même jour de l'an 1587, mourut à Bordeaux le P. Jean San- 
GENOT, lorrain, admis dès sa jeunesse au conseil intime du duc 
Charles III surnommé le Grand. Dans toute la fleur de l'âge, tout 
l'éclat du talent et de la fortune, à la veille même du jour où il 
devait s'allier à l'une des plus riches et des plus nobles maisons 
de la Lorraine, il avait renoncé tout à coup aux joies et aux es- 
pérances les plus riantes, pour aller vivre pauvre et humble dans 
la Compagnie de Jésus. Mais Dieu l'en récompensa magnifiquement 
par la gloire et les conquêtes de l'apostolat, et par une surabon- 
dance de grâce qui lui faisait demander quelquefois avec étonne- 
ment ce que les joies mêmes du ciel pourraient donc lui donner 
de plus. 

A plusieurs reprises, la très sainte Vierge, qu'il honorait et ai- 
mait comme sa mère, daigna lui apparaître et le combla des plus 
rares faveurs. Dans une maladie mortelle, tandis qu'il semblait 
près de rendre le dernier soupir, elle le guérit subitement, et lui 
dit qu'il avait encore une année à vivre, pour travailler au salut 
des âmes et à sa propre sanctification. Le P. Sangenot se hâta de 
profiter de cet avis pour mener plus que jamais une vie céleste. 
Enfin, dans les premiers jours du mois d'août de l'an 1587, ayant 
reçu pour patron le martyr saint Laurent, il conçut la douce es- 
pérance que la fête de ce grand saint serait l'heureux jour de son 
entrée dans le ciel ; peu de temps après, Jésus et sa sainte Mère 
lui apparurent ensemble pendant la nuit, et lui donnèrent l'assu- 
rance que son pieux désir était exaucé. En elîet, le 10 août, après 
une courte agonie qui parut n'être qu'une délicieuse extase, le 
P. Sangenot, transporté d'amour et de joie, entendant chanter une 



150 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCR DE FRANCE. 

«lernière fois l(; (;antiquo do saint Bernard : « Jcsii, (hilcis memo- 
riay), (expira [)aisibleniont, dans lo baisci' do .h'-sus crucifié, «[iii l'a- 
vait invité à l(i suivre dans son royaunio. 



Abham, 6^. /. , l/ist. Univers. Mussiponl., lib. 1. — lAu. Anu. S. J., 1.58G- 

87, p. 'i20. — S\ccHiNi, Hiat. Soc. Jes., pari. .'>, /. I, p. :i28, — Nadasi. 

Annus (lier, niemor., 7" nug., p. 87. — Dhews, Fasli Societ. Jesu, 7" fiug., 

p. 30:i. 



XI AOUT 



* Le onzième jour d'août, le F. François Cagnin, Coadjuteur tem- 
porel, mourut à Lyon en 1617, la môme année que le saint F. Al- 
phonse Rodriguez, avec lequel il offre des traits frappants de res- 
semblance. Il était en si grande réputation de sainteté, que le P. 
Recteur du collège et le P. Provincial n'hésitèrent pas à faire pu- 
bliquement l'éloge de ses vertus et à le proposer comme un modè- 
le de perfection. François Cagnin, « image vivante de Jésus-Christ », 
ainsi que l'appelle son biographe, naquit dans le Bugey, d'une pieu- 
se famille qui eut à cœur de l'élever dans la crainte et l'amour de 
Dieu. Après quelques tentatives diverses pour se créer une situa- 
tion, il entra au service d'un riche marchand. Là, dans l'humble 
emploi, d'abord de garçon de boutique, puis de commis-voyageur 
et de caissier, il fit paraître tant d'intelligence, de savoir-faire et 
de probité, que son maître, devenu consul de la ville de Lyon, lui 
laissa sa maison en compagnie de deux autres associés. Sa fortune 
ne fit plus que prospérer ; il voyait se vérifier à la lettre en sa fa- 
veur la parole de l'Evangile: « Cherchez d'abord le royaume de Dieu 
et sa justice, et tout le reste vous sera donné par surcroît ». En 
effet, François Cagnin, comme Alphonse Rodriguez, était avant tout 

151 



152 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE FRANCE. 

un chrétien fervent; à Lyon, on ne l'appelait pas autrement que 
«l'admirable et le saint ». Soigner de ses mains les malades les plus 
rebutants, prendre part aux processions de pénitence ordonnées 
pour obtenir du ciel la cessation des troubles ({ui désolaient alors 
la France, s'y montrer pieds nus, une discipline à la main, porter 
la haire, distribuer des prières et des livres de dévotion, secourir 
de ses largesses les pauvres honteux, les hôpitaux, les maisons reli- 
gieuses, toutes les bonnes œuvres lui étaient familières. 

« Il était à la veille, dit son biographe, d'être l'un des plus ri- 
ches marchands de la ville de Lyon, par une prudence et «liligence 
extraordinaire aux affaires », (]uand il résolut de sacrifier toutes ces 
espérances et sollicita son admission dans la Compagnie, à l'âge 
de trente-six ans. Les supérieurs, qui connaissaient ses grands ta- 
lents, lui offrirent l'honneur du sacerdoce, car il avait étudié le latin 
dans sa jeunesse ; mais il les conjura de le laisser servir Dieu 
et la Compagnie dans les fonctions de Coadjuteur temporel. 

Dès les premiers jours, il parut un religieux formé, pénétré de 
l'esprit de saint Ignace, mort aux recherches de lamour-propre. 
Pour n'égarer aucun de ses pas et imprimer à toute sa conduite la 
vraie direction, il avait pris la résolution de lire, au moins une 
fois par semaine, la méditation fondamentale. De cette vue de foi 
naissait une estime profonde des moindres observances, une in- 
différence entière à tous les emplois, sans autre réserve qu'un cer- 
tain attrait de cœur pour les plus contraires à la nature, une 
obéissance prompte et joyeuse à tous les ordres des supérieurs. 
Un Frère se plaignait un jour devant lui du travail dont on l'a- 
vait chargé : « Mon Frère, lui répondit-il, il nous faut affectionner 
h tout ce que l'obéissance nous impose ; et je vous assure que si 



XI AOUT. F. FRANÇOIS CAGNIN. 153 

les supérieurs m'avaient commandé ce métier (celui de vigneron) 
pour tout le reste de ma vie, je n'aurais aucune difficulté à m'y 
résoudre ». 

Chargé de l'administration des biens temporels, il apporta dans 
l'exercice de cette fonction, souvent difïicile et délicate, une pruden- 
ce, un tact, en même temps qu'un esprit de justice et de fermeté, 
qui venaient à bout de tous les obstacles. Un puissant seigneur 
se montrait vivement irrité contre la Compagnie, à l'occasion de cer- 
tains droits en litige ; le F. Cagnin sut faire prévaloir sa cause : 
« Je ne sais, disait ensuite ce seigneur, ce qu'a cet homme, et s'il 
me charme ; mais je ne puis me fâcher contre lui et ne sais que 
répliquer à ses raisons ». — « Il était capable, ajoute un de ses an- 
ciens associés, de gouverner la maison d'un roi ». 

Le soin des affaires ne lui faisait point perdre de vue la sancti- 
fication de son âme. Dans ses longs voyages, toujours à pied, il 
allait comme ravi en Dieu, tout occupé de pensées surnaturelles, et 
au spectacle de tant d'hommes « qui vivent dans un entier oubli de 
Dieu et de leur salut et périssent misérablement », il était saisi 
d'une tristesse indicible, et multipliait pour eux les prières et les 
pénitences. Sa dévotion à la sainte Vierge (car il avait encore ce 
trait de ressemblance avec le bienheureux portier de Majorque) 
était toute filiale ; plus d'une fois cette Mère de bonté daigna se 
montrer à lui. « Elle ne m'a jamais rien refusé », disait-il avec re- 
connaissance . Parmi les faveurs que le F. Cagnin s'applaudissait 
humblement d'avoir obtenues par ses prières, on cite, comme les 
plus précieuses, de cruelles douleurs endurées pour expier les fautes 
qu'il pouvait avoir commises dans sa jeunesse, et la grâce de ser- 
vir Notre-Seigneur dans la vie religieuse autant d'années qu'il en a- 

A. F. T. II. 20. 



154 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DK FRANCE. 

vait passé (laiis le inonde. Il rnourui en ellol dans la soixante- 
douzième année de son à^e, et la trente-sixième «lepuis son entrée 
dans la (l()iii[)agnie. 

Quelque temps aj)iès son bienheureux trépas, il apparut brillant 
de clartf' à un 1\ (loadjuteur, (|ui se laissait aller ;i la tiédeur et 
était en danger de perdre sa vocation. « Mon cher Frère, lui dit-il, 
il a plu à Dieu de me mettre dans sa gloire ; je viens, envoyé à 
la requête de N. B. V. Igruiee, vous donner avis de penser à vous, 
et de prendre garde à vos eonf(;ssions et communions ». VA il dis- 
parut, laissant le religieux confus, mais transformé et (h'-eide à vi- 
vre désoiinais en saint. 



Vie de François Ca^nin, d'heureuse mémoire, premièrement marchand 
à Lyon, puis Coadjutcur de la Compagnie de Jésus, par un Père de la même 
Compagnie fP. Pikuhk Mluxoud. Mss. eonsen'é à la Uibliotli. de la iille de 
Lijon. La copie faite par les soins du P. Prat, compte pp. I Ki in-f'ol ). — 
Nadasi, Annus dier. mcmorah.. Il'' aug., p. ^^'^. — Dkkws, Fasti Societ. Jesu, 
11* aug., p. 307. — Thkoi'h. Uaynaud, opp.. t. 17. Pratum spirituale. n. xli, 
p. Gl.'). — i>K Backer, Bibliothèque . . . , t. 4, /). 80. — Dei^kiw, Histoire hagio- 
logif/ue du diocèse de Bellei/, Bourg, 1839, t. l, p. 288 ; /. 2. p. 168-176. 
— Les PP. de Backer citent encore Delandink et Pkh.nktti. « Les Lyonnais 
dignes de mémoire ». 



XI AOUT. P. MATTHIEU BAZIRE. 155 

Le même jour rappelle la mémoire du P. Matthieu Bazire et du 
F. novice Bertrand Monodol. 

* Le P. Matthieu Bazire, né à Rouen, mourut en 1650, dans les 
infects et horribles cachots de Londres, où il avait été jeté pour 
sa foi, et en punition de son apostolat au milieu des catholiques 
anglais. 11 y périt de pure misère, sans avoir été même une seule 
fois admis à paraître devant ses juges , après un lent martyre, 
moins éclatant aux yeux des hommes, mais non moins méritoire 
devant Dieu que le gibet de T^djurn et le glaive du bourreau. 

Le F. Bertrand Monodol mourut en 1607, au noviciat de Lyon. 
II avait soutenu pour sa vocation les plus rudes assauts de sa fa- 
mille, et des combats plus terribles encore contre les puissances 
de l'enfer. Dès sa première probation, il entendait sans relâche 
cette même voix qui avait réduit autrefois à de si horribles an- 
goisses le saint fondateur de la Compagnie : « Comment pourras-tu 
soutenir, pendant quarante ans, une si rude vie de travail et de 
pénitence » ? Cette pensée lui causait des angoisses inexprimables, 
lorsqu'il tomba sur ce passage de la vie de saint Ignace, où les 
premières épreuves de la vie pénitente du nouveau converti sont 
racontées par le P. Ribadeneira. Ce fut comme un trait de lu- 
mière pour le jeune postulant ; et victorieux des embûches de l'en- 
nemi, par les mêmes armes que son Bienheureux Père, il se re- 
mit avec une douce confiance entre les bras de Dieu qui l'appelait. 
Peu de jours après, il ressentit les attei.ates d'un flux de sang qui 
épuisa rapidement ses forces. Purifié de plus en plus par de vives 
douleurs, qu'il unissait aux souffrances et à la Passion de Jésus 
crucifié, le F. Monodol, après avoir instamment demandé, comme 



136 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE 1)1- FRANCK. 

saint Louis de Goiizagiic, hi graco dT-tic flag('ll<- avanl de rendre 
le deinier soupir, piononea s(^s premiers vœux, cl récita ensuite 
le Te Deunt et le Lfctalux sum, [)our remercier Dieu de sa voca- 
tion et de sa mort ; et presque an mènic moment il expira douce- 
ment, dans un saini transport de joie, (mi prononçant le nom de 
Jésus. 



P. Hazire. — Cf. Lût. (inn. Societ. Jes., unit. KiôU, />. 'Ci. — Alegambe, 
Mortes illustres. ..,/). 674. — Nadasi, Ami. (lier, niemor., 11^ '^"é'-» /■>■ *''^- — 
Drews, Fasti Soc. Jcsu, 11» aug.. p. .'i07. — Patiug.nani, Menai.. Il agosl., 
p. 100. 

F. MoNODOL. — C/'. Nadasi, Annus (lier, memorah.. M* ''"'s-» P- *^'*- — P^" 
TRiGNANi, Mcnolog., 11 ugosl.., p. 100. 



XII AOUT 



* Le douzième jour d'août rappelle la mémoire du P. Claude du 
Mesnil, mort en 1592 à l'université de Pont-à-Mousson. Il était dé- 
jà prêtre, quand il sollicita son entrée dans la Compagnie. Sa fa- 
mille, qui avait fondé les plus belles espérances sur ses talents et 
ses g-randes qualités, n'apprit pas cette détermination sans un vif 
désappointement et sans colère. Prières, flatteries, larmes, mena- 
ces, elle mil tout en œuvre pour lui faire abandonner son des- 
sein ; et comme le novice demeurait inébranlable, elle résolut d'en 
appeler à la puissance séculière, pour l'arracher de force aux 
mains de ceux qu'elle accusait de l'avoir séduit. Claude du Mesnil 
crut prudent de se dérober pour un temps à l'orage ; et avec la 
permission de ses supérieurs, il se retira chez un chanoine du 
diocèse de Trêves, où, son noviciat terminé, il prononça ses pre- 
miers vœux. Il sortit alors de sa retraite, et pour décourager à 
jamais les prétentions des siens et se fermer la voie aux hon- 
neurs des prélatures, il fit presque aussitôt, du consentement ex- 
près du P. Général, sa profession solennelle. 

A cet amour de sa vocation, le P. du Mesnil joignit, dès les 
premiers jours, une fidélité inaltérable aux moindres observances 

157 



Iî)8 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

«le la vie icligiouse, «stimant avec raison (|U(î c'est la plus sûre 
garantie do la persévérance. Il gouverna dix-lmit ans U; collège 
(le Verdun en ([ualité de Recteur ; et par son exemple, par ses 
conseils, par ses exhortations et les mille industries de son zèle, 
il fit épanouir de si belles vertus, et provoqua entre? tous les re- 
ligieux une telle émulation de perfection, ({u'on aurait pu se croire 
au collège de (loïmbre ou à celui de Gandie, dont la ferveur pres- 
que excessive ravissait de joie notre Bienheureux Fondateur ; de 
longues années après la mort du saint Recteur, l'impulsion qu'il 
avait imprimée ne s'était pas ralentie, et le collège de Verdun s'ap- 
pelait encore « le collège des saints ». 



Abram, Histor. Universitat. Mussipontan., mss., lib. 1 (copie, Archiv. dom.). 
— Elogia de/unct. Prov. Canipan. {Archiv. Rom.). 



Le même jour, l'an 4647, mourut au collège de Bourges, après 
cinquante années de vie religieuse, le P. Jacques de S»-Rémy . 
pieux et savant théologien de la Province de Champagne . Ses 
contemporains lui donnent ce bel éloge , que son enseignement 
et tous ses discours étaient la vive expression des pensées et 
des sentiments do la sainte Eglise , telle que le recommande si 
instamment le Bienheureux Fondateur de la Compagnie , à la fin 
du livre des Exercices, dans les règles ([uil trace à tous ses en- 
fants, pour avoir constamment et en toutes choses un même esprit. 



XII AOUT. P. JACQUES DE s'-RÉMY. 159 

un même cœur, et en quelque sorte un même instinct avec la très 
sainte Epouse du Sauveur, aimant tout ce qu'elle aime, approuvant 
tout ce qu'elle approuve, se plaisant à tout ce qui lui plaît dans 
la conduite de ses saints, sans attendrez jamais un ordre formel 
ou une décision imposée sous peine d'anathème. C'est ainsi qu'il 
eut le bonheur de former un grand nombre d'âmes vraiment ca- 
tholiques, et mérita d'être proposé comme le modèle des parfaits 
ouvriers évangéliques de la Compagnie. 



Lettre circulaire du P. Claude Boucheu sur la mort du P. Jacques de 
Saint-Remy, « de Bourges, ce 12 d'aousf » 1647 (Arc/i. dom.j. 



XIII AOUT 



* Dans les mers <Io (Ihino, en vue de Vi\o. Poulo-l'inang, mourut, 
on ig-nore quel jour et ({uelle année, le P. d'Estri.an, victime de 
sa charité au service de marins naufragés. Le naviic (|ui le por- 
tait en Chine, s'était engagé, par la perfidie d'un pilote malais, 
au milieu des récifs cjui remplissent ces parages, et il n'avait pas 
tardé à toucher et à s'entr'onvrir. Quarant(^-deu\ hommes étaient 
à bord, et sous peine de couler bas, la chaloupe ne pouvait en 
contenir que trente-quatre. Le capitaine, impuissant à sauver tout 
son monde, ordonna le tirage au sort, et trente-trois hommes des- 
cendirent dans la chaloupe ; le trente-(}uatrième refusa, c'était le 
P. d'Estelan. Il déclara cpiil suivrait l'exemple du capitaine, intré- 
pide marin que nulle instance de l'équipage ne put arracher à son 
bâtiment; il ajouta qu'il devait son ministère à ceux qui bientôt 
allaient mourir et paraître devant Dieu. La chaloupe dut s'éloigner, 
et presque au même moment le navire sombra et disparut dans 
un tourbillon formidable. 

Les naufragés reparurent ([uelques instants après à la surface. 

On vit alors de la chaloupe un spectacle admirable. Soutenu par 

une force surhumaine, \o W d'Lstelan nag(>ail de l'un ;i l'autre de 

ces hommes , il les soulevait dune main, il les euttMidait, les 

1()() 



XIII AOUT. — P. d'estelan. 161 

exhortait au regret de leurs fautes, leur pardonnait au nom de 
Dieu, et les laissait ensuite retomber doucement sur la vague qui 
allait les ensevelir. Il ne se lassa point dans ce ministère subli- 
me, qu'il n'eût réconcilié et préparé k la mort jusqu'au dernier 
de ces infortunés ; il sentit alors ses bras se raidir, ses forces l'a- 
bandonner, et plein de joie de s'être livré pour les âmes à l'exem- 
ple de son divin Maître, le vaillant apôtre ne chercha point à dis- 
puter aux flots sa propre vie, et il se laissa couler enveloppé dans 
son glorieux linceul. 



N. B. — Nous avons trouvé ce récit émouvant dans les notes du P. de Guil- 
hermy ; mais il est écrit d une autre main et le copiste a négligé de noter 
d'où il est tiré. Il se termine par ces mots : « J'ai su tous ces détails par 
mon vénérable ami, le duc de Penthièvre, à ijui les registres et les bu- 
reaux de sa Grande-Amirauté en avaient donné l'information ». Le capitaine 
du navire s'appelait Magon de Boisgarin, d'une honorable famille de Saint- 
Malo. Malgré l'absence de renseignements plus précis, nous n'avons pas cru 
devoir priver nos lecteurs de cet exemple de dévouement apostolique. 



A. F. — T. II. 21 



XIV AOUT 



Lv quatorzième jour du mois d'août. Tau 1071, mourut au collège 
de Billom, le jeune 1'. Scolasti(ju(; Gabriei, di. riIosPiTAL, l'un 
des plus surprenants modèles de rainoui' du salut des âmes par 
la croix. Dans la Heur de l'âge, à vingt-trois ans, presque au dé- 
but de sa carrière, arrêté tout à coup par une douloureuse mala- 
die articulaire, que les médecins jugèrent irrémédiable, bien loin 
de se laisser abattre à la pensée qu'il ne pourrait désormais rem- 
plir aucun ministère apostolique, il recul de Notre-Seigneur une 
très vive intelligence du salut du monde par la douleur, et s'oilril, 
autant ({ue l'obéissance le lui permettrait, à mettr<' tout en œuvre 
pour réaliser an sa personne la parfaite image de Jésus priant et 
souffrant jusqu'à la mort. 

Alors, avec l'autorisation de ses supérieurs, (pii crurent ne j)ou- 
voir résister à l'esprit de Dieu, et le concours du Krère infir- 
mier, dont l'assistance lui était nécessaire, et cpn lin promit un 
inviolable secret, Gabriel de l'IIospital s'entoura les bras, les jambes, 
tout le corps et la tète même, de chaînes, de ceintuies, el dune 
couronne hérissée de pointes de ii'i', demeurant dans ce jlouloureux 
état des semaines entières, jeûnant ordinairiMueiil au pain el à 



XIV AOUT. F. GABRIEL DE l'hOSPITAL. 163 

l'eau, «'abreuvant de vinaigre, de fiel et d'absinthe, enfin sainte- 
ment ingénieux à inventer toujours quelques nouvelles industries 
pour se crucifier. Mais son union à Dieu par la prière était aussi 
continuelle et aussi ardente que sa souffrance, et il puisait cha- 
que jour, dans le renouvellement du sacrement de pénitence et 
dans la très sainte Eucharistie, une force divine et une joie qui 
semblait déjà l'avant-goût du ciel, état véritablement incompréhen- 
sible, et qui se prolongea près de douze années. 



Elogin defunct. Provinc. Tolos. (Arck. Rom.}. 



XV AO[JT 



Le quinzième jour d'aoùl de l'an l()2i2, mouiul bainteinenl dans 
rilc de lié, Je P. Jeak de la (Iahdl;, de la Province d'Aquitaine, que 
la cause ctrang-e et les circonstances de sa niorl ont fait inscrire, 
par les PP. Tanner et Alegambe, sur la liste des martyrs de la 
Compag-nie. Entré au noviciat de Bordeaux à Và^v de seize ans, 
il s'était appliqué, dès les premiers jours, avec tant d'ardeui' et de 
succès au saint exercice de l'oraison, qu'au bout de six mois de 
vie religieuse, il avait obtenu de Notre-Seig-neur, comme saint Louis 
de (îonzague, le merveilleux privilège de ne plus éprouver aucune 
<listraction durant les longues heures (ju il passait chaque jour à 
s'entretenir avec Dieu. Son angélique chasteté ne j)araissait pas 
moins surprenante ; et néanmoins, fidèle imitati'ur du bienheureux 
patron de la jeunesse, il semblail encore à son excMnpIc n'avoir 
une chaii- (pu- pouj- la crucilier. 

A peine élevé au sacerdoce, il fut attaché à un corps d'armée (juc 
le roi Louis Xlll envoyait contre les hérétiques du midi. Pendant 
le siège de Tonneins, il était resté jour et nuil au milieu des trou- 
pes, prenant à peine sur la tcire nue un peu d(> repos, et ravis- 
sant le cœur des soldats catholiques par son zèle et son intrépidité. 



Wi 



XV AOUT. — P. JEAN DE LA GARDE. 165 

Nommé, peu de temps après, par ses supérieurs, aumônier de la 
flotte royale, bien que n'ayant pas encore vingt-sept ans, il fit 
chasser du vaisseau où il se trouvait un suppôt de l'enfer, qui, par 
ses artifices diaboliques, travaillait à ruiner la foi des matelots 
et à perdre leurs âmes. Ce misérable, convaincu d'affreux sacrilè- 
ges, eut l'audace de menacer le P. de la Garde de toute la ven- 
geance des démons. Mais le missionnaire se contenta de lui ré- 
pondre : «; Quand Dieu te permettrait de me donner la mort la plus 
cruelle, je m'estimerais bienheureux d'avoir sacrifié ma vie pour 
délivrer d'une pareille peste le troupeau que Dieu m'a confié ». 

Le jour même, il fut saisi d'un mal inconnu, dit la relation de 
sa mort ; et bientôt réduit à l'extrémité, ne pouvant plus, malgré 
tout son courage, supporter les douloureuses secousses de la mer, 
il dut être exposé sur la plage la plus voisine, et y demeura plu- 
sieurs jours, sans autre assistance que celle de Dieu ; dans une ca- 
verne, exposé à toutes les injures des vents et des flots. Quelques 
pauvres pêcheurs catholiques de Saint-Rian le découvrirent, com- 
me par hasard, dans cet abandon et lui prodiguèrent les soins de 
leur charité. Mais son mal était désormais plus fort que tous les 
remèdes humains, et il expira saintement au bout de trois jours, 
glorieux martyr de son zèle et de la haine des démons. 



Alegambe, Mortes illustres, p. 322. Le P. Alegamhe cite ensuite : An- 
nuse Societ. Jesu, ms. Provinc. Aquitan., coll. Burdigal. — Elogia ms. in Ta- 
hulario nostro Rom. — Jo. Rho, Variœ virtut. histor., l. 1, c. 3, n. 29, yj. 56. 
— Nadasi, Annus dier. mentor., Jô^ aug., p. 106. — Tanner, Societ. Jesu usquc 
nd sanguin . . . militans ...,/?. 96. — PATRiGNANi,iî/e«o/«^.. 15 agost., p. 127. 



166 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

* Le même jour de l'an 1(584, le 1*. Pierre Chastellain, de Sen- 
lis, mourut à Québec dans la soixante-dix-huitième année de son 
âge et la soixantième <lepuis son entrée dans la r.ompagnie. Il 
avait vivement désir»; la mission du Canada, dans l'espérance d'y 
verser son sang- pour le nom de Jésus-Christ. Mais lorsqu'il s'em- 
bar([ua, à l'ag-e de trente ans, avec les PP. Jogues et (larnier. Dieu 
lui fit connaître cjue cet honneur était réservé à ses «leux com- 
pagnons. Pour se consoler de cette disposition de la Providen- 
ce, qu'il attribuait à ses péchés, le P. Chastellain s'offrit au mar- 
tyre de la pénitence. Et en effet, aux privations et aux fatigues 
inséparables de la vie de missionnaire au milieu de ces populations 
errantes, il ajoutait des austérités vraiment extraordinaires. 11 en- 
veloppait tout son corps de chaînes de fer armées de pointes si ai- 
guës et si douloureuses, qu'il avait peine à se mouvoir ; il jeûnait 
tous les jours, et pendant de longs mois de l'année, il n'avait, pour 
apaiser sa faim, ni pain, ni viande, ni poisson. Tous les vendredis, 
en mémoire de la Passion du Sauveur, il mettait dans sa bouche 
des feuilles d'absinthe, et il en savourait l'amertume avec délices 
jusqu'à l'heure de midi. Il était insatiable de douleurs, et il fallul 
que l'obéissance mit un frein à ses pieux excès, inspirés par la fo- 
lie de la croix. 

Mais au milieu de ce crucifiement de la nature, le P. Chastellain 
jouissait d'une paix délicieuse, sa conversation était toute dans le 
ciel, et même au milieu du repos de la nuit on l'entendait exhaler 
les sentiments de son àme. C'est alors, pendant qu'il évangélisait 
les tribus huronnes, qu'il composa son beau livre : « Alîectus anima' 
amantis Jesum >'. (ïomme il ne vivait que de la foi, les évène- 



XV AOUT. P. PIERRE CHASTELLAIN. 167 

inents les plus extraordinaires et les plus imprévus ne pouvaient 
altérer sa tranquillité ; c'était alors sa coutume de répondre à 
ceux qui s'en affligeaient devant lui, par ces deux mots qui, dans 
les dernières années de sa vie, étaient perpétuellement sur ses lè- 
vres:» Aimons Dieu ». Le 1*. Chastellain, racontent les annales con- 
temporaines, « était souvent favorisé de Dieu par des communications 
très particulières. C'était un saint, qui joignait à beaucoup de génie 
une douceur inaltérable, une simplicité charmante, une charité sans 
bornes envers le prochain, et un amour pour Dieu très ardent . . 
Un jour entr'autres que les Pères allaient à leur maison de campa- 
gne, il marchait derrière, un peu éloigné, et s'entretenait à son or- 
dinaire de quelque bonne pensée : Notre-Seigneur se fit voir à lui, 
le salua, comme autrefois ses disciples, en disant : « La paix soit 
avec vous », ce qui laissa dans son âme une impression qui ne 
s'effaça .jamais. 

Trois jours avant sa mort, il annonça, sfins que rien fît prévoir 
une fin si prochaine, qu'il irait célébrer au ciel l'Assomption de la 
sainte Vierge ; et en effet, à la première aurore de la fête, un peu 
après minuit, il expira doucement, « plein de jours et de mérites, 
dit l'auteur de son éloge, et chargé des dépouilles de l'enfer». 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. ( Archîv. Rom.). — Relations de la' 
Nouvelle-France, ann. 1636-1644, passim. — Sotuellus, Biblioth. Scriptor . 
Societ. Jesu, p. 666. — Histoire de l'Hôtel-Dieu de Québec, p. 261, 280. — 
Lettres de la Vén. Mkre Mahie de l'Incarnation, p. 310. 



168 MÉNOLOÇK S. J. ASSISTANCE DK FRANCE. 

Le même jour, l'an 1732, mourut, en odeur de sainteté, le pè- 
re des petits enfants de ('anton, Maurice du Baudory, né à Van- 
nes, dont la vocation, la vie et la mort, rappellent tour à tour, 
selon rexj)ression de ses frères et de ses successeurs dans l'a- 
postolat, les noms bénis de Stanislas et de Vincent de Paul. H 
allait, en ce jour, suivant son désir et son espérance, célébrer au 
milieu des anges, dont il avait lui-même peuplé le ciel, la glorieuse 
fête de l'Assomption : « Dernier trait de pinceau, écrivait le P. Louis 
Porquet, ajouté à la ressemblance de sa vie avec celle de l'angé- 
lique patron des novices de la Compagnie. Comme lui, ne pouvant 
triompher autrement des résistances de sa famille, il était allé au- 
trefois à pied jusqu'à Rome, pour obtenir du Révérend Père Gé- 
néral la grâce de suivre sa vocation ; comme Stanislas, il avait 
vécu dans le continuel exercice de la présence et de l'amour de 
Dieu; enfin le même jour, il allait recevoir sa récompense. w 
, Le P. Maurice du Baudory mérite à juste titre d'être appelé le 
premier précurseur et l'inspirateur de l'œuvre admirable de la 
Sainte-Enfance, et même avec un caractère tout particulier : Depuis 
bien des années, il avait conçu, suivant le récit du P. du Halde, 
le projet de faire administrer le saint baptême aux petits enfants 
près d'expirer, jusque chez leurs propres parents infidèles. La plus 
grande dilïiculté était da s'ouvrir l'entrée de leurs maisons, sur- 
tout depuis les derniers édits de proscription. Plein de confiance 
en Dieu, le saint missionnaire employa d'abord à cette bonne œu- 
vre quelques catéchistes, et principalement des femmes chrétiennes, 
qui avaient plus d'accès dans les familles que les hommes. 11 des- 
tina les unes pour la ville, les autres pour la campagne, avec 



XV AOUT. P. MAURICE DU BAUDORY. 1G9 

ordre de marquer fidèlement le nombre des enfants qui mouraient 
après le baptême, et de lui en envoyer la liste tous les mois ^ 
il leur fit aussi distribuer, avec la formule du baptême, une cour- 
te instruction sur tout ce qui est nécessaire pour sa validité ; et 
afin de mieux s'assurer lui-même de leur capacité dans une ma- 
tière de cette importance, il les fit venir à la ville un jour de fê- 
te et les examina sur la manière dont elles administraient ce sa- 
crement. Or, dès les premiers débuts de cette œuvre, cinq ans 
avant la mort de cet homme de Dieu, le succès dépassa tellement 
toutes ses espérances que, par son zèle et par ses soins, en l'es- 
pace d'une seule année, ajoutait le P. du llalde, quatre mille 
cent cinquante enfants ont été déjà placés dans le ciel. 



Lettres êdif., t. 19,/?. 248 et suiv.\ t. 22, p. 25 et suiv.. Lettre du P. Por- 
QUET. — iD., V'''^ édit., t. 19, préf., p. xxn. — Annales de la Propagation 
de la Foi, novembre 1859, p. 454 et suiv.. — Lettre de Mgr Guillemin à 
sa mère, 12 février 1850. 



A. F. — T. II. — 22. 



XV! AOUT 



* Le seizième jour d'août de l'an 1()5('), inoiinil, dans la Ireiite-hui- 
lième annexe de son âge et la dix-huitième depuis son entrée dans 
la Compagnie, le P. Antoink d'IIodencq, Prineipal {\u eollège de 
Paris. « C'était, dit le P. ('astillon, son supérieui', un lit)mme de 
grande oraison et d'une mortifieation eontinuelle, toujours uni à Dieu 
et toujours agissant dans la vue de Dieu ». 11 avait une dévotion 
extraordinaire au saint Sacrement; toutes les heures dont il pou- 
vait disposer, il les j)assait en adoration au ])i('(l du tabernacle, 
c'est là, disait-on dans le collège, « quil le fallait aller chercher, 
([uand on ne le trouvait pas dans sa chambre . . . v. Cette assidui- 
té ne nuisait en lien à rexercice des devoirs de sa charge. « Il y 
était exact à merveille, ajoute le P. Gastillon. et sa vertu le faisait 
tellement respecter et aimer, non seulement des Nôtres, mais encore 
des pensionnaires, que, ([uoic[u'il veillât assidûment sur eux cl les 
traitât avec assez de sévérité, jamais pourtant il ne s'en (»st trou- 
vé aucun ([ui s(> soit plîunt de lui. .Vu contraire. iU l'on! toujours 
eu en singulière véui-ration, et ont parle' de lui connue d un saint». 

Le P. d'IIodencq se souvenait avec iccouuaissauee cpi il ('tait ve- 
nu au momie, avait vcru le saint baptême el elail (Miti'e en teli- 
170 



XVI AOUT. — F. FLORENT BONNEMER. 171 

«ion clans l'octave tlo l'Assomption de Notre-Dame, Dès qu'il se 
sentit frappé du mal qui devait l'emporter, il conjura avec une 
filiale confiance cette Mère de bonté de mettre le couronnement à 
ses maternelles faveurs en l'appelant au ciel dans cette même oc- 
tave bénie. Il fut exaucé ; il s'éteignit doucement en s'entretenant 
avec Dieu jusqu'à la lin, et en exaltant le bonheur de mourir 
dans la (Compagnie. 



Lettre circulaire du P. Andhk Gastillon à la mort du P. Antoine d'Hn- 
dencq, « de Paris, ce 17 aoust 1656 » (Arc/iiv. dom. /. 



Le même jour de l'an 1683, mourut à Québec le F. Goadjuteur 
Florent Bonnemer, âgé de quatre-vingt-trois ans, dont il avait pas- 
sé la plus grande partie au service de la colonie française et 
des sauvages du Ganada. Très habile dans l'exercice de la mé- 
decine et dans les opérations de la chirurgie, il gagnait avec 
un art merveilleux les cœurs de ces pauvres barbares, et les ame- 
nait, par la guérison de leurs corps, à la guérison de leurs 
Ames et à la vie de la foi. Son amour pour la mortification 
et pour la prière lui mérita d'être comparé à plusieurs des plus 
saints apôtres de ces contrées, et Dieu daigna le favoriser plus 



i7^ .MÉXOLOGF S. .1. — ASSISTANCi: DK IRANCK. 

d'iiiK' lois (le grAecK miraculousos l'orl extraordin.'iires. Une re- 
ligieuse de Québee, morte en grande lépiitation de sainteté, et qu'il 
avait soigiu'e très charitablement jusqu'à la mort, lui obtint tout à 
coup |)our récompense un amour de Dieu si vil" et si fort, qu'il ne 
j)ouvait plus s'en distraire, et fut même sur le ])oint d'en mou- 
rii", taul les llammes de ce di\iii amour dcviiirenl ardentes el 
les assauts impétueux, (lomme il traversait nu jour, tout ravi en 
Dieu, le Saint-Laurent, [)our aller soigner ([uehjucs sauvages réunis 
dans l'île d'Orléans, et s'était engagé sans s'en apercevoir au milieu 
des glaces flottantes, la Vénérable Marie de l'Incarnation assure que, 
durant plus de trois cents pas, il marcha mii-acnleusemenl sur les 
eaux . 



Flog. dejwicl. Prov. Franc. {Arc/iiv. JiomJ. — Lcllrcs de l(i \ . .M.viuk de 
L'ÏNC.vnN.vTioN, p. 500-502. 



XVlï AOUT 



* Le dix-septième jour d'août rappelle la mémoire des PP. Jac- 
ques BoRDiER et Louis Rochetïe, morts, le premier en 1672, pendant 
qu'il était pour la seconde fois Préposé de la maison professe de 
Paris, le second en 1687, sur le vaisseau qui l'emportait aux Indes. 

Dans les charges de Recteur, de Préposé et de Provincial, qu'il 
avait successivement remplies, le P. Bordier s'était montré partout le 
supérieur formé à l'école et selon le cœur de saint Ignace, « hom- 
me, lisons-nous dans une lettre adressée par le P. Simon de Lessau 
au Père Général, véritablement digne d'être comparé aux plus émi- 
nents » dans l'art si difficile de gouverner, alliant à la fermeté et 
à un zèle ardent pour l'observation de la discipline religieuse, une 
suavité si aimable, une charité si prévenante pour ses inférieurs, 
une sollicitude si attentive à tous leurs besoins, que tous, disait le 
même Père dans une autre lettre, se portaient avec une allégresse ad- 
mirable aux plus laborieux devoirs de leur vocation. « Depuis que 
je suis dans la Compagnie, ajoutait-il, je ne me souviens pas d'a- 
voir vu de collège plus florissant que celui-ci (le collège d'Amiens); 
après Dieu, nous devons tout au Père Recteur ». En une seule an- 

173' 



I7''i MÉNOLOGIÎ S. J. ASSISTANCE DE FRANCK. 

née, plus de (juaraiitc ('-colieis de la congrégation de; la sainte Vier- 
ge embrassèrent la vie religieuse. 

Le I*. Louis RociiETTii:, de la Province de Lyon, était nu des douze 
Pères <jiii, à la requête du roi de Siam, avaient été envoyés en Orient 
par Louis XIV, en ijualité de ses mathématiciens. 11 périt en mer, 
victime de sa charité au service des malades, ([u'il avait assistés, 
dil la relation du P. Tachard, « avec un zèle et une assiduité extra- 
ordinaires ». « Il s'était attiré un si grand respect, ajoute la même 
r(;latioji, par sa «louceur, par sa modestie et par la sainteté «le ses 
mœurs, qu'après sa mort, il se trouva des gens qui l'invoquèrent 
comme un saint ». Une conversion merveilleuse justifia bientôt la 
persuasion que l'on avait de sa gloire au ciel et de son crédit au- 
près de Dieu. Un capitaine de ses amis, malheureusement étranger 
aux devoirs religieux, était à toute extrémité. A peine eut-il appris 
la mort du P. Rochette, qu'il fut touché de la grâce et qu'on l'en- 
tendit s'écrier : « Saint homme, priez Dieu pour moi ... Ce que vous 
n'avez pu sur moi durant votre vie par vos saintes exhortations, 
vous l'obtenez de Dieu après votre mort, par vos puissantes et efTi- 
caces prières ». Il fit aussitôt rassembler tous ses officiers, et après 
avoir fait devant eux la confession publique de ses fautes, il les en- 
gagea à mener une vie chrétienne, et quelques jours après, muni 
de tous les secours de l'Eglise, il mourut en prédestiné. 



P. .IvcQUEs IBoHDiER. — Cf. Elogiii dcfutict. Proi'. Franc. (Arcfiiv. Rom.). — 
Liltenr P. Simoms de Lessxu ad P. Gêner., '29'^ j'id. IG.');") ef 17'^ /an. 1659 
{Archiv. Rom.). — Sotuellls, Biblioth. Scriptor. Soc. Jesu, p. 3.)9. 

P. Louis Hochettk. — Cf. P. Tacuvhd, Second voyage au royaume de Siam^ 
Amsterdam, M)89. /;. ,'{. ()8. 



XVII AOUT. — P. FRANÇOIS MAYET. 175 

Le même jour de l'an 1761, mourut saintement le P. François 
Mayeï, le dernier directeur que nous connaissions des retraites 
communes de prêtres, de gentilshommes et d'artisans au noviciat 
de Paris, avant la destruction de la Compagnie. Il avait gouverné 
auparavant les collèges d'Eu, d'Alençon, de Gaen et de Rennes, 
avec un don de Dieu très particulier pour entretenir l'esprit de fer- 
veur parmi les jeunes religieux de la Compagnie. C'était surtout 
à l'autel qu'il puisait la lumière du Saint-Esprit pour travailler à 
la sanctification des Ames. Au moment de recevoir le saint viatique, 
il exhorta vivement tous les novices à la persévérance dans leur 
vocation, ajoutant qu'il ne connaissait pas de moyen plus sûr et 
plus efficace de parvenir à la sainteté, que la fidélité à bien s'ac- 
quitter chaque jour de l'oraison prescrite par les règles do la 
Compagnie. La veille du beau jour de l'Assomption de la très 
sainte Vierge, un de nos Pères s'entretenant avec lui du bonheur 
de monter au ciel en un pareil jour: « J'aurais bien désiré cette 
grâce, répondit le P. Mayet, mais la sainte volonté de Notre-Sei- 
gneur est que mes soufi'rances se prolongent jusqu'à l'octave du 
glorieux martyr saint Laurent ». La veille de sa mort, il fixa 
lui-même avec assurance l'heure à laquelle il faudrait réunir la 
communauté pour réciter les prières des agonisants ; et, après avoir 
assisté une dernière fois au saint sacrifice, il expira paisiblement, 
en prononçant avec une vive affection les actes de foi, d'espérance 
et de charité. 



Lettre circulaire du P. Jos. Fiékard sur la mort du P. François Mai/et^ 
(( à Paris, ce 19 aoust 1761 » {Archiv. dont.). 



XVIII AOUT 



Le dix-huitième jour d'août de l'an 1718, mourut à Cayenne, avec 
la réputation d'un nouveau Glaver, le P. Thomas de Greuilly, l'a- 
pôtre et l'esclave volontaire des sauvages et des nègres de la Guya- 
ne, pendant environ trente-trois ans. Dès son départ de PVance et 
sur le vaisseau qui l'emportait, une dame de haute piété, femme du 
nouveau gouverneur destiné à Gayenne, rendait au jeune mission- 
naire ce beau témoignage : « Jusqu'à ce jour, je n'avais pu me ré- 
soudre à croire tout ce que je lisais dans la vie du grand apôtre 
des Indes; mais je le crois désormais sans aucune peine, depuis 
que j'ai vu de mes yeux le P. Thomas de Creuilly se dépenser 
pour le salut des âmes ». 

Dès son arrivée à Gayenne, il lit de chacune de ses semaines une 
perpétuelle mission tout autour de l'île. « Gomptant pour rien, dit 
un de ses compagnons, les périls qu'il avait à courir sur une mer 
souvent battue par les orages, et l'air étouffant d'un climat de feu, 
il parcourait sans cesse les habitations dispersées et les plus é- 
paisses forêts, portant de tous côtés la bonne odeur de Jésus- 
Ghrist, et instruisant tour à tour chaque famille des devoirs qui 
lui étaient propres ». Il ne revenait d'ordinaire de cette course 
176 



XVIII AOUT. P. THOMAS DE CREUILLY. 177 

que &iir la fin de la semaine, épuisé de fatigues, mais se soutenant 
par la douce consolation d'avoir mieux fait connaître et aimer Dieu 
par quelques pauvres âmes de plus. Pour gagner plus sûrement 
le cœur des plus misérables, il se faisait leur esclave, travaillait 
quelquefois durant des jours entiers à réparer leurs cabanes demi- 
ruinées, abattant de ses mains le bois nécessaire et le rapportant 
sur ses épaules. Obligé d'emmener avec lui quelques nègres dans 
ses vo^'ages le long des côtes de la mer et sur les grands fleuves 
de la Guyane, il portait la délicatesse de sa charité jusqu'à ramer 
bien souvent à leur place; et non content de leur faire part de ses 
provisions, il se réservait pour lui-môme leur poisson séché à la 
fumée et les racines qui composaient l'aliment le plus ordinaire de 
ces pauvres gens. 

Parmi plusieurs traits extraordinaires de son zèle et de son hé- 
roïque dévouement, « je n'en choisirai qu'un seul, ajoute l'auteur de 
son éloge, qui vous en fera connaître l'étendue. Il apprit qu'un 
esclave s'était blessé, et était en danger de mourir sans confession. 
La hutte de ce malheureux était fort éloignée de la maison. Le P. de 
Greuilly, suivant les mouvements ordinaires de sa charité, partit sur 
l'heure à pied, et après avoir longtemps erré dans un bois où il 
s'égara, il se trouva à l'entrée d'une prairie tout inondée, remplie 
d'herbes piquantes et de serpents dont la morsure est très dange- 
reuse. Il aperçut alors une misérable cabane, qu'il crut être la de- 
meure de ce pauvre esclave. Aussitôt, sans hésiter un moment, il 
se jette dans la prairie, et la traverse ayant de l'eau jusqu'aux é- 
paules. Lorsqu'il en sortit, il se trouva tout ensanglanté, et il eut 
le chagrin de ne rencontrer personne dans la cabane, qui était 

abandonnée. Tout trempé qu'il était, il ne laissa pas de continuer 
A. F. T. II. — 23. 



17S MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE I RANGE, 

sa routo avec la rnC-mc ardeur, vers l'endroit qu'on lui avait «lési- 
g-né. I']nlîn il arrive à la hutte du nèg-re, f[u il trouve dans un état 
digne de eompassion. Il le confesse, il le console, et fournit à ses 
besoins autant ({ue kîi [)auvret('' ])Oiivait le lui permettre. Lorsqu'il 
retourna le soir à la nuiison, à peine pouvait-il se soutenir ». 

Et personne, ajoute l'auteur de cette relation, ne doute ([ue ces 
sortes d(^ fatigues, jointes à ses jeûnes et à ses continuelles austé- 
rités n'aient abrégé sa vie et hâté le moment de sa mort. L'admi- 
rable et touchant spectacle de ses funérailles rapj)ela les plus beaux 
triomphes des saints. La colonie tout entière, rarniée, le gouver- 
neur, confondus avec une multitude immense d'indiens cl de nè- 
gres esclaves, vinrent se prosterner devant ses restes comme devant 
les reli({ues d un bienheureux. Pendant sa vie, Dieu l'avail revêtu 
de la vertu d'en haut. On avait vu les liammes qui dévoraient d'im- 
menses plantations de cannes à sucre, s'arrêter et séteindre à sa 
voix. Il lui sullisait de loucher les malades pour les giK'-rir : il avait 
même fait retirer de la lerre un enfant niorl sans baptême, et l'a- 
vait rendu à la vie, en présence d'un peuple entier. Cette vertu mi- 
raculeus(^ sembla s'être attachée à son glorieux tombeau ; et les 
peuples (jui s'y rendaient en foule, de toutes les parties dr la 
(luyane, proclamaient hautement les merveilles de sa toutc-puissan- 
le intercession. 



Elogia defniHt. Provinc. Franc. (Archu'. Hom. I. — « Lettre d'un mission- 
naire S. J., écrite de la Cayenne. en l'année 1718 », sur la mort du P. de 
Creuilly. Cf. Lettres edif.. t. 7. p. :2.")."> et suiw — P.vtrignani, Menolog., t8 
a go s t., J). l.'iH. 



XVIII AOUT. — P. PIIÎRRE RICHARD. i71> 

Le même jour, les PP. Pierre Richard et François Martincourt 
donnèrent généreusement leur vie au service des pestiférés, le pre- 
mier à Vienne en 1629, et le second à Aurillac en 1628. 

Le P. Pierre Richard avait fait depuis long-temps l'apprentissage 
de la charité ; ses plus chères délices étaient de visiter et de conso- 
ler les pauvres; on ne l'appelait pas autrement que leur père. Son 
indifférence à tous les emplois et sa parfaite souplesse entre les 
mains de ses supérieurs n'étaient pas moins admirables ; l'auteur 
de son éloge célèbre avec raison, comme un trait digne d'être con- 
servé, la promptitude avec laquelle, à huit reprises différentes, il ne 
fit aucune difîiculté de laisser son emploi pour monter du jour 
au lendemain, sans préparation préalable, dans une chaire d'ensei- 
gnement. Sa perte fut vivement regrettée. Dans une lettre commu- 
ne au P. Mutius Vitelleschi, les échevins de Vienne rendirent un 
solennel hommage au zèle et au dévouement du P. Richard, et s'en- 
gagèrent à reporter les témoignages de leur reconnaissance sur le 
collège que la Compagnie dirigeait dans leur cité ; et nous savons, 
par le P. Etienne Binet, que ces protestations n'étaient pas stériles. 

L'année précédente, le P. François Martincourt avait couronné 
par le même martyre une vie de travail et d'abnégation. A l'exem- 
ple du P. Alegambe, il nous semble qu'il suffît de rapporter la let- 
tre par laquelle cet héroïque fils de saint Ignace sollicita la faveur 
de se dévouer au service des victimes de la peste : « Etant inutile à 
la Compagnie et homme de néant, écrit-il au P. Provincial de Tou- 
louse, et d'ailleurs par mes péchés étant cause du mal, je prie et 
demande à votre Révérence que de justice je m'expose. Si votre Ré- 
vérence l'accorde à d'autres, ce sera charité; mais pour moi, ce 



ISO MÉNOLOGK S. J. ASSiSTAXCK DK l'HANCE. 

serîi suivaiil ic doiiKnitc de mes [)échés, et coiiiinc la veiig-eaiiee de- 
Dieu le requieil. I']!. si Dieu se sert (1(3 ce moyen poiu- me donner 
le ciel, ce sera excès de sîi miséricorde. J'en j)rie votre llévérence, 
|)ar le sang- de celui (|ui, comme je l'espère, lui suggéicia de me 
l'octrover. Certainement, s'il faut avoir peu d'appréliensioii eu ce cas, 
j'assure Votr(? Révérence, soit don de Dieu, soit mon étourdissement, 
que je n'en ai point du tout, l'^t de honne; volonté à servir en cette 
extrémité, j'en sens plus (jue je n'en mérite. IMaiso h Di(;u de nu' 
l'augmenter, et que je puisse; \ ivre et mouiir pour celui (pii est 
mort pour nous. l'A comme au saint sacrifice, j Otlie à son l'c're nui 
vie et ma mort, l'unissant à son ofïrande, ainsi ('s mains de votre 
llévérence, je lui résigne la mort de ce tronc inutile, propre ;i brû- 
ler es feux de sa justice éternelle. Je conjure Votre Révérence de 
m'aider à changer ces peines es peines d'une exposition au chevet 
«les nudades , et la prie d'y joiiuli'o sa bénédiction [)aternelle ». 

L lie prière ins[)iré(; par une charité el une humilité si belles mé- 
ritait d'être entendue. I^e P. Martincourt se jeta avec une impétuosi- 
té joyeuse au milieu de la contagion, et après quelques semaines 
d'un dévouement (jui ne connaissait ni ménagement ni repos, il fut 
lui-même atteint par le terrible lléau el remit son ànie vaillante en- 
tre les mains (h- Dieu. 



P. Mautincouiit. — CoRDAiu, Histoi'. Soviet., part. (). li/>. I.î. //. I 1:2. /;. 20S. 

— Ai.KG.vAiiiK, Heroes et i'ictinnr c/iarilatis. p. 272. — l)iu;\v.s. hdsti Sori'el. 
Jesii, 18" (lug.., p. ;JJ8. 

P. Hicii.vni). — Coiu»M«A, Hislor. Socicf., pdii. G, lib. W, n. Il'i. p. .'UXi. 

— Aleg.vmrk, Heroes et victiniiv. charilat.. (nui. I()29. caj). 1. p. 279 — 
llistor. Prov. Lugduii.. (dui. 1G29 (J/r/z/c. liom.ï. 



XIX AOUT 



Le dix-neuvième jour d'août de l'an l6o3, le P. François Mal- 
trait, de la Province de Toulouse, mourut martyr de la charité 
au service des pestiférés. A la première apparition du redouta- 
ble fléau, cet humble et fervent ouvrier avait été se jeter aux 
pieds de son supérieur, lui demandant avec larmes la grâce de 
réparer au moins par sa mort une vie que son humilité seule 
lui faisait regarder comme trop lâchement employée jusqu'alors 
au service de Dieu et des âmes. 11 parcourait nuit et jour les 
rues et les places publiques, le crucifix à la main, portant sur 
son cœur les saintes huiles et le corps adorable tlu Sauveur, 
toujours au plus fort du péril, pour consoler les mourants et 
leur ouvrir le ciel. 

Avec lui succombèrent le P. Amable La Hue et le F. Pierre Lebé. 
Le premier se préparait à porter rh]vang'ile aux Antilles, mais le 
feu de la charité qui le dévorait, ne lui permit pas de laisser 
échapper l'espoir d'une si belle mort. 

Le second, dans les humbles fonctions de Goadjuteur, avait mé- 
rité cette glorieuse couronne, par sa charité pour ses frères, et 

181 



IX;2 MÉNOI.OGE S. J. — ASSISTANCK l>K FRANCE. 

piii sa (lévolion envers Notre-Dame, tlont la sainte image, ([n'il bai- 
sait avec un(î confianee et un(; aftection toute liliale, reçut son 
«lernier sou pi i-. 



Ar.KcivMHK. llerocs ci vivAiiiUK charit.. (inn. Ki.VJ. p. \\Y.\. 



XX AOUT 



Le ving'tièiuo jour d'août do Tan 1694, \c P. (Ilaude-Joseph di: 
.Beauyau, digue fils du Vén. P. Anne de Beauvau, mourut au collè- 
-ge d'Autuu, à l'àg-e de cinquante ans, dont il avait passé près de 
trente-cinq dans la Compagnie. L'innocence tle sa jeunesse et sa 
vocation à la vie religieuse furent regardées comme le fruit des 
prières de son père et de sa mère. Le jour où il quitta la mai- 
son paternelle: « Allez, mon fils, lui dit en l'embrassant sa pieuse 
mère, allez là où Dieu vous appelle, et soyez semblable au Ï3ien- 
heureux Louis de Gonzague ! ». Après l'avoir remis entre les mains 
du Maître des novices, son père voulut passer en oraison toute 
la nuit suivante, dans une chapelle de Notre-Dame, pour consom- 
mer son sacrifice, et conjurer la très sainte Vierge de faire un saint 
du fils qu'il venait d'offrir à Dieu. 

Des vœux si ardents et si purs ne pouvaient nuinquer d'être 
exaucés. Le jeune T. de Beauvau s'attacha dès le premier jour 
à retracer les vertus de celui que sa mère lui avait donné pour 
modèle. Sa vigilance à ne rien accorder aux inclinations de la na- 
ture, son énergie à se vaincre lui-même, son union à Dieu par 
la prière, et la sainte cruauté avec laquelle il châtiait son corps, 
le faisaient regarder de tous comme une vive et parfaite image du 

18a 



184 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

glorieux pah-oii de la jeunesse. Sa réputation de sainteté dans la 
(iOmpagnic fut si grande, que plusieurs illustres religieux ne crai- 
gnaient pas de dircî ({u'elle égalait au moins, si même elle ne sur- 
passait celle de son héroïque père. Pour consommer sa patience, 
Dieu lui envoya de longues et cruelles maladies; mais bien loin 
de se plaindre, il ne consentait pas même alors à diminuer ses 
autres austérités; et lorsqu'un alîreux ulcère qu'il avait souffert 
en silence depuis plusieurs années, et qui ne lui permettait plus 
ni de se coucher, ni de s'asseoir, mais seulement de se reposer 
à genoux, l'obligea de se remettre à la discrétion des médecins, 
au milieu des opérations les plus douloureuses, il ne faisait enten- 
dre (jue ces paroles: « Dieu soit béni » ! 

Aj)rès avoir gouverné, avec une grande réputation de vertu et de 
sagesse, les collèges d'Auxerre et de Metz, et les pensionnaires de 
Pont-à-Mousson, Joseph de Beauvau venait d'être encore nommé 
Recteur du collège d'Autun, lorsque en visitant quelques malades, 
il fut atteint de la maladie dont il mourut. Au moment où on lui 
apporta le saint viatique, il le reçut à genoux, malgré son extrême 
faiblesse, puis il ordonna qu'on l'étendit à terre pour lui adminis- 
trer l'extrême-onction. Quand il sentit approcher l'heure de .son dé- 
part de cette vie, il fit brûler, par une dernière précaution de son 
humilité, tous les papiers où il avait écrit les faveurs divines dont 
Notre-Seigneur l'avait comblé depuis son enfance, et dont il avouait 
ne pouvoir jamais dignement rendre grâces à la miséricorde de son 
Sauveur. 



bicMi'EREiiH, Histoire d'une sainte et illustre famille . . ., lir. (>•, Paris, 1698. 



XX AOUT. P. MICHEL LUCHET DE LA MOTHE. 185 

* Le même jour, moururent victimes de l'impiété et de la cru- 
auté révolutionnaires, deux anciens Jésuites, jetés à bord du navire 
Les Deux' Associés, pour avoir refusé le serment de la Constitution 
civile du clergé. Le premier, le P. Michel-Dominique Luchet de la 
MoTHE, chanoine de la cathédrale de Saintes, était resté dans cette 
ville pour offrir en secret aux fidèles les secours de son ministè- 
re. Mais, arrêté par les autorités du département, il fut condamné à 
la déportation ; et après trois mois de souffrances inexprimables, 
il mourut d'épuisement le 20 août 1793, à l'âge de soixante ans. 

L'année suivante, le P. Alexis-François Romécour, vieillard de 
quatre-vingts ans, chanoine de l'église collégiale de Commercy, au 
diocèse de Toul, le suivit dans la tombe. Son âge l'exemptait de la 
déportation ; mais les autorités révolutionnaires du département de 
la Meuse, irritées de son refus de prêter le serment de la Constitu- 
tion civile, l'arrêtèrent, et, après quelque temps d'une prison rigou- 
reuse, le firent traîner avec cent onze prêtres jusqu'à Rochefort. Je- 
té dans l'entrepont du navire Les Deux Associés, il y fut bientôt 
réduit à une véritable agonie. Alors par une sorte de pitié bar- 
bare, ses bourreaux le firent transporter à terre avec quelques au- 
tres malades ; mais la chaloupe où ils le mirent était en si mau- 
vais état, qu'il fallut l'asseoir dans l'eau et le soutenir sous les bras 
pour l'empêcher d'y tomber et de s'y noyer. Une misérable tente 
était dressée au milieu d'un champ fraîchement labouré ; c'est là, sur 
la terre nue, entre deux sillons, que le P. Romécour termina son 
long martyre, et cueillit la palme de son invincible patience. 



GuiLLON, Les Martyrs de la Foi, t. 3, p. 597 ; t. 4, p. 513. 
A. F. — T. II. — 24. 



XXI AOUT 



L'an 174^, on ignore quel mois cL (|uel joui', mourul en <!hirie, 
<lans la mission du Ilo-nan, le I*. Claidi: François Loim'IN, (1(^ la 
Provinee de (Uianipagne, moissonné à la ilenr de l'âge, après deux 
années seulement de travaux parmi les infidèles, mais déjà signa- 
lé par le P. Louis du (Jad, eommc un parfait imitateur du zèle de 
saint l'rançois-Xavier, v II me parait ne soupirer qu'apiès les tra- 
vaux et les souiï'rances, écrivait son premier compagnon, le P. 
ileNeuvialle; et nH)i, je l'assure (pi'il aura lieu d'être eontcnt ». 
Dès ses premi(;rs pas dans la mission, le P. Loppin sélail vu li- 
vré aux mandarins par l'avarice d'un nouveau Judas, cl navail ('■- 
ehappé, contre toute espérance, à des périls capables (rentiaîucf la 
ruine de la mission, <jue par la protection spéciale du (luMir de Jé- 
sus, auquel il s'<''tait livré sans réserve. Car, non conteni de travail- 
ler à faire connaître cl aimei' ce divin (](rur juscpies dans les 
contrées les plus lointaines, le P. Loppin, à rimilation du \ ('mk'- 
rable P. de la (iolombièrc, s'était engage'' par V(cu à observer iii- 
violablcmenl jusqu'à sa mort toutes les conslitulions cl toules le> 
règles de la (lom])agnie. 



Lrf/rcs (■'(li/ta/tfis. f. :22, jj. 'ilô rf siiii:, p. M\ ; /. 2'i. />. S. 



XXII AOUT 



Le ving't-deuxième jour d'août de l'an 1664, mourut à Paris le 
P. Jean Bagot, Cigé de soixante-quatorze ans, dont il avait passé 
cinquante-cinq dans la Compag-nie. Les rudes assauts qu'il avait 
soutenus contre son père, dès l'age de dix-huit ans, annoncèrent 
avec éclat tout ce que l'on pouvait attendre de son courage pour 
la plus grande g-loire de Dieu. Arraché violemment du noviciat de 
Nanc}', au milieu des larmes de ses nouveaux frères, ({ui lui pro- 
mirent tous ensemble de faire une sainte violence à Notre-Seigneur 
par leurs prières et par leurs pénitences, pour lui obtenir la grâce 
de persévérer dans sa vocation, l'intrépide jeune homme, ramené 
à Rennes, sa patrie, se vit attaqué tour à tour, avec une véritable 
furie, en secret et en public, en présence de sa famille, des ma- 
gistrats et des principaux membres du Parlement de Bretagne ; 
chassé de la jnaison paternelle, sans pouvoir trouver un asile mê- 
me auprès de sa sœur ; puis, par un retour soudain bien plus dan- 
gereux, jeté au milieu des fêtes et des séductions les plus dange- 
reuses. Après avoir vainement tenté de fléchir son père, en se 
prosternant à ses pieds, un jour qu'ils venaient l'un et l'autre de 
la table sainte, il parvint à s'échapper une seconde fois (;t rentra 

187 



18S MÉNOLOGI:: S. J. — ASSISTANCE DE l-RANCE. 

lrioin])liaiil an iiovicial, où le monde cl le dcMiion n'osèrent pin- lui 
livrer de nouveaux ('oinl)als. 

Ses études aclievées, le I*. liagol ptircoiirul avec éclal lonlc la 
carrière (U; l'enseignemeiil. Telles étail déjà sa réputation de seience 
et de sainteté, même à la cour, (juc Louis XIII le choisit pour 
son confesseur. Mais le saint religieux, doni la maxime favorite 
était : Ama nesciri et pro nlliiio rcpulari^ obtint du roi, à forée 
de prières, la <>ràc(! d(? rentrer dans Tobsciirité de la vie commu- 
ne ; et il s'occupa pisqu'à sa mort d(;s congrégations de la sainte 
Vierge, (pii furent à I*aris, sous sa direction, une |)épinièrc d âmes 
héroïques, (;omme on peut le voir [)lus en détail dans la vie de 
M. Boudon, l'un de ses plus lidèles disciples. (Vest Iji que le 
t*. Bagot fornuiit aux plus solides vertus un g-rand nombre de 
religieux, de [)rélats, d'apôtres et menu» de martyrs, tant()t en 
les enflammant par ses discours tout brûlants de l'amour de Dieu 
et des âmes, tantôt eu les conduisant dans les lu'ipitaux et dans 
les prisons, où il leur api)rcnait à instruire les ignorants, à con- 
vertir les pécheurs, et à rendre les services de la charité la j)lus 
humble et la plus tendre aux mendjres souffrants de Jésus-Christ. 

Pour achever de le purifier, Notre-Scigneur, (pii avait exaucé plus 
d'une fois son désir d'humiliations (>t de souffrances, lui envoya 
\\\\(^ maladi(; dont la seule pensée lui avait fait horreur dès son 
enfance ; mais lorsqu'il lui fallut se soumettre, à l'âge de plus de 
soixante ans, à l'opération de la pierre, il se contenta de |)ronon- 
cer ces touchantes paroles du grand Apôtre : Adimplcu ca (jiiie <lc- 
si/nf pasaiomint C/iristi in rariic Dica . l*riv('' de la vue dans les 
derniers temps de sa vie, le saint vieillard ne cessa, jusqu'à la fin 
de bénii" la main <le Dieu, (pii ne I ('prouvait <pie pour (Mn])ellir sa 



XXII AOUT. — P. JEAN BAGOT. 189 

couronne; o1 il s'endormit doucement dans le Seigneui-, comblé 
de vertus et de mérites, « cueilli comme un fruit mûr, /// senecfufc 
houa , dit un des témoins de sa sainte mort. 



Elogid de/'unctor. Provi/ir. Franc. {Archiv. Rom.}. — Lettre circulaire 
(lu P. J.-B. U.VGON à la mort du P. Jean Bagot., « de Paris, ce 23 d'aoust 
1664». (Arc/iii'. dont., coll. Ryheyrète). — Rybeyrète, Scriptor. Provinc. 
Franc. , p. 142 (Archiv. dom.j. — Sotuellus, Biblioth. Scriptor. Societ. 
Jes.. p.^Ol. — DE Bagkeh, Bibliothèque . .'. , t. 1, p. 32. — Goi-let, Vie de 
M. Boudon, i. 1, p. 43, 49, 66. — Nouvelle Vie de M. Boudon, Paris 
1837, ./>. 33. 35, 41, 44, 50-53, 57. 



>»»8e«a 



XXIII AOUT 



Le vingt-troisième jour d'août de l'an 172'i, mourut glorieusement 
pour la foi romaine, sur les rives du Kennebec, un des Meuves de 
la Nouvelle-Angleterre, le P. Sébastien Rasles, né en l'ranehe-Com- 
té. Il avait porté le nom de Jésus jusqu'à cin([ eents lieues de Qué- 
bec ; la nation des Amalingans tout entière lui était redevable de sa 
conversion ; mais il travaillait plus particulièrement au salut des tri- 
bus Abenaquises, dont il avait été près de vingt ans l'apôtre et le 
père, et ([u'il défendit avec un courage invincible jusqu'à sa mort, 
contre la ruse et la violence des hérétiques de Hoston. Plusieurs 
fois, le ministre et le gouverneur anglais de cette colonie firent 
aux sauvages les offres les plus séduisantes, s'ils consentaient à 
livrer le P. Rasles, ou du moins à le renvoyer à Québec. Ils allèrent 
même jusiju'à mettre à prix la tète de l'homme de Dieu et promi- 
rent mille livres sterling à celui qui la leur apporterait. Ils avaient 
tenté de le surprendre traîtreusement en mainte rencontre; pour dé- 
rober sa vie à leurs coups, il dut s'enfoncer dans «les forêts où il 
se vit sur le point de périr de faim et de misère. Mais en vain ses 
enfants le pressaient-ils de se mettre complètement en sùrctt'. Rien 
ne pouvait le décider à exposer le salut de son cher trouj)eau; et 
190 



XXIII AOUT. — P. SÉBASTIEN RASLES. 191 

il répondait toujours avec IJapôtre : « Non, je n'estime point ma vie 
plus précieuse que mon ame ; pourvu que j'achève ma course el 
que j'accomplisse le ministère que m'a confié le Seigneur Jésus » ! 
Mais douze cents hommes armés ayant enfin surpris le village de 
Narantsouak, où il faisait alors sa résidence, le vaillant apôtre,- 
à cette nouvelle, marcha généreusement Ji leur rencontre, pour 
donner du moins à ses néophytes le temps de se mettre à cou- 
vert ; et, percé de balles par des ennemis qui n'en voulaient qu'à 
la vie du pasteur des âmes, il tomba mort au pied de la grande 
croix du village, avec sept braves et fidèles sauvages qui lui 
faisaient un rempart de leurs corps et furent massacrés en le 
défendant. 

Cent neuf ans, jour pour jour, après son martyre, le â'J août 
1833, Monseigneur Fenwich, éveque de Boston, présidait solennel- 
lement à la dédicace d'un obélisque de granit, élevé sur ces mê- 
mes rives, pour glorifier la mémoire de cet héroïque serviteur de 
Dieu, à l'endroit même fixé par la tradition, où il avait coutu- 
me, durant sa vie, d'offrir chaque jour le saint sacrifice. Au mi- 
lieu d'une foule nombreuse de plusieurs milliers de catholi([ues 
et de protestants, accourus des points les plus éloignés de sou 
immense diocèse, le pieux prélat développa, en les appliquant au 
premier apôtre de ces contrées, si riches d'espérances pour la foi 
romaine, ces belles paroles des livres saints : « Sa mcnioirc iir 
périra point ! Son nom sera invoqué de génération en génération ! 
les peuples proclameront sa, sagesse, et l'église des saints chantera 
ses louanges » ! 



I!>2 MK.NOLOGE S. ,1. — ASSISTANCE DE FRANCE 

l*AriM(;NANi, Mcnolog.. 1\\ agost., p. li)0. — C\ssani, Varones iluslres, l. 1, 
/>. 077-079. — Charlkvoix, Histoire de la Voui^elle-France, t. \, p. 109 et 
suiv. , 117 cf suiv. — Lettres édifiantes, t. (J, p. 127 et suiv. , \'}'.\ et suiv. , 
227-238 — BiiAssKua de iîounuouiu;, Histoire du Canada, t. \.p. 248 ri suiv. 
— SnE\, History of the Cathnl. missions ... . p. 150. — Annales de la l^ropa- 
gat. de la Foi, t. 1 . p. \11 . 



XXIJI AOUT. — F. JEAN DOMINÉ. 193 

* Lé même jour de l'an 1622, s'éteignit dans la paix du Seigneur 
à Pont-à-Mousson, après trois années seulement de vie religieuse, 
l'angélique F. Scolastique Jean Dominé, qui dès sa plus tendre 
enfance n'avait cessé de demander à Dieu la grâce de mourir plu- 
tôt que de commettre un seul péché mortel. 

Sa vie, comme celle de saint Jean Berchmans, s'écoula tout en- 
lière dans le silence de la vie commune ; mais l'observation de la 
règle dans ses plus petits détails, la modestie, l'exercice de l'abné- 
gation, de l'obéissance, de la charité la plus prévenante et la plus 
aimable, le conduisirent en peu de temps à une très haute perfec- 
tion et l'entourèrent comme d'une auréole de sainteté. Quand il 
mourut, le P. Provincial et le P. Recteur lui recommandèrent le 
collège et toute la Province, et les Pères les plus graves de la 
congrégation provinciale, qui se trouvaient alors réunis à Pont-à- 
Mousson, ne voulurent point se séparer sans emporter avec eux 
quelques-unes de ses reliques. 

Un Scolastique du collège était, à ce moment-là même, sur le 
point d'être renvoyé de la Compagnie ; il priait auprès du corps du 
F. Dominé, exposé dans la chapelle domestique. Tout à coup, saisi 
d'une inspiration d'en haut, il presse le défunt entre ses bras, et 
d'une voix animée de la plus vive confiance : « saint Frère, s'é- 
crie-t-il, attirez-moi vers vous. Traite me post te ». Sa confiance fut 
exaucée ; le soir même, il fut atteint de la dyssenterie, et quelques 
jours après, il avait le bonheur de mourir dans la Compagnie. 



F. — T. II. — 25. 



19^1 MKNOLOGr S. .1. — ASSISTANCK DR FRANCE. 

(]oKDAHA, flistor. Soviet., part. 0. liù. 7. ii. II."). /». .'Î77. — ELogia dc- 
fiinct. Pi'ovinc. Campan. ( Arc/i. lio/n. ). — Abham. Histoire de l'Univera. 
de Pont-à-MousHoii . edil. Cahayon, /. 7, jj. \1V et suiv. — Nadasi, An- 
nus dier. memoruh.. ^l'-V oug. . p. 121. — Drews, Fnsti Societ. Jcsu. 2^i" 
inig., p. î{2r). 



XXIV AOUT 



Le vingt-quatrième jour d'août de l'an 1629, moururent submergés 
au milieu des flots, en se rendant à la Nouvelle-France, le P. Phili- 
bert NoYROT, bourguignon, et le F. Coadjuteur Jean Malot, lorrain, 
au moment où ils croyaient toucher au terme de leur course. 

Le P. Philibert Noyrot s'était préparé dès son noviciat aux tra- 
vaux et aux privations d'une vie de missionnaire. Pendant les qua- 
tre ans qu'il passa au collège de Bourges, avant d'être élevé au 
sacerdoce, il avait obtenu la permission de parcourir, tous les jours 
de fête et de dimanche, les hameaux, les fermes, les cabanes des 
bergers, jusqu'à plusieurs lieues de distance, et il revenait le soir 
avec son compagnon d'apostolat, épuisé de fatigue, sans avoir pris 
d'autre nourriture qu'un morceau de pain, mais surabondant de 
joie d'avoir pu apprendre aux ignorants et aux pauvres à connaître, 
à aimer et à prier Dieu. On raconte que, dans ses longues com- 
munications avec Notre-Seigneur par la prière, il avait su longtemps 
d'avance le genre de mort que la Providence lui réservait. 11 tra- 
versait pour la troisième fois l'océan, afin de travailler au salut 
des sauvages, lorsque, dans la nuit du 23 au 24 août de l'an 1629, 
le vaisseau qui le portait se brisa contre les rochers, à peu do 
distance du Gap Breton. 

195 



HK) MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE UK FRANCE. 

Le F. Jean Malot était un des plus liabiles ouvriers de la Province 
de Ghampagiie, et son dévouement égalait son habileté. Plusieurs 
lois il s'était exposé à la niort, en assistant les pestiférés. Il sem- 
blait avoir reeu de Dieu un don tout partieulier poui' travailler an 
salut des âmes. Sa charité et sa modestie lui avaieni si bien ga- 
gné les cœurs pendant tout le temps de la navigation, (ju au mo- 
ment du naufrage, il eut la consolation de voii' le capitaine héré- 
tique, vaincu par ses (exhortations el par ses exemples, renoncer 
hautement aux erreurs de Calvin, et se réconcilier avec Dieu. 



Cheuxivs, Historid Canadensis. lib. \, p. \, U, 'lO seqq. — (^oiid.vr.v. 
Ilistor. Societ. Jesu. part. G, lib. 14, //. 2G7 seqq., p. ^J4G, 347. — Cassani, 
Varones (lustres, t. I. p. 573 et suiv. 



* Le même jour de l'an 1747, mourut au collège d'Amiens, où il 
exerçait depuis quatorze ans les fonctions de Père spirituel et de 
Préfet des hautes études, le P. Charles de Lamberville, accompagné 
dans la tombe par les regrels et la vénération de tous ceux qui l'a- 
vaient connu. « Toute sa conduite, écrit son supérieur, a été une 
édification continuelle....; il n'est guère possible de pratiquer les 
vertus religieuses d'une manière plus constante, plus exacte, plus 
universelle et plus aimable ... ^>. Sa délicatesse de conscience était 
extrême : elle aurait dégénéré eu scrupule, s'il ne s'était remis 
avc(^ une soumission aveugle entre les mains de ses supérieurs. 
IMein de mépris poui lui-même, il crucifiait sa chair sans pitié, et 



XXIV AOUT. P. CHARLES DK I.AMBERVILI,E. 197 

dans sa dernière maladie, il fallut un ordre de l'obéissance pour 
lui faire interrompre ses austérités. A force d'instances, il obtint 
d'être retiré des charges qu'il avait long-temps remplies, pour vivre 
dans l'obscurité et dans l'oubli. Mais sa sainteté rayonnait de tou- 
tes parts, et lui attirait malgré lui l'estime et le respect. A sa mort, 
la foule se pressa pour faire toucher à sa dépouille des chapelets 
et d'autres objets de piété ; parmi ceux qui l'avaient plus connu, 
plusieurs, au lieu de prier pour lui, commencèrent à l'invoquer 
comme un saint. Le P. de Lamberville était âgé de soixante-dix- 
huit ans; et en avait passé soixante-et-un dans la Compag-nie. 



Litter. ami. Proi^inc. Franc. , ann. 1747 (Arc/iiç. Rom.). — Lettre cir- 
culaire du P. M.vuDuiT à la mort du P. Charles de Lamberville. ace 2G 
aoust 1747 » (Archiv. dom.). 



XXV AOUT 



Le vingt-cinquième jour d'août de l'an 1669, mourut à Keim.s 
le 1*. Thomas Le Blanc, vénérable vieillard, que le P. Sotwel pro- 
])Ose à tous les enfants de la (Compagnie comme le modèle ac- 
compli du parfait jésuite, dans tous les emplois que l'obéissance 
lui confia. 11 semble en effet presque impossible de posséder dans 
un plus haut degré toutes les vertus religieuses : la continuelle pré- 
sence de Dieu, le zèle brillant d'un apôtre, et une sagesse toute 
«livine dans le gouvernement des Ames, l'amour du silence, qu'il n'in- 
terrompait que pour parler des choses célestes, l'estime et le saint 
emploi d'un temps dont les moindres parcelles appartiennent à Dieu, 
une douceur charmante jointe à la plus rigoureuse mortification, une 
chai'ité si ingénieuse à veiller sur la réputation du prochain, qu'on 
l'avait surnommé l'avocat des absents; une tendresse et une libé- 
ralité sans bornes pour les membres souffrants de Jésus-Christ, 
libéralité (jue Notre-Seigneur récompensa plusieurs fois au centuple : 
en un mot une incomparable dépendance de l'espril de Dieu dans 
loutes ses pensées, ses paroles et ses actions. 

Recteur, pendant une; grande partie de sa vie, des collèges de 
(^.hàlons, de Verdun, de Pont-à-Mousson, d'Auxerre, de Dijon et 
19S 



XXV AOUT. — P. THOMAS LE BLANC. 499 

de Reims, Provincial de Champagne, député à plusieurs congréga- 
tions générales, on peut à peine comprendre comment, au milieu 
de si graves occupations, le P. Le Blanc put trouver le temps de 
composer pour toutes les classes de la société ces livres admi- 
rables où tous les trésors de la sagesse et de l'onction du Saint- 
Ksprit se trouvent réunis aux richesses de l'érudition la plus 
surprenante et la plus variée. Nous regrettons de ne pouvoir entrer 
dans quelques détails sur cette multitude d'ouvrages de piété 
qu'il importerait, ce nous semble, à la gloire de Dieu et au bien 
des âmes, de répandre encore aujourd'hui pour la plupart, comme 
on l'a fait avec tant de fruits, il 3' a peu d'années, pour « le Saint tra- 
vail des mains». Qu'il nous suffise de rappeler ici: le Bon écolier 
instruit à conserver son innocence baptismale, à s'enrichir de ver- 
tu et de science, à connaître pour l'avenir et à suivre hi voix de 
Dieu ; — le Chrétien dans l'Eglise; — l'Homme de bonne compagnie ; — 
le Soldat généreux, pour l'utilité de tous les soldats, afin qu'ils soient 
de jour en jour plus courageux et plus vertueux ; — le Bon riche 
et le bon pauvre ; — le Bon vigneron ; — le Bon laboureur ; — le Bon 
artisan; ~ le Bon serviteur et la bonne servante; — la Consolation des 
veuves ; — le Miroir des vierges ; — enfin l'admirable commentaire 
des Psaumes, réimprimé jusqu'à trois fois dans la seule ville de 
Cologne, et l'un des plus beaux monuments de la science sacrée, 
qui pourrait suffire à la gloire du P. Le Blanc. 

Parvenu à l'Age de soixante-douze ans, le serviteur de Dieu mé- 
rita de mourir par obéissance, digne couronnement d'une si belle 
et si sainte vie. Il prévoyait que le remède ordonné par les mé- 
decins dans sa dernière maladie, allait lui donner la mort. Mais 
en digne fils de saint Ignace, il se remit volontiers entre leurs 



200 MlîNOl.OGi: s. .1. — ASSISTANCE DE FRAN'CE. 

main», cl lil avec joie ce dernier sacrifice à Notre-Seigneur, en pro- 
nonçant CCS belles paroles : « Mourons donc, puisque tel est le bon 
plaisir de Dieu » ! 



Lempehkuu, s. .1. , Hist. d'une sainte et illustre famille^ p. .{38. — .So- 
TUELLus, Biblioth. Scriptor. Soviet, Jesu, p. 760. — de Backer, Bibliothè- 
f/ue..., t. I, p. 08. — Feller, Dictionn. historiq. , t. I, p. ôOI. 



XXVI AOUT 



Le vingt-sixièiue jour d'août de l'an 4647, mourut à La Bassée le 
P. Rodolphe Houssin, victime de sa charité au service des soldats 
malades, dont il était l'apôtre depuis plus de sept ans. « Les anges 
nous ont ravi la perle de notre mission, écrivait un de ses com- 
pagnons à l'armée de Flandre. Le P. Houssin est tombé au chevet 
des mourants, qu'il assistait jour et nuit sans relâche, et dont la 
plupart doivent le ciel à son héroïque charité. Pour moi, je ne dou- 
te point qu'ils ne soient venus en foule au-devant de lui, à son en- 
trée dans la gloire » ! Trente années d'une vie de dévouement dans 
la Compagnie furent ainsi couronnées par la plus sainte et la 
plus douce mort. La très sainte Vierge, pour laquelle il avait tou- 
jours eu l'amour et le cœur d'un fils, daigna lui apparaître à ses 
derniers moments, et le remplit d'une joie ineffable ; et son ange 
gardien, qu'il avait la pieuse coutume d'honorer d'un culte particu- 
lier et d'appeler à son aide dans tous les périls, vint recevoir vi- 
siblement son dernier soupir et chercher son âme généreuse, 
pour la porter au trône de Dieu. 

201 

A. F. — T. II. — 26. 



202 MÉNOLOGE . S. J. ASSISTANCE DH FRANCE. 

Alegambk, Heroes cl Viclimx charitalis, p. \'\^. — Xadasi, Annales Ma- 
riant, p. ;Vi8. — Lettre du P. Fiunçois Chalveal au P. Ilegnault, Recteur 
(lu noviciat de la Conipa<^nic . .. , à Paris, n à la Basse'e, 27 aoust !647 n 
( Arc/iii'. dont., collect. liybeyrète). 



* Le même jour de l'an 1720, mourut à Grenoble le P. Ignace Rolin, 
le guide spirituel (h; la Bienheureuse Marguerite-Marie, après le Vé- 
nérable P. (le la (loloinl)ière, et à qui Notre-Seigneur rendit ce beau 
témoignage qu'il était très aimé de sou divin Cœur. Le P. Rolin 
s'était rendu digne de cet éloge. Ce que nos annales racontent 
de l'ardeur et des industries de son zèle pour faire connaître et aimer 
le Sauveur des hommes, montre qu'il avait puisé largement à la 
source <le la divine charité. Recteur du petit collège de Gray, (jui était 
réduit à la plus extrême pauvreté, il le releva en peu de temps 
par sa confiance en Dieu, son dévouement et l'éclat d'une sainteté 
qui lui suscita de riches et généreux bienfaiteurs. Chaque semaine 
il faisait lui-même le catéchisme aux enfants de la ville, et l'on vit 
bientôt avec admiration fleurir au sein de cette jeunesse, presque 
abandonnée jusque-là et livrée au vice, la piété, la modestie el 
toutes les vertus. Il établit, sous le patronage de saint Joseph, la 
pieuse coutume de prier pour les moribonds; dès qu'un malade en- 
trait en agonie, partout dans les communautés religieuses et dans les 
maisons particulières, on recommandait à Dieu rame (|ui allait pa- 
raître au Iribunal du souverain Juge. 

Mais rien n'est plus touchant que ce qu'il entrej)ril à Grenoble, en 
faveur des enfants qui n'avaient pas encore l'ail leur première com- 



XXVI AOUT. P. IGNACE ROLIN. 203 

iniinion. Avec l'agrément du clergé des paroisses, il en réunit plus 
de six cents, parmi lesquels quatre cents appartenaient à des fa- 
milles pauvres ; il les prépara lui-même trois mois à l'avance, avec 
des peines infinies et avec une charité que rien ne rebutait. Le 
jour venu et tous les enfants pauvres parés par ses soins de vê- 
tements neufs, ce fut une fête incomparable, à laquelle toute la vil- 
le prit part. Les familles de la première noblesse se disputèrent 
l'honneur d'emmener dans leurs propres voitures les premiers com- 
muniants, et après la messe de les faire asseoir à leur table, honneur 
que les artisans réclamèrent à leur tour pour le repas du soir. Une 
procession magnifique, relevée par la présence d'une multitude de 
prêtres et d'une foule immense, et la bénédiction du Saint Sacrement 
dans l'église du collège, terminèrent cette fête, dont on n'avait point 
vu d'exemple, et firent porter jusqu'au ciel le nom et la piété de 
celui qui l'avait préparée et dirigée. 

Aussi le P. Rolin devint-il cher aux habitants de Grenoble ; c'est 
au milieu d'eux qu'il passa les dernières années de sa vie, « en es- 
time et opinion de vertu et sainteté», disent les contemporaines de 
la Bienheureuse Marguerite-Marie. Il s'endormit paisiblement dans 
le Seigneur, plein de jours et de mérites, éprouvant en lui-même, 
ainsi que le lui avait écrit la Bienheureuse, « qu'il est doux de mou- 
rir après avoir eu une constante dévotion au Sacré Cœur de celui 
qui doit nous juger. 

Histor. Provinc. Lugdun. , ann. 1696, M^^ { Archiv. Rom. ). — Daniel, 
Histoire de la Bienheureuse Marguerite-Marie, p. 273, 284, 287, 320, 
400. — Vie et œuvres de la Bienheureuse Marguerite-Marie, t. i , p. 238, 
239, 245, 289, 311 ; ^. % p. 266 et suiv. 



XXVII AOUT. 



I/an 1712, on ignore quel mois et (juel joui", nioui iireiil en haine 
(le la foi, dans la mission du Carnate, \o P. Pierre Mauduit et le 
P. JosKiMi })i: CouRBEViT,LE, empoisonnés ensemble par les Brames, 
<[ni ne trouvaient pas de |)lus sur moyen de venger ou de défen- 
dre l'honneur de leurs dieux. Le P. de Courbeville, d'une com- 
plexion 1res délicate, venait d'entrer dans la carrière de l'apostolat, 
et s'exerçait d'un grand cœur aux austérités (piexigeait alors d(^ 
tous les successeurs du P. de Nobili la dure mission ilu Maduré. 
Le P. Mauduit était au contraire un des vétérans i\c I Inde, chargé 
des d(';pouines de l'idolâtrie; durant de longues années, il avait eu 
bien souvent le bonheur d'être insulté, enchaîné, meurtri de coups 
pour l(! très saint nom de Jésus. Dieu combla leurs plus chers 
désirs, en acceptant en un même jour le sacrilice de leur vie. 



Letfn's (•'(////'an/. , i^'^'^'edù., /. Il, prëf. , p. vu. — .los. Hkutuvnp, S. .1.. Jm 
Mission fin Madiirr. I. 1. p. .">, K). 51) cl suiw . ."jS et siiiw 



10 \ 



XXVIII AOUT. 



* Le vingt-huitième jour d'août de l'an 1617, mourut à Rouen le 
P. Nicolas Place, issu d'une des familles les plus influentes de la 
Bourgogne. II avait fait ses études au collège de Glermont à Paris, 
et était sur le point de les terminer, lorsqu'il fut témoin des ou- 
trages prodigués à nos Pères après l'attentat de Jean Ghatel . (îe 
spectacle, loin de l'effrayer, lui inspira le désir de partager les igno- 
minies des disciples de Jésus-Christ; ne pouvant trouver la Com- 
pagnie dans les provinces soumises au Parlement de Paris, il s'en- 
fuit, à rinsu de ses parents, jusqu'au noviciat d'Avignon. Mais son 
père l'y poursuivit, armé d'une lettre du maréchal de Biron, gou- 
verneur de Bourgogne, à Grillon, qui vivait alors retiré dans le 
Comtat. Nicolas Place dut subir un premier interrogatoire en pré- 
sence de l'archevêque, de Crillon, de son père, de plusieurs hauts 
personnages ecclésiastiques et laïques, et d'un greffier amené là 
pour recueillir les actes. 11 parut devant cette imposante réunion, 
après s'être fortifié par la prière et par la sainte Eucharistie. Il 
plaida si bien en sa faveur, qu'il gagna sa cause. Crillon, qui se 
vantait de n'avoir jamais versé une larme, fut si vivement touché 
de la constance et de la fermeté du jeune homme, qu'il ne put 

205 



206 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

contenir son émotion, et qu'à partir de ce jour, il mit ordre aux 
alîaires de sa conscience. Cependant Nicolas Place fut remis pour 
trois jours aux mains de son père. Ce terme expiré, et sa réso- 
lution demeurant toujours inébranlable, il fut décidé qu'il subirait 
une nouvelle épreuve d'un mois dans la maison paternelle. Pendant 
([uatre semaines, il fut en butte à toutes les séductions du cœur 
et des sens; ce n'étaient que fêtes et festins en l'honneur de son 
retour. La moindre infidélité pouvait le perdre. La prière le soutint, 
et son courag-e ne fléchit pas un instant. Mais quand il demanda 
à reprendre le chemin du noviciat, son père, aveuglé par la ten- 
dresse, le fit conduire à Paris, avec ordre d'y continuer ses études, 
et sans laisser à sa disposition de quoi subvenir aux frais du plus 
court voyage. Cette dernière épreuve ne fut pour lui qu'un jeu 
d'enfant. Heureux de faire un esssai de la pauvreté religieuse , il 
vendit, pour se procurer un peu de pain, quelques vêtements et 
quelques livres, et il prit à pied la route d'Avignon; après quinze 
jours de privations et de rudes fatigues, il rejoignit ses frères, 
remerciant Dieu d'acheter à ce prix, avec le bonheur de sa voca- 
tion, le changement du cœur de son père, enfin converti par tant 
de générosité. 

Les vingt années de vie religieuse de Nicolas Place furent dignes 
d'un pareil début. La joie parmi les humiliations et les souffrances 
fut, avec le zèle apostolique, son caractère distinctif. Le méde- 
cin qui le soignait dans sa dernière maladie, assurait n'avoir ja- 
mais vu un pareil prodige de patience, l'ne sainte âme de Bre- 
tagne, au témoignage de laquelle le P. Nadasi assure qu'on peut 
ajouter foi, attesta que Notre- Seigneur lui avait donné des signes 
admirables de la haute perfection de son serviteur et de la gloire 



XXVIII AOUT. — F. LAURENT BARDOUIL. 207 

qu'il lui avait préparée au ciel. Elle vit sur sa tête, pendant qu'il 
prêchait à Rennes , le Saint-Esprit en forme d'une colombe mysté- 
rieuse; et il lui apparut après sa mort, au milieu d'une troupe 
éclatante d'élus, chantant les louanges de l'Agneau. Les témoins 
de son bienheureux trépas crurent que saint Augustin avait vou- 
lu l'introduire au ciel le jour de sa fête.; car peu de jours aupa- 
ravant, le P. Nicolas Place avait dit à un de nos Pères, que ce 
grand et glorieux docteur était venu le visiter. Il n'était âgé que 
de quarante ans. 



JuvENCius, Histor. Societ. Jesu^ part. 5, lib. 25, n. 53, p. 906. — Litte- 
ree ami. Societ. Jesu. , ann. 1597, p. 335. — Nadasi, Annus dier. memorab. , 
28^ aug. , p. 128. — Lancicius, Opuscul. primuni, p. 500-503. 



Le même jour de l'an 1652, mourut saintement à La Flèche le 
Frère Goadjuteur Laurent Bardouil, d'une famille distinguée de 
Bretagne, et lui-même insigne bienfaiteur du collège de Rennes ; 
mais qui, pour suivre de plus près Jésus humble et crucifié, am- 
bitionna le dernier degré dans la Compagnie. Cet attrait de Dieu 
souleva la plus violente opposition parmi les membres d,e sa fa- 
mille. Mais rien ne put ébranler sa résolution. 11 quitta donc la 
Bretagne, et même la France, pour aller chercher un noviciat où 
l'on consentît à le recevoir; et il ne reparut dans la Province de 
Paris qu'après ses premiers vœux, sous le vêtement de nos Frères, 
n'aspirant qu'aux emplois les plus vils et les plus pénibles. Son 



208 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

seul regret et sa seule; plainte auprès de ses supérieurs, étaient de 
se voir trop ménagé: ear on le donnait souvent pour compagnon 
aux prédicateurs et aux confesseurs, peut-être par («gard pour sa pa- 
renté, nmis })ien plus encore pour la rare (klificatioii ([uc causaient 
partout sa modestie et le reflet de sa continuelle union de cœur 
avec Dieu. Toutefois, quand l'obéissance le lui permettait, sa prédi- 
lection était de ployer sous le faix de ([uelcpu; lourd cl vil fardeau. 
On disait de lui rpie le froid, le chaud, le jeune, les veilles, fai- 
saient ses délices; il y ajoutait tant d'autres austérités, que son 
confesseur dut y mettre un frein; car il allait jus([u'à vouloir goû- 
ter les douleurs des martyrs, dont il entendait le récit. Un jour 
(pi'on lui aperçut les mains tout en sang, il ne put cacher, malgré 
ses désirs, qu'il s'était infligé le même traitement que faisaient alors 
souffrir les sauvages à nos saints martyrs du Canada, en s'en- 
fonçant des aiguilles sous les ongles. La vie du V. Laurent Bar- 
douil eut mérité, disent ses compagnons, d'être écrite en détail, 
pour l'exemple et l'édification de la Compagnie, comme celle du 
Bienheureux Alphonse Rodrigue/; elle fut couronnée par une mort 
digne des plus chers serviteurs de Dieu et de Notre-Dame. Jamais 
on ne lui avait rien vu refuser au nom de la Reine du ciel, et 
elle ne pouvait rien lui refuser. Aussi, au moment de f|uifler la 
terre, son âme fut-elle inondée de joie; et l'un des derniers mots 
sortis de son cœur avant d'expirer, fut celui-ci : « Enfin je ne dé- 
plairai plus à Dieu «. 



Elogid (lefuncior. Provint'. Franc. ( Arc/u'v. lîom. }. — Hislor. Provinc. 
Franc. ( Arc/iù: Rom. j. 



XXVIII AOUT. — P. CLAUDE ALLOUEZ. 209 

* Le même jour encore de l'an 1689, mourut le P. Claude Allouez, 
de la Province de Toulouse, premier apôtre des immenses contrées 
situées à l'ouest du Canada, et fondateur des missions si célèbres 
des Ottawas, du Lac Supérieur, du Sault-Sainte-Marie , de Saint- 
François-Xavier et de tant d'autres, qu'il cultiva au sein de la plus 
affreuse barbarie, pendant près de trente-deux ans. Rien ne res- 
semble plus à la carrière admirable du grand apôtre, que les tra- 
vaux et les courses presque infinies, les persécutions, les opprobres 
et les dangers, et par de soudains et prodigieux retours, les conso- 
lations et les triomphes du P. Allouez, tantôt parcourant à pied des 
déserts de plusieurs centaines de lieues, traité par ses conducteurs 
comme s'il eût été leur esclave, abandonné seul, sans canot et sans 
ressources, sur les bords de fleuves inconnus, voué à la mort, près 
d'être immolé au soleil ; tantôt annonçant Jésus-Christ à plus de 
vingt nations barbares, baptisant de sa main dix mille infidèles, 
pris avec son compagnon, comme autrefois saint Barnabe et saint 
Paul, pour des divinités bienfaisantes auxquelles on se préparait à 
offrir des sacrifices. L'histoire de l'Amérique du Nord ne nous offre 
pas de plus intrépide missionnaire, ni d'homme qui ait porté sur 
de plus vastes espaces ou avec des fruits plus merveilleux la bonne 
nouvelle du salut. 



Elogia defunctor. Provinc. Tolos. ( Archw. Rom. ). — Relations de la 
Nouvelle-France, ann. 1664-1672, passim. — Ghauleyoix, Histoire de la 
Nouvelle-France, t. 2, p. 167 et suiv. , 253. — de Montkzojn, Relations ine'di- 

A. F. — T. II. — 27. 



210 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

tes de la Nouvelle-France, t. \, p. 125 et suiv. ; t. 2, p. 20, :}0() et suiv. — 
Brkssani. /Relation abre'gée de f/uelrjues miss io rus ... , traduite de l'italien 
par le P. Fél. Mautin. Montréal, 1852, Appendice, p. ;il5. — de Backer. 
Bibliot/iè(/ue^ t. 5, p. (>. — Suba,, Historij of t/ie rafholic missions. . . , p. 
'il3. — Banchokt, History of the United States, t. i, p. 803. — Brasseur de 
BouRBOURG, Histoire du Canada, t. I, p. 120 et suiv. — Lettres de la 
Nir.s. Marik i>i: i,'Incarnatio>, p. (>21, H27, f>:î8, (>48, ()50, 070. 



XXIX AOUT 



Le vingt-neuvième jour d'août de l'an 1541, première année 
de l'existence de la Compagnie, mourut à Rome, à l'âge du saint 
Précurseur, dont il avait reçu le glorieux nom, le P. Jean-Baptiste 
GoDURE, que l'on peut appeler à juste titre le précurseur de la 
Compagnie dans le ciel. Né dans le Dauphiné, au diocèse d'Em- 
brun, le jour de la naissance de saint Jean-Baptiste, il avait, vingt- 
neuf ans plus tard, reçu le même jour, la consécration sacerdota- 
le avec saint Ignace et saint François-Xavier, et il montait au ciel 
le jour même de la Décollation de son saint patron. Il n'avait 
connu quelques-uns des premiers compagnons d'Ignace qu'après le 
départ de celui-ci pour l'Espagne, en 1535, et était une des trois 
conquêtes du Bienheureux Pierre Le Fèvre, qui complétèrent à 
Paris la réunion de nos dix premiers Pères. Sous la conduite de 
Le Fèvre, il fit avec tant de ferveur les saints Exercices, qu'il 
demeura trois jours entiers, durant la première semaine, sans 
prendre aucune nourriture. Après s'être dévoué quelques mois 
au service des pauvres et des malades dans les hôpitaux de Venise, 
lors de la dispersion de nos premiers Pères pour s'essayer aux 
travaux apostoliques, il eut en partage, avec Jacques Hozès, la 

211 



212 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FHANCE. 

ville (l(! Padouc, et Noire-Seigneur permit (juil y fut traité comme 
l'avait été jucHk à Alcala Ignace lui-même ; car le vicaire épi- 
scopal ayant conçu (juelques soupyons sur l'esprit et sur la doc- 
trine de ces deux nouveaux prédicateurs, les (il arrêter et mettre 
en prison. Mais ils n'y [)assèrent qu'une nuit, ne cessant pas 
un moment de louer Dieu, dans une si grande? allégresse, que 
ce fut pour eux, disent nos annales, une véritable nuit de pa- 
radis ; et dès le jour suivant, de nombreux témoins \ inicnt rendre 
hommage à l'innocence et à la sainteté de ces deux captifs, qui 
ne prêchaient que la gloire et l'amour de Dieu. 

L'ardeur de la prédication et de la dévotion du I*. (]odure 
était même si vive, (jue j)lus d'une fois elle fit crain<lre pour sa 
vie, et ne larda pas à le consumer. A Rome, saint Ignace le 
prit pour son principal auxiliaire dans le soin de donner les 
Exercices spirituels, celui d(; tous les ministères auquel il at- 
tachait dès lors le plus de })rix. Parmi les âmes d'élite que 
Jean Codure conduisit à une haute perfection, on ne peut omettre 
le nom d'une des grandes bienfaitrices de la Compagnie, Margue- 
rite d'Autriche, fille de l'empereur Charles-Quinl. Ribadeneira, qui, 
cette année même, fut présent à la profession de nos premiers 
Pères, nous raconte que ce jour-là le cdMir de .lean Codure lui 
avait paru près d'éclater, tant sa dévotion s'exhalait en soupirs, 
en larmes de joie et en saints cantiques, doni il s'c^floreait vai- 
nement de retenir la suiabondance. Notre-Seigneur daigna mani- 
fester combien cette belle âme lui ('lait chère, en l'appelant la 
première de l()ul(>s à la réconq)ense des prédestinés, ('c fut en 
vain que le bieidieureux fondateur de la Compagnie mit tout (Mi 
œuvre pour faire une sainte violence au ciel et conserver une 



XXIX AOUT. P. JEAN-BAPTISTE CODURE. 213 

vie si précieuse. Gomme il traversait le Tibre pou)- se rendre 
à l'église Saint-Pierre au .Janicule, et 3^ célébrer à cette intention 
le saint sacrifice, il s'arrêta tout à coup au milieu «lu pont, el 
levant les yeux vers le ciel, comme saisi d'un transport 'extatique : 
« Retournons sur nos pas, dit-il à son compagnon, Codure vient 
de rendre son àme à Dieu ». Peu de jours après, il écrivait au 
Bienheureux Pierre Le Fèvre, qu'un serviteur de Dieu, qu'il ne 
nommait pas, avait vu l'àme de Codure monter à l'heure de sa 
mort vers le paradis, au milieu de tout un (^hœui- «langes qui 
l'accompagnait en chantant les louanges de Dieu. 



RiBADENEYRA, B.vRTOLi, etc, Vie de S. Ignace. — Oblaîsdini, Historia So- 
ciet. Jesu, l. i, n. 101, p. 29; /. 3, n. 20, p. 11. — Patrignani, Menolo- 
gio, 29 agosto, p. 235. — Nadasi, Annus dier. memorab., 29^ aiig., p. 131. 
— Drews, Fasti Societ. Jesu, 29^* aug. , p. 334. — Nieremberc;, Varoneu 
ilusfres, t. 3, p. 733. — Boero, Vita del Servo di Din P. Simone Rodri- 
guez . . . , Firenze, 1880, cap. 14, p. 116 e/ suiv. 



XXX AOUT 



Le trenliônio jour d'août de l'an 1556, fui blessé à mort sur le 
Saint-Laurent, par une troupe d'Iroquois, le P. Léonard Garreau, 
jeune et Fervent missionnaire des Ilurons, né à Saint-Yrieix, dans 
le diocèse de Limoges, d'une vraie famille de saints. Il couronnait 
ainsi par trois jours d'agonie, une vie toute consacrée à la gloire 
de Dieu. Couché sur la terre nue, baigné dans son sang, l'épine 
dorsale brisée, sans autre vêtement qu'un pauvre caleçon que lui 
avaient laissé les barbares, sans remèdes et même sans aliment, 
il ne cessait de demander à Dieu, comme saint Etienne, de rece- 
voir son Ame et de pardonner à ses bourreaux. .Ayant aperçu, en 
cet état, quelques Hurons captifs, dévoués à la mort, et un jeune 
Français qui, par un esprit de vengeance et de trahison, s'était 
joint aux Iroquois, il se traîna [)énil)lcmenl vers eux, anima les 
prisonniers à souffrir et à mourir pour Dieu, reprocha tendrement 
au jeune homme l'énormité de son forfait, et après leur avoir don- 
né à tous l'absolution, oubliant ses propres douleurs, il con- 
tinua jusqu'au dernier soupir à rendre mille actions de grâces 
à Notre-Seigneur. 

Le P. (iarreau n'avait d'autre regret, disait-il, (jue de mourir 



XXX AOUT. — P. RENÉ COTHEREAU. 215 

encore trop à son aise, et de n'avoir pas cherché assez purement 
la gloire de Dieu ! Il se déclarait indigne d'être comparé au moin- 
dre novice, et comptait pour rien, non seulement l'innocence sans 
tache, la tendre piété et la rigoureuse pénitence de ses premières 
années, qui l'avaient fait comparer publiquement au Bienheureux 
Louis de Gonzague, mais encore treize années d'une vie apostolique, 
qui ne fut, dit le P. Ragueneau, qu'un martyre de chaque jour, 
achevé par la mort sanglante et le dénuement de la croix. 



Creuxius, s. .1., Historia Canadensis, lib. 10, p. 795 seqq. — Rela- 
tions de la Nouvelle-France, ann. 1643, 1644, 1646, 1652, 1656. — Char- 
LEvoix, Histoire de la Nouvelle-France, t. 2, p. 67 et suiv. 



Le même jour nous rappelle encore la mémoire des PP. René 
CoTHEREAu, augcviu, et Antoine Garaudel, qui moururent, le pre- 
mier en 1598 à Ghambéry, victime de son dévouement au service 
des pestiférés, et le second à Pont-à-Mousson en 1638, en grande 
réputation de sainteté. 

En 1598, la peste avait envahi la Savoie et dispersé les classes de 
notre collège de Ghambéry. Deux des Nôtres, le Père Ministre et le 
Frère sacristain, frappés pendant qu'ils donnaient leurs soins aux 
malades et aux moribonds, avaient succombé deux jours après 
entre les bras du P. Gothereau, qui s'était fait leur gardien 
et leur infirmier. Ge pieux devoir rempli, le P. Gothereau s'of- 



216 MHNOLOGE S. .1. — ASSISTANCE UE FRANCE. 

frit à porter l'oxercice <lo son zèlo dans les camj>agnes environ- 
nantes, oii la contagion ne faisait pas moins de ravag-es et on left 
seconrs étaient pins rares. .'\vec une charité et une intrépidité ad- 
mirables, il allait de chaumière en chaumière, jjrodiguanl partout les 
consolations et relevant les Ames abattues et terrifiées. Il parut 
([uelcjue temps invulnérable ; mais enfin, il subit lui-inéme les at- 
teintes du redoutable Iléau, et fut emporté après une maladie de 
j)eu de jours, « fin glorieuse, remarque le P. Alegambe, dont le 
P. Cothereau s'était rendu digne par sa simplicité, son humilité, sa 
charité cl la généreuse abnég-ation avec laquelle il s'c'-tait, j)endant 
vingt-cin(| ans, consacré à l'enseignement des enfants de la der- 
nière classe élémentaire ». 

Le P. Antoine Garaudel, avant son entrée» dans la Compagnie, 
était chapelain de l'évêque de Verdun, Erric de Lorraine. « Ce fut 
un religieux, disent les annales du collège de Pont-à-Mousson, d'une 
haute vertu et d'une si grande familiarité aven» Dieu, qu'il passait 
([uelquefois douze heures de suite en oraison, à genoux et sans ap- 
pui. Le soin des choses temporelles, dont il fut presque toujours 
chargé, n'attiédit jamais la ferveur de sa dévotion. On voyait briller 
en lui un généreux mépris de sa personne, une austère mortifica- 
tion, un respect plein d'humilité pour ses supérieurs, un grand 
amour de l'obéissance, de la pauvreté et de toutes les vertus. Mais 
l'humilité avait sa prédilection. Il avait été dans sa jeunesse em- 
ployé comme serviteur au pensionnai de Pont-à-Mousson ; plus tard, 
la douceur et les agréments de son caractère le conduisirent auprès 
du prince Erric de Lorraine, qui en lit son coniîdenl, et lui donna 
un(! prébende assez considérable. Mais le P. (iaraudel, gardant sur 
ces distinctions un silence absolu, parlait au contraire à tout pro- 



XXX AOUT. P. ANTOINE GARAUDEL. 217 

pos de la pauvreté de ses parents et de sa première condition ». 
Ce saint religieux mourut avec de grands sentiments de piété ; il 
était dans la soixante-quatorzième année de son âge et la trente- 
deuxième depuis son entrée dans la Compagnie. 



P. GoTHEREAU. — Cf. Alegambe, Herocs et Victimse charitatis, mm. 1598, 
cap. 3, /;. 106. — Nadasi, Annus dierum memorab. , 30» aw^. , p. 133. 

P. Garaudel. — Cf. Abram, L'Université de Pont-à-Mousson, e'dit. Garayon, 
l. 6, p. 419, 420. — Nadasi, Annus dier. mentor. , 30 aug, , p. 133. — An- 
nuse Litterse Provinc. Campan. , ann. 1638 {Archiv. Rom.). — Elosia de- 
functor. Provinc. Campan. (Arc/iiv. Rom.). 



F. — . T. II. — 28. 



XXXI AOUT 



Lo trente-et-unième jour d'août do l'an 1749, iiioiinit à Lyon le 1*. 
JoSRPH DE (iALi,iFFET, le (Idèle disciple et Tliéritier du Vénérable 
P. de la Golombière, dont il poursuivit l'apostolat pendant près de 
soixante-dix ans de vie religieuse. Dans son beau travail sur l'Excel- 
lence de la dévotion au Cœur de Jésus, il nous a lui-même indiqué 
quelques traits des voies merveilleuses par lesquelles la Providence 
l'avait préparé à cette grande œuvre. « .Au sortir (\o mon noviciat, 
j'eus le bonheur, écrit-il, de tomber sous la conduite spirituelle du 
R. P. de la Golombière, le directeur que Dieu avait donné à la 
Vénérable Marguerite, laquelle était alors encore vivante. C'est de 
ce serviteur de Dieu ([ue j'ai reçu les premières instructions tou- 
chant la dévotion au Cœur de Jésus, commençant dès lors à l'es- 
timer et à m'y affectionner ». Puis, passant à l'époque de son troi- 
sième an de noviciat : « En servant les malades à l'hôpital, je pris, 
ajoute-l-il, une fièvre maligne, <[ui me réduisit imi peu de jours 
à la dernière extrémité. Dès le sixième ou septième jour, les mé- 
decins jugèrent ma mort si certaine et même si prochaine que, pour 
avoir les saintes huiles en l'absence du Erèr(^ sacristain, on courut 
les chercher au monastère le plus voisin. Peu après, je perdis la 
connaissance el h* sentiment. On attendait de moment en moment 
218 



XXXI AOUT. , P. JOSEPH DE GALLIFFET. 219 

(fue je rendisse le dernier soupir. Ma vie ainsi désespérée, un de 
mes amis, que nous regardions comme un saint, se sentit inspiré 
d'aller prier devant le saint Sacrement et d'y faire un vœu pour 
ma guérison. 11 promit à Notre-Seigneur que, s'il lui plaisait de 
me conserver la vie, je l'emploierais tout entière à la gloire de 
son Sacré Cœur. Sa prière fut exaucée ; je guéris, au grand éton- 
nement du médecin. J'ignorais le vœu fait à mon insu; mais le 
danger passé, je le ratifiai de tout mon cœur ; et je me regardai 
dès lors comme voué, par un choix de la Providence, au Cœur a- 
dorable de mon divin Maître. Tout ce qui regardait sa gloire me 
devint précieux, et j'en lis l'objet de mon zèle ». 

Cependant la délicatesse de sa complexion fit retenir assez long- 
temps le P. de Galliffet dans les emplois les moins laborieux, et 
par conséquent les moins favorables à l'apostolat, dans la vie ca- 
chée d'une procure, où son principal travail semblait être celui de 
sa propre sanctification. Mais à l'âge de trente-six ans, Notre-Sei- 
gneur lui fit entrevoir par quels moyens sa divine mission pourrait 
s'accomplir. Appliqué successivement aux importantes fonctions de 
Recteur, de Provincial de Lyon, et enfin d'Assistant de France auprès 
du P. Général: « Malgré le sentiment profond de ma faiblesse, je fus 
soutenu, dit-il, par un autre sentiment qui me fut donné, que Dieu 
m'envoyait à Rome pour y travailler à faire connaître la dévotion 
au Cœur de Jésus ». C'est donc à ce grand et saint religieux, tou- 
jours fidèle à la grâce, sans chercher à la devancer, que revient, 
entre tous les enfants de la Compagnie, la gloire d'avoir préparé et 
amené le triomphe de la dévotion au Cœur de Jésus, pour lequel 
il subit longtemps de très dures contradictions, comme il arrive 
toujours, dit-il encore, dans les œuvres de Dieu. Il n'épargna aucune 



220 MÉriOLOGE s. J. — ASSISTANCE l)F FRANCE. 

démarche pour susciter h cette divine cause de grands et puissants 
défenseurs jus([ue sur les trônes de France, d'Espagne et de Polo- 
gne. Et plusieurs années avant sa mort, il avait la joie d'apprendre 
que déjà le nombre des confréries érigées en l'honneui' du Cœur 
<le .lésus dans le monde entier s'élevait à plus de sept cents. 

Dans mu; lettre inédite sur la mort de ce fervent serviteur de 
Dieu, un de ses successeurs dans le gouvernement de sa Province, 
le P. Jean d'Autun, nous a conservé quelques traits admirables des 
vertus du P. .Joseph de Galliffet, parvenu, écrit-il, à une perfection 
consommée, comparable à celle (jue nous admirons dans plusieurs 
grands saints; cœur infiniment charitable, dit-il encore, vraiment 
formé sur le ('œur de Jésus; oubliant tous ses intérêts pour s'occu- 
per uniquement de ceux de son Maître ; ne prononçant jamais une 
parole que l'on pût tourner à sa louange; ne négligeant pas la 
moindre observance religieuse dans sa plus extrême vieillesse ; 
presque toujours en adoration, du matin au soir, près du saint 
tabernacle ; mais toujours heureux qu'une Ame lui oflrit encore 
l'occasion de la consoler, en lui parlant du Cœur de son bon Maî- 
tre, « ce qu'il faisait avec d'admirables paroles » ; enfin, comme il 
avait toujours vécu en saint, mourant de mémo, à l'exemple de 
son maître le Vénérable P. Claude de la Golombière ; et selon la 
belle expression de la Bienheureuse Marguerite, exhalant son der- 
nier soupii' dans le Cœur de Jésus. 



Littev. ann. P ravine. Lugdun.. ann. 1727-1730 ( .I/r//À'. Honi.}. — Lettre 
du P. d'Autun, Ljjoh, 1" sept. 1759 ( Archw. Rom. ). — Daniel. Histoire 
(ff la Bienheureuse Marguerite-Marie, rhnp. \iS, p. '20() et suiv., p. 443 et 



XXXI AOUT. — F. REMI MILSON. 221 

suiw. — DK Backer, Bibliothèque . . , t. l, p. 324. — Feller, Dictionnaire 
historique, t. 3, p. 211. 



* Le même jour de l'année 1650, mourut à Dijon le F. Goadjuteur 
Rémi Milson, de Nancy. Son père était brodeur en or à la cour 
du duc de Lorraine ; à son école, le jeune Rémi avait appris tous 
les secrets de la broderie. Fier de ses talents, il voulait courir 
le monde pour faire fortune. Déjà il était à Rennes et se dispo- 
sait à passer en Angleterre. Avant de partir, il eut la bonne pensée, 
pour attirer la bénédiction de Dieu sur son entreprise, de se con- 
fesser et de communier. La Providence permit qu'il tombât aux 
mains d'un de ses compatriotes, le P. Claude Gorcoul. Celui-ci le 
dissuada du voyage : il exposerait sa foi et ses moeurs au milieu 
d'un pays hérétique ; on avait besoin au collège d'un ouvrier de 
sa profession ; à quoi bon chercher au loin ce qu'il trouvait tout 
près ? Le jeune homme se laissa gagner; bientôt il fit les Exercices, 
et renonçant à toutes les vaines espérances qu'il avait caressées, 
il sollicita son admission dans la Compagnie. 

Dès les premiers jours, il montra toutes les vertus d'un Frère 
Goadjuteur parfait. Caractère facile et traitable, jugement ferme et 
solide, il fit paraître en même temps une telle aptitude pour toutes 
choses et une telle variété de talents, que nul emploi ne lui était 
étranger et qu'il excellait en tous. Il exerça longtemps à Nancy 
la charge de manuducteur des novices ; et par la perfection avec 
laquelle il la remplit, il rendit les plus grands services à sa Pro- 
vince. Sa charité envers les malades était véritablement insigne. 
Quand éclata la grande peste de 1636, qui fit tant de victimes, le 



222 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

F. Milsoii courut, sans souci de sa vie, au secours des niallieureux 
alteiiils par le Iléau ; beaucoup succombaient, en dépit de tous ses 
soins; il les ensevelissait alors de ses propres mains, et les por- 
tait sur ses épaules au lieu de la sépulture; (;n un seul jour, il 
rendit ce douloureux devoir à quatre des Nôtres, moissonnés en 
même temps par la terrible contagion. 

Une subtile illusion du malin esprit faillit lui Caire perdre en 
un moment le fruit de tant de qualités et de vertus. Sa mère 
était })auvre ; sous prétexte de lui venir en aide, le F. Milson 
crut qu'il lui était permis d'aspirer au sacerdoce, et il se lais- 
sa (juelque temps aller à cette pensée; mais il ne tarda pas à dé- 
couvrir la iuse de l'ennemi et, à la vue du péril <[u'il ve- 
nait de courir, il ne s'occupa que d'être encore plus humble 
et plus fervent. 11 passa la dernière année de sa vie étendu 
sur la croix ; les plus cruelles douleurs ne lui laissèrent pres- 
que aucun moment de repos ; il les supporta avec une patien- 
ce invincible ; on crut au reste qu'il les avait lui-même deman- 
dées ; car il n'avait cessé de conjurer avec instance Notre-Seigneur 
de lui faire endurer en cette vie les peines du purgatoire pour 
l'expiation de ses péchés. Ainsi épuré par la souffrance et en- 
richi des mérites des plus belles vertus, ce digne fils de saint 
Ignace alla recevoii' au ciel la couronne promise au bon et fi- 
dèle serviteur. Il était dans la cin(juante-sixième année de son à- 
ge et la trente-septième depuis son entrée dans la Compagnie. 



Elogia dcfurict. PixH'inv. Campan. ( Arc/i. Hom.j. — Littcr. (inn. Societ. 
.Tes., ann. 1G50, p. loi. 



XXXI AOUT. P. CLAUDE MILLEY. 223 

* Vers la fin du mois d'août de l'an 1720, succombèrent les 
premières victimes de la Province de Lyon, emportées par la 
trop fameuse peste de Marseille. Au premier appel du saint évêque 
Henri de Belzunce, ancien novice et jusqu'à la mort l'ami dévoué 
de la Compagnie, tous nos Pères et Frères de Marseille s'offrirent 
à voler au secours des mourants, dont le fléau fit bientôt périr 
plus d'un millier par jour. « Avec un courage plus qu'héroïque, une 
ardeur, une charité et un zèle infatigable, dit une relation du 
temps, les Jésuites des deux maisons de Saint-Jeaume et de Sainte- 
Croix couraient partout et se précipitaient même dans les maisons 
les plus abandonnées et les plus empestées, dans les rues et les 
places les plus traversées de .cadavres pourris, et dans les hôpitaux 
les plus fumants de la contagion, confesser les pestiférés, les assis- 
ter à la mort et recueillir leurs soupirs contagieux et empoisonnés, 
comme si c'était de la rosée ». De vingt-neuf qu'ils étaient dans 
les deux maisons, deux seulement échappèrent à la contagion, neuf 
revinrent à la santé, et dix-huit succombèrent, parmi lesquels on 
cite les PP. et FF. de Mouthe, du Fay, accouru de Lyon pour 
prendre sa part du danger, Thioli, professeur d'hydrographie. Hiver, 
JoFFRE, Vial, Perrin, Favier, Gudin, Merlin, Mégronnet, Bernaudet, 

GUILLAUMONT, GaLLET, PrOSÏ Ct MiLLEY. 

Le plus illustre de cette troupe héroïque est le P. Claude Milley, 
entré dans la Compagnie à l'âge de seize ans, et longtemps ouvrier 
apostolique dans les rudes missions des Gévennes. Envoyé à Marseille 
comme prédicateur et directeur de congrégation, il n'avait pas tar- 
dé à s'y faire connaître par son dévouement à toutes les œuvres de 
charité. Quand le fléau éclata, il parut dans son élément. « Son zèle^ 



224 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

écrivait de lui Mgr de Belzunce, a été sans exemple; il a remédié 
à tout, il était l'Ame de tout » ; glorieux témoignage confirmé par 
tous les contemporains. « Il choisit pour son département, raconte 
l'un d'eux, souvent visité et consolé par lui, le (juartier le plus sca- 
breux, celui où le mal avait commencé, où la moisson était plus 
abondante, où il y avait moins d'ouvriers, où enfin toutes les hor- 
reurs de la misère, de la maladie et de la mort se montraient avec 
tout ce qu'elles ont de plus hideux et de plus rebutant. Et comme 
si l'emploi de confesseur n'avait pas suffi à son zèle, chargé des 
aumônes que les gens de bien mettaient entre ses mains, il joignit 
à cet emploi celui de commissaire de ces quartiers abandonnés. 
Il y établit une cuisine où des filles charitables faisaient le bouil- 
lon pour les pestiférés. Il allait partout, distribuant des aumônes 
abondantes aux sains et aux malades, toujours suivi d'une multitu- 
de de pauvres... » 

Il passa cinquante jours dans cet exercice do la plus admirable 
charité; « mais si la piété, ajoute une autre relation, en avait fait 
un héros, la contagion en fit bientôt un martyr. En l'enlevant de 
ce monde, elle ravit aux pauvres leur Tobic, aux pécheurs leur 
Jonas, aux chrétiens leur guide, aux Jésuites leur nouveau Xavier, 
et à Marseille son apôtre. Toutes les eaux de la tribulation ne 
purent éteindre l'ardeur de sa charité, dans laquelle il trouva 
enfin une mort plus glorieuse que les plus illustres triomphes ». 
Le P. Milley était dans la cinquanto-lroisième année de son 
âge et la trente-septième depuis son entrée dans la Compagnie. 



Relation historique de la peste de Marseille en 1720, Cologrw 1721, 



XXXI AOUT. F. JEAN PARENT. 225 

p. 197 et suîv. — Discours sur ce qui s'est passe' de plus considérable à 
Marseille pendant la contagion en 1720. Réimprime', p. 24. — Journal 
abrégé de ce qui s'est passé en la ville de Marseille depuis quelle est 
affligée delà contagion..., Paris, 1721, p. 64, 65, 91. — Précis histori- 
que sur la peste de Marseille, Marseille, 1820, 2 in 8", t. 1, p. 68, 82, 
83, 250. — Paul Autran, Éloge historique du P. Milley, Marseille 1868, 
in 8°. 



* Le même jour encore de l'année 1717, mourut à Hrsdin, à l'âge 
de vingt ans et après quatre mois seulement de régence, l'angéli- 
que F. Jean Parent, dont son supérieur ne craignait pas de dire 
« que peut-être jamais régent n'a été plus estimé pendant sa vie 
et plus regretté de toute une ville après sa mort ». Elève du col- 
lège anglais de Saint-Omer et plus tard du séminaire de Joyeuse, 
le F. Parent avait apporté dans la Compagnie une vertu qui rap- 
pelait celle de saint Stanislas et de saint Louis de Gonzague, et 
qui ne fît que grandir à l'école du noviciat. On admirait en lui 
une pureté de cœur qui ne pouvait souffrir la plus légère faute, 
une fidélité inviolable à ses exercices spirituels, malgré des maux 
de tête presque continuels ; une simplicité et une ouverture de 
cœur qui ne savait rien cacher à ses supérieurs, une humilité et 
une modestie ravissante au milieu des plus heureux dons de la 
nature et de la grâce, une douceur et une égalité d'âme que rien 
ne troublait et qui faisaient dire qu'il n'avait d'autre passion « que 
celle de servir Dieu et de le faire servir « ; surtout une obéissance 
parfaite « à l'épreuve de tout », et qui, dans sa dernière maladie, 
lui inspira le vœu « d'être toujours à la main de ses supérieurs, 
si Dieu lui rendait la santé ». 

A. F. T. II. — 29. 



226 MÉNOLOGE S. I. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Après son noviciat, il fut chargé «Jo la classe de cinquième au col- 
lège; cl(! Ilesdin. 11 rcunplit cet emploi, comme le demande saint Ignace, 
avec une |)ureté de vues admirables, déployant toutes les ressour- 
ces <1<' sa riche nature et toutes les industries d(* son zèle pour 
l'avancement de ses élèves dans les lettres et dans la piété. Par 
respect pour leurs bons anges autant (jue pour ses propres règles, 
il ne se permit jamais, comme son supérieui- le remarque à sa 
louange, de leur l'aire la plus innocente caresse ; et c'est par cette 
(idélité surnaturelle à tous ses devoirs, que ce jeune j)rof"esseur de 
vingt ans conquit en une année l'estime et la confiance, non seule- 
ment de ses écoliers, mais de leurs familles et de toute la ville. 
Attaqué <le la maladie dont il mourut, le F. Parent fit briller au 
dehors, dit encore^ son supérieur, « tous les trésors de grâces qui 
avaient été renfermés en lui-même pendant sa vie, par le soin qu'il 
prenait de se cacher », surtout celui d'une dévotion très tendre à 
Jésus en croix et à sa sainte Mère ; il ne se lassait pas de baiser 
son crucifix, et de jeter les yeux sur une image de Marie, placée 
au pied de son lit ; et jusque dans les transes de Tagonie, on l'en- 
tendit répéter : « Dieu est mon père et mon tout ; la sainte Vierge 
est ma mère, celle en qui après Dieu j ai mis toute ma con- 
fiance «. Ce furent les dernières paroles qui sortirent de ses lè- 
vres, cl peu après il expira doucement en prédestiné. 



Lettre du P. Mahtiis, à la mon du F. Jean Purent, « u Hesdin, ce 
'.\ sept. 1717 [ An/t. doni. ). 



MÉNOLOGE 



DE 



LA COMPAGNIE DE JESUS. 



ASSISTANCE DE FRANGE. 



1er SEPTEMBRE 



Le premier jour de septembre de l'an 1644, mourut au noviciat 
de Nancy, dans une sainte et heureuse vieillesse, environ trente 
jours après sa première messe, le P. Erart) Maimbourg, âgé de 
soixante-dix ans. Il avait mené, au milieu du monde et dans les 
liens du mariage, la vie des saints patriarches do l'ancienne loi, 
consacrant à Dieu seul ses biens, sa famille et sa personne. Pau- 
vre de cœur, il ne trouvait d'autre joie ici-bas dans ses grandes 
richesses, que de pouvoir les consacrer aux œuvres de Dieu et à 
la subsistance des amis de Dieu. A Nancy, on ne l'appelait que le 
père des communautés religieuses. La résidence de la Compagnie 
k Saint-Nicolas-du-Port , l'église et une grande partie des bâti- 
ments du collège de Nancy étaient dus à ses libéralités vraiment 

227 



228 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

royahîs. Quelques ennemis <Ie la Compag-nic ayant osé dire devant 
lui ((M(! j)lusieurs des (ils de saint Ignace étaient loin de lui tc- 
nioig-n(!i' la reconnaissance due à de j)areilles libéralités, il leur 
r(';pon(lit av(î(; Catherine Bertrand, sa sainte l'einnie : « Sachez que 
quand tous les membres de la Compagnie; viendraient nous cra- 
cher an visage, nous ne cesserions j)as de leur faire du bien ; car 
c'est pour la seule gloire et le seul amour de Notre-Seigneur que 
nous le faisons ». 

f 

Krard Maimbourg était parvenu de la sorte à 1 âge de soixante- 
huit ans ; il avait vu sa femme partir poui- hî ciel, son lils 
se consacrer à Dieu dans la Compagnie, et ses deux filles em- 
brasser la règle du Bienheureux Pierre Fourier. 11 écrivit alors 
au P. Vilelleschi une lettre admirable, où il lui demandait hum- 
blement la grâce de passer ses derniers jours au nombre de nos 
PVères Coadjuleurs. Mais tout en l'admettant au noviciat de la Pro- 
vince de Champagne, le Père Général lui ordonna de se préparer 
à recevoir au plus tôt par obéissance les ordres sacrés. Ce fut au 
début de sa seconde année «le vie religieuse, <iue le vénérable 
vieillard, chantant comme saint Siméon son Xiinc (//niittis, rendit 
en paix son Ame à Dieu. 



Annales Donius Probalionis Nanceianx, a nu. 1644 { Archîv. Resid. Nanv. 
S. J. j — Abuam, L' Université de Ponf-à-Mousson, cdit. Carayon, /. 7. 
p. 462 et suiv. — Nadasi, Anni/s dicr. niomorah. . I sept., p. 138. — 
Dhews, luisti Socief. Jesu, 1" sept. . p. 3liU. — Dom Cklmet. BiblioUi. de 
Lorraine., p. (il 7. 



II SEPTEMBRE 



Le deuxième jour de septembre de l'an 1719, mourut à la Flè- 
che le P. Michel Le Tellier, dernier confesseur de Louis XIV, et 
si fameux par la haine dont le poursuivirent jusque dans l'exil les 
plus furieux ennemis de l'Eglise et de la Compag'nie. Nul n'avait 
porté de plus rudes coups aux jansénistes, et n'a mieux mérité la 
gloire de leurs plus atroces calomnies. Aussi son nom est-il de- 
venu, chez les historiens du XYIll** siècle, comme une sorte d'é- 
pouvantail, unissant en lui tout ce que le plus intolérant fanatis- 
me pouvait offrir à leur imagination inventive d'odieux et même 
d'extravagant. Bien peu d'hommes cependant eurent un plus beau 
caractère. Tout ce que saint Ignace désire dans ses enfants de 
science et de vertu, de zèle et de dévouement, semblait se trouver 
au plus haut degré réuni dans la personne du P. Le Tellier. 

Après la mort du P. Petau, ses supérieurs l'avaient jugé digne de 
mettre la dernière main à l'admirable monument des Dogmes Théo- 
logiques ; mais ses rares talents pour le gouvernement des âmes 
le firent bientôt élever aux premières charges de la Compagnie. 
Il était à la tête de la Province de Paris, lorsque le roi l'appe- 

229 



230 MHNOLOGE S. J. ASSISTANCE DF FRANCE. 

la à succéder au I*. de la Chaise ; mais cette haute faveur, fii^ 
lui donnait pour ainsi dire la direction de toute l'Kglise de France, 
ne fit jamais le plus léger toit à son ardeur j)our sa propre per- 
fection. Il était d'une huniililé (jui se faisait un honheur de la bas- 
sesse de sa naissance cl du mépris des courtisans tels (juc Saint- 
Simon ; d'une r('îgularité qui ne consentit jamais, même à la cour et 
dans l'accablement des plus grandes affaires, à se dispenser de sa 
lecture de piété de chaque jour, d(; son examen pailiculiei", ou d<' 
la moindre observance de la vie commune ; d'une perpétuelle union 
avec Dieu, qui ne lui permettait (\o rien entreprendre sans avoir 
«l'abord consulté le Saint-Esprit dans la prière ; d'un si j)rofond 
respect pour la divine Majesté, qu'il ne lécitail jamais son bré- 
viaire qu'à g-enoux ; d'une austérité qui faisait de sa vie un jeûne 
continuel, et trouvait ses délices dans l'usage assidu des [)lus rudes 
instruments de pénitence, particulièrement des disciplines de fer, 
dont il ne suspendait pas même la rigueur dans les temps de ma- 
ladie ; enfin, d'un zèle et d'un courage qui ne connaissait pas 
<robstacle quand il s'agissait de la foi. « Vo3'ez-vous cet homme? 
disait un joui' Louis XI\ au duc d'Htircourt, en lui montrant 
l(^ P. liC Tellier ; son plus grand boidieur serait de donner son 
sang pour l'Eglise ; et je ne crois pas (|u'il y en ait un seul 
dans tout mon royaume de plus intrépid(^ et de plus saint » ! 

Comme ce prince demandait un jour à son confesseur s'il ne 
craigMiait pas pour lui et pour la Compagnie les orages d'un nou- 
veau règncî : « Sire, lui répondit le P. Le Tellier, que pourrais-je 
craindre, (juand je défends les seuls intérêts de Dieu ? Si la 
Compagnie succoml)ait en combattant poui- une si belle cause, 
Dieu saurait bien se créer d'autres défenseurs. 11 n'est pas né- 



II SEPTEMBRE. — P. JEAN DE LA COUR. 281 

cessaire que la Compagnie ne meure point, mais il est nécessaire 
que la sainte Eglise demeure sans tache et toujours debout >». 
L'hérésie et l'impiété ont vainement tenté d'obscurcir l'éclat de la 
mort toute chrétienne du grand Roi entre les bras tle son intrépitle 
confesseur. Mais peu de jours après, un ordre du Régent exilait 
le P. Le Tellier, d'abord au collège d'Amiens, puis à celui de La 
Flèche, où quatre années d'une obscurité non moins glorieuse ni 
moins sainte que les plus belles années de sa vie, achevèrent de 
le rendre digne d'être mis en parallèle avec les plus illustres dé- 
fenseurs de la foi catholique. Il était âgé de soixante-dix-sept ans 
et en avait passé près de soixante dans la Compagnie. 



Elogia defunctor. P ravine. Franc. (Arckiv. Rom.). — Lettre du P. 
Chauveau sur la mort du P. le Tellier {Archiv. dom., copie). — Mémoi- 
res du P. René Rapin, t. 3, p. 411. — de Backeh, Bibliothèque... , t. 2, 
p. 628. — Feller, Dictionnaire liistor. , t. 4, p. 124. — Picot, Mémoires 
pour servir à V histoire ecclésiastique . . . , t. \, p. 84. — Biographie 
univers. 



* Le même jour de l'an 1641, mourut, au retour d'un pèlerinage 
à Sainte-Anne d'Auray, entrepris à pied pour accomplir un vœu, 
le P. Jean de la Cour, Recteur du collège de Vannes, « homme, 
dit le P. Champion, d'un rare mérite et d'une perfection éminente ». 
La courte relation écrite au lendemain de sa mort par le ministre 
du collège, le P. Ilay de la Motte, confirme pleinement cet éloge. 
« Chaque jour, dit cette relation, le P. de la Cour se levait à trois 



2f32 MÉNOI.OGK S. J. — ASSISTANCE DF FRANCE. 

heures, employant les deux heures suivantes avec Dieu, et tout le 
jour aux fonctions de notre (compagnie, dans une continuelle pré- 
sence de Dieu, ohlig-eant avec une cordialité non pareille toute 
sorte de personnes et se trouvant toujours prêt pour faire la cha- 
rité à quiconque que ce fût ; jusques Ji suppléer aux classes et 
aux offices de nos Frères, exciter le matin, tenir les clefs de la 
porte les jours entiers, lire ordinairement à la première table .... 
« Dieu avait donné au P. de la Cour un talent particulier pour 
aider les âmes les plus abandonnées... ; de sorte que, comme d'ail- 
leurs il était en sing-ulière réputation par toute la ville, il avait 
un emploi selon la mesure de sa charité, toute sorte de personnes 
ayant recours à lui ; et lui, quoiqu'il aimât extrêmement la re- 
traite, s'abandonnant sans mesure aux devoirs de la charité et 
n'y trouvant rien de difficile ». Il se fit un concours extraordinaire 
à ses funérailles ; et dans plusieurs monastères d'hommes et de 
femmes, des services solennels furent célébrés pour le repos de 
son âme, pieux hommage rendu au zèle et à la sainteté (ht 
l'homme de Dieu . 



Lettre circulaire du P. Jean H.vy de l.^. Motte à la mort du P. Jean 

de la. Cour, « de Vannes^ ce 4 de septembre 1641 ( Archiv. dam.. 

doUcct. IlvBEYUKTE ). — Gii\MPioN, La vïc du P. Jcan Rigolcuc, Parus, 
I(i9(), p. 131. 



* Le même jour encore rappelle la mémoire de plusieurs anciens 
.(ésuites qui, en 1792, tombèrent glorieusement sous le fer des bour- 
reaux de la HévolutioTi, dans la chapelle des (^.armes à Paris. Il 



II SEPTEMBRE. — LES MARTYRS DE 1792. '23-3 

convient de citer au moins les noms de ces martyrs que leurs ver- 
tus, n'eussent-elles pas été couronnées par une mort sanglante, 
mériteraient de recommander au souvenir et à l'imitation des 
enfants de la Compagnie. 

Le premier de tous est le P. Claude Gagnères des Granges, hom- 
me d'une science profonde, dont on disait qu'il avait tout lu et 
n'avait rien oublié. Plusieurs années d'avance, il avait deviné et 
prédit les excès auxquels devait aboutir la Révolution. Cité devant 
le tribunal, le P. Gagnères des Granges refusa de prêter le ser- 
ment civique, et fut enfermé aux Carmes. Le jour du massacre 
venu, il se leva sans hésiter à l'appel de son nom, et marcha à 
la mort avec une dignité qui commandait la vénération. Il était 
âgé de soixante ans. 

Avec lui furent égorgés les PP. Jean Charton de Millou, 
Guillaume Delfaut, Charles Légué, Jacques Bonnaud, Vincent le 
Rousseau, Mathurin Villecroin et Jacques Friteyre-Durvey. 

Après la suppression de la Compagnie en France, le P. Char- 
ton avait été nommé par l'archevêque de Paris, Christophe de Beau- 
mont, aumônier des religieuses du Saint-Sacrement de l'Adoration 
Perpétuelle, dont la chapelle se remplissait tous les jeudis d'une 
foule d'élite accourue pour entendre les prédicateurs les plus en 
renom. Mais aucun, par l'élévation de ses pensées, la chaleur et 
la conviction de sa parole et toutes les qualités d'une éloquence 
véritablement apostolique, n'attirait un auditoire plus nombreux 
et plus recueilli. Au dire d'un contemporain, si la délicatesse de 
sa poitrine n'avait interdit au P. Charton, les grandes chaires 
et les prédications continues, il eût été « le Bourdaloue de son 
siècle ». Le bien qu'il faisait dans les âmes le désigna des pre- 
A. F. — T, II. — 30. 



234 MÉNOLOGl!: s. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

iiiiers à la fureur îles révolutionnaires ^ il lut arrêté à lu sui- 
te de l'horrible journée du 10 août, et consomma son martyre le 
2 septembre, la joie dans le cœur, et l'action de grâces sur les 
lèvres. 

Le P. Guillaume Delfaut, curé de Daglan dans le diocèse de 
Sarlat, avait été l'un des deux députés ecclésiastiques de la Séné- 
chaussée de Périgord aux Ktats Généraux. Fermement attaché aux 
tmseigncments de l'Eglise romaine, il s'opposa de toutes ses for- 
ces aux entreprises sacrilèges de l'Assemblée Constituante ; il 
écrivit même à ses paroissiens et aux prêtres de son archiprêtré, 
pour les prémunir contre les dangers auxquels leur foi allait être 
exposée. Arrêté et jeté en prison, il refusa nettement le serment 
de la Constitution civile du clergé ; une demi-heure à peine avant 
l'arrivée des bourreaux, il fit dire à des amis (jui lui avaient 
envoyé des vivres, (jue jamais il n'avait été si heureux. 

Le P. Charles Légué, sur lequel nous n'avons aucun autre dé- 
tail, était, dit le P. Barruel, un des meilleurs prédicateurs de Pa- 
ris. Le P. BoNNAUi), professeur d'une classe de grammaire au col- 
lège de Quimper, à l'époque de la suppression de la Compagnie, 
ef plus tard grand vicaire de l'archevêque de Lyon, Mgr de Mar- 
beuf, avait mérité depuis longtemps la haine des philosophes et 

9 

des ennemis de l'Eglise, par ses vigoureu.x écrits en faveur de la 
vérité et du droit, également foulés aux pieds. 

Avant l'expulsion violente des religieuses de leurs monastères, 
les PP. L(^ UoussEAU et Villecroin remplissaient les fonctions de 
directeurs spirituels, le premier chez les Filles do la Visitation 
rue du Bac, le second chez des religieuses rue Belle-Chasse. Le 
P. Le Rousseau fut arrêté à la place dun autre ecclésiastique; 



II SEPTEMBRE. — LES MARTYRS DE 4792. 235 

quand il parut devant le tribunal, on reconnut l'erreur, et on lui 
offrit la liberté, à condition qu'il prêtât le serment civique ; mais 
il refusa, rendant grâces à Dieu d'une méprise qui l'associait au 
sort des confesseurs de la foi. Le P. Villecroin montra la même 
intrépidité, et sa confession devant ses juges lui valut la même 
couronne. 

Le P. Jacques Friteyre-Durvey était de la Province de Toulouse. 
Après la suppression de la Compagnie en France, il s'était livré 
d'abord au ministère des missions ; puis il était allé demander 
au Comtat-Venaissin la faveur de vivre quelques années de plus 
sous la règle de saint Ignace. Le Bref de Clément XIV ayant été 
promulgué, il vint à Paris, reçut l'hospitalité chez les Pères Eu- 
distes et changea son nom de Friteyre en celui de Durvey, afin 
d'exercer avec plus de liberté les œuvres du zèle apostolique; il 
se fît même entendre à la cour. Quand la persécution violente écla- 
ta, le P. Friteyre se déguisa en colporteur et continua d'assister les 
âmes, surtout celles des moribonds abandonnés. Arrêté au milieu 
de ce ministère de charité, il fut traduit devant le tribunal révo- 
lutionnaire : « Un tribunal, répondit-il avec intrépidité, je n'en 
reconnais qu'un pour me juger, le tribunal de Dieu ». Il fut 
assommé à coups de hache et de crosse de fusil par un de ses 
compatriotes ; mais la voix de son sang appela la miséricorde et 
le pardon sur la tête du misérable, et la victime eut la joie de 
convertir et de sauver son bourreau. 



P. Gagnères des Granges, — Cf. Barruel, Histoire du clergé pendant la 
Re'volution française, Londres, 1800, t. 2, p. 57. — de Backer, Bihliothè- 



2'U» MÉIfOI/OGR S. J. — ASSISTANCF I)J' I KANCE. 

ifiie..., t. (), p. I()8. — (jiMLi.o.N, Les Marti/rs de la Fui, i. ;^. p. 149. 

P, Ghahton de Miku)\ . — Cf. JUhiuki,. ttp. cit., p. (>0. — Gi illon. o/>. 
cit. , t. % p. ^il;"). 

I*. Deli \i;t. — C/. \i\i\H\Ki., op. rit, p. GO. — • (fUir.r.oN. ftp. cit.. t. 2, 
p. ;>(il. 

P. LE(iLÉ. — C/'. B.vKKUKL, (/p. et loc. rit. 

P. BONNAM). Cf. BaHKUEL, op. e\ loC . (il. I)K Hackek. IHbliotli 

/. 1, p. 106. — GuiLLON, op. rit. , t. 2, />. ÎM . — Picot, Mémoires pour 
servir à l'histoire ecclésiastique ... . t. 'i. p. .V27. — Biographie universelle, 
article Bonnaud, Supplément, l. ."iS. //. .k')?. — Nouvelle Biographie uni- 
verselle, t. 6, p. (îlô. 

P. Le KoussEAi . — C/ . lî.vnui ei., op. et loc. rit. — (ji ili.on. op. rit. . 
/. 4, p. 531. 

P. ViiXECROiN. — Cf. Bauruel. op. ct loc. rit. — Grii.LON. (tp. rit. . t. \. 
p. 724. 

P. Fbiteyhe-Dlrvey. — Cf. Barhlel, op. et lor. rit. — Glillon. op. rit., 
t. ){, p. ()2. — L'AObé Guillon dit à tort que le P. Friteyre-Durvexf ap- 
partenait à la Congrégation des Eudistes ; il avait seulement reçu l'hospi- 
talité dana leur maison. — L'abbé Pom.mevhol, « Un martyr et un bour- 
reau)) . Clermont-Ferrand, 1873. 



A ces noms, il faut ajouter les suivants, relevés dans la crypte 
(le l'église des Carmes à Paris. 

4" Le P. Thomas Boanotte Lupus, d'Auxerre, confesseur des re- 
ligieuses Ursuiines, nie Saint-Jacques. Le P. Thomas Lupus appar- 
tenait à la Province de Ghampagiic ; il était né à Entrains, diocèse 
d'Auxerre, le 13 septembre 171i>, el était entré dans la Compagnie 
le 7 septembre 1734. 

ii" Le P. François Vareilhe-Duteii., ancien chanoine de Sainl-Merri, 
né à lY'Uetin { Creuse ) en 4735, <'t entré dans la Compagnie le 
22 novembre 1754. 



II SEPTEMBRE. LES MARTYRS DE 1792. 237 

3" Le p. François Balmain, entré chez les Eudistes après la sup- 
pression de la Compagnie. Il était né à Luzy, diocèse d'Autiui, le 
26 mai 1733, avait été reçu dans la Compagnie le 20 juillet 4753. 

4® Le P. Louis-Laurent Gaultier, de Rennes, chapelain de l'hos- 
pice des Incurables. 

Une note du P. Le Lasseur cite encore le P. Louis-Marie Barazek 
DE Lannurien, né à Morlaix le 28 septembre 1721, entré dans la 
Compagnie le 14 août 1739, profès le 15 août 1756. 

Le P, Claude -Antoine -Rodolphe de la Porte, né à Brest, admise 
dans la Compagnie le -24 septembre 1753. 



Cf. pour tous ces martyrs, Guillon, op. cit. 



m SEPTEMBRE 



Le troisième jour de septembre de l'an 1680, mourut à Paris, 
à l'âge de soixante-quinze ans, le P. Paul Ragueneai , avec la 
réputation d'un admirable religieux. Personne, au témoignage de 
deux illustres et saints missionnaires des tribus Huronnes, les 
PP. François Le Mercier et Joseph Poncet, personne ne rendit 
plus de services à l'église naissante du Canada, et ne mérita plus 
justement le titre d'apôtre. Les victoires de ses néophytes et des 
enfants mêmes sur les ennemis de la foi, offrent des scènes di- 
gnes de la confession des martyrs. « Tu perdras ici ton temps, 
répondait un d'entre eux à un capitaine payen cjui voulait le for- 
cer à ({uelque pratique superstitieuse^ tu perdras ton temps ; les 
enfants mêmes ne t'obéiront pas ! Le diable n'a point ici d'empire. 
On peut bien nous massacrer tous, mais nous n'obéirons qu'à 
Dieu ». 

Celui qui avait si profondément enraciné dans les cœurs l'amour 
de Jésus-Christ, semblait n'avoir lui-même acheté toutes ces âmes 
qu'au prix des derniers outrages, des coups et des blessures, dont 
il portait les traces glorieuses, et de perpétuels dangers de mort. 
Un jour qu'il entrait dans une cabane pour baptiser une femme 
sauvage au lit de la mort, le mari, hurlant comme une bête 
238 



III SEPTEMBRE. — P. PAUL RAGUENEAU. 239 

féroce, prit une hache et en déchargea un coup terrible de toutes 
ses forces sur la tête du P. Ragueneau. Mais la hache s'arrêta 
miraculeusement : « Je pensais avoir la tête fendue, racontait-il 
lui-même, mais je n'ai eu aucun mal »! Le barbare en demeura si 
épouvanté, qu'il s'enfuit de sa cabane ; et le Père eut le courage 
d'y rentrer et de donner le baptême à la mourante, qui expira peu 
d'heures après. 

« Une autre fois, écrit la Vénérable Marie de l'Incarnation, qui 
nous a conservé ce double récit, comme on lui avait rompu un 
gros bâton sur les bras, je lui dis : « Eh bien ! mon Père, cela 
n'est-il pas bon, et n'êtes-vous pas bien aise d'avoir été ainsi 
traité»? — « Hélas! me répondit-il, j'eusse bien voulu qu'on en 
fût venu plus avant » ! Voilà les sentiments de cet apôtre ; el 
tout le monde envie ici le bonheur qui lui est arrivé »! — « Nous 
voyons, écrivait-il au P. Jérôme Lallemant, nous voyons l'ouvra- 
ge de nos mains dissipé, ou plutôt l'ouvrage de la main de 
Dieu, quantité d'églises naissantes, qui portent sur elles-mêmes la 
vraie marque du christianisme, je veux dire, la croix de Jésus- 
Christ. Ce nous est un bonheur qu'une partie de cette croix 
vraiment pesante soit a nous-mêmes notre partage, et que nous 
ayons vu de nos frères y répandre leur sang, et y endurer des 
tourments dont la cause les pourra bien faire passer quelque jour 
pour martyrs ; qu'il n'y en ait pas un seul d'entre nous qui ne 
puisse espérer de les suivre au milieu des brasiers ardents où ils 
ont été consumés ; et que maintenant l'état des affaires soit tel, 
que nous so3'ons heureusement nécessités de beaucoup souffrir el 
de tout craindre au service du grand Maître dont nous annonçons 
les grandeurs en ces pays barbares ». 



2^ii) MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE T)E FRANCE. 

Nous lisons dans l'histoiro do l'Hôtcl-Diou de Québec, que Notre- 
Seigncur révéla un jour à une de ses fidèles servantes, Madam<^ 
d'Aillcboul, le haut degré de mérites el de sainteté du I' Kaguc- 
neau. (lomme elle était dans l'admiration de tant de richesses 
spirituelles, il lui dit que le cœur de son serviteur n'avait presque 
j)as son égal, et que ce (jui en relevait le prix était son amour 
pour les Ames, cA le talent (pi'il avait de les confluire à Dieu par 
des voies si pures et si douces, ({u'il leur inspirait un merveilleux 
(îourage pour Franchir avec joie les plus grandes difïicultés, sans 
les laisser languir dans his abattements de cœur où tombent si 
souvent les faibles, qui ne reçoivent pas, lui lut-il dit, assez de 
secours «le ceux ((ui devraient leur en donner. 



Elogia de/'uncior. Provint'. Franc, f Arc/iw. Hom. }. — lielation.s de la 
Nouvelle-France, ann. MVMS-MSkrl. — Patrignani, Menol., '.\ settenib. , p. 
\\. — Champion, La Vie. ... du P. Louis Lallemant, Li/on 1735, p. \\) 
«t suiv. — DE Backeb, Bibliothèque .... /. 5, p. 597. — Lettres de lu 
V^KN. Mèrk .Marie de l'Incarnation, p. 130, 330, 332, 334. — Histoire de. 
l Hôtel-Dieu de Que'bec, p. 282. — Shea, Histonj oj' the cathoUc Mis- 
sions . . . , p. 241. 



Le nu-'UK; jour de l'an 1792, les scènes de carnage cpii avaient 
ensanglanl<'' la veille l'église des Carmes, se renouvelèrent au sé- 
minaire de Saint-Firmin. Au nombre des victimes qui donnèrent 
leur vie, se trouvaient plusieurs membres <le l'ancienne (^.ompagnie 
<le Jésus, Jl:a.\ Voiki.at, Nicolas Vehhon, du diocèse de Quimper, 



m SEPTEMBRE. PP. UUÉRIN DU KOCHER . 24i 

(H les deux frères Pierre cl François (iuÉRiN du Rocher, les plus 
illustres «le tous. Les PP. du Rocher vivaient ensemble au sé- 
minaire des Nouveaux-(!lonvertis, dont François, à son retour des 
missions d'Orient, avait été nommé supérieur par l'archevêque de 
Paris. C'est là qu'ils furent arrêtés, en compagnie d'autres ecclé- 
siastiques qui demeuraient avec eux. lùitrainés brutalement à Saint- 
Firmin, ils y furent accueillis par une horde furieuse qui j-éclamait 
leur mort à grands cris. « A la tête de ces confesseurs, raconte 
le P. Barruel, était le vénérable P. Guérin i\u Rocher, connu 
par cette Histoire véritable des temps fahuleux^ tjui avait rempli l'u- 
rnvers d'étonnement. . . Tous ceux qui l'ont connu, ajoute-t-il, trou- 
vaient eu lui quelque chose de plus admirable encore que ses 
vastes connaissances: c'était, avec tant de science, une modestie et 
une humilité ijui faisaient chercher le savant caché sous le voile 
de la simplicité. Une àme gagnée à Dieu par ses catéchismes lui 
était mille fois plus chère (pie toute cette réputation dont il jouis- 
sait, et qu'il semblait seul ignorer d'avoir méritée ...» 

Pour la première fois, il parut en cette circonstance se départir 
de sa simplicité ordinaire. « A l'exemple des martyrs, qui se pa- 
raient de leurs plus riches vêtements avant de descendre dans 
l'arène, il s'avançait en soutane et en manteau long, comme <lans 
un jour de fête, glorieux d'être le chef » de cette troupe généreuse. 
A ses côtés marchait le P. François, son frère puîné. Pendant 
plusieurs années, le P. François du Rocher avait parcouru les mis- 
sions du Levant en savant et en apôtre, et il en avait rapporté, sur 
les mœurs, la religion, les antiquités de ces contrées, des connais- 
sances que beaucoup croyaient égales à celles de son frère. Ils re- 
fusèrent l'un et l'autre le serment de la Constitution civile du cler- 

A. F. T. II. — '31. 



242 



MENOLOCwH S. J. 



ASSISTANCE I)F FRANCE. 



gé, et ils confondirent leur sang dans itii même témoig-nagc ren- 
du à leur toi et an nom dr .Ic'sus-Christ. 



l3\HULi;i., Hisioire du clcrgc pcndan( la Ihlvolution . . . t. 2, j>. 'ïi. — Ca- 
BVLLERo, Biblioth. Hcriptor. Soviet. Jesu, Supplem. l""', p. 149. — dk Ha- 
cker, Bibliothèque ..../. '«, p. 293. — Fellek, Dictionnaire historique, t. 
.'>, p. 'lis. — GuiLLON. Les Martyrs de la Foi. t. '.\. p. 242. - Picot, 



Mémoires . 

I\0CHEH. /. 



19. 



/. 'i, p. .')28. — Biographie universelle, article Guérin m 
/}. '21. — Nouvelle Biographie universelle, i. 22. p. '«22. 



IV SEPTEMBRE 



Le quatrième jour «le septembre de l'an 1792, le P. Hyacinthe le 
LivEC, breton, fut massacré à Paris, dans la prison de la Force, à 
l'âge de soixante-dix ans. Il avait traversé avec un courage héroï- 
que les souffrances de l'exil et de la misère, pour demeurei' fidèle 
à la Compagnie ; et lorsque des temps moins orageux eurent per- 
mis aux enfants de saint Ignace de rentrer en France, sa vertu, sa 
science et son mérite, qui lui avaient fait le plus grand honneur en 
Allemagne, engagèrent le pieux archevêque de Paris, Christophe de 
Beaumont, à lui confier le soin des Filles du Calvaire, en même 
temps que la princesse de Lamballe lui donnait toute sa confiance 
et le priait de vouloir bien accepter la direction spirituelle de sa 
maison. Le P. Le Livec exerça ce double ministère avec la répu- 
tation d'un saint ; et quand le triste décret de 1790 chassa les re- 
ligieuses de leurs cloîtres, au nom de la liberté, les Filles du 
Calvaire résolurent de se fixer dans le voisinage de leur ancienne 
demeure, pour recevoir jusqu'à la mort les conseils de celui dont 
les paroles et les exemples leur avaient si bien fait comprendre le 
prix et la douceur de la croix. Jeté dans les prisons de la Force 
après la journée du 10 août, le P. Le Livec vit les assassins lui 

243 



2''/l MÉNOI.OGK S. .1. ASSISTANCK l)K I RANGE. 

ollVir Im vie, s'il voiilail prôtor le stMinent ([ne la Kt'vohitioii ini- 
|)osail à loits les prêtres. Mais Ic^ «généreux confesseui' répondil 
sans hésiter (pje, jus(|n à son diMiiiei- sou|)ii . il demeurerait lidèlr 
à la loi <le Dion cl de l'K^lise ; (^t à l'instaiil il lui v^ory^v. 



GuiLLON, les MarU/rs de la Foi, t. )», p. '>2(), 



SEPTEMBRE 



Le cinquième jour de septembre de l'an 1792, mourut à Paris, 
martyr de la foi, le P. Alexandre Lenfant, qui avait été, avec le 
P. Beauregard, l'un des plus grands orateurs chrétiens des trente der- 
nières années du XVIII<^ siècle. Entré au noviciat d'Avignon en 1741, 
à l'âge de quinze ans, il eut le bonheur de se former, pendant plus 
de vingt ans de vie religieuse, à toutes les vertus de l'apôtre, et à 
cette éloquence qui lui fit appliquer par ses contemporains cette 
belle parole du Saint-Esprit au second livre des Machabées : n Ma- 
gnifwe sapientiani tractabat^ il annonçait magnifiquement les leçons 
de la sagesse divine » ! Uniquement passioné pour la gloire et les in- 
térêts de son Maître, et méprisant des applaudissements stériles, le 
P. Lenfant dévoua sa vie à faire reculer, s'il en était temps en- 
core, le flot toujours montant de l'impiété et de la révolution. Les 
philosophes en furent effrayés ; et Diderot, après l'avoir entendu prê- 
cher sur la foi, se voyait contraint d'avouer « qu'après de tels ser- 
mons, il était bien difficile à ses auditeurs de rester incrédules » ! 

Proscrit avec la Compagnie, sa mère, le vénérable exilé fut appe- 
lé successivement dans les cours de Lorraine, de Flandre et d'Au- 
triche, pour annoncer la parole de Dieu. A Vienne, Marie-Thérèse 

245 



'2^îC) MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCK DK TRANCE. 

voulut renteiidrc durant trois avniits et trois carêmes ; elle lui [c- 
inoi«^iia inèine U; désir de le voir se fixer près d'elle, mais il décli- 
na cet honneur pour rentrer en France. Au moment où il prenait 
congé il'elle : « \'os sermons, lui dit-elh; aimablement, ont fait au- 
tant de hi(»n à mon àme que de plaisir à mon esprit » ! A Versail- 
les, il prêcha cinq stations en présence de Louis \\1. Kii 1791, il 
venait de remonter encore «lans la chaire des Tuileries, lorsqu'après 
la première semaine du carême, parut la loi sacrilège qui imposait k 
tons les prêtres le serment de la (Constitution civile du clergé. Le 
P. Lenfant le refusa avec une vigueur toute sacerdotale, et la cour 
ne le revit plus. 

Ce grand homme (îtait «;n même temps le père des pauvres ; on 
en eut une preuve louchante au jour de sa mort. Depuis quarante- 
huit heures environ, il assistait comme prisonnier au.x égorgements 
de l'Abbaye, sans qu'on l'eût encore appelé pour ùtro livré au bour- 
reau ; dans la nuit du trois au quatre septembre, sachant que de 
nouvelles victimes étaient enfermées dans la chapelle en attendant le 
carnage du lendemain, il parvint à pénétrer dans une tribune, et <le 
là il invita hautement ces pauvres captifs à se préparer à leur der- 
nière heure. Alors, racontait plus tard l'un d'entre eux, qui avait 
échappe aux mains des égorgeurs, « un mouvement qu'on ne peut dé- 
finir nous précipita tous à genoux », et le vaillant confesseur de 
la foi donna à tous une dernière absolution. Quand il parut à son 
tour, le lendemain, en présence du peuple accouru pour voir massa- 
crer les i)rêtres, la foule réclama la vie et la délivrance de l'homme 
de Dieu ; et déjà il avait franchi le fatal guichet «le la prison, lors- 
qu'en le voyant, une pauvre femme laissa échapper ce cri : « Voilà 
le confesseur du roi «pi'on vient de sauver ». C'en fut assez pour 



V SEPTEMBRE. P. ALEXANDRE LENFANT. 247 

attirer de nouveaux assassins vers l'homme de Dieu, et alors, tom- 
bant à genoux et levant les mains vers le ciel: « Mon Dieu, je vous 
remercie, s'écria-t-il, de pouvoir vous oiïrir ma vie, comme vous a- 
vez offert la vôtre pour moi » ! Et k l'instant même il fut égorgu 
par les brigands. 



Carron, Les Confesseurs de la Foi, /. 1, p. 103. — Jager, Hist. de l'E- 
glise de France pendant la Révolution, t. 3, p, 514, 516, 523. — Guillon, 
/. 3^ p. 425. — Messager du Sacré-Cœur, septemb. 1881, p. 294-312. — 
Barruel, Histoire du clergé pendant la Révolution française, t. 2, p. 
75. — DE Backer, Bibliothèque . . . , t. S, p. 446. — Caballero, Biblioth. 
Scriptor. Societ. Jesu^ Supplément. 2""', p. 56. — Feller, Dictionn. hîstor. , 
/. 4, p. 98. 

N. B. — Dans le Catalogue* de la Province de: Lyon. 1752, le nom du 
saint martvj' est écrit Lanfant. 



VI SKPTKMBMi: 



Ko sixiènio jour <Ip noptombro «le l'an l()o2, nioiirnf à La Klèrhe 
I»' P. (îKORGKS m: \.\ IfAYi:, Recteur du eollège de cette ville, vrai 
père (le sa coinimmauté, et tenu dans toute la Province de Paris, 
<lont il avait exercé les charges les plus importantes, pour le par- 
lait modèle d'un supérieui'. Rieu de ce c[ui pouvait encourage)- ou 
aider ses intérieurs à procurer la plus grande gloire; de Dieu, par 
leurs discours, leurs écrits, leurs œuvres apostolicpies, ne semblait 
<'Outej- à la générosité'^ de son àmc. Il \\c voyail dans son office 
<pi'un litre de plus à (chercher (;l à procurer, par h^s autres aussi 
bien <[ue par lui-même, <'e (pii j)Ouvait coulribuer plus (^Ificace- 
menf à l'aire louei-, honorer et servir Jésus-('hrisl. (le ne lui pas 
sans bien <les obstacles et d(;s <;roix, (jui lui \inrenl juèmo de 
ceux (|ui semblaient devoir le |)lus justement seconder ses efforts. 
Pendant qu'il était Recteur du collège d'Orh'aus, l'évèque, pe»i l'a- 
vorablc aux religieux, après avoir retiré à tous ceux de sou dio- 
<'èse le pouvoir d'entendre les eoul'essions dans le |(muj)s nu^Mne 
«lu jubih'. I rompe'' |)ar les ealonnii(»s des novateurs, favorisa les 
bruits les plus injurieux an P. de la Haye, et alla jus(|n';i lui (h-- 
lenelre solenn«dlemenl de uu>nter en chaire el de continuer les 
248 



VJ SEPTEMBRK. — P. GEORGES DE LA HAYE. 249 

catéchismes qu'il faisait alors dans notre église. Heureux de par- 
tager les opprobres de sou Maître, le saint religieux obéit sur- 
le-champ, sans laisser échapper et sans permettre à ses enfants 
une parole de murmure. Cette douce humilité frappa toute la ville 
d'une admiration profonde, et ne tarda pas à gagner même le 
cœur ulcéré du prélat, qui donna dans la suite à la (compagnie 
lès preuves de la plus affectueuse bonté. 

Les autres vertus religieuses et apostoliques de ce grand servi- 
teur de Dieu, ses succès dans la chaii-^ chrétienne, les fruits de 
son zèle dans les congrégations de la sainte Vierge, le faisaient 
regarder comme un homme incomparable ; mais nous ne pouvons 
passer sous silence un trait de sa charité. Cet homme, qui se re- 
fusait les choses les plus nécessaires avec une rig'ueur extrême, 
n'avait pour les autres que des entrailles de miséricorde. Pendant 
la dernière année de sa vie, au milieu de l'alfreusc famine qui 
désolait tout le pays, trois fois par semaine, le mardi, le jeudi et 
le dimanche, le P. de la Haye distribuait à une multitude im- 
mense de pauvres la nourriture qui les empêchait de mourir de 
faim. Ces malheureux ne l'appelaient que leur père, et déclaraient 
hautement qu'ils étaient redevables de leur vie à son inépuisable 
libéralité. Sa sainte mort, accompagnée des larmes et des prières 
de tout le peuple, fut regardée comme la récompense que Dieu 
ne voulait pas faire attendre plus longtonps à une Ame qui Tavait 
si fidèlement servi. 



Elogia defimctor. Provinc. Franc. { Archiv. Roman.}. — Coudara, His- 
tor. Societ. , part. 0, lib. 17, n. 216, p. f>45. — Lettre circulaire dit 

A. F. — T. II. — 32. 



250 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE FRANCE. 

1*. (ùiALKi; ]*Asgi;iKK, à lu mort du V. (icorgcf; de la H<iyi\ « a la Flè- 
che, ve () sept. \{\ti'2)) ( Archà'. dont., coll. Ih/hcyrètc ). — Chahlkvoix, Vie 
de la Mère Marie de l'Incarnation, Paris Ml^t, p. 170, 20(). "i2'i, 22.'». 



Lo mOnie jour dtî l'un Hjoli, inoiirut au collège «l( lîotirges le 
I*. l'LOKiMOND i>K Refuge, Agé (l'eiiviron cinquante a»is, laissant, au 
témoignage du 1^. Jacques Grandamy, " une douce odeur de ses 
vertus et confiance de sa béatitude ». Dans la cliaire. où il an- 
nonçait la parole divine de])uifl quinze ans, el au saint Iribunai 
de la pénitence, il était avant tout un lioninie do Dieu, inspirant 
aux âmes l'amour de la vie intérieure el de la prière. Il avait 
gouverné le collège de Rennes avec de si admirables fruits pour 
ses inférieurs, qu'un autre de nos Pères, venant de passer quel- 
ques semaines près de lui, écrivait an 1*. (W'-néial : > .le ne crois 
[>as avoir januiis vécu dans une autre maison de la (".ouipagnie 
où j'eusse sous les yeux de plus beaux exemples de vertu " ; el 
tout cela était, ajoutait-il, le fruit de la vigilance du saiid Rec- 
teur pouj" ('tablir \r règne du Saint-Esprit dans toutes les âmes 
que la divine Providence lui conliait. 



lUogia <lc/iinrt. Prov. Franc. ( Arc/tiv. liont.j. — Lettre du 1*. Jac^uks 
(ÎHANDAMY ^/ -/r/ Piort du p. Florimond de Refuge, ((de Bourges, ce K^f' sept. 
1(>55 » ( .l/r/ifc. dom.. collcct. Ryheijrète ). 



VII SEPTEMBRE 



Le septième jour de septembre de l'an 1670, mourut au colièg-c 
de Toulouse, à la fleur de l'âge, après six années de vie religieuse, 
le F. Scolastique Alexandre Deleige, né dans le diocèse de Limo- 
ges, laissant aux plus jeunes enfants de la Compagnie un admi- 
rable exemple de l'amour de sa vocation. Il était entré à seize 
ans au noviciat de Toulouse ; mais quelques mois plus tard, nous 
ne savons au juste pour quel motif, son Maître des novices avail 
cru devoir le renvoyer dans sa famille. Or, le jour même où il 
allait franchir de nouveau le seuil paternel, Alexandre Deleige eut 
tout à coup le cœur transpercé d'une douleur si vive de ne pou- 
voir plus vivre désormais dans la Compagnie de Jésus, qu'il reprit 
sur-le-champ le chemin de Toulouse, pour aller se jeter aux pieds 
du P. Provincial, et obtenir, à force de prières, que la porte du 
noviciat lui fût rouverte. Mais depuis peu de jours le P. Provincial 
était parti pour visiter les maisons de sa Province les plus éloi- 
gnées de Toulouse. 

Alors cet enfant de seize ans se mit à le chercher de ville eu 
ville, à pied et en mendiant, bien résolu de ne s'arrêter que lors- 
qu'il aurait trouvé celui en qui seul désormais étaient toutes ses 

251 



252 Ml'îNOLOGE S. J. ASSISTANCK DK FRANCE. 

espérances, li se reiulil successivcnienl à (jurcassoiine cl à Perpi- 
gnan, pnis à lîéziers, à Montpellier, cl jusiju'à Tournon, cl ne par- 
vint enfin à le rejoindrez (piaii |)iiejirc de Sainl-Sanveur, apparte- 
nant an collège de Tournon. Il w'y arriva (pic le. soir, a[)rès une 
longue et rude journée, à une heure où la porlc clail déjà l'erméc. 
Il passa d(;hors la nuil tout cnlière, exposé aux iiiJMi<'-> de 1 air, 
mais dès le lendemain matin, il ('lail aux pieds du Père Provincial, 
et le conjurait de l'atlmettre de nouveau painii ses enfants. Diiraiil 
ce long cl pénil)l(z pèlerinage, il s\''lail mi i(''(luil à vendre une 
partie de ses vêtements pour acliclcr un peu de pain. 8oii visage 
halé était à peine reconnaissuble ; mais tout cela <'tail à ses yeux 
bien peu de chose au prix <l(î sa sainte vocation, dette héroïque 
fermeté frappa d'admiration le P. Provincial, cl triompha sans 
peine de tous les obstacles. Rentré au noviciat dv Toulouse, .Alex- 
andre Deleige ne cessa plus de montrer la même énergie de cœur: 
et quand à l'agc^ de vingt-deux ans, il sentit a|)procher la mort. 
la sainte joie dont son cœur «lébordait, l'ut. |)oui" tous les jeunes 
religieux de la Province de Toulouse, la plus éloquente prédication 
sur l'excellence de la vie et de la mort dans la Compagnie de 
Jésus. 



A'iogùi dcfiuictor. Provinv. Tolos. { Aic/iiw /{o/n.l. 



* Le même jour, moururent trois «lignes religieux de la Compa- 
gnie, les PP. I'Itienne Luzvic à Orléans tui i(>^iO, Nicolas .Vbkam à 
Ponl-à-Mousson en 4655, et Vincent Bkîot à Paris vu I7à0. 



VII SEPTEMBRE. — P. ETIENNE LUZViC. 253 

Le P. Etienne Luzvic, né en Auverg^ne, consacra presque toute 
sa vie au laborieux ministère des missions. Les hérétiques es- 
sayèrent plus d'une fois d'attenter à ses jours, et il no leur échappa 
que par une protection particulière de la Providence. Epuisé par 
ses fatigues et obligé de renoncer à son rude apostolat, il se 
plaignait d'être devenu un membre inutile, à charge aux collèges 
de sa Province, et à peine pouvait-on le consoler en lui rappelant 
que la fondation de plusieurs maisons était due à ses travaux el 
à sa réputation. (Cependant le courageux vieillard ne pouvait se. 
résigner au repos ; on le voyait se traîner avec effort le long des 
murs jusqu'à son confessional, où il restait de longues heures oc- 
cupé à réconcilier et à instruire les âmes. Mais un jour en reve- 
nant de remplir ce ministère de charité, il fit un faux pas el 
tomba lourdement à terre. La chute fut mortelle ; il expira bientôt 
après, heureux d'avoir travaillé pour Dieu jusqu'au dernier souffle 
de sa vie. Le P. Luzvic était dans la soixante-douzième année dé 
son âge et la cinquante-sixième depuis son entrée dans la Com- 
pagnie. . , ; 

Le P. Nicolas Abram, né en 158î^ à Xaronval, village de Lorraine, 
s'était enrôlé à dix-sept ans sous l'étendard de saint Ignace. Pres^ 
que toute sa vie religieuse se passa dans l'université de Pont-à- 
Mousson, dont il écrivit l'histoire, et où il enseigna la rhétorique 
et l'Ecriture sainte avec une grande réputation et un grand éclat; 
Pour ne parler que de ses travaux littéraires, on sait que ses 
commentaires sur Virgile et sur les Discours de Cicéron ont mér 
rite les suffrages des plus illustres savants, et que plusieurs lui 
ont fait de larges emprunts dans leurs éditions des œuvres de 
l'orateur romain publiées à Amsterdam, à Cambridge et à Paris. 



254 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE l)K FRANCE. 

Vnc noti(Hî <lo tjuelques lignes à peine est consacrée au modeste 
et savant religieux «lans le journal de l'université. « Aujourd'hui, 
<Mi a de/naFidé l(*s suilrages accoutumés pour lame du 1*. Nicolas 
Abrain, vosgien, proies des (juatre vœux et docteur de l'univer- 
sité. Pendant plusieurs années il a enseigné l'Kcriture sainte et 
les Humanités avec un succès dont ses ouvrag<;s imprimés rendent 
témoignage. PersoniH^ ne fut d'un commerce plus facile, il avait 
la douceur d'un agneau. Homme d'une vaste ér\idition et dune 
grande renommée littéraire, il a vécu sans autre désir que «le 
passer ses jours dans l'obscurité et la simplicité; tous font l'éloge 
de l'innocence de sa vie et de sa parfaite observance de la disci- 
pline religieuse. Il est mort dans sa soixante-septième année ». 

Le P. Vincent Bigot avait passé trente-trois ans au Canada, tour 
à tour missionnaire au milieu des ])auvres sauvages .Vbenaquis, 
Recteur <lu collège de Québec, et enfin Supérieur de toutes les 
Missions de la Nouvelle-France. A bout d(; forces, il dut riîvenir 
en Europe. <(. La seule obéissance, dit la relation de sa mort, a 
pu l'arracher d'un lieu où il avait souhaité de consommer l'holo- 
causte de sa vie, et dont ses travaux apostoliques ne lui avaient 
laissé que de misérables restes ». Mais restes précieux, ajoute-t-elle, 
qu'il consacra au service; de ses frères dans la procure des missions, 
et qti'il sanctifia par la pratique de toutes les vertus. Il mourut dans 
la maison professe de Paris, à l'âge de soixante-et-onze ans, dont 
il avait passé cinquante-six dans la (Compagnie; religieux « d'une 
vertu (Mninente, écrit son Supérieur, dont tout l'air respirait la sain- 
teté, et auquel on pouvait appli(pier ce qui est dit du premier des 
martyrs, (ju'en l<; voyant on croyait voir le visage d'un ange ». 



vil SEPTEMBRE. — V. CHARLES HALLU. 255 

P. Étiennk Luzvic, — Cf. Elogia dcfunctor. Provinc. Franc. ( Arc/i. liant.). 

P. Nicolas Abram. — Cf. Abram, L'université de Pont-à-Mousson, êdit. G\- 
\\K\o^, préface, p. xxxi. — Sotuellus, Biblioth. Scriptor. Societ. Je su, p. 622. 
— DE Backer, Bibliothèque . . , t. 2, p. 4. — Felleh, Dictionnaire historique, 
t. \, p. 22. — DoM Galmet, Bibliothèque de Lorraine, p. 3. 

P. Vincent Bigot. — Cf. Lettre du P. Honoré Gaillard à la mort du 
P. Vincent Bigot ( Archiv. dont.}. — Relations inédites de la Nouvelle- 
France, édit. de Montézon, t. 2, p. 348. 



* Le même jour encore de l'année 1825, mourut à Saint-Acheul, à 
l'Age de trente-et-un ans, le F. Scolastique Charles-François Hallu, 
du diocèse d'Amiens, que ses contemporains ne craig-naient pas de 
comparer, pour l'innocence de sa vie et sa parfaite régularité, à 
saint Stanislas et à saint Louis de Gonzague. Quand il se pré- 
senta pour entrer dans la Compagnie en 1814, il apportait avec 
lui une vertu déjà mure et digne d'être proposée pour modèle aux 
plus fervents. 

Le petit nombre des sujets et la multiplicité des œuvres à sou- 
tenir, surtout celle de l'éducation de la jeunesse, faisaient alors 
une sorte de nécessité d'unir aux exercices du noviciat et de la 
formation religieuse, les travaux de l'enseignement et les autres 
ministères apostoliques. Le F. Hallu subit cette nécessité sans dé- 
triment pour sa perfection. 11 serait difiicile de dire avec quel 
zèle et quel esprit de foi il fît la classe de grammaire qu'on lui 
avait confiée à Saint-Acheul. 11 s'excitait lui-même à triompher de 
tous les ennuis, par cette belle parole qu'il aimait à méditer 
souvent : « Adjutores Dei sumus., nous sommes les auxiliaires de 
Dieu ». Prières, humiliations, pénitences, il rapportait tout au bien 



25fi MKNOLOdK S. J, — ASSISTANCE IW. KRANCE. 

• I(^ sfis ncolieis; il allait juscuià s'olVrir «mi victinio pour (hix, afin 
«roxj)ier hnirs pécîliés ri de leur ohfiMiii' du «ici les grâces donl 
ils avaient besoin. 

Au bout de six auMees dr régence, il i'ut cnvoyc'! poui' un an 
au noviciat de Montrouge, conformément à la décision |)rise par 
le I*. (lénéral à l'égard de «;eux ([ui avaient fait leui- piobation 
dans les collèges. Il revint ensuite à Saint-Aebeul, animé d'une 
ferveur nouvelle, et plus (jue jamais résolu d'être un sainl. Appli- 
<[ué à l'étude «le la tliéologie, il fut cliargé en même temps de la 
direction de la maison de Si\int-Firmin, dont les élèves se desti- 
naient presque tous à l'état ecclésiastique. Il ne négligea rien 
pour nourrir et développer en eux l'esprit de piété: « Je suis ici, 
disait-il, poui" aimer Jésus-Christ et pour le faire aimer ». Entre 
les dévotions <^|u'il s'efToreait de leur insjïirer, la dévotion au Sû- 
4.'ré-(l(eur t(Miait le premier rang: il avait fait an reste le v<eu de 
la propager de toutc^ ses forces. 

« Il en parlait avec une sorte de transport, dit l;i iiolice à la- 
quelle nous empruntons ces détails. Il paraissait alors avoir per- 
4lu sa timidité naturelle ; le feu dont il était anime, éclatait dans 
ses yeux, sur son visage. 

« Il recueillit le premier les fruits promis par Notre-Seigneur 
aux Ames <lévouécs à son divin Cœur. Il avait eu longtemps à lut- 
ter contre des retours pénibles sur h; passé, des appréhensions 
vagues à la pensée de l'avenir. Peu à peu il se dégagea de ces 
vains fantômes, et il adopta cette maxime, donl il lit «h'sormais la 
règle de sa A'ie : « J'abandonne le passé à la miséricorde, l'avenir 
à la Providence; quant au présent, je le livre à l'amour ». Sa gé- 
nérosité croissant avec sa conliance, il signa de son sang une 



VII SEPTEMBRE. — F. CHARLES HALLU. 257 

supplique OÙ il denicuulait la g'râ(3e du inart^^re. l]n attendant, il 
s'exerça au martyre de la pénitence, « et ne laissa passer aucune 
occasion de se vaincre et de se moi'tifler ». Son union à Dieu était 
continuelle et intime. Il goûtait dans l'oraison les plus douces 
consolations : «. \ peine suis-je à genoux, disait-il, le Seigneur s'em- 
pare de mon cœur. .Je ne conçois pas, ajoutait-il avec une humble 
reconnaissance, comment Jésus-Christ m'aime tant ! C'est un mys- 
tère plus incompréhensible pour moi (pie le mystère de la Sainte 
Trinité. Oh! que l'amour du Cœur de Jésus m'a fait du bien » ! 
Cependant sa santé déclinait tous les jours ; il tomba bientôt 
dans une irrémédiable langueur et dut renoncer à tout travail. Sa 
fidélité à la règle n'en fut pas altérée un moment. Quelques heu- 
res avant sa mort, ceux qui l'assistaient le virent tout d'un coup 
fermer les yeux et demeurer dans un état d'immobilité complète,. 
Ils s'approchent avec inquiétude, craignant qu'il n'ait expiré. Mais 
lui avec calme : « Je fais mon examen, leur dit-il ; n'avez-vous pas 
entendu la cloche qui vient de le sonner » ? Peu après, à l'heure 
même où allait commencer le jour consacré à la Nativité de Marie, 
après un dernier regard jeté sur une image du Sacré-Cœur, qu'il 
ne (piittait jamais, le l'\ Hallu s'endormit paisiblement dans le 
Seigneur. Quand la nouvelle s'en répandit le matin, une joie cé- 
leste éclaira tous les visages ; chacun disait : « C'est un bienheu- 
reux de plus dans le ciel ». 



Mémoires sur le noviciat de Montrouge , liv. 4, p. 174-180 { copie ms., 
Archii>. dom.j. — Précis de la vie et, de la mort du F. Hallu ( relation ms., 
Archiv. dom.). — Annales mss. de Snint-Achenl, pp. 266, 270, 366. — 
Diarium Ministri ( Archiv. Ac/ieol. ). 

A. F. T. II. 3-3. 



VIII SEPTIiMIîRK 



],(' ImitiènH* jour de septoinbrc «le l'an 16î)fi, nioiiiul duns sa peti- 
te école (le Damas, le I*. Jéromk Qlkykot, I un des plus grands ou- 
vriers de nos missions naissantes de TArcliipel, de Conslantinople, 
de l'Asie Mineure <^l de la Syrie. La dernièri' année de sa vie 
el la (juarantiènie <le son apostolat en Oiient, il consatiail cncoïc 
au moins dix henies eha({ue joui- à instruire enviion eeul jeunes 
('coliers; el il en avait ainsi forme à lui seul plus de mille, (pii 
étaient devenus les aj)otres de leurs faroilles et faisaient fleurir 
la foi eatholicpie et la sainteté au milieu du seliisme. La j)lus vive 
consolation <lu serviteur de Dieu, bien digne de son glorieux Père 
saint Ignaee, était de dissiper par ses (;atéehismes les i-rreurs de 
toutes les sectes orientales contre la Très Sainte Trinité. Pour mieux 
la faire connaître! et la faire ainuM", tout eu gagnant I alfection el 
la conliance des plus prévenus, il avait réuni et leur citait, avec un 
grand respect, d'innombrables passages des anciens Pères et des 
saints Docteurs de buir l'église, grâce à sa profonde érudition et à 
la connaissance de prescpie toutes les langues de ces contrées. 

Dès sou |)r'emier séjour à (jonstantinopic. dil iiiu' de nos vieilles 
r(dations, il avail ('té bàlojini' aux jambes cl à la. jtlautc des pieds, 
à la tur<pies(pu'. Lit peste cl les prisons d "Alep lui axaienl c\r plus 
2o8 



Mil SEPTEMBRE. — ■ P. JÉRÔME QUEYROT. 259 

rudes encore : dans un des cachots Infects où les janissaires l'a- 
vaient jeté, il n'eut d'autre lit qu'un sol semé par ses geôliers de 
têts de pots cassés et de cailloux aigus. Mais il gagna peu à peu 
la vénération des sectateurs mêmes de Mahomet, et lorsque la guer- 
re éclata entre la République «le Venise et le Grand-Seigneur, pas 
un musulman de Damas n'osa porter la main sur lui ; et ils le 
laissèrent en |)aix dans son humble école, poursuivre son apostolat 
des petits enlants. 

La mort du P. Queyrot lui pour tout l'Orient une perte vrai- 
ment irréparable. Le clergé de l'église patriarchalo lui fit de ma- 
gnifiques funérailles. Un évêque, absent de Damas au moment de sa 
précieuse fin, no crut pouvoir autrement se consoler (|u'en pronon- 
çant publiquement son éloge funèbre, et alla jusqu'à dir(^ que tous 
les chrétiens devraient, au premier anniversaire, tirer du tombeau 
ses saintes reliques pour les exposer solennellement sur les autels. 



Elogia defunctor. Societ. Jesu ( Archiv. Rom. ). — Litterir ann. Provinc. 
Franc. , ann. 1653 ( Arc/i. Rom. ). — Lettre du P. Laurent d'Auruxiac au 
P. Antoine Suffren., Provincial de Lyon ( Arckiv. dom., collect. Ryheyrète ).- — 
CoRDAKA, Histor. Soviet., part. 6, lib. 15, p. 404. — J. Besson, S. ].,La Syrie 
et la Terre Sainte. ., édit. Carayon, p. 22, 68-73, 78. — Nouveaux Mémoires 
sur le Levant, t. 4, p. 26. . , 92, 96, 98. — Nadasi, Annus dierum memorab. , 
8« sept. , p. 153. 



* Le même jour de l'an 1660, mourut à Toulouse, dans la soixante- 
et-onzième année de son âge et la cinquante-quatrième depuis 
son entrée dans la Compagnie, le P. Antoine Savignac, religieux d'u- 
ne admirable douceur et d'une tendre dévotion envers \\\ Mère de 



2f)(> MÉNOI.OfiK S. J. — ASSISTANri' I)i: IKANCE. 

I)i(Hi. ('haig'(' |)(ii(l;iiil (|iial()rz(' ans ilc l;i direction des c<)i\p;vo- 
«Jl-atioiis (le la sainte \ icrp^c, il l'cniplil colle imj)()iiaiile el di'-li- 
cate fonction avec nne sollieilnde. un zèle, nn einpresscineiil ({iii 
lui <>ag'naieiit tous les cœurs; il parlait de Marie avec une piété 
si vraie, et en même lenijis avec une lelle «^i-ilee el nne lelle dis- 
tin(!tion de lang-a^e, (pie ses ('on<^r<''giinisles se pressaient avec 
avidité antonr de sa eliaire, et (fue les plus didieiles ne se las- 
saient pas de l'entendi'e. Provincial, il f^aida ce même eliarme de 
parole; el l'on l'aeonte de lui (pie nul u Cxlioilail ii la \ci(u el a 
la perteetion avec plus de suavité el de loree loni ensend)le. 

(blette douceur, (\u\ rayoniuiit sui* toute sa |)livsionomie. ('-tail l<' 
fruit d'ujie verlu héroïque. Une nudiiinde de maux donl il serait 
long-, ('cril le P. Nadasi, de dresser simplemeni le eatalog-ue, ne 
lui laissaient ])as un moment de r(''|)it. Avant son saeei-doee. il 
avait été perclus des deux bras el nCn avail iee(>nvr('' l'usage 
«pi'à la suite d'un vœu fait à saint Ignace dans la eliapelle du 
château de Loyola. Le P. Savignac puisait la loree de supporter 
toutes ces épreuves dans la méditation des soutfrances de .h'sus 
crucifié, dont il tenait toujours limage en nuiiu. Mais il soupirait 
aj)»'ès le bonheur de voir Dieu el Notre-l)am(\ .VssistanI un de 
nos Pères, le P. Abadie, <[ui allait uiourii' : u Mon Père, lui dit-il. \\r 
m'obticndr(>z-vous pas de (piitter bientôt cette teric ? « — »< Oui, rt'pon- 
dil le moribond, dans six mois ». I']t six mois après, le saint reli- 
g-ieux rompait ses chaînes, heureux de naître au ciel le jour même 
où Notre-Danu', j)ar sa naissance, avait annonce'' la joie au monde. 



Nada.si, aiinns (lier, memorab.. H^ srptc/nôr. . />. loi. 



vin SEPTEMBRE. P. ETIENNE CHANON. 261 

* Le même jour encore de l'an 1826, le P. Etienne Chanon monrul 
à Laval. Il était déjà prêtre et exerçait le saint ministère dans 
une des paroisses du Puy, quand il était venu s'enrôler sous 
l'étendard de saint Ig-nace en 1814. Peu d'hommes, même au mi- 
lieu de cette pléiade de vaillants ouvriers qui ont illustré les pre- 
mières années de la nouvelle Compagnie en France, se sont signa- 
lés par un zèle plus enflammé pour le salut des âmes et une ar- 
deur plus généreuse et plus infatigable au travail. Dans une mis- 
sion donnée à Laval en 1816, touché des dangers qui attendaient 
les malheureuses victimes du péché après leur conversion, il con- 
çut, à l'exemple de notre Bienheureux Père, le projet de leur ouvrir 
une maison de refuge pour assurer leur persévérance. Il désigna 
lui-même l'instrument que Dieu s'était choisi pour cette œuvre, il 
le soutint contre toutes les tentations de découragement et contré 
toutes les oppositions humaines, et en peu d'années il eut la con- 
solation de voir ses desseins heureusement accomplis : L'Institut 
de la Miséricorde, qui le reconnaît comme son père et garde sa 
tombe avec vénération, est allé grandissant chaque joui' pour le 
salut d'une multitude d'âmes. 

Le P. Chanon avait pris pour patron spécial l'apÔtre du Velay, 
saint François Régis. On peut dire qu'il fut son digne imitateur. 
S'il s'estimait, comme saint Paul, le débiteur de tous, c'est aux 
pauvres, aux artisans, aux giens du peuple qu'il aimait surtout 
à porter la bonne nouvelle. Les grandes vérités étaient ses sujets 
de prédilection. Il avait des accents terribles contre le péché ; mais 
au tribunal de la pénitence, il revêtait la mansuétude du Sauveur. 
On a remarqué, dit un compagnon de ses courses apostoliques. 



'2{')2 .ménoi.u<;k s. j. — assistanck ok i-ranck. 

«pM', ^l'.icc à SCS |)ri(M(;s cl it «le pieuses iii<Iii>il i ics liai)il(nnonl sug- 
«»;ér('îes, les ;hiics (ju il ;(\i»il lanieiiétîs à Dieu se (|isliiij>iiiiicul en- 
siiil«' par leur' rcrnieté cl leur constance dans le bicu. 

Son zèle ik^ (^oiinaissail pr'es(pie aucun tcpos. Assailli |)liis <l uu<.' 
lois par de violents accès «le o()iitte, au inili(Mi nn'^nic <ics oxerci- 
<-<'s (I une mission, dès ipu' la première t"ur<Mir du mal >.'elail 
«•alnie»'. il ouvrait sa chambre aux hommes (pu \oidaicul se con- 
lesser, e\ se taisait porter en chaire, où sa \ue, pres(pie autani «ju»- 
sa pai'ole, loucliait les âmes (;t les t);-agiiail à Dieu. 

.\falgr('^ ses travaux c[ui, commenc(''s à la pi'cmière aube du Joiii . 
se prolong-eaienl soiivent fort avant <lans la nnil, le I*. (ihanon ne 
se disp(Misait d'aucun exercice do la vie commune. Le soir, (|uelle 
<pu' tut riienrc^ oii, tombant de f*atigu(î et de sommeil, il pouvait en- 
lin s<' r(>tir(^r, il i\v reliam'hail pas une minute à sou cxanu'U et à 
ses antres |)rièr<'s, rA le, uuitin il se levait invaiiablcuHMd à (pia- 
tr<' heures on Irois heures el demie pour l'aiic sou oraison, «M 
courir ensuite^ à sou courcssiounal, assiég-é dc^jà |)ar nue loule de 
pénitents. 

De telles t'alignes Tépuisèrcid a\anl le temps. Prêchant un jour 
avec sa v«'hémence ordinaiie, dans une mission donnée à Niort 
peuilanl le carènuî <lc 4S2(), il lut t"raj)|)c d'une allatpu' d apoplexie, 
cl on i\\i\ remporter de chaire prescpie mourant. Il comprit l'a- 
vertissenuiut ; mais tout en s(» tenant pr»M à rcpondrt^ à 1 ajipel 
de Dieu, il Wi^ put se condamner entièrement au repos. « Son rc- 
])os , dit uiu- de SCS uotMcs, ressemblait à uiu* mission ». I.e 
huit septembre, il venait de iont'esser et adressait la paroh' à de 
pieux lidèies dans une «h>s trois cong-régations (ju il avait établies 
en l'honneur <le la sainte Vierge, dans l'é-glise <l«> la tlompagni»' à 



Vni SEPTEMBRK. 1'. KTIENNK CHANON. 26 



o 



Laval, quand un nouvel assaut flu même mal le renversa à terre 
sans connaissance. II expira quelques heures après, il était àg-f' seu- 
lement de quarante-sept ans. 



Notice ms. sur Ut vie et sur la mort du P. Etienne Chanon ( Arc/iiv. 
dom. ). — - Témoignages de quelques contemporains, PP. Thomas, Louis 
V.\LENTiN, DE RwiGNAis, BouLANGER ( Archù\ dom. ). — Littcrw ann. Societ. 
Jes. in Gallia, 1835-36, Résident. LavalL, p. 6. — Z'Abhé le Seghetain, 
Vie de la Mère Thérèse, t. 1, ch. % p. 41, 43 et suiv. ; c/i. 3, p. 61 et 
suiv. ; ch. 5, j). 172 et suiv. 



I.\ Slil^TK.MIJHi: 



Le neuvième jour <le seplembio <lo l'an \i)"2S, inoiiriit an (-ollège 
(le l*au le J*. (]i,KMi:iNT Pujoi,, de la Provinco d'Aquitaine, renommé 
panni ses contemporains pour- sa tendresse loutc (iliale envers la 
Mère de Dieu. L'opinion coniniune ctaii <pie la sainte Viergpe ne 
ponvail ricMi refuser à ses prières. Il lui devait, disait-on, comme 
Suare/, Ions les trésors d'une \aste science, et ce <jui <'tait d un 
bien anire pi'ix à s<>s veux, les <lons de la vie int('rieure ou un 
si liaul d('<;i<'', cpi'on le vil, disent les annales de sa Pi'ovince, 
au lein|)s de sou oraison, (devé de terre, loul cuxirouiK' de lu- 
mière, plonj^c dans la contemplation des choses célestes et dans 
uu pi'ol'ond ravissement. 



Napasi, A/i//. (lier, /ncnior. . 9' sept. . p. I.">ô. 



Le même joui-, de l'an l().")l, uiourui à N'enluu le IV .li:\.\ Paiu- 
sor, cité dans les annales de la (lonipa^nic, comme un di's plus 
parfaits modèles <lu troisième de<>i('' dluimiliti''. La \ cille di* sa 
première incss(>, clicrchanl ce (piil pouvait otl'rir i\i' plus a<^réable 



IX SEPTEMBRH. V. JEAN PARISOT. 265 

îi Nolre-Seig-neur, il s'était ong-ag-é par un vœu «exprès, sigiu'^ <{e 
son sang, à éviter, autant que le lui permettrait l'obéissance, toute 
charge honorable et tout ministère qui put lui attirer quelque es- 
time des hommes. Il s'}' consacrait im particulier à enseigner <le 
bon cœur, jusqu'à la mort, la dernière classe de grammaire, et y 
témoignait un très vif désir que ses supérieurs daig-nassent l'appli- 
quer aux plus humbles fonctions de nos hVères Coadjuteurs. Ce 
vœu du P. Parisot fut en effet jusqu'à son dernier soupir la rè- 
gfle de toute sa vie ; jamais ou ne voyait briller un(^ plus douoe 
joie sur son visage, que lorsqu'il obtenait une plus larg-e |)art des 
humiliations de Jésus-Christ. 



Elogia def'imctor. Provinc. Canipan. (Archiv. Roui. ). — Nvnxsf, Annus 
(lier. memoinbU. , 9* sept., p. 155. — Dbews, Fasti Soaiet. Jesit., 9'^,sept.^ 
p. :$51. 



T. li. — U. 



X SKPTKMHKK 



Le dixième jour tle se[)tonibre de I an KiGS, mourut saiutemenl 
à Blois, où il était iic, le \*. Jean dk Brisacier, de la Province 
de Paris. La g-randenr d'àme, le zèle de la loi, et uiu' intrépidité 
rjue nulle crainte luimaine ue [)ouvait laire hésiter un uiomeni 
quand il s'ag-issail de la «gloire de Dieu, l'ormèrent comme les 
traits distinctii's <le son caraetère. A cause de cela même, peu de 
noms fur(înl plus outragés pai" les cuinemis de l'Ég-lise. Le P. Bri- 
sacier ne semble connu de la plupart des hîcteurs de nos jours, 
<pie par les calomnies dont le jansénisme a char<*-e sa nu'moire. 
Mais uu homme (pii avait cent l'ois afl"ronl('' la inori dans l'apo- 
stolat des camps et su»' les champs de hataille. ne di'vail pas se 
laisser clîrayer par les calomnies. Il poursuivit I hért.'sie avec tant 
de vigueur, ix Paris, et |)articulièremenl dans le diocèse de Blois, 
oîi l'on ])eul dire «pi'il rcxtermina, i\uc le plus ardent défenseur 
<lu jansénisme v mourut de confusion cl de (h'-sespoir. « .le un* 
raj)i)(dle. écrit un de ses compagnons, avoir entendu plu^ d une 
lois les habitants de lîlois se dire eu voNaut passer le P. de 
lirisacier ; « Voilà celui à ipii nous sommes redevables d être en- 
core eatholitpu's » ! Mais <;ette énergi(> était dirigci- |tar une mer- 
veilleuse sagesse. Nul ru* connaissait uiieux toutes les (h'dicatesses 
266 



X SEPTEMBRE. P. JEAN DE BRISACIElî. 267 

(le la plus douce charité, lorsqu'il n'était pas nécessaire, selon 
l'expression de saint François de Sales, de crier an loup. Nommé 
Recteur du collège d'Aix, il trouva la ville en proie an feu des 
haines les plus ardentes. Le Parlement et la noblesse de Provence 
étaient prêts à se porter aux dernières extrémités. Le P. de Brisa- 
cier fut pour eux un ange de paix ; et quand il quitta ce pays, 
il eut la consolation de laisser ces deux grands corps unis par 
les liens d'une étroite et sincère amitié. 

Bientôt après, il fut choisi pour une ambassade encore plus dé- 
licate, et dont le succès paraissait presque désespéré. De tristes 
divisions s'étaient élevées au sein de la Compagnie, dans le roy- 
aume de Portugal, à l'occasion du partage de la Province en deux 
autres que le cours du Tage devait désormais séparer en deux ; 
et pour comble de malheur, le roi violemment irrité contre les 
premiers supérieurs, et plus encore contre le P. Goswin Nickel, 
Général de la Compagnie, faisait craindre un terrible orage, dont 
les coups pouvaient se faire sentir jusqu'aux extrémités du monde, 
partout où travaillaient les successeurs de saint François Xavier. 
Le P. Nickel crut que la Compagnie n'avait guère d'hommes aussi 
capables que le P. de Brisacier, de conjurer la tempête. Il le 
nomma Visiteur des Provinces de Portugal. Le Père partit pour 
sa mission. Ses elforts furent couronnés d'un si heureux succès, 
qu'ils surpassèrent toutes les espérances. Rome voulut voir l'auteur 
d'une paix regardée comme miraculeuse ; et le roi de Portugal 
écrivit à Louis XIV, le remerciant de lui avoir envoyé un pareil 
homme, prodige de vertu et de sagesse, et, ajoutait-il, digne d'être 
choisi par Sa Majesté très chrétienne, pour dépositaire et conseil- 
ler de ses plus intimes secrets. 



4(»8 MÉNOI.OGi: s. J. — ASSISTANCK l)K KKANCE. 

Au niili(U «le ces lénioif^-iiaf^c^s «riKiiiiiciii- cl de (U)niiaiic(', le I'. 
<lo lîiisacier n aspirait «ju'à robscurité des |)lii> liiii)i}>lc's iniiiis- 
tèrcs. Nc! se jugeant plus Ixm h rioii, il avait inèim' obtenu de st* 
retirt'i' à IMois pour se préparer à la nioit, loisf[u (mi l<i()7, malgré 
Hi'H !?oixante-(piat!'e ans, Ijouis Xl\ léinoigiia h- désii de le revoir 
au uiili<'U (le ses soltlals. Il partit à I instant pour I armée de 
llandie, et reprit avee ar<leur l<' |)remier et le plus clwi apostolat 
<le sa jcHincsse. Kà, il avait trouvé- ja«lis ee (pu^ eherehait uni({ue- 
ment son e(»Hti' insatiable de l'atig-ues et tle souIVranees . et c'était, 
disait-il liuinbleinenl à son lit de niort, les seules anné(;s (ju il erùl 
n'avoir pas entièrement perdues. On le voyait an milieu «b^s mou- 
rants, couché à terre dans Ja poussière, la boue et le sang-,, pour 
entendre leurs confessions et recevoir leuj- dernier soupir; il vcil- 
biit avec les soldats «lans les tranchées, et ne recueillait (pielque- 
l'ois de la part de ceux dont il était le père et l'ami, que les plus 
indignes traitements. .\ l'imitalion de notre Père saint Ignace, il 
venait \in jour d'arracher une pauvre iille à j)lusieurs d'entreux, 
(juand un de ces misérables lui tira à bout portant un coup de 
feu ; mais la balle ne fit <{ue traverser ses vêtements, et s'arrêta 
tout à coup commet par miracle. 

Malheureusement la vigueur de son corps ne réj)on(lait plus à 
rindomj)lable énergie de son àme : usé par tant de fatigues, de 
luttes, de travaux de tout genre, le I'. de Brisacier dut revenir 
sur ses pas ; et après cpielques mois de souffrances, il rendit 
saintement son àme à Dieu. 11 était âgé de soixante-six ans et en 
avait passé quarante-neuf dans la Compagnie. 



X SEPTEMBRE. — - I». FRANÇOIS LK MAIRE. 269 

Elogio dej'iuut.or. Provinc. Franc. {Aichiv. Rom. ). — Lettre du P. Pierbk 
i»K Vallognes, « la mort du P. Jean de Brisacier, «« Blois, Il sept. 1668 » 
i Archiv. dom., coll. Rybeyrètc). — Rybeyrkte, Scriptores Provint. Franc., 
p. 160. — SoTUELLUs, Biblioth. Script. Societ. Jesu, p. 426. — de Backek, 
Bibliothèque. .. , /. V, p. 136. — Rapin, Mémoires sur ... le jansénisme, t. 1, 
p. 338, et errata, p. 567; t. % p. 105, 402, 410; t. 3, p. 163. — Pascal, 
Sixième Provinciale. — Feller, Dictionn. historié/. , t. \, p. 618. — Créti- 
neau-Joly, Histoire de la Compagnie de Jésus, t. 2. p. 522. — Moueri. — 
Biographie universelle. 



* Le même jour de l'an 1761, dans le temps même où la guerre con- 
tre la Compagnie était plus violemment déchaînée en France, mourut 
à La Flèche le P. François Le Maire, modèle accompli de toutes 
les vertus religieuses, et surtout de pénitence et d'abnégation. Pro- 
fondément pénétré de l'obligation de suivre Notre-Seigneur en 
toutes choses, il paraissait n'avoir d'autre désir que de porter sa 
croix, comme son Maître, sans adoucissement d'aucune sorte. 
« Retiré dans sa chambre, écrit son supérieur, il ne la gardait 
continuellement que pour mieux souft'rir, souflrir sans distraction , 
ou n'éprouver dans ses soullrances d'autre consolation que d'avoir 
Dieu seul pour témoin. Jésus crucifié était sa devise ; il l'avait 
sans cesse à la bouche, comme c'était le modèle qu'il s'efforçait 
d'exprimer dans toute sa conduite. Il portait la sobriété au delà des 
bornes, passant souvent plusieurs jours de suite sans rien prendre 
ou presque rien ». Le P. François Le Maire avait rempli avec hon- 
neur des charges importantes, et on cite comme un témoignage de 
la considération que ses éminentes vertus lui avaient méritée au- 
près des gens de bien, que pendant son rectorat d'Alençon, il put 



2711 MÉNOI.OOi: s. .1. — ASSISTANCK DE KRANCK. 

robâtiT' à neuf" son collège sans contracter »le dettes el saii< lou- 
cher aux revenus, (le parfail jiiiianl de la croix recueillit au nif)ment 
<le sa mort les bénédictions promises à <'eux (|ui ont semé dans les 
larmes ; il s'endormit doucement dans le baiser du Seigneur, en 
savourant d'avance les joies du paradis ; il ('tait âge i\i' (juatre- 
vingt-un ans et ci\ avait [)ass<'' soixante-trois «lans la Compagnie. 



Lettre circulaire du P. dk Gosson, pour annoncer la tnori du P. Fran- 
çois Le Maire, «La Flèche, 10 de sept. I7(îl » t Arc h. dom). 



XI SEPTEMBRE 



Le onzième jour de septembre de l'an 1686, mourut en odeur 
de sainteté à Erivan le P. Esprit Roux, dont la vie s'était usée 
au service des Ames dans les missions de la Turquie, de la Perse 
et de l'Arménie. Les bénédictions cfue Dieu avait répandues sur 
ses travaux apostoliques, donnaient les plus belles espérances de 
le voir bientôt ramener, par la douceur et la force de son zèle, 
les Arméniens à l'unité de la foi. Le Patriarche de cette nation, 
auparavant ennemi des prêtres latins, et particulièrement des prê- 
tres de la Compagnie, devint bientôt son ami et son plus zélé 
protecteur. Ce prélat prenait un singulier plaisir à s'entretenir avec 
lui de la réunion des deux églises ; il lui avait même permis de 
prêcher dans les églises arméniennes. 11 écrivit au Père (iénéral pour 
lui demander de nouveaux missionnaires semblables au P. Roux 
par leurs vertus et leur mérite ; il voulait, ajoutait-il, en avoir 
toujours un près de sa personne, pour assister à son conseil et 
faire des instructions au nombreux clergé de son monastère. 

Lorsque le P. Roux tomba malade, le Patriarche en témoigna 
hautement un profond chagrin ; chaque jour il lui envoyait un de 
ses évêques, et ordonnait de subvenir libéralement à tous ses be- 

27i 



4/2? MKiNOr.OOK S. J. - ASSISTANCK l)t KUANCK. 

soins. Après l:i moi I du saiiil niissioiinairc, il lui fil <l<- rua^iii- 
li({iH!s riiiKM'ailli^s et voulul (jik; son «'orps loposàl |):ituii les ar- 
ohcv(V|UPS <l(î sa nation ; (îhinjuc jom , matin o\ soir-, il sciiail prier 
ot piiMiicr sur l«^ lonihoaii de <'('lni (pi il iiappidait (jnr son père : 
et il in' s»' lassait pas de ténioignei- sa douleur en présence de 
son <ltuj>('î el «le son peuple, et de taire en toute eireonstance 
i'éloge des vérins de l'honinie <le l)i«Mi. 



Voiweau^r Mr'nioires des Missions du Leva ni. i. '.\. p. i'^\. Ki.kirim 

lùat présent de l Arménie, p. 'ï^^^'^. 2'i;V 



XII SEPTEMBRE 



* Le douzième jour de septembre de l'an 1700, mourut à Paris le 
P. Louis Ll Valois, le fondateur de l'œuvre des retraites dans la 
maison du noviciat de la Compagnie. Né à Melun en IG39, Louis 
le Valois était venu de bonne heure demander une place parmi les 
enfants de saint Ignace ; mais des maux de tète continuels que 
rien ne put dissiper, n'avaient pas permis de le garder ; il avait 
alors suivi pendant deux ans les cours de l'Université et, sa santé 
rétablie, il s'était présenté de nouveau et avait été admis. 

Le zèle des âmes parut bientôt former le caractère propre de sa 
vertu. Chargé d'une classe au collège Louis-le-Grand, sa première 
sollicitude fut l'avancement spirituel de ses écoliers. Non content 
de leur faire du bien par lui-même, il voulut associer les meil- 
leurs d'entr'eux à son apostolat. Dans un petit mémoire ou ma- 
nuel composé à leur usage, il leui' indiqua les moyens à prendre, 
les industries à mettre en usage par un jeune homme chrétien, 
pour animer ses condisciples à la vertu, les éloigner du vice et 
les gagner à Dieu. Mais ce n'étaient encore là que de faibles essais. 
A Caen, où il fut envoyé après son sacerdoce pour enseigner la phi- 
losophie, il donna un plus large essor à son zèle. Prêtres, laïques, 
Ames vouées à la vie parfaite dans les communautés religieuses, 
A. F. — T. II. — 35. 273 



^T-'l MÉNOLOGi: S. ,1. ASSISTANCi: 1)1. KKANCL". 

recolirureiil hi(Mitoi i( rcnvi h s(;s lumières, cl il \ eut lien de 
s'étonner, «'crit sou l»i()^ra()he, <|ii'av«'e une santé si laihlc, il put 
fournil' à un liasail (|iii croissait tous les jours, <;l (jui aurait suffi 
pour plusieurs autres ». La Providence le j)réparait jx'u à peu à 
racconiplissemcnt de ses desseins. A la suite d'une retraite de dix 
jours donnée aux jeunes clercs du diocèse avant leur ordination, 
le niaré(;hal <le liellelond, retire* alors eu Basse-Norniandic, conçut 
le <lt'sir de counailre rhoninie de Dieu cl se plaça sous sa direc- 
tion ; puis jaloux d^Hcndic ii un plus <>rand noinhrc le fruit «les 
exercices de saint Ignace, Tillustic chrétien transforma, p(>ndant 
l(^s mois d'été, son <'hAtean de Tlslc-Maric eu nniison de retraite, 
i>îi il couvo(pui pai' groupes distincts les <>-entilslu)innie>. les rr- 
(désiasti(|ues et les dames du voisinage, cl il invita le I*. Le \ alois 
51 venir présider et à diriger ces réunions. Lui-même, j)our «lonner 
l'exemple, se mil à la tète des gentilshojumes, et sa femme à la 
tête des dames. (llia((ue retraite durait dix jouis entiers, cl «lia- 
<pie jour «Hait occupe [)ar trois méditations et une consid(''iation. 
Des merveilles de conversion et de sanctification récompensèrent 
le zèle du pieux nniréchal. cl le pays tout entier ressenti! Ilieu- 
reuse influence des gTàces répandues sur l'Isle-Marie. 

(le[)eeidant Le I*. Le \ alois l'ut rappelé à Paris. Il i(''solut 
aussit<)t A y londtjr d'une manière permanente, à l'imitation de ce 
(pie le I*. Iluhy venait de faire en IJretaoïie. une teuvre si utile 
à la «gloire de. Dieu et au Lien des ;\iiies. I)(>s dillicultés »le toute 
sort»! se jetèr<'nl à la traverse <le s(»ii projet ; mais foit de sa 
confiance eu la diviiu' Providence, il ne s(> laissa ni l'Ifrayer ni 
décourager : il tl•ou^a aussi de nobles protecleuis. Louis .\1\ , «pii 
avait |)Our lui une estime pailiculièi'c «'t <pii lui imi donna bientôt 



XII SEPTEMBRi:. — P. LOUIS f.E VALOIS. 275 

.11110 marque cclatauto en le nommant, malgré ses résistances, con- 
lesseur des duos de Bourgog-nc, d'Anjou et de Berry, lui lit une 
riclie avance, et la convertit peu après en jiension ; l<? maréchal 
de Bellefond, son ami, vint également à son aide ; bientôt la 
maison de retraite fut établie au noviciat ; et le 24 mars ir)82, elle 
s'ouvrit à ses premiers hôtes. Pendant plus de trois quarts de 
siècle, des personnages du plus haut rang, dans le clergé, la ma- 
gistrature et l'armée, n'ont cessé de venir, au nombre d(^ plus de 
trois cent cinquante chaque année, ny retremper dans la pratique 
généreuse de tous leurs devoirs. Les artisans ne lurent point né- 
gligés ; le P. Le Valois les réunit aussi dans des retraites spécia- 
les, pendant lesquelles il subvenait avec libéralité ji tous leurs 
besoins de l'ame e1 du corps. Il méditait la même institution en 
faveur des ecclésiastiques ; mais la mori l'empêcha d(; mettre la 
dernière main à ce projet, qui fut repris et exécuté pas ses suc- 
cesseurs, héritiers de son zèle. 

La charité de l'homme de Dieu embrassait toutes les souffran- 
ces et toutes les misères. Il soigna longtemps de ses propres 
mains un lépreux dont le corps s'en allait en pourriture. A Gaen, 
il eut une part considérable dans la fondation de l'hôpital, et il 
donna des règlements si sages aux personnes chargées du soin 
des malades, que plusieurs évoques les introduisirent dans les hô- 
pitaux de leurs diocèses. A Paris, il institua une société de dames, 
dites Servantes des j)auvres, dont l'office était non seulement de 
secourir de leur argent les femmes pauvres, mais de travailler en 
commun à leur faire des vêtements, de les assister dans leurs 
maladies, et de panser elles-mêmes leurs plaies et leurs ulcères. 

Le P. Le Valois n'était sévère que pour lui-mêm<\ Les plus ri- 



27() MÉNOLOGI' S. J. — ASSISTANCK 01- 1 HANCK. 

«coureuses pénitences, les ciliccs, la liaire, les disciplines, Jcs chaî- 
nes (le Ici-, les veilles prolongées, étai(înl ses praticpies de chaque 
jour, cl c'csl à peine s il consenlil dans sa dernière maladie à 
modérer cette extrême rigueur. IMns d'une l'ois, surtout à l'époque 
des retraites, il tcslail à jeun jus(pi au soir sans penser ;« se dé- 
rober un moment au llol d'occupations dont il ('tait [)cr[)étuclle- 
ment envahi. La nature lléchil (Milin sous ce |)oids trop accablant. 
Il tondjii malade à NCrsailles, au milieu de la cour, où I avait ap- 
pelé son oUice <le conl'esseur des princes. A la nouvelle cpi il avait 
reçu les deiniers sacrcMuents : a II nous a appris à bien vivre, dit 
le roi, il nous apprend à bien mourii- ». Kt un seigneur, témoin 
(\\\ calme cl <le la sérénitc' ré|)an(lus sur ses traits, s'écriait avec 
admiration : « Oii est donc cetle moil si lerrihle » .' Cependant le 
dangcf dis|)arul pour un temps ; mais le saint religicmx ne lit 
plus (pic languir, remerciant Dieu tle ses doulcuis et r-cnouvelant 
mille cl mille fois le sacrifice de sa vie, jus(ju ii ce (juil expirât 
paisiblement dans la soixante-et-unième année de son âge. le jour 
où l'Lglise célébrait la l'été du Saint Nom de Marie, ii laquelle il 
avait toujours eu une (h'votion très tendre. 



L'iogia di'lHiulor. Pnn'iur. hraiic. ( Arrhiw lioni. j. — Œuvres .sjn'nfuclles 
du P. bi: N'vi.ois. Confesseur de Mgr le Duc de Bourgogne. Paris 1758. 
/. I, préface. — hk Backkh. Bibliothèque . . .. i. \. p. 712. — Fondation 

des maisons de retraite en France Ingers, Manie. IH27. />. iJâ'*. — 

Felleh, Dictionn. historiq., t. .■>. p. 700. — L'Aiuik IIiet, Histoire de l'hô- 
pital S. -Louis de Caen . .. . Caen ISSS. p. 1\ et suie. — Biographie uni- 
verselle, t. '\~ . p. \(Y.\. 



Xn SEPTEMBRE. — P. FRANÇOIS T,ONGEAUX. 277 

Le même jour encore de l'an 1684, à peu de distance du monl 
Ararat, mourut, empoisonné par les schismatiques Arméniens, à Tage 
de trente-huit ans à peine, le P. François Longeaux, l'un des deux 
fondateurs de cette mission. H avait été chargé par Louis XIV de 
porter au roi de Perse de magnifiques présents. Dans l'audience 
solennelle qui lui fut accordée par le prince en présence de toute 
la cour, il en obtint sans peine la permission d'annoncer la foi ; des 
lettres patentes lui furent même remises, ordonnant au Khan de la 
Grande Arménie de le recevoir avec les autres religieux latins envo- 
yés par le roi de France, et de le prendre ouvertement sous sa 
protection. Mais la haine du schisme et de l'hérésie ne tarda pas à 
lui procurer la gloire de mourir pour l'amour de Jésus-Christ. Tel- 
le était la crainte inspirée à tout le peuple par ces ennemis de la 
foi romaine, que son corps demeura trois jours sans sépulture, jus- 
qu'à ce que le Khan, instruit de ces indignités, lit rendre lui-même 
au martyr les derniers honneurs. 

Les plus belles ([ualités d'un apôtre se trouvaienl réunies, par 
une alliance bien rare, dans la personne du P. Longeaux : force et 
douceur de caractère, connaissances profanes et sacrées, lad et dé- 
licatesse merveilleuse qui sur-le-champ lui gagnaient le cŒ^ur des 
personnes du plus haut rang, et en même temps parfaite humilité 
qui lui faisait trouver son bonheur au milieu des ignorants, des 
pauvres et des petits. Les dangers auxquels il avait été en butte 
dans ses courses îipostoliques, les maladies, les persécutions qu'il 
avait souffertes, les saintes rigueurs qu'il y joignait de son propre 
choix et dont on ne put voir sans émotion les traces vénérables 
dans tous- ses instruments de pénitence teints de son sang, tout 



i/S MKNOI.OGi: S. J. — ASSISTANCtî l)K FRANCE. 

tiioiiliail iivcic l'clal (|iir lit iloiilciir on lit i':ili«>'ii(^ irt'taicnl |>as capa- 
bles <l«' l'anrU'j'. <|ii;iii<l il s'agissait «le l'aire «•oimaitic et aimer 
Dieu .\()li(>-S(>io-n<Mir. 



Mr'moires tir.s Missions du Le^uuil, t. '.\. /j. 'l'-\U fi siiiv. — Vim.ottk, 
Voyages tl.'mi Ifissionnairr. p. S(>. 87. 



Xni SKPTEMBRK 



* Le treizième jour de septembre de l'an 1628, le V. Jkan Gentil 
mourut à Dijon, avee la réputation d'un parfait supérieur. Knirédans 
la Compagnie dès l'âge de seize ans, il n'avait pas lardé à donner 
de sa maturité et de ses talents une opinion si haute cpie, même a- 
vant son élévation au sacerdoce, il fut nommé préfet des études au 
collège de Bordeaux et appliqué au ministère de la })rédication 
Pendant qu'il étudiait la théologie à Rome sous le sain! et illustré 
P. François Suarez, le P. Aquaviva, témoin de ses grandes qualités, 
n'hésita pas h le donner comme successeur an P. Louis Kichéôme, 
premier Recteur du collège de Dijon. Le P. (lentil ne trompa point 
l'attente du Père Général. Au milieu des circonstances si dilïiciles 
que la France traversait alors, il sut gouverner avec une prudence 
si admirable, se concilier à un tel point l'estime et la vénération 
de tous, qu'en 1595, lorsque les décrets d'exil furent lancés par le 
Parlement de Paris contre la Compagnie à la suite de l'attentat 
de Jean Ghâtel, le garde des sceaux, comte de Chiverny, lui fit of- 
frir de l'exempter de la condamnation commune et de le laisser à 
Dijon. Mais le disciple de Jésus crucifié repoussa cette grâce odieu- 
se, préférant partagei- avec ses frères les souffrances et les gloires 

de la persécution. 

i27y 



^HO MÉNOI.OGE S. J. — ASSISTANCK 1)1-: KMANCH. 

Noiuiiu' siK'cossiveineul Provincial de Lvoii, cornpagiioii «In I*. 
Laiirciil Mag-gio , \ isitcur <l(;s maisons de la r.ompagnie en IVance 
cl Provincial «rAcjiiitainc, le P. (lonlil lit éclater partout les mêmes 
qualités : une j)iii(lonce qu'il puisait surtout dans l'oraison, au pied 
«le son (îrucifix, une inagnanimitf' <|U(' nid «)bftlacl(^ n'étonnait, un 
lempérament «le douceur cl de force ég-alemenl éloigné de la molles- 
se et de la rigidité, une a[)plication aux devoirs de sa charge qui 
ne s(î laissait distraire par aucune autre occupation. A «es vertus 
«l'un bon supérieur, I<; P. (ienlil joignait celles du plus lérvent reli- 
gieux : une modestie angélicjue el si complètement modelée sur les 
l'ègles laissées par notre Bienheureux Père, qu'il aurait vainement 
tenté, disait-on, do «lissimuler sa profession de jésuite, parce que 
l'expression <!<' son visage, son maintien, sa «lémarche l'auraient 
Irahi; une obéissance dune simj)licité «l'enianl, (jui no tenait ca- 
ché à son Père spirituel aucun secret de conscience; un amour si 
profond de la vie commune que, tout épuisé par l'âge, il suppliait 
les supérieurs «le lui (épargner toute exception, disant (jue les 
vieillards doivent l'exemple aux jeunes gens ; une piété animé;e par 
iin<^ foi si vivcî dans la célébration du saint sacrifice, qu'un homme 
(lu monde s'écriait plein d'admiration : <( On voit bien que ce prê- 
lr(^ a sous ses yeux et poile «lans ses mains la personne de Jé- 
sus-(jhrisl w. 

Le P. (ientil passa les dix-huit dernières années <le sa vie à Dijon 
comme Recteur et comme ouvrier apostolique. Tendrement dévoué à 
la sainte Vierge, il consacra Ti-glise du collège à cette divine Mère 
et à son admirable serviteur saint Bernard, institua plusieurs con- 
grégations en son honneui" , celles des «icoliers. des artisans, «les 
clercs et des messieurs, réunissant ainsi tous les rangs, toutes les 



XIII SKPTHMBRK, — F. FRANÇOIS CAMPÏSTROX. â8'l 

professions cl tous los âges aux pieds de Marie, el les cout'ondanl 
dans une sainte émulation d 'hommages et de vertu. Son zèle s'éten- 
<lait à toute sorte de personnes ; il était, dit la relation de sa vie, 
le directeur «le la ville presque tout entière. Aussi sa mort parut 
('ounne un deuil publie ; et quand on lit ses l'unéi'ailles, honorées de 
la présence des plus hauts seigneurs, on aurait <lit, à voii' les lar- 
mes qui tombaient de tous les jeux, que chacun pleurait un père 
et un saint. Le P. (ientil était dans la soixante-douzième année de 
son âge et la cinquante-sixièn»e «lepuis son entrée dans la ('ompa- 
ffnie. 



CoBDARA, Histor. Societ., part. 6, lib. 1, n. 116, p. 377-378. — Elogia de- 
funct. Provinc. Campan. (Archiv. Rom.}. — Pbat, La Compagnie de .fésus 
en France du temps du P. Coton, t. 2, p. 43-44. 



Le même jour de l'an 1677, mourut en Auvergne, à Mauriac, le 
F, Coadjuteur François Campistron. Pendant quinze années, il avait 
rempli seul tous les offices domestiques du collège ; et l'on regar- 
dait comme une sorte de miracle qu'il pût ainsi suffire à tant d'oc- 
cupations, surtout en voyant le peu de soin qu'il mettait à ména- 
ger ses forces et l'extrême rigueur avec laquelle il se traitait. A- 
près avoir passé presque toute la nuit en prière, il prenait à pei- 
ne sur une planche nue quelques moments de repos. Il s'était in- 
terdit l'usage de la viande et des œufs, et ne mangeait la plupart 
du temps qu'un peu de pain et de fromage ; chaque jour il se lla- 
gellait sans pitié ; et il avait poussé si loin la rigueur de ses ma- 

A. F. — T. II. — o6. 



28^ MÉNOrOGK s. î. — ASSISTANCE DK FRANCF. 

<"ératioiis, (ju'il en avait presque perdu le sentiment de la doideur : 
c'était l'huinble (îxcuse (ju'il faisait valoii", (|uand il denutndait à ses 
supérieurs la permission de se livrer encore à de plus <^randes 
austérités. Mais Notre-Seigneur adoucissait tellement à son servi- 
teur, par l'onction de sa ^race, un genrr de \ ic si pénible, ipi il 
suffisait au bon Frèriî d'entendre prononcer le nom de Dieu pour 
sentir ses yeu.\ se remjjlir d(;s plus douces larmes el son cœur 
surabonder de joie. 



Elog. defunvl. Provint'. Totos. { Arc/i. Rom. \. 



-^Si9-*'^B 



X!V SEPTEMBRE 



Le quatorzième jour de septembre de l'an 1362, mourut à Paris 
le P. Pasquier Broet, né à Bettancourt en Picardie, l'un des dix 
premiers compagnons de saint Ignace. Celui-ci ne l'appelait que 
l'ange de La Compagnie , et avait une si haute idée de sa vertu et 
de sa prudence, qu'il l'offrit au Souverain Pontife Paul lll pour la 
redoutable nonciature d'Ecosse et d'Irlande, au plus fort des san- 
glantes fureurs d'Henri VIII. Broët partit sur-le-champ avec le P. 
Salmeron et François Zapata, qui devait, en les accompagnant, com- 
mencer les épreuves de son noviciat. Dans les instructions d'une 
sagesse toute divine qvi'il leur donna, Notre Bienheureux Père 
voulut que, lorsqu'il faudrait parler aux grands, ce fût Pasquier 
Broët qui traitât avec eux. C'est lui qui obtint du roi d'Ecosse, 
père de Marie Stuart, la promesse de demeurer ferme dans la foi. 
Bientôt après, il pénétra en Irlande, déguisé en mendiant, et par- 
courut l'île entière en moins de quarante jours, avec un succès 
qui surpassa, s'il est possible, tout ce que lui et ses compagnons 
avaient à braver de fatigues et de dangers ; leur tête fut mise à 
prix ; et cependant ils étaient décidés à se rendre à Londres et à 
prêcher la pénitence au roi Henri VIH lui-même, si la Providence 

288 



284 MKXOLOGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Il Mvail mis dos obstachîs insuniioiitahlcs à leur héroï(|iU' dessein. 

A son r«'l()iii', le P. Hi()('! lui j('l('' eu prison par k-s magistrats 
do Lnoii, (^uiiiinc un espion <lii roi d l-ispag-iK', et domoura captif, 
boiiissaiil Dieu de ccll*' luopiise, juscjnà ce que les cardinaux 
iiaddi ot de Toiinion, lui fissent roncfro, avec fa fifj(;rt<'', tous les 
lïonn(!iirs (fus ;» un l(''gal de la cour romaine. Les viifcs de Mon- 
tepulciano, Kerrarc, Sienne. l^e<>-gio, mais surloiil fîoiognc, f'ofigno. 
et f'aën/a. où le Irop fameux Ocliin ('lait à ta lète des hércticjues. 
se r<'nouvelèr(Mil connue par miracle à la soix du P. liro('l. f.c ca- 
téchisme, fes (cuvres do cluirité, et fes exercices de saiid ig-nace, 
étaient entre ses mains des armes au\<pielics il scinhiail impossi- 
l)l<^ de résister. l^oi's<fu il lut (picslioii <le clioisir le prcnjier Pa- 
triarche d'i'Itliiopie, saint ij^iuice, après en avoir «.lélib«'ié' avec les 
IMV l.ayne/ et Le Ja^, crut que iiid n'était pins capal)ic (pic le 
P. f)i()('l de ramenci' co vaste empire à lunih' de la foi On con- 
serve encore aux archives (hi Oesù l'éfcctioii de Notre fiicnlicureux 
Père, leflc (piil comptait fa présenter an Souverain l'ontife : if v 
('^numère tous les titres (jue la vertu, la prudence (»t une expé- 
rience consommée donnaient an P. Broët pour une si liante di- 
<^nité. Mîiis des circonstances imprévues forcèrent le pape et \v 
roi (fe Portugal à dilVérer de (picfcpics années f'exécutioii (fe ce 
projet ; (?l dans l'intervalle, le IV l>r(>('l lui nommé premier Pro- 
vincial d'Italie, puis Supérieur dv la (lompagnic en l'rancc, au mi- 
lieu des orages (pie soulevaient contre elle II niversite, la Sorbon- 
nc, fe Parfc-meiit et Thérésio. 

Le saint tionime, (pii, (f(îpnis pfns de vingt jiii^. demaiiifait sans 
cesse à Notre-Seigneur fa grâce de iliumifité, eut selon ses désirs 
bien des occasions tfc la pratiquer ; mais il recevait les outrages 



XIV SEPTEMBRE. — K. JACQUES Dl'CKOC. 28H 

avec une sérénité si douce, que l'ou vil ceux (jui riiisultaieut le 
plus indignement, se jeter tout à coup à ses pieds, eu le sup- 
pliant de leur pardonner et de les bénir. Sa sainte mort fut encore 
un fruit de sou humilité et de sa charité, (l'est eu assistant dé 
pauvres malades, cju'après avoir mis ses enfants en sûreté, il fut 
lui-même atteint de la peste, et rendit doucement à Dieu sa sainte 
àme, à l'Age de cinquante-cin(| ans, dont il avait |)assé vingt-six 
dans la (lompagnie. 



Orlandim. Sacchini, Histor. Soeiet., passim. — • Ph\t, Ménioires pour ser- 
vir à l'histoire du P. Broët . . , Le Puy, 1885. — Bonucci, Istoria délia 
\>ito . . . del P. Pascasio Broel, Homu, 1713. — Boero, Vita del servo di 
Dio P. Pascasio Broet, Firenze^ 1877. — Naoasi, Annus dier. memorab., 
I4a sept. . p. 162. — Drews, Fasti Soviet. Jesu, 14*^ sept., p. 359. — Pa- 
TRiGNANi, Menolog.. 14 settcmb., p. 103. — Alegambe, Heroes et Victimn- 
cliaritat.. p. 1-17. — Lettre du P. Nicolas Bellefille au R. P. Granget. 
a estant pour lors à Besançon, ce 24 noveinbrey> ( Archii: do m.,' coll. Ry- 
beyrète). — Nieremberg, Varones ilustres, t. 3, p. 725 et suiv. — Alca- 
ZAR, Chrono-Historia de la Compania de Jésus en la Provincia de To- 
ledo., t. 1, p. xcvi. — Grétiîseau-Joly, Hisl. de la Compagnie . . . , t. 1, 
c/t. 1, p. 27; c/i. 3, yo. 112 et suiv. 



* Le même jour de l'année 1668, mourut au collège de (laen, 
dans la soixante-dix-neuvième année de son Age et la soixantième 
depuis sou entrée dans la Compagnie, le F. Coadjuteur temporel 
Jacques Ducroc, portier et sacristain dans ce même collège pen- 
dant près de cinquante ans. « C'était, disent nos annales, un reli- 



^80 MÉKOLOGK S. J. — ASSISTANCK OK KRANCE, 

j^ieiix d'une <)b(Mssanc'o véritablement insigne, du ne eliarité athni- 
table «Mivers Ions eeux ((ui venaient IVapper à sa j)orte, j)rineipa- 
lenient envers les pauvres ; si afVeetionné à la sainte paiivrclc, (ju'il 
n'eut jamais auenne <;liose de prix, et qu'il réclamait à son iisag-e 
les restes abandonnés de tout le monde ; avec cela, d'une humeur 
toujours joyeuse et du plus agréable commerce, malgré de nom- 
breuses et pénibles infirmités, qu'il porta sans se plaindre l'espace 
de quarante ans. Sa dévotion envers les saints et particulièrement 
envers la très sainte Vierge, «';tait vive et afTectueuse. Dans sa der- 
nière! maladie et jusque dans les bras de la mort, U; F. Ducroc 
aimait à répéter cette invocation, qu'il avait redite si souvent pen- 
<lant sa vie : « Ora pro iiohis peccatoribus, iiunc et in /lora iiior- 
iis nostne w, et c'est avec cette prière sur les lèvres (ju'il rendit 
doucement son àme à Dieu. 



Elogùi dcf'uncfor. Provint'. Franc, i Archiv. dom. , r(tU. Ri/het/rète. n' T,M. 



* Le même jour encore, l'an 1700, mourut à Saida, le 1*. Pierrk 
MirRÉ, de la Province de Paris, immédiatement après avoir prononcé 
les paroles <lu Sauveur expirant sur la croix : « Pater, in manu.^ 
tiKLs comîuendo .spiritiim mciini, mon Père, je lemets mon àme 
entre vos mains». Il n'était âgé que de quarante-trois ans. La mis- 
sion de Syrie avait multiplié les prières pour obtenir de le conser- 
ver, mais il «'^tait mûr pour le ciel : à tous ceux (jui lui parlaient 
<le guérison, il répondait toujours sans hésiter «(u'il ne se relève- 



XIV SEPTEMBRE. — P. ÉMERIC DE CHAVAGNAC. 287 

rait jamais de son mal, et que l'Exaltation de la sainte Croix lui 
serait un jour de l'ête et de bénédiction. C'était un homme entiè- 
rement mort au monde et à lui-même, écrit un des témoins de sa 
sainte vie, eu qui brillaient dans un degré éminent toutes les 
vertus chrétiennes et religieuses. On l'avait vu entourer des soins 
de la plus tendre et de la plus héroïque charité un pauvre lépreux 
abandonné de tous dans une misérable cabane, coller ses lèvres 
sur les plaies de ce malheureux, et ne le quitter qu'après l'avoir 
préparé à la mort et lui avoir fermé les yeux. Le missionnaire 
qui entendit sa confession générale dans sa dernière maladie, avait 
peine à contenir son admiration, et dès que le P. Huré eut rendu 
le dernier soupir : « C'est un ange que nous avons au ciel, s'é- 
cria-t-il ; oh ! s'il m'était permis de parler, j'aurais à dire des 
choses merveilleuses de cet homme de Dieu ». 



Elogici defuiictor. Provitic. Franc. ( Arc/iiv. Jio/n. ) . — Letlera scruta 
dalla Residenza di Seida sotto li 15 settemb. 1700 ( Archiv. Rom. j. 



Le même jour encore de l'an 1717, mourut dans la mission ilu 
Kiang-si, le P. Emeric de Chavagnac, digne émule du zèle et de 
l'esprit apostolique du Vénérable P. Vincent lluby, dans la propa- 
gation de l'œuvre des retraites. Avant lui, pas un missionnaire ne 
semble avoir eu la pensée ou la hardiesse de recourir, pour la 
sanctification des Chinois, aux saintes industries qui réussissaient 
si bien en Bretagne. Cet honneur était réservé au P. de Chavagnac. 



^^^ MÉNOl.O(;i-: s. ,1. - ASSISTANCR DK KHANCF. 

Lrs Kxcrciics de sailli Ignace, ('xplitjués j);u lui à s(*s iKÎoplivtct'ï. 
I ('ii<Mi\('l(M('iil, t'ii jx'ii «raiiiHMîs, la ra<'(' «les chriUiciités du Kiaiig- 
"^i- \Niiiil de péïK'Ircr dans sa iniHsioii, le I*. «le rliavag-nac avait 
|)ass('' (|iiin/(' jouis eu jiriciv.H dans Tih; d(î Saiiciaii, au lieu iik^itip 
où Xavier iciidil le dcniici' s()ii|>ir. (le lut dans celle heureuse 
retiaile (|u il reeul les dons l(;s plus précieux de Taposlolat, sans 
en ex<;e|)lei- celui des miracles o.l de la |)uissaiice sur les dénions, 
el une si inerveillcuse cMieacifi' sur le co'iir des fidèles et des iii- 
lidèies, (pie de son propre av<Mi la pluparl de <'enx auxquels il 
jivail donné? le sainl baptême, s'étonnaieni «pi'nii cliréMien put n'ai- 
iiKM' son Dieu «pi'à de:mi. 



hJlogùi defunciof. Provlnv. Franc. \ Archw. Honi.j. — Leftrefi vdifiun- 
Jes, t. 17, p. 7S, I2:{, \'1\), i:U. IH'i et sniv. ; i. 18, p. 9(), 150. — //^A^ 
de la Fondât, des .Mai.sons de retraite, p. 'Mi't. — Pkistkii. .Vot/res ùiogr. 
4't hiblioi^r. . n" 2'»8. 



* Le luèine jour enfin (le l'an 170Î), mourut à Naxie le 1*. HoBURi 
SAri-(;i:i{, après (piarante-cin(| années passées dans les missions d'O- 
rient. Dès son arrivc'-e dans ce pays, il avait l'ail \o rude apprentis- 
sages des souIVrances (;t des privations de la vie apostolicjue. Km- 
harcpu' sur un vaisseau hér(''ticpu' qui faisait la traversée de Smyr- 
ne à CiOnstantinople, il avait été confiix' |)ar le capitaine dans un 
é'Iroil espai'c entre deux canons sons le lit i\ \\\\ matelot. A (^.ons- 
lanlinopKî, de nouvelles (''j)reuves raceneillirenl . La maison de la 
r,ompa«>nie vt^iail «1 être dévasiée j)ar un inctMidie; le I*. Saulger 



XIV SEPTEMBRK. — P. ROBERT SAULGER. 289 

fut réduit à chercher un abri dans le clocher de l'église : « Mais 
jamais en ma vie, écrivait-il, je n'ai été plus content et satisfait. . . 
Je suis dans mon clocher comme dans un paradis ...» 

Les œuvres les plus diverses se partageaient le zèle des fils de 
saint Ignace. Le P. Saulger en dresse la longue énumération : c'é- 
taient les marchands français établis à poste fixe dans la ville, à 
diriger, les équipages des navires de commerce à catéchiser, les 
esclaves du Grand-Seigneur à consoler et à fortifier ; ces pauvres 
gens au nombre de près de deux mille, presque tous Français, é- 
taient entassés sur les galères et dans le bagne, dans une misère 
si grande « qu'à la sollicitation de se faire turcs, dit le mission- 
naire, ils quitteraient sans doute pour la plupart notre sainte reli- 
gion, si nous n'étions continuellement à leurs oreilles à leur crier 
que leur misère passera bientôt, et qu'ils recevront en peu de 
temps la récompense de leurs travaux » ; c'étaient les chevaliers de 
Malte faits captifs et enfermés dans la prison des Sept Tours, les 
catholiques de toutes langues, italiens, grecs, allemands, les héré- 
tiques et les schismatiques, à instruire, à éclairer, à ramener ; en- 
fin, c'étaient les enfants à former dans les écoles. 

Ce rude apostolat s'exerçait au milieu do tous les dangers. 
Dans cette capitale livrée en proie au fanatisme, les missionnaires 
n'étaient jamais en pleine assurance ; leur liberté et même leur 
vie pouvait dépendre du moindre caprice. Une troupe de janissaires 
envahit un jour leur maison ; arrêtés un moment par l'aspect vé- 
nérable du Père Supérieur, ils se jettent sur le P. Saulger et l'en- 
traînent avec violence, disant qu'ils le jetteront en prison et lui 
feront donner cent trois coups de bâton sur la plante des pieds. 
Le serviteur de Dieu tressaillait d'allégresse : « Lorsque je servais 

A. F. — T. II. — 37. 



200 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

ainsi de spectacle à tout un «^raiid peuple, dit-il, ma suite s'aug- 
mentait de telle façon cjue je n ai jamais été si bien suivi ni tant 
considéré en ma vie . . . Je vous avoue que je n'avais point encore 
été à pareille fête et senti tant de consolation depuis mon arrivée 
à Constantinople ». 

Ainsi fortifié par l'épreuve, le V. Saulger fut envoyé dans les îles 
de l'Archipel ; il s'y consacra tout entier à l'instruction des en- 
fants, labeui- obscur et ingrat, mais largement récompensé par la 
consolation de préparer des chrétiens qui seraient un jour l'hon- 
neur de la mission. C'est là qu'il acheva d'épuiser ses forces, et 
<jue plein de jours et de mérites, il s'endormit pieusement dans la 
paix du Seigneur ; il était dans la soixante-dix-neuvième année de 
son Age et la soixante-et-unièmc depuis son entrée dans la Com- 
pagnie. 



Elogia dcfunctor. Provinc. Franc, i Archiv. Rom.). — Relation du P. 
Saulge» ( collect. Rybeyrète, Archiv. dont. ). Cette relation a été publiée 
par le P. Carayon dans ses Documents inédits. — Cf. Relations . . . des 
Missions S. J. à Constantinople et dans le Levant., p. 99 et suiv. — de 
B.vcKER, Bibliothèque..., t. i, p. 098. — Fleuri.ku, Etal des Afi.ssions de 
Grèce., p. 255. 



XV SEPTEMBRE 



Le quinzième jour de septembre de l'an 1625, mourut ii Bor- 
deaux le P. Louis Richeome, premier Assistant de France, trois 
fois Provincial d'Aquitaine et de Lyon, Visiteur au nom du P. 
Aquaviva, et l'un des hommes les plus illustres de la Compagnie. 
Les combats qu'il avait livrés aux calvinistes le faisaient regarder 
comme un de leurs plus redoutables fléaux ; le roi Henri IV 
aimait à puiser dans ses écrits les réponses dont il avait besoin 
contre les objections et les suppliques des chefs de la prétendue 
Réforme. Le P. Richeome possédait toute la confiance de ce grand 
prince, et obtint de lui la promesse de ne faire élever aucun Jé- 
suite aux dignités ecclésiastiques de son royaume. Après avoir de- 
mandé si c'était là de bonne foi l'esprit de la Compagnie : « E^^ 
ce cas, ajouta le roi, soyez tranquilles. J'aime votre Institut, j(^ 
prendrai en main sa défense et ses intérêts ». 

Le P. Richeome, au témoignage des historiens de la Compagnie, 
n'était pas moins remarquable par sa science, son éloquence et 
sa sainteté, que par le zèle et la sagesse de son gouvernement ; 
mais son humilité attirait surtout les regards et ravissait d'ad- 
miration tous les cœurs. A l'âge de quatre-vingts ans, ne pouvant 

291 



292 MÉNOLOGi- S. j. — assistancm: i)i: ip.axce. 

plus {'aire nu pas, cl n'rhuil plus hou. <lisail-il, (jiià hiNcr la 
vaiss(>llc, il priait s(!s fVoics de le porter à la cuisiiK-, cl là, |)en- 
(laiil une friande paili<' <l(: la jonriUM', il sa(piait à cel liiiniblc 
iiiiiiislèrc!, Tcspril cl \c c(cni- loiil lavis en Dieu. Mais Nolre-Sci- 
*.>iicnr, mémo avant do eouroniici' dans le ei<'l les ahaissomonts do 
son sorvil(!iir, le fil voir iei-l)as à (jnchpics âmes déliU-. la lote 
enviionni'C de lumicrc. Sa rc|)nlalion élail si ^l'ando. (pi à la 
nouvelle de s;i niorl, le parlenicnl i\t' lîoi'deaux, réuni hors de la 
ville pour des affaires inipoiianles. se liTila de revenir, afin dassis- 
l(,'r aux ol>sè([ues du sainl vieillard, cl de rendre ainsi un dernier 
ot soleniud hommaf»-*' à ses restes V('iiérés. 



Elo^id (Ic/unclor. l'rovtnc. Af/uildii. i.\rc/iii'. Koin . i. ■ — Histoi-, /'/oii/ic. 
Aquilan. . (Oin. Ki^;") i^ Arc/iiw lioin. ). — (]oiU)\n<i. ïlisior. Socict. Jcsit, part. 
(■). /. 10. //. 102. p. .")8U. — Nad\si, An II. (lier, mcmorab. . lôa scpl. . 
p. 1()H. - I\thi(;.n\m, Mrnol.. 1.*) .s<7/. . p. \1\. --— Son ki. lis. liibUotli. 
S<ri/)tor. Soricl. Jcsii. p. '.ûl. Ahua.m. l' Université de Pont-à-Moiisson. 

{•dit. (!\n.\YON, /. 2, p. \M . — Bihliogniji/iia critira . . . . t. W, p. 2.M). — 

i»K Hackkh, liihliotlièque /. I. p. ()2S. - I*um. La Compagnie de Jésus 

en Frnnce , /. I. p. '\~~ : I. 1, />■ ."> <l .'<iiiv.. ''.\ et siiii' . , 2^^) et 

suiv. , ')Vi et suie.: l. '.\, p. IWi et suiv . , 2G.'> et suie. : .{Oi et suie. : 
t. ^\, p. 2(>2 el suie. . 'i2() et suie. -— Fki.t.kh, Dietionn. Aistoriq.. t. 3. 
/>. 27V — (;hktim;m-.1oi.\. J/isf. di lu Conipugnie de Jésus, t. '.\. cit. 1. 
/). .")<S. 



Le même jour de lan l(/il. mouml à riessiu«;ue, en se reudaul 
de hondics \\ Cologiu', le V. .Ikan Sifkrkn, dont le P. Sonaull, de 
rOialoirc. nhésilail pas \\ dire, |)lns de Irenle ans après sa mort. 



XV SEPTEMBRK. P. JEAN SUFFRKN. 293 

(jue sa sagesse et sa sainteté avaient été connues do toute l'Euro- 
pe. Confesseur et prédicateur de la reine Marie de Médicis pen- 
dant les vingt-six dernières années de sa vie, le P. Suffren accom- 
pagna partout cette princesse, dans la bonne et dans la mauvaise 
fortune, et profita des longs et pénibles voyages qu'il fut obligé 
de faire à sa suite, pour annoncer Jésus-Christ, à la cour et dans 
les différentes provinces de France, en Italie, dans les Pa3's-Bas, 
et jusqu'en Angleterre, au sein de l'hérésie. « Il y parut, dit l'au- 
teur de sa vie, comme un ange descendu du ciel, et même avec 
un si grand concours d'hérétiques, que plusieurs ministres onl 
été convertis et tous les fidèles confirmés en la foi )». Le P. Suf- 
fren était si intimement uni à Dieu, et aimait si passionnément la 
croix de Jésus-Christ, qu'il semblait impossible d'aller plus loin, 
et que ses supérieurs durent le placer sous l'obéissance du Frère 
Coadjuteur qui lui servait de compagnon, pour modérer son ardeui- 
à se crucifier. Soumis à la cruelle opération de la pierre, il 
s'abandonna paisiblement entre les mains des chirurgiens, et au 
milieu des plus affreuses souffrances, il se contentait do ré[)éter 
ces belles paroles : « /f«, Pater, quia sic fuit placitum au te te ! 
Oui, mon Père, je le veux, puisque tel est votre bon plaisir » ! 

Le P. Sufl'ren consacra les courts moments do repos qu'il pul 
trouver en Angleterre, dans les derniers temps de sa vie, à com- 
poser son beau livre de l'Année Chrétienne, digne d'être mis 
en parallèle avec ce que les plus grands et les plus saints au- 
teurs ascétiques de la Compagnie ont écrit de plus parlai l. 

Pour donner une esquisse moins incomplète d'une si glorieuse 
vie, nous ajouterons ici quelques traits de l'éloge cfu'un de ses con- 
temporains, le P. de Condé, faisait de lui, peu de temps après sa 



20^1 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DH FRANCE. 

mort: « .\c pourrais, tlit-il, rapporter (1(; personnes dignes de foi, 
(jui; (c bon l'ère reçut un jour h; .Saint-Esprit sous des appa- 
rences sensibles, comme les Apôtres le reçurent dans le cénacle 
sous le syndjole de langues de l"(ni. Mais c'est assez fjue toute l'É- 
glise de France dépose ({u'il l'inspirait avec tant d'ofl'icacité, que 
nul ne pouvait fermer les yeux à ses lumières, ni le c<fMir à ses 
mouvements : également solide et clair, sublime; et familier, profond 
aux esprits les plus perçants et accessible à tout le monde. 
L'homme privé valait encore plus en lui (jue l'homme public. Sa 
vie prêchait plus que tous ses insignes talents, et sa seule vue 
quelquefois autant que tous les dons de son éloquence. Ce digne 
Jésuite semblait être l'expression fidèle de toutes les idées de la 
perfection sortable à sa profession religieuse : savant et j)ieux, 
subtil et affectueux, théologien et orateur, contemplatif (>t actif, 
grand et simple, enfant dans la souplesse à ses supérieurs, apôtre 
dans tout emploi, ange dans l'innocence de sa vie ». 



Liltcra' nnn. Proviuc. Franc, ann. I(v4l i Arr/uv. liom. j. — Elogia de- 
functor. Piovinc. Franc. ( Archiv. Rom. ). — Abrégé tic la lïV du P. 
Jean Su/frcn ( Arc/uv. dom., collcct. Hybeyrcte). — de Condé, S. J.,L An- 
née chrcticnnc dans son par/dit accomplissement, Paris, l()V.). Introduc- 
tion. — 1\yhky»ktk, Scriptor. Proi'inc. Franc. , p. IS2 et '.iO'.i. — Sotlel- 
Lus, Scriptor. Societ. Jesu, p. 505. — N\d\si, Annus dierum memorab., 
i^V-^ sept., J). 1()8. — DiiKws, Fasti Societ. Jesu. [Ô'^ sept. , p. iUll. — P\- 
TiuGNANi, Mcnolog.. I.") sctt. ., /). 121. — CvssAM, Vuroncs ilustres, t. i, 
p. 86. — PiiAT, La Compagnie de Jésus en France. ... t. '.\, p. A4I et suii\ , 
7')*) et s/fii> . ; t. '\. p. \'\^^ et suiv., 208 etsuiv., .')(>! et suie. — of. FUckep. 
Uibliot/i. . ., t. 2, p. ()03. — Fklleu, Dictionn. histor., t. 5, p. .■)(i2. — Bio- 



XV SEPTEMBRE. P. TIMOLÉON CHEMINAIS. 295 

graphie univers., article Jean Suffren, t. 4, p. 155. — Crétineau-Joly, 

Histoire de la Compagnie , t. 3, ch. 2, p. 137 ; ch. 6, p. 337 ; ch. 1, 

p. 345, 350 et suiv. 



Le même jour encore de l'an 1689, mourut à Paris le P. Timo- 
LÉON Cheminais, à peine âgé de trente-huit ans, dont il avait passé 
vingt-trois dans la Compagnie. Il jouissait déjà, comme prédicateur, 
de la plus haute réputation, et semblait devoir un jour égaler 
Bourdaloue, lorsque la faiblesse de sa santé l'obligea d'abandonner 
la chaire, à un âge où la plupart des orateurs commencent à y 
monter. On le vit alors avec admiration, épuisé de souffrances et 
n'ayant plus assez de forces pour se faire entendre dans les gran- 
des églises de la capitale, se traîner péniblement dans les villages 
voisins, pour consacrer à l'instruction des pauvres les restes d'une 
vie qui s'éteignait. 11 s'appliquait aussi à former les jeunes gens à 
la piété; un grand nombre s'étaient placés sous sa direction, « et 
on aurait peine à croire, dit l'auteur de son éloge, tout ce qu'il 
faisait pour leur inspirer l'horreur du vice ou pour les entretenir 
dans la vertu ». 

Il avait un talent particulier pour parler de Dieu aux gens du 
monde et pour les édifier sans leur causer ni fatigue ni ennui, 
tellement il savait, par son humeur agréable, ses manières gra- 
cieuses et le tour d'esprit dont il assaisonnait les discours les 
plus sérieux, gagner leurs cœurs et faire aimer la vertu. Ce- 
pendant ses forces dépérissaient de jour en jour. Epuré par huit 
années entières passées sur la croix, en union avec Notre-Seigneur, 
le P. Cheminais, toujours doux et aimable envers tous, même au 



'29(\ MKNOI.OGE S. J. — ASSISTANCK I)H FRANCE 

plus lorl <Ic seK doulours, alla rociioillii- onfin le jiiix ili' ses tra- 
vaux cl (\o. son invincihlo patience. 



tlogia dc.juuil. Prov. Franc. { Arc/i. lioin. ). — .Volicc sur la Vie et 
les Sermons du P. Cheminais, par les \*V . dk Feller et F. Hhetonne.w, 
iS'. /.. Cf. MiGNK, Orat. sacres, I. 12. — dk Backkh, liibliotfi. des Kcriv..., 
I. \, /,. 191 ; /. 7, j). h)2. 



»»»4 



XVI SEPTEMBRE 



* Le seizième jour de septembre de l'an 1631, mourut à Auxerre 
le P. Etienne Voirin, victime de sa charité. Prévenu des bénédic- 
tions de la Reine des anges dès sa phis tendre enfance, il avait 
sollicité et obtenu son admission dans la congrég-ation de la sain- 
te Vierge à un âge où l'on ne se souvenait pas qu'aucun autre de 
nos écoliers eût reçu pareille faveur, et bientôt après, sous la pro- 
tection de cette divine Mère, il força de même, pour ainsi dire, 
l'entrée du noviciat de la Compagnie. Le caractère de sa vertu se 
dessina dès ce premier moment : ce fut une surprenante fidélité à 
la grâce ; il portait véritablement son Ame entre ses mains. Pour 
ne rien abandonner au caprice ou à l'imprévu, il notait d'avance 
et par écrit toutes les intentions les plus parfaites que peut se 
proposer un religieux et un homme apostolique, et il soumettait 
ensuite à l'examen le plus scrupuleux tout le détail de ses actions 
et jusqu'à ses moindres pensées. Aussi sa pureté de conscience 
était-elle tout angélique ; c'est à peine si dans les revues de 
l'année, il avait quelque faute légère à porter aux [)ieds de son 
confesseur. Une de ses pratiques les plus chères était de renou- 
veler chaque jour sa profession d'entière indifférence pour toute 
A. F. ~ T. H. — 38. 297 



298 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

chose, except*'* pour ic mépris et pour rabjection, si la divine Ma- 
jesté «levait en être ég-alement g-lorifiée. 

Ces habitudes (h? vit; surnaturelle et tout en Dieu entouraient 
le 1*. \'oirin d'une sorte d'aurt-olc et lui donnaient une j)uissance 
incroyable sur les âmes. Dans les missions, le peuj)le i\v rappe- 
lait pas autrement que « l'.Ang-e de Dieu ». Plusieurs professeurs 
s'étaient succédé tour à tour dans la chaire de rhétorique de l'u- 
niversité de Pont-à-Mousson sans pouvoir s'imposer à une jeunesse 
turbulente et indisciplinée ; le P. \'oirin s'en leiidil iii peu de 
mois si complètement le maître, qu'à la lin «le launée, près de 
soixante-dix d'entr'eux firent une" confession générale en signe de 
parfaite conversion, et dix embrassèrent la vie religieuse. 

Cet admirable ouvrier promettait à la Conq^agnie les plus beaux 
fruits di' sou zèle, c[uand un acte «le charité lui coûta la vie. Pen- 
«lant «[u'il assistait un moribond atteint d'une maladie pestilentielle, 
il contracta le mal, et peu d«; jours après, il remit saintement et 
joyeusement son àme entre les mains de Dieu, dans la «piarantiè- 
me année de son Age. 



Eùtgia dcfunrt. IhcH'. Franc. ( Arc/i. Rom. }. — Kluf^ia dcfutnl. Pio\.\ Cam- 
pan. ( Arc/f. Rom.}. — Annal. Prcn'. Camp., ann. KliU { Arr/i. Rom.}. — 
Abr\m, l'Univers, de Pont-à-Mousson, cdit. C.vr.vyon, //»'. 7. p. MVi. — 
DoM Calmkt, Bibliolh. de Lorraine, p. iOlH. 



* Le même jour de l'an 17 10, le P. Jean Barbereai mourut ù 
Kouen, «'n si haute réputation de vertu «[ue tout le peupU' l'accla- 
ma comme un saint et lui «lonna, malgré les etlorts des Pères du 



XVI SEPTEMBRE. P. JEAN BARBEREAU. 299 

collège , les marques de vénération réservées aux bienheureux. 
Quelques lignes détachées de la courte notice écrite au lendemain 
de sa mort, suffiront à l'aire connaître ce parfait ouvrier de la 
Compagnie. 

Après son noviciat, il fut appelé à la régence ; « il commença 
dès lors à se distinguer par sa piété et sa mortification, et ses 
écoliers en parlaient comme d'un saint ». Cette réputation de ver- 
tu ne fit que grandir au milieu des ministères qui lui furent 
tour à tour confiés ; car, au témoignage de la foule, il faisait 
tout ce qu'il disait et plus qu'il ne disait C'est pourquoi « les 
Supérieurs le choisirent pour gouverner la congrégation des mes- 
sieurs, établie à Rouen », composée « de personnes recommanda- 
bles par leur naissance, par leurs charges, et qui avait à sa tête 
l'illustre chef du Parlement et plusieurs autres magistrats du mê- 
me corps... ». Son zèle «le portait sans cesse à imaginer et en- 
treprendre de nouveaux moyens de procurer solidement le bien 
des âmes. Il établit la retraite des hommes au noviciat de Rouen. 
Il fit fonder également, grâce aux libéralités de ses congréganis- 
tes, les retraites de femmes et la maison du Bon Pasteur. Plu- 
sieurs de ceux qu'il dirigeait moururent en odeur de sainteté ». 

A ces vertus d'un apôtre, le P. Barbereau joignait les plus 
belles vertus religieuses, l'amour de la pauvreté jusqu'au plus 
complet dépouillement, l'oubli de lui-même, l'esprit et la pratique 
de la plus sévère mortification ( à l'âge de plus de quatre-vingts 
ans, il ne voulait encore rien retrancher de la rigueur de ses 
jeûnes et de ses flagellations), « une piété tendre et forte, dont 
ronction se répandait sur tout ce qu'il faisait; une admirable pu- 
reté de conscience, qu'il entretenait par de fréquentes confessions 



300 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DL KHANCK. 

accoiH paillées <lo larmes » ; uim! <l('votioM loiif<^ filial** ciivors la 
sainte \ icrgo (;l saiiil .loscpli , (|n'il « lâcha , par tous les iiiovciis 
reçus dans ri']f»lis(; , de lairc aiuKM' » . La pensée des jug-ements 
de Dieu ne laissait pas de lui eauseï* de pénibles apj)réhensions, 
et de hou hier la sérénité de son ànie. « Mais dans sa dernière 
maladie, l)i(Mi lui (il la gràee d'une grande [)aix et dune inalté- 
rable eoufiance » : il avait, disail-iK Itois uiotits d'une |>uissanco 
invincible poui' se rassurer, <' la misch'icorde inliuic de Dieu, la 
Passion de .lésus-dhrisl el I intercession de la sainte \ iei'ge ». 
lin témoignage <le son amour jiour ((Ile diviue Mère, il deman- 
da d'être enterré avec son scapulaire; il nouIuI aussi (ju Ou dépo- 
sât pi('s de lui le eatalog-«ie de ses sainis du mois, j)our les- 
(piels il avail loujours eu une déviUiou particulière. Il était dans 
la «[uatre-vingl-septième aiMu-e de s(mi ag-e el la soixanltî-einquiè- 
me dej)iiis son enlié(^ dans la Compagnie. 



hcltre circulaire (li< I*. Lk ('Asies pour annoncer la mort du /*. I*ierrr 
Liarhereau, Uoucu, '20 sept. I71(> (Arc//, doni. i. 



\ (M's le milieu du mois de se|)leml)fe de lau lOJvV uuuiiul dans 
la Uïission d'ispahau, (pi'il aNail l'oudée, le I*. .\iMi: ('hi-zaid, de la 
Pro\iuee de Lvou. (!el homme nu'iile une place d'honneur parmi 
les grands ap(')ti'es (!<> l'Asie. Axaul ITige de vingt-lrois ans, il a- 
vail lua\é jusipi'au poignard, |)()ur eou(pu''iir la liheih' d entrer 
dans la ('.<nnpagnie (l(> .lésus : el après son eh'valiou au sai'erdoce. 



XVI SEPTEMBRE. P. AIMÉ CHÉZAUD. oOI 

il avait préludé à l'œuvre que Dieu lui réservait au delà des mers, 
par les laborieuses missions du diocèse d'Embrun et des vallées 
hérétiques du Dauphiné. Au bout de trois ans, son rare mérite et 
son dévouement au salut des âmes, fixèrent sur lui les yeux de 
ses supérieurs, et il fut destiné à la fondation des nouvelles égli- 
ses de S^^rie, et bientôt de celles de Perse. 

Dès le début, le P. Chézaud comprit que, poui' de semblables 
entreprises, il lui fallait acquérir avant tout la pleine connaissan- 
ce des idiomes de ces peuples ; et à l'exemple du P. Mathieu Ricci, 
il se tint d'abord une année entière enfermé dans son humble cel- 
lule d'AIep, jusqu'à ce qu'il se fût rendu maître des langues ara- 
be et arménienne. L'année suivante, il mettait à profit ses connais- 
sauces pour ramener à l'Eglise romaine bon nombre de prêtres, 
de moines, et même d'évêques arméniens ; l'un de ses compagnons, 
le P. Amieu , écrivait qu'à lui seul il faisait le travail de dix ou- 
vriers. Ses premiers succès irritèrent bientôt à un tel ilegré les 
sectateurs de Mahomet, qu'il fut jeté dans les prisons d'AIep, sans 
être accusé d'aucun autre crime que d'avoi)* célébré le saint sacri- 
fice. Dans plusieurs autres circonstances, les chaînes et les coups 
ne lui furent pas épargnés ; et plusieurs fois même, les janissaires 
transpercèrent ses vêtements à coups de poignard. 

Mais l'œuvre la plus glorieuse du P. Chézaud devait être sur- 
tout la fondation des belles missions de Perse . Pour assurer 
leur succès, il les commença, comme celles d'AIep, en étudiant 
d'abord la langue du pays. Il s'y rendit bientôt assez habile pour 
pouvoir annoncer le nom de Jésus en présence de tous les grands 
de la cour, dans une assemblée la plus noble peut-êtie, au témoi- 
gnage du P. Villotte, qui se fût tenue jamnis à Ispahan. Voici, 



•502 MÉNOLOGL' S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

d'après la relation de ce célèbre missionnaire, comment la divine 
Providence fit naître une occasion si glorieuse à la foi catholi({ue. 
Le roi pressait depuis longtem[)s ufi arménien des plus distingués 
de se l'aire mahométan. (lelui-ci ne sachant plus comment se dé- 
tendre : « Sire, dit-il au roi, je consentirai à embrasser la religion 
de Votre jMajesté si, dans une dispute réglée avec vos docteurs, 
le Vbro Abib ( c'était le nom arabe du F. Aimé Chézaud ^ ne peut 
répondre à toutes leurs objections ». L'ofîre fut acceptée: la confé- 
rence eut lieu chez le premier ministre ; et de l'aveu de toute 
l'assemblée, le champion de la foi catholique ferma la bouche à 
tous les docteurs musulmans. Ce triomphe du Père eul un tel re- 
tentissement, que l'archevêque arménien , accompagné des princi- 
paux personnages de sa nation, alla le féliciter hautement de l'hon- 
neur qu'il venait de faire au christianisme. Le roi même, d'après 
ce que son ministre lui rapporta, que le Jésuite était une mer de 
science, souhaita de l'entendre ; mais il en fut détourné par ses 
prêtres, dans la crainte qu'ébranlé par la force des raisons du 
P. Chézaud, il ne confessât à son tour le nom do Jésus-Christ. Ce 
vaillant apôtre mourut dans la soixantième année de son âge et 
la vingt-septième depuis son arrivée dans les missions d'Orient. 



Elogid (le/unct. Provinc Franc. {Arrhiv. Itom. ). — Fleihiav. Etat prè- 
serU de l'Arménie, p. ^2-47. — .Iac. dk Machwlt, S. /. : lielat. de la Mis- 
sion des PP. de la Compagnie de Jésus établie dans le roi/aume de Perse, 
Paris, 1G;V.), p. ;J4, 'éS, 81, 88, lOO. 108. — Villotte, 8. ./. . Voi/agcs 
d'un Missionnaire, p. 13li-l42. — Besson, S. J.. La Sj/rie et la Terre 
Sainte, édit. CAHA-iON, 18()2, p. 27. — KniciiK», China illustrata. p. 8fi. 



XVII SEPTEMBRE 



Le dix-septième jour de septembre de l'an 1579, mourut dans 
la maison professe du Gesù, le P. Jean Tellier, né en Normandie, 
et surnommé l'apôtre des prisons de Rome. Peu de saints ont 
mieux mérité que lui cette bénédiction du Sauveur : « J'étais cap- 
tif, et vous m'avez visité » ! Il passait les journées entières dans 
les plus tristes réduits de ces malheureux. On peut dire sans exa- 
gération que, grâce à lui, leurs cachots revirent un spectacle dont 
ils n'avaient pas joui depuis l'ère glorieuse de la captivité des 
martyrs. On n'y entendait plus que les louanges de Dieu et de sa 
sainte Mère ; la prière et les lectures de piété remplissaient presque 
tous les moments qui n'étaient pas consacrés au travail ; les murs, 
couverts de saintes images, n'inspiraient que des pensées de péni- 
tence et de piété. Le serviteur de Dieu obtint même du Souverain 
Pontife, que ses protégés pussent, au pied de ces images, gagner 
toutes les indulgences des sept églises et des sanctuaires de Rome 
les plus vénérés. En même temps, il fonda l'Archiconfrérie de la 
Charité pour subvenir à tous leurs besoins, prendre en main 
leurs intérêts, adoucir leur misère, les soigner dans leurs mala- 
dies, leur donner en un mot tous les témoignages de la plus vive 
tendresse, comme au Sauveur lui-même et à ses saints. 

303 



'"^04 MÉNOLOGK S. î. — ASSISTANCK \)K FRANCK. 

L»' IV Tcllioi- «Hendail «mk^jh* les efînts de son zèle et <l(; sa cha- 
rité aux [)auvres ànic^s «les «lélunts retenues captives dans les 
llannncs du |)ur'»aloire, et il introduisit dans Rome le pieux usage 
de sonner cha(|ue jour l'Ave Maria pour obtenir de Dieu leur dé- 
livrance ; sainte (;t salutaire <lévotion bientôt adoptée dans toutes 
les éf>lises de cette «grande ville, et que le Souverain Pontife Oré- 
i^oire XI 11 voulut recommander lui-mèm(î à lous les fidèles, en 
renrichissaul des plus précieuses faveurs. 



Sacchim, llistor. Socict. Jes., p. \, tib. 7, n. iM seqq., p. 21.'). — .Vlk- 
<;AMnE, bibliolh. Script. S. J., p. 507. — Nadasi, Annus dicr. memor.. 
17a sept., p. 170. — DiiEws, Fasti Societ. Jcsu, 17» sept., p. :5G4. — P.\- 
THiGNANi, Menai.. 17 setf., p. i-rl. — hk Hvckkh, Bibliothèque /. (i. p. 707. 



Le même jour, l'an 1677, périt dans les flots en retournant à 
(laycnne, le V. JEAiV Grillet, premier supérieur de cette mission, 
avec les PP. Bfnjamin du Ghamn, Antoink di Moitii-r et le 
V. .IiîAN BoRQUEREUX, qui sc destinaient à partager ses travaux. 

Ce t|ue h' P. (Jrillet souffrit dans son apostolat, surtout parmi 
les sauvages, ainsi <[u'à la prise de (Mayenne par les Anglais, et 
plus lai'd lorstju'il tomba entre les mains des Hollandais de la 
Guyane, l(''moigne de son invincible courage et de son amour pour 
les âmes et pour la <roix. Lorsque la colonie fut attaquée en 
l()l')7, il se retira le dernier de tous, au milieu des lialles ennemies, 
afin <le pouvoir secourir nos soldais blessés à mort sur la plage. 



XVII SEPTEMBRE, P. JEAN GRILLET. 305 

et pendant sept jours entiers, il erra seul et sans abri, n'ayant 
pour nourriture que des crabes, de l'eau de mer et le suc de 
([uelques arbrisseaux, défaillant parfois de fatigues, au pied de 
quelque tronc d'arbre, où « je fis, dit-il, ma méditation sur la 
Passion du Sauveur, m'attendant à y mourir, et m« résignai avec 
beaucoup de consolation à sa très sainte volonté «. 

Tombé au pouvoir des hérétiques, il no tarda pas à leur gagner 
le cœur par sa douceur et sa sainteté. Il eut alors le bonheur 
d'assister à la mort plusieurs de ses compagnons de captivité, et 
obtint, peu de temps après, la délivrance des autres, même avant 
que l'on eut réglé toutes les conditions de la })aix. Quelques an- 
nées plus tard , le P . Grillet pénétra chez les sauvages de la 
Guyane, et s'enfonça si loin dans les forets et sur les tleuves du 
continent, que personne avant lui ne paraît avoir visité tant et de 
si barbares nations . Mais les enfants qu'il eut la joie d'envoyer 
au ciel pendant cette pénible course, étaient à ses yeux une ma- 
gnifique récompense de tant de fatigues et de dangers ; et après 
avoir rendu compte à son supérieur de ses succès et de ses espé- 
rances, il s'offrait encore, si Dieu lui conservait la vie, à guider 
dans ce vaste champ de nouveaux ouvriers évangéliques, et il de- 
mandait qu'on lui donnât des hommes « de forte santé, de grande 
vertu et prêts à souffrir beaucoup » ! 



Elogia defunct. Provinc. Franc. ( Archiv. Rom. ). — Voyage des PP. 
Jean Grillet et Franc. Béchamel dans l'intérieur de la Guyane, en 1674, 
Cf. Mission de Cayenne et de la Guyane française, par le P. de Monté- 

A. F. — T. II. — 39. 



'"^00 MÉNOLOGE S. .1. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

zoN, 18')7, p. 229 cl suiv., et p. ôl.'J et suiv. — Lettre du 1». Jk\n Grillet 
(tu F. Pierre de Sainl-Gilles à Paris. Cf. ibid., p. \\)~ et suiv. — Lettre 
du P. .Ii;\> Ghim.kt au H. P. lirion, super, ^éner. des Missions des Jé- 
suites dans les Iles..., 2 sept. l()7'i. Cf. ibid., p. r)!2. — dk livcKKR, i5i- 
bliotkèque. . ., t. 2, p. ''ll'i. — Biographie univers., à i article Grillet. 



* Le inomo jour encore rappelle la inéinoin; de.s deux saints 
FF. Coadjuteurs François Gillard et Urbain Bohdiek, morts l'un 
et l'autri! au collège de Bourges, le premier en 1711>, le second 
en 1728. 

Le V . lioRUiER avait exercé pendant trente-trois ans le dur em- 
ploi de cuisinier, heureux de consacrer ses forces au service de 
ses frères, dans lesquels il voyait la personne de Notre-Seigneur ; 
mais non moins ami de l'oraison que du travail, il donnait à la 
prière tous les moments dont il lui était permis de disposer. 
Quand la vieillesse l'eut condamné au repos, il suivit librement 
son attrait, et c'était un spectacle touchant de le voir uniquement 
occupé de Dieu tout le jour, ne j)arlant que du ciel, sanclifiant 
et consolant les ennuis de l'exil et les dernières défaillances de 
l'âge par l'exercice d(; toutes les vertus, el par l'espérance des 
joies qui ne finissent pas, jusqu'à ce qu'enfin il s'endormit 
paisiblement dans le Seigneur, à l'Age de plus de quatre-vingt- 
dix ans. 

Le F. GiLLAHU avait fait paraître, dès les premières années de sa 
vie religieuse, tant de sagesse, de discrétion, et une vertu si fer- 
me, que son Maître des novices, le 1*. Pierre Pommereau, nommé 
confesseur de la reine de Portugal, demanda la permission de lo 



XVII SEPTEMBRE. F. FRANÇOIS GILLARD 307 

prendre pour compag'non pendant qu'il exercerait ce délicat em- 
ploi. Le F. Gillard se montra digne de cette confiance. La reine 
voulut qu'il eut ses entrées libres au palais, et quand elle enten- 
dait la messe dans sa chapelle, elle ne souffrait pas qu'un autre 
servît le prêtre à l'autel, tant elle était charmée de sa dévotion, 
de son recueillement et de sa modestie. De Lisbonne, le F. Gillard 
accompagna le P. Pommereau à Rome, et partout il donna les 
mêmes exemples et la même édification. 

Il passa les six dernières années de sa vie à Bourges, en qualité 
de portier du collège. « On admira en lui, dit l'auteur de son é- 
loge, toutes les vertus de son état : humeur toujours égale, dou- 
ceur inaltérable qui lui gagnait les cœurs au dedans et au dehors, 
dévotion tendre et solide, grand amour pour la prière, obéissance 
parfaite, grand respect pour les Pères, ardeur au dessus de ses 
forces pour le travail, humilité profonde, charité admirable qui ne 
lui laissait jamais rien dire de désobligeant à personne, excusant 
tout, supportant tout, et rendant aux autres tous les services dont 
il était capable ». Aussi le F. Gillard vit venir sans crainte sa 
dernière heure, plein d'une humble confiance qu'il irait jouir au 
ciel de la récompense promise au serviteur fidèle ; il était Agé de 
soixante-cinq ans et en avait passé quarante-et-un dans la Com- 
pagnie. 



F. Urbain Bohdiek — Cf. .Elog. defunct. Prov. Franc. ( Arck. Rom. j. 
F. Franc. Gillard. — Cf. Lettre circulaire pour annoncer sa mort 
( Arc h. dom. ). 



-i08 MKNOLOGE S. J. — ASSISTANCE I)K FHANCE. 

Lo iiKUuc jour (le laii IT^il, iiioiirul iiii çollt'^c de Caen, de la 
mort (les justcîs, le I*. Tai i;i.\-Ai)Hit:.\ uIki.axdk, l'apotro el l'iiii des 
plus saillis i(digi('ii.\ di> la Normandie au di\-huitièmo siècle. « Tout 
lo clergé, loulc la uohlesse, cl loul le peuple des villes et des 
eampagiios, faul de ee diocès»» de Baveux ([ue <les diocèses voisins, 
sentent la giancUnir de noire perle », «'crivail au leiuleuiaiu de ses 
liinérailles le supérieur (pii veiiail de I assiste!'. l)e|)uis ving-l-neul" 
a«is eu ellel, le I'. d hlaude elail le di^iie euiule du zèle des l'ran- 
eois lU''j>'is el des Mauuoir. De Ijouue heure, il stUait piépai(\ par 
une incessanle appliealion à toutes les ('tudes et à toutes les ver- 
lus de sa voealion, à devenir nu jour le dij^iie instrument de la 
•^•loire: el du lion plaisii- de Nolre-Seiqueur. Jeune j)rotesseur de 
rliélori(|ut' vers Tàgc; de \ in<4i-ein<| an^, et non moins /.{'Ar p(^ui" le 
salul <pie pour le succès littéraire dt; ses élèves, il ne s'épargnait 
aucune fatigue pour leur inspirei" 1 amour du travail, sachant que 
ce sérail la j)lus sure sauvegarde de leur innocence, (llnupu* jour, 
il eonsju'iait deux heures entières, en dehors du temps li.\('' pour 
sa classe, h les initier à Ihisloire et à la erilitpu' des |)lu^ belles 
œuvres de l'esprit lunnain, sans nuire toutefois à ses propres 
études, car il avait obtenu dès lors de relraneliei' deux heures de 
son soninu'il. Telle ('tait en nu^nc temps son amour pour la mor- 
tification et j)our la j)rière, (pie le matin des jours de dimanche 
el de l'èle, même au milieu des rigueurs (h- l'hiver, il |)assait à 
irenoux i\vu\ heures el demie d(^ suite (>n adoiation devant le très 
saint Sacrement. 

l*ar\(Miu à Tàge de Irenle ans, l(> I*. d hlaude (Mail (h'jà destin('' 
par ses supei'ieiiis à la chaire de rhélori(pu' de Louis-le-drand. 



XVll SKPTEMBRK. — P. TAURIN d'iRLANDÉ. i|K)9 

lorsque le saint et apostolique P. Sandret, qui eonnaissait sa vertu 
et sa science, se sentit pressé par l'esprit de Dieu, après avoir 
longtemps prié à cette intention, de le demander pour compagnon 
et futur successeur dans l'œuvre si importante des missions de la 
Normandie. Contre toute espérance humaine, le vœu du saint vieil- 
lard fut exaucé, à la grande joie du P. d'Irlande ; sous la conduite 
d'un pareil guide, le jeune missionnaire (Mitra plein d'ardeur dans 
cette nouvelle carrière, où la mort seule devait l'arrêter. 

Ce que l'amour des âmes et de la croix lui faisait désirer depuis 
bien longtemps d'aller chercher au delà des mers parmi les sauva- 
ges, il le trouva sans quitter sa patrie ; et l'on peut dire de lui 
qu'il a souffert et travaillé à l'égal des plus grands apôtres de ces 
derniers temps. Mais rien ne l'arrêtait ni ne l'effrayait. Souvent brû- 
lé des ardeurs de la fièvre, il trouvait, disait-il, que le meilleur 
mo^'en de l'éteindre était un redoublement de travail. Ou Va vu le 
soir, descendant de chaire ou sortant du confessionnal presque 
épuisé de forces, courir à plusieurs lieues, au milieu de la nuit, 
par des chemins et des temps affreux, pour consoler de pauvres 
paysans c[ui demandaient à le voir avant de mourir, reparaître au 
point du jour, sans avoir pris un moment de repos, devant la 
foule accourue pour l'entendre. Après chaque mission, presque tous 
les prêtres du voisinage se réunissaient, souvent en grand nom- 
bre, pour faire sous sa direction les Exercices de saint Ignace ; et 
il leur enseignait tout à la fois et la pratique des vertus sacer- 
dotales, et l'art de conserver dans leurs paroisses les fruits de 
salut que venait d'y opérer par son ministère la force de la divi- 
ne parole et des sacrements. Ceux même que la grâce n'avait pas 
changés ne pouvaient refuser à l'homme de Dieu leur v('nération ; 



•HO MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCK DE FRANCE. 

cl I on vit, [)ar cxfîinplc, un curé janséniste, longtemps lebello, 
«.loniptc onlin par les terreurs d'une mort prochaine, ne l'aire por- 
ter déjà presque à l'agonie jusqu'au lieu assez éloigné qu'évan- 
gélisait alors le P. d'lrland(î, pour l'aire entre les mains du 
saint apôtre son abjuration solennelle et rendre en paix son âme 
à Dieu. 



Lettfti inédite du P. Plesse, Recteur du collège de Cac/i, sur la vie apo- 
stolique et lu sainte mort du P. Taurin d'Irlande, Caen, l'A septem- 
bre IVC)! ( Archiv. dont. ]. 



XVIII SEPTEMBRE 



Le dix-huitième jour de septembre de l'an 1704, mou rut dans 
une barque, à deux journées de Pékin, le P. Charles de Broissia, 
fondateur de six chrétientés nouvelles, d'autant plus florissantes 
qu'elles étaient nées au milieu des épines et des croix. Avant 
même de se consacrer aux missions de la Chine, le P. de Broissia 
était parvenu à une si haute perfection, qu'il avait obtenu de ses 
supérieurs la g-râce de s'engager par vœu à faire toujours ce qu'il 
croirait être de la plus grande gloire de Dieu ; le P. d'Entre- 
coUes, confident des plus intimes secrets de son âme, ne craignit 
pas d'attester hautement, après sa mort, qu'il avait gardé jusqu'à 
son dernier soupir, avec une fidélité inviolable, cet héroïque en- 
gagement. L'union intime de son cœur et de toutes ses pensées 
avec Dieu, et l'habitude contractée de bonne heure de se vaincre 
généreusement, sans jamais céder aux répugnances de l'esprit ou 
du corps, lui avaient fait comme une seconde nature de cette do- 
cilité à suivre uniquement le bon plaisir de Notre-Seigneur. Il 

311 



•H 2 MKNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE KRANCE. 

croyait inriiKi ïiwri' si peu, (jmc I:i pratifjuo <lo son V(Ru lui sem- 
l)lait pouvoir devenir roinnmiK; à tous les lldèlcs, laiit il la trou- 
vait just(^ o.[ raisonnable pour une àiiie (pii aimo vraiment Jésus- 
Christ. 

Alin tic ne laisser (khappor par sa f'aul(; aucune occasion de sa- 
«•Tifices, il avait soin de marquer en détail toutes les choses dans 
lesf|uellcs il pouvait prescpu? à chaque! instant s<' renoncer. IjCS 
délices mêmes que le Saint-Ksprit lui faisait goûter dans la prière 
n'étaient pas capahh^s <Ie l'enchaîner quand il s'agissait du service 
d(! Dieu et des aines. Ainsi, dit encore le I'. d'I'^ntrecolles, jamais 
son attrait pour l'oraison ne Icî détourna de l'étude! pénible et re- 
butante des livres chinois ; parce qu'il savait <jue, pour |)laire à 
Dieu, il ne devait lien négliger de tout ce qui pouvait h; rendre 
plus utile aux peuples dont il était l'apôtre. Sans pitié, comme 
tous les saints, pour la faiblesse de son corps, il \o crucifiait 
avec tant de rigueur, que ses supérieurs crurent devoir lui inter- 
dire une grande partie de ses austérités. Mais ce que l'obéissance 
lui p(îrmit sulïisait encore pour faire de sa vie un continuel mar- 
tyre. Dans les temps de persécution, pour détourner ou lléchir la 
colère de Dieu, qu'il attribuait à ses péchés, il se châtiait plus 
cruellement (mcore, redoublait ses jeûnes et ses prières et se met- 
tait en retraite pour chercher et purifier au prix de son sang tout 
ce qui pouvait en lui s'opposer à la divine miséricorde. C'était du 
reste ainsi (pi'il se préparait toujours à (pielque nouvelle entreprise; 
et Dieu fit connaître plus d'une fois, écrit un île ses compagnons 
d'apostolat, combien cette conduite de son serviteur lui c'tait agré- 
able ; car, pendant (pie le V. de Broissiii levait les mains au ciel 
comme un autre Moïse, on vit les plus violents orages se dissiper 



XVIII SEPTEMBRE. — V. CHARLES DE BROISSIA. 'VI 8 

eoninu^ par miracle, an moment même où toute espérance sem- 
blait perdue. 



Lettres édi/'. , t. 17, p. 1)4, *.)6; i. 18, p. 56. Lettre du P. u'Entrecollks 
à M. le Marcjuis de Broissia sur la mort du P. Charles de Broissia^ 
son frère, à Îao-Tcheou. le 15 novembre 1704. — Pfisteh, Notices biogr. 



et bi'bliogr., n" 222. 



I» — 



— T. II. — 40. 



XIX SEPTEMBRE 



Le dix-neuvième jour de septembre de l'an lIMj, mourut à Qué- 
bee le P. Louis André, Agé de quatre-vingt-quatre ans, dont il 
avait passé plus de (juarante-cinq dans les missions du Canada. A 
peine y travaillait-il depuis (juelques mois, (jue déjà la Vénérable 
Marie de l'Incarnation écrivait en France: « Le P. André a fait un 
bon noviciat dans sa mission. La famine le saisit de telle sorte, 
<|ue lui et son compagnon en moururent presque d'épuisement. 
Pour se résoudre à tant souffrir, il faut être puissamment animé 
de l'esprit de Dieu ». Envoyé peu do temps après vers les sauva- 
ges du Lac Huron : « Je les trouvai, écrit-il lui-même, réduits à 
manger du sapin. Cependant la faim m'ayant obligé à cbercher de 
(juoi m'empécber de mourir, je ne pus en avaler (^t recourus pour 
me soutenir à l'écorce d'un autre bois. Mais mon estomac s'est 
fait, dans la suite, à d'autres viandes bien plus maigres que celles- 
là, et même à s'en passer presque tout à fait pendant un temps 
notable... Je ne sais pas ce que ceux (jui m'ont devancé ont souf- 
fert, mais j'ai assez expérimenté jusqu'où 1 on peut aller sans 
mourir lout à fait. Les glands, une espèce de mousse que les Fran- 
çais appellent la tripe de roche, et les peaux d'orignac, étaient pour 
314 



XIX SEPTEMBRE. — P. LOUIS ANDRÉ. 315 

lors mes mets délicieux... Mais les Ames de ces pauvres barbares 
sont assez précieuses pour nous faire dévorer avec joie toutes ces 
fatigues ; et ceux qui aspirent à ce bonheur de travailler à leur 
conversion, doivent se préparer à ne rien trouver ici, que ce que 
la nature ne veut pas avoir partout ailleurs ». 

A la famine, il faut ajouter les nuits passées au milieu des nei- 
ges et des glaces, les chutes à travers les précipices, les blessures, 
les outrages, les mauvais traitements de toute sorte. L'invincible 
patience du P. André triompha de tout. Pour gagner le cœur de 
ces peuples et arriver plus aisément à leur conversion, la musique 
et les images de piété lui furent, comme à quelques autres de 
ses compagnons, d'un puissant secours ; mais la plus heureuse de 
toutes ses industries, fut « d'attaquer les hommes par les enfants. 
11 composa des cantiques contre les superstitions et les vices les 
plus opposés au christianisme, et les ayant enseignés aux enfants, 
au son d'une flûte douce, dit le P. Claude Dablon, il allait hardi- 
ment, avec ces petits musiciens, déclarer la guerre aux jongleurs, 
aux rêveurs, à tous ceux qui se livraient à quelque désordre. Et 
comme ces pauvres barbares aiment passionnément leurs enfants 
et souffrent d'eux volontiers toute chose, ils agréaient les reproches, 
quoique sanglants, qui leur étaient faits par ces cantiques » ; et le 
bon P. André tressaillait de joie, voyant Dieu se servir de ces 
bouches innocentes, pour confondre l'impiété de leurs propres pa- 
rents. 



Relations de la Nouvelle-France, 1670, p. 101 ; 1671, p. 31 et suiv. ; 
1672, p. 37 et suiv. — Lettres de laYûa. Marie de l'Incahnation, p. 671. 



XX SKI'TKMHHi: 



IjC viii^lièiiic joui <lf s(>|)leml)i(' de I an 170.'>. iiioiinil à Paris. 
au oollôgc Louis-U*-(iran(l, le IV IIi.m: di; (Iarm:, à<4;(' »!•• ([uatn-- 
viii^l-uu ans, «loiil il avail passe- un peu plus Ac soixanle-doux 
<lans la (lonipa^nie. « Il ('t\l r\r Uieii ditlirile. (V'ri\ait \o I'. Michel 
liC Tcllicr, (le i'(Mi(^ouli('r un autre reli<^ieu\ cpii eût IravailU- plus 
lon^ienips el avec plus <le IVuil » ; <•! ceux (pie la divine volont»' rc- 
lioiU dans les emplois d'une vie eoniuiune, auiaient peine à liouver 
nu |)lus jiarl'ail modèle. La pi-eniière «le ses «h'-volions «'tail une 
(^vactitude pailaite à saccpiillei- <les dcNoiis de sa <liai<>-e. <'<>unne 
aurait pu le faire un saint: on adinitail en lui, au |)lu^ liant de- 
^•r('', la inei'veilU'iise alliance de <leii\ vertus <|ui souNt'ul senihlent 
se eoniballre, une eonlinuelle attcMilioii à l'iiir la louange <ies lioni- 
inos, et lont<ïs les saintes industries d un zèle et d un d(''V()uenieiil 
sans bornes (lour la sancfilicatioii <le la jeunesse, .\ussi, |>endant 
qu'il (U)n.saerait plus de lrente-ein(| ans par olx'issanee à l'ensei- 
g'uenienl des sciences sacrées, |uii-- à la prélecture des hautes 
«Hudes du <'()llège Louis-le-(lranil, il dcniaiida souvcnl ;i ses su- 
périeurs la |)lus hiiinhle des classes de grammaire dans les plus 
[M'tils collèges <le la Province, ne cro\anl pouvoir nulle part ailleurs 
316 



XX SEPTEMBRE. — P. JEAN-BAPTISTK GEOFFROY. ÎH7 

travailler plus utilement, selon l'esprit de saint Ignace, au salut 
<les Ames et à la plus grande gloire de, Dieu. C'était pour la mê- 
me raison tpi'entre tous les ministères apostoliques, il aimait par4, 
ticulièrement celui de la confession, où il pouvait sûrement, sans 
bruit et sans gloire, conduire une multitude d'ames i\ une haute 
perfection. Mais l'estime, qu'il fuyait avec tant de soin^ venait l'y . 
poursuivre; un grand nombre de prêtres et de docteur.«> du clergé: 
de Paris croyaient ne pouvoir trouver un guide plus sûr dans les 
saintes voies du sacerdoce, de l'enseignement et de la parole. Jus- 
qu'à la dernière heure de sa vie, ce saint homme, en les enflam- 
mant de son zèle, ne cessa de faire par eux des biens infinis. ., 



Lettre circulaire du P. Le Telijkk à la mort du V. Herté de Carne', 
«de Paris, ce 21 sept. 1705 )> {Archii'. dom. }. 



Le même jour, l'an 1782, mourut en Bourgogne le l*. Jean-Bap- 
tiste Geoffroy, digne héritier des PP. Porée et de la Santé, ses 
anciens maîtres, dans la chaire de rhétorique du collège Louis- 
le-Grand, pendant les vingt-deux dernières années qui précédèrent 
en France la destruction de la Compagnie. Sa brillante réputation 
l'avait fait élire comme associé, par l'Académie de Caen, lorsqu'il 
n'avait pas encore vingt-cinq ans, et celle de Lvon lui décerna 
dans la suite un pareil honneur. Ses talents, sa modestie, son 
dévouement, arrachèrent aux ennemis mêmes des Jésuites plus 
d'un témoignage authentique d'estime et de vénération. Mais on 



•M 8 MÉNOLOGF S. I. — ASSISTANCE DH l'RA.NCR. 

|)ut coinprcMitlrc mieux (încoru le prix <lti dévouement <jui l'avait 
si longtemps enchaîné dans une classe; «l'(;niants, lorsque après la 
destruction <lc la (^ompag-nie, il se livra tout entier jusqu'à sa 
mort aux pénihh's tr.ivaux des missions de campagne, de l'ensei- 
«jl-nement du catéchisme et en particulier de l'œuvre des retraites, 
où son éloquence naturelle, devenue encore plus pénétrante par 
la vigueur de son esprit, opérait des miracles de conversion. 



Sermons du P. (iKoniio>. publiés par Vkhchèhe, Li/on 1788. /. I. — C\- 
B\Li,Eno, Bibliothec. Scriptor. Societ. Jesu, Supplément, prim., p. Va. — 
DE BxcKKn, liibliothèque.... t. 2, p. 223. — Fellkh, Dictionn. histor.. t. 3, 
p. 263. — Biographie univers., article Geokkhoy. 



XXI SEPTEMBRE 



Le vingt-et-unième jour de septembre de l'an 1620, mourut au 
collège de Roanne le P. Jean Pinard, de la Province de Lyon, 
également cher à Dieu et aux hommes, dit la relation de sa vie 
et de sa sainte mort. 11 ne semblait pas qu'un religieux cherchant 
par dessus tout la volonté divine, pût remplir plus parfaitement 
chacune des règles de son office. Ses écoliers ressemblaient à des 
novices, et on leur en donnait le nom. Il avait un don si extra- 
ordinaire de faire connaître aux Ames ce que Dieu désirait de cha- 
cune d'elles, sans les décourager ou les affliger, que même lors- 
qu'il croyait devoir reprendre quelques-uns de ses inférieurs de 
leurs défauts, jamais ceux-ci ne le quittaient avec un sentiment 
d'amertume ou d'abattement, tant sa parole les laissait consolés et 
fortifiés. Entièrement mort à l'amour-propre et à la recherche de 
ses aises, il mettait son bonheur à vivre crucifié par amour avec 
Jésus-Christ, à s'humilier et à se traiter comme l'avait été son cher 
Maître dans sa Passion. 

Mais bien qu'il parût embrasé des plus vives flammes du divin 
amour, en particulier à l'autel et dans tous ses exercices de piété, 
Notre-Seigneur lui faisait néanmoins une large part des peines 

319 



320 MHNOLOGK S. .1. ASSISTANCK l)H FRANCK. 

inlôrieures «le son agonie. Peu <l(i l<Mn|)s avant sa uiorl, ( oinnic il 
re(!omnian«lail InnnhKMiicnl une ànic; «lésoléc, (|ui n'étail autre <|ue 
lui-même, au.\ |)lus ardentes prières <l(! an pénitente, la vénérable 
Mère (Ihézard <le Matel, celle-ei vit soudain Notre-Seig-neur, (jui le 
tenait enchaîné à ses plaies par autant de liens damour, et elle 
enten<lit prononcer <le sa bouche divine ces paroles pleines d'une 
ineffable consolation : « ('inn ipso sii/n. in frihulatione, dans sa tri- 
bulation je suis avec lui ; Eripiaiu rum et ^lorificaho cuni, j«" le 
d(''livreiai c\ le couronnerai de gloire ». VA lorsque enfin le saint 
malade parut dans les dernières transes de l'agonie, le Sauveur 
ajouta : « /// pacc in idipsuni dorniict et rcquiescet , il va s'endor- 
mir <lans la paix et partagera mon repos ». Peu après, ce divin 
oracle s'accomplissait, et Jean Pinard exhalait doucement son ;lm<* 
en pressant avec amour et en baisant une dernière fois son cru- 
cifix. - 



fjitter. ann. Provinc. Lu^dun., ann. 1620 { Archiv. Hom. ). — N\dasi. 
Annus dier. mcinorah., 2i'» sept., p. \11 . — lu., Prctiosn: occupalioncs 

morientiuni c. 9, n. 11, p. 82. — Duews, F asti Soviet. Jesii, 21» sept., 

p. :i(iî). 



Le même jour «le l'an 1726, mourut au collège d'Arras le P. Jean 
\a'. Bi:i., «lans la soixante-troisième année de son âge et la (jua- 
rante-sixième depuis son entrée dans la (lompagnie. La court»' 
notice (pii nous a conservé le souvenir de ce saint homme, ne 
nous donne des détails que sur les dix dernières années de 



XXI SEPTEMBRE. I>. JEAN LE BEL. 321 

sa vie ; mais elles sont trop écliiiantes pour être laissées dans 
l'oubli. Nommé supérieur de la résidence de lîapaume, il fut 
pendant huit ans l'apôtre de cette ville ; et « 1 on j)eut dire, écrit 
le P. de Charleval , que ces huit ans n'ont été qu'une mission. 
Jour et nuit il était en action, toujours au confessionnal ou 
en chaire, aux malades, dans les prisons et dans les cachots, 
où il passait quelquefois les journées entières ; sur les écha- 
fauds, où il assistait les pauvres suppliciés avec une charité 
et un don de Dieu tout extraordinaire ; avec les soldats, auprès 
de pécheurs et d'hérétiques désespérés, qui ne pouvaient résister 
à sa tendre charité. Sans cesse il était appelé, tantôt dans 
un quartier, tantôt dans un autre ; et personne, pour ainsi 
dire, ne mourait dans toute la ville, qui ne fût aidé dans ce 
g-rand passage et consolé par l'homme de Dieu ». Dans ce pé- 
nible apostolat, il passait bien souvent toute la journée sans 
aucune nourriture, ne voulant jamais rien accepter hors de la 
maison ; et le soir, il prenait à peine quelques moments de re- 
pos sur une mauvaise paillasse, avec une pierre pour oreiller. 
Frappé de paralysie, et ne pouvant plus se remuer, le véné- 
rable malade , par un prodige de zèle apostolique et d'énergie 
surhumaine, ne suspendit pas ses travaux. Sa chambre était sans 
cesse remplie d'une multitude de pénitents qui venaient s'age- 
nouiller au pied de son lit et lui faire l'aveu de leurs fautes ; 
et comme les pauvres mourants demandaient à grands cris la fa- 
veur d'expirer entre ses bras, il se faisait porter auprès d'eux, 
pour les animer au combat et recevoir leur dernier soupir. 
Enfin les supérieurs, voulant lui procurer quelque soulagement, or- 
donnèrent de le transporter au collège d'Arras ; mais on eut des 
A. F. — T. II. — 41. 



322 MKNOI.OGi; s. J. — assistance \)F. FRANCE. 

peines incroyables pour exécuter ce projet, au milieu de tout 
un j)euj)Io anieut('' (|ui refusait à g-rands cris de laisseï- partir 
le saint. Quant an I*. L(; Bel, il fil avec nu courage héroïque le 
sacrifice d'une séparation si déchirante, et pendant les dix-huit 
mois qu'il vécut encore , il ne cessa de s'entretenir doucement 
avec Dieu, les yeux toujours fixés sur une image de Jésus cru- 
cilié, le priant et le remerciant d'exprimer en lui sur la croix 
les derniers traits de sa divine ressemblance. 



Lettre circulaire du P. de Chauleval à la mort du P. Jean Le Bel, 
« le 1" octob. 172G » ( Arcidv. dont. ). 



Le même jour encore de lan l"î)3, mourut au collège Louis-le- 
Grand le V. Louis Doissin, jeune professeur d'humanités, déjà cou- 
nu de la France entière par deux charmants poèmes latins sur la 
sculpture et la gravure, qui })romettaient un digne successeur des 
Vanière, des (kimmire et des Hapin. Km même temps, une délici- 
euse modestie et une délicatesse de conscience ([ui ne laissait pas 
apercevoir la plus légère tache dans toute sa vie religieuse, répan- 
daient sur ses talents un doux et merveilleux éclat. Ses supérieurs 
aimaient à le citer comme un j)arfait modèle d'obéissance, tant '\\ 
semblait heureux de renoncer à sa volonté propre, et de deman- 
der huuiblement jusqu'aux plus petites permissions, pour ne dé- 
pendre en toutes choses (|ue du bon plaisir de Dieu. Aussi la 



XXI SEPTEMBRE. V. LOUIS DOISSIN. 323 

Compagnie le regardait-elle comm e une de ses plus chères espé- 
rances, lorsqu'il lui fut enlevé dans sa fleur, h peine âgé de 
vingt-sept ans. 



Lettre circulaire du P. de Saint-Jean à la mort du F. Scol. Louis Dois- 
sin, a à Paris, le 21 sept. 1753» ( Arc/iiv. dom. j. — de Backer, Biblio- 
thèque...., t. 4, p. 182. — Journal de Trévoux., a. 1752, p. 234; 1754, 
p. 87. — Biographie universelle, article Doissin. 



XXII 8i:i>Ti:MiiKi: 



Le vingt-deuxiènu' jour de septembre <le l'an \'')()'2, iiioiinit à 
Paris le I'\ Jfan Bourgeois, euisinlei-, l'iiii des plus clu rs eonjpa- 
g-nons du 1*. Pasquicr Hroët, au([uel il ressemblait, dit le P. Ale- 
gand)e, [)ar la eaiidcur de sou àme et sou admirable simplicité. 
Lors(|ue le P. Broi't obii<>ea ses auli'es enfants de se mettre à 
l'abri des atteintes de la [)esle, le 1". Bourgeois ne [)ul se résoudre 
à l'abandonner ; et ee l'ut eu reudani à son clici- Père cxpiraiil les 
olïîees d'une tendresse et d nu dc'vouenu'iil tout filial, ([u'il cou- 
tracla le jurnu- mal, v\ alla i-eeexolr, a[)rès liuil jours tie soudran- 
ces, la eouionne des mait>rs de la eliarité. 



('/. plus luiul, \'i scplcinb., p. 28.), Mcuoloi^c <lu P. Brocl, nu'nu-s sources. 



Le même joui-, l'an \(yl^, le I'. Ci ai m; Borssrr., Seolastique du 
collège de Bennes, couronna, par un dévouement et par une mort 
semblable, une jeunesse Ion le consacrée à Dieu, cl dont la ferveur 
n'avail jamais connu d(> rcl;\clu'uicnl. Pour oblciiir plus sûrement 



XXII SEPTEMBRE. — P. JEAN BROQUIN. 325 

la grâce de sacrifier sa vie au service des malheureux atteints de 
la peste, grâce que l'année précédente il avait déjà demandée en 
vain,- il s'adressa à la très sainte Vierge, et s'engagea même par 
vœu à plusieurs pratiques de dévotion en son honneur, si elle dai- 
g-nait lui épargner un nouveau refus. Contre toute espérance, sa 
demande ne tarda pas à être exaucée ; et après avoir prodigué pen- 
dant quatre jours aux malades du grand hôpital les plus tendres 
soins, avec le zèle et la ferveur d'un ange, il expira plein de joie, 
dans le baiser du Seigneur, à peine âgé de vingt-huit ans. 



Alegambe, Heroes et Victimœ charitatis, ann. 1628, cap. 3, p. 273. 



* Le même jour encore de l'an 1652, le P. Jean Broquin termina 
au collège de Billom sa sainte vie , consacrée tout entière au ser- 
vice des âmes dans les travaux des missions et de l'enseignement,. 
Il avait manifesté de bonne heure un talent particulier pour la 
controverse, et dès qu'il eut parcouru la carrière accoutumée de 
la régence, il y fut appliqué par les supérieurs, à la requête de 
l'évêque de Viviers, qui connaissait ses talents et sa vertu. Pen- 
dant près de vingt ans, il ne cessa d'évangéliser le diocèse, livrant 
partout à l'hérésie une guerre incessante avec des succès extraor- 
dinaires. Les calvinistes, furieux des coups qu'il leur portait, s'en 
vengeaient par des injures ; ils crurent lui faire une peine très 
sensible en donnant son nom à leurs chiens ; mais le P. Broquin 
ne fit qu'en rire, et continua à leur infliger de redoutables dé- 
faites. 



320 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

r 

Kpuisé par des travaux presque excessifs, et forcé de se retirer 
du champ de bataille, ii d(;inanda comme une faveur de consacrer 
ce qui lui restait de vie à l'enseignement des j)lus petits enfants 
dans une classe de grammaire ; il se livrait à ces humbles fonc- 
tions avec la même ardeur et le même esprit de loi f|u'il avait 
déployés contre les ennemis <le Dieu et de lliglise, quand la peste 
se déclara dans la ville de Billoin d ne tarda pas à y faire de 
nombreuses victimes. Le P. Bro(juin, malgré son Age et ses infir- 
mités, fut un des premiers à voler au secours des malades et des 
moribonds, et par son intrépidité il servait d'exemple aux plus 
jeunes. Atteint bientôt lui-même par la redoutable contagion, il ex- 
pira quelques jours après, dans la soixante-sixième année de son 
âge. La nouvelle de sa mort parvint à Viviers au moment où 
le clergé entier du diocèse s'y trouvait réuni en synode ; elle y 
causa une immense douleur. Après avoir fait en termes magnifi- 
ques l'éloge du défunt, l'évêque demanda à ses prêtres ce qu'il 
convenait de faire pour un homme (jui avait si bien mérité du 
Vivarais : tous répondirent d'une voix unanime qu'il fallait célé- 
brer une messe solennelle dans chacune <les paroisses du dio- 
cèse, en même temps que chaque prêtre devait s'engager à of- 
frir une fois le saint sacrifice pour le repos de son àme ; pieux 
et glorieux hommage rendu au zèle et à la sainteté de l'homme 
de Dieu. 



Litter. ann. Tolos. , ann. \Q>[^1 { Arch. lloin. ). — Pr\t, Vif du P. Dau- 
phin, notes suppli'mcnt., p. 170. 



XXIII SEPTEMBRE 



Le vingt-troisième jour de septembre de l'an 1773, mourut à Mi- 
lan le P. Joseph Fiérard, le dernier Maître des novices de l'an- 
cienne Province de Paris, et que le P. Laurent Ricci recomman- 
dait au supérieur du collège de Bréra d'accueillir dans son exil 
comme un des plus admirables religieux de la Compagnie. Les 
PP. Ferrari et Termanini écrivirent en latin et en italien une 
notice assez étendue sur la vie et les vertus de ce saint homme, 
dont le seul souvenir faisait encore sur eux, bien des années 
après sa mort, une vive et profonde impression. 

Le P. Fiérard, né à La Flèche, suça pour ainsi dire la piété 
avec le lait de sa mère ; dès son enfance, Notre-Seigneur sembla 
veiller sur lui avec une providence si merveilleuse, qu'on le re- 
gardait à juste titre comme réservé à quelque chose de grand.' 
Un jour qu'il était près de périr, entraîné par le courant d'une 
rivière où il venait de tomber en jouant, saint Joseph lui appa- 
rut et le retira du milieu des flots. Quelques années après, atteint 
d'une douloureuse maladie, qui fut plus tard la cause de sa mort, 
il obtint, par l'intercession de saint François-Régis, autant de santé 
et de force qu'il lui en fallait, non pour ne plus souffrir, mais 
pour être en état de s'acquitter des différents ministères que l'obéis- 

327 



328 MÉNOI-OGK S. J. — ASSISTANCE I)F. FRANCE. 

sancc lui coiiliail. HectcMir d'abord du collège do Coinpiègne, où 
\o. roi Louis XV viut j)lus d'uuo fois assister à ses sermons ; puis, 
après avoir gouverné le eollège de Quini[)(ïr et celui de Kennes, 
app(d('' à la direction du noviciat, il arracha au jansénisme un 
grand nond^re d'âmes et même de communautés religieuses ; les 
plus illustres évoques de France l'avaient en si haute estime, qu'ils 
le consultaient souvent «lans leurs doutes , en particulier l'arche- 
vêque de Paiis, celui que les étrangers eux-mêmes surnommèrent 
rAthanas(" du XVII 1" siècle, (Christophe de Beaumont. 

A la destruction de la Compagnie en France, honorablement ac- 
cueilli, comnje il le méritait, par nos Pères et Frères d'Italie, Jo- 
seph l^'iérard, malgré son i\g;o et ses infirmités, se mit aussitôt, 
avec l'ardeur d'un jeune religieux, à étudier la langue italienne, 
croyant que rien ne dispensait un véritable lils de saint Ignace 
<le travailler jusqu'à la mort au bien des âmes et à la gloire de 
Dieu. 11 y lit de si rapides progrès, qu'on les attribuait à ses 
prières el à la protection miraculeuse de la sainte Vierge, autant 
qu'à ses talents et à son application assidue. Le confessionnal et la 
<;omposition de })lusieurs ouvrages de piété se j)artagèrent, avec 
l'oraison et la soulfrance, les dernières années de sa sainte vie. 
On le regardait comme un des directeurs les plus éclairés de la 
Province de Milan ; et la pompe de ses funérailles fit bien voir la 
haute estime que toutes les classes de la société avaient conçue, 
en si peu de tenq^s, pour ce grand serviteur de Dieu. 



Vita (Ici P. (iiuseppc Ficrard, dcUa Vrininria di Viuigi \ Avchiv. 
Hoin.). — DK R.vcKKH, Bibliolh..., l. (>, /;. I'i8. 



XXIV septembre: 



Le vingt-quatrième jo»i* <^e septembre de l'an 1643, mourut à 
Goa le P. Etienne de la Croix, du diocèse d'Evreux, après un 
long et glorieux apostolat dans la mission des Indes, surtout par- 
mi les idolâtres de Salsette, dont il gagna un grand nombre à la 
foi de Jésus-(^hrist. Le P. Alexandre de Rhodes, qui le vit au mi- 
lieu de ses néophytes, lorsqu'il passait lui-même à Goa pour aller 
porter l'Evangile aux extrémités de l'Orient, nous a tracé dans ses 
Voyages un admirable portrait du P. de la Croix ; et nous ne 
saurions mieux l'aire que de le transcrire, en y ajoutant à peine 
quelques mots tirés de la Bibliothèque des Ecrivains de la Compa- 
gnie. « On tenait ce bon Père, dit-il, pour un des plus illustres 
personnages de toutes les Indes, où il a travaillé bien des années 
avec une grande bénédiction. Il avait si parfaitement appris les 
deux langues du pays, la canarine, qui est vulgaire, et la ma- 
raste, qui est comme chez nous la latine, qu'il les parlait mieux 
que les indigènes eux-mêmes », et il avait imprimé en l'une et 
l'autre plusieurs livres très estimés de tout le inonde ; particuliè- 
rement un fort beau poème sur saint Pierre, et un autre sur la 
Passion de Notre-Seigneur, que les chrétiens de Salsette chantaient 

A. F. — T. II. — 42. 329 



■>-iO MÉNOLOGli S. J. — ASSISTANCI-: I»i: FRANCE. 

en l'ég-lisc sur le soir (tliîKjuc vciidrcHli *lii cai «miic (icttc <l('\f)tioii 
se prolongenil une grande pailic de la iiiiil, cl avec nu concours 
si gi'and (juc, de (loa nicnic, il venait oïdinairenienl <lix on dou/o 
mille honinios pour v assister. « Mais la réputation «pu* ce bon l*c- 
r(î avait incritôc j)ar sa Ncrln, (-lait hi(Mi plus grande (pie ( (die de 
son bol esprit. Nos Pèics cl les ('•trang;ers le tenaicnl |K)ur un 
g-rand saint. Il lut employé dans plusieurs missions ; et dans nos 
maisons, il eut toutes les charges les pins honorables, on il lit 
toujours paraître un esprit d'un vrai ap<')tre. l'^nlin. ('lanl sni 1 âge, 
le P. de la (Iroix >int achever sa vie parmi les n<!'oj)hNles, (jui le 
recounaissai(!nt tous comme leur p<M(' ». Il ('tait àg('' de soixante- 
(piati'(^ ans (;t en avait pass('' plus de (jnaianl(! dans les missions. 
Le menu; jour, l'an 1711, mourut le i*. (ihAUDi: Avkneal, mis- 
sionnaire des Outawaks pendant nn graTid nombre d'années. Kn 
annon(;ant h la Province la nouvelle de sa moit, ses supérieurs 
lui donnèrent cette courte mais belle louang-e, cpiils l'avaient tou- 
jours trouvé prêt à travailler, à souffrir et à nuinrir. pour gagner 
des Ames à .lésus-dhrist. 



P. i)i: IV (Inojx. — Cf. V()}/agi's du P. Ai.kx. dk lliionEs, edïf . du 
W CJoLHDi.N, ISS'i, p. lï, i'-\. — SoTLK^l,L^, BibUot/uca Srriptoi . Sor. 
Jcsu. p. 7'»9. — i)K n.vcKEii, liihliotlirf/uc . . . , /. 3. />. 201. 

P. AvrNKvi . - r/: lUogia defunrior. Provinr. Franc. { Archiw Hom. ». 



XXV SEPTEMBRE 



Le vingt-cinquième jour de septembre de l'an 16124, mourut à 
Paris le P. Fronton du Duc, l'un des savants du XVII" siècle les 
plus oubliés de nos jours, cl l'un des plus remarquables, môme 
à côté des PP. Sirmond et Petau, par ses immenses travaux. Sans 
nous arrêter à l'éclat de son enseignement, dans les chaires de 
Pont-à-Mousson, de Bordeaux, de Paris, ni à sa controverse victo- 
rieuse contre Du Plessis-Mornay : qu'il nous suffise de rappeler 
comment, à la prière du clergé de France, il entreprit d'exhumei' 
à lui seul de la poussière des bibliothèques presque tous les mo- 
numents de la tradition catholique des Eglises d'orient . Dans 
l'espace de moins de vingt ans, il tira des manuscrits, ou revit 
et enrichit de savantes notes, les œuvres de saint Jean Chrysostù- 
me, de saint Basile, de saint Grégoire de N^^ssc, de saint Jean 
Damascènc, de Théodore Balsamon, de Nicéphore Galliste, de Jean 
Moschus, de saint Ignace martyr, et les opuscules de plus de 
cinquante auteurs grecs, à peu près inconnus jusqu'à lui. Il se 
préparait encore à publier Théodoret, saint Cyrille d'Alexandrie 

331 



•>'{2 MÉNOI-OGE S. J. — ASSISTANCi: DR IRANCE. 

(il le Icxlc <^i('c (les Saintes Kcrituros, lorijuil lui arrôl<' par la 
inorl à l'à^c i\o, soixaiit(;-.si\ ans. .Mal<^i('' la lavtMu- (|iii s'est al- 
lacliée à des «'dilioiis plus l'éeentes, de savaiils l^ihlio^raplies, 
iiieine parmi les laï(|ues de iiohe leni|)s, avouent (pie les tra- 
vaux du I*. An Duc ne sauraient ("'tre nuieonnus, et n Ont pas 
('l('' cirae(''s. L(î docte Leig-h, ni(^rnl>re de ri^«>;lise ang-licane, con- 
vient (pie, pour la pari'ait(^ (îonnaissanee de la lan<»ue g-reccpie, 
l(î P. l'ronton du Duc pouvait ("lie mis en paralh.'le avec Henri 
l!]tienne ; et <|uant au latin, un vieil auteur, alors e('*l('hi(' à Paris, 
et t(''nioin lid('le, en ce (pii ne le concernait pas lui-in(Mne. du ju- 
gement de ses cont(împorains, Mathieu Hassulus, disait <ju il n'avait 
jamais vu <pie deux hommes (pii [)arlassenl bien cette lanj^iu', 
lui lîassidus, et le jeune rc'g'cnt de la classe de rhcl(ni(|ue au 
eollèg-e des .h'suites, nudire l'ronlon, alors âgé de vingt-cin(| ans. 
Son mc'iite comnu' rej)résentant de la science eatholi(pK' au XVII' 
siècle, lut. au liMuoigiiage du jansc-niste Idlies Du|)in , ('également 
reconnu |)ar les calholi(pu's cl les h(''ri''ti(jue!» ; et il n v avait prcs- 
«pu' [)as un sa\anl, paiini les uns et les autres, (pii ne tint à luju- 
neur d avoir un commeiee de lettres avec luj. 

Mais ce (pii n ('IîuI pas moins admirable (pu- la science dans 
le l*. Fronton du Duc, c'(''tail l'esprit de saint Ignace, (pii l'ani- 
mait au travail, et l'amour de l'église, cpii le soutint jus(prà son 
dernier soupir, maigre de ciuelles infirmités, entre autres une 
pierre du poids de cintj onces, (|ui l'ut extraite après sa nu)rt et 
lui Taisait soullrir jour et nuit un cruel martyre. Ses contempo- 
rains lU' [)ailaicnt de lui (|uc comme d un giand religieux, ce sont 
leurs expressions, dans le(pu'l, connue dans les anciens solitaires, 
on ne savait ce cpi il lallait adndrer le plus, du travail, du jeune. 



XXV SEPTEMBRE. P. FRONTON DU DUC. ,'î.3'î 

OU do la prière , et le P. Labbe a mis son nom dans le catalogue 
des saints personnages de Franche, auxquels il ne manquait, oe sem- 
ble, que d'.ivoir été canonisés. 



Elog. dc/'ufut. Proi'. Franc. { Arcliiv. liom . ) — Akham, L Unwersitc de 
Pont-à-Mousson, edit. Cxhayon, liv. 2, p. 11 G et suw. ; liv. o. p. 150 c( 
siiù'. — SoTUKLLus, Bihliotheca... , />. 268. — Sirmom», /. 4 hJpistol. — Pi«.\t, 
La Compagnie de Je'sus en France, t. l, p. 518 et suiv. ; t. ',\, p. 75, 102. — 
DE Backkr, Bibliothèque. . ., t. k. p. 188 et suik'. — Bahonius, Annal, eccles., 
t. 9, p. 76. — Bibliogr. crilica, t. 2. p. 309. — Mercure français, t. |0, 
p. 781. . . — NiCERON, t. 38, p. 103 et suiv. — Uich.vrd Simon, lett. 9. — 
Feller, Dictionn. histor. , t. 2, p. 620. — Joannis Frontonis menioria, 
disertis per amicos virosquc clarissimos encomiis celebrata, Parisits 1663. 
in 4". Cf. C\R\YON, Bibliographie historique. . . , n. 1810. 



XXVI SKPTKMIiHi: 



Le vingl-sixitMiio jour de seplenibre de I an 1738, niouriit à Ar- 
les, on oflonr <l(3 sainteté, le P. François Salo.ny, àg(> de (juatre- 
ving-t-hois ans, «lont il avait passé soixante-trois dans la Cionipagnio. 
Ijes ])anvres, les malades, le [)euj)le grossier des eani()ag-nes, dont 
il fiil pendani de longues années l'apoti'e o\ le véritable pèrt\ le 
v(hiéraient eoninie nn autre* I-'raneois Hégis. Atteint d'une nialadi*' 
eontag-ieuse p<;ndant (pi'il assistait des moribonds, il se contenta, 
pour ne pas être obligé d'interrompre ses œuvres de eliarité et 
<l(> zèle, de r(';pandre, avec cette foi cpii fait les miracles, de Veau 
b(Miile sur les charbons pestilentiels (jui commeneaient à couvrir 
son corps, et il se trouva gui'ri sur-Io-chainp. 



Klot^id il('/iiKvlor. Pr(H'iiic. Lugduit. iAn/n\\ lioman.t 



Le même jour, nous rapj)elle le sonvenii' du 1. T r.ANÇOis-JKAN 
(ÎASSA(.m: et de (piatre autics de nos Pères et l'ièi'c^. <|uc h* mois 
de septembre de l'an Ki-Wi, tout à la lois glorieux et latal au 
334 



XXVI SEPTEMBRE. F. FRANÇOIS CASSAGNE. 335 

collège (le Dole, vit périr en moins de vingt jours, pendant la 
peste effroyable qui désolait alors la Franche-Comté. 

Le F. Cassagne, à peine âgé de vingt-deux ans, avait eu le bon- 
heur d'attirer par son exemple à la perfection évangélique son 
père et sa mère, qui prirent et exécutèrent l'un et l'autre la réso- 
lution de se consacrer à Dieu dans la vie religieuse, presque aus- 
sitôt après lui avoir donné leur fils. Le saint jeune homme sem- 
blait se consumer d'amour pour l'adorable Sacrement de l'autel. 
Sur son lit de mort, il ne voulut recevoir son Dieu qu'à genoux, 
après lui avoir renouvelé une dernière fois l'offrande de sa vie 
et de sa mort, en répétant avec une ferveur angélique la for- 
mule de ses vœux. 

Peu de jours auparavant avaient succombé, victimes de leur cha- 
rité, le F. Edmond Ozanne, âgé de vingt-six ans, admirable par son 
amour pour Jésus crucifié; le P. François Moreau, dont la plus dou- 
ce consolation, au milieu de ses douleurs et de ses longues insom- 
nies, était de jeter les yeux sur une image de la très sainte Vierge 
et de la saluer avec l'ange; et le P. Jean Abriot, dont l'agonie ne 
fut comme toute sa vie qu'un exercice d'amour et le plus doux collo- 
que avec la sainte Famille, qui reçut son dernier soupir. 

Enfin le dernier de tous, et quelques heures seulement après le 
F. Cassagne, fut moissonné le F. Nicolas Réginald, enfant chéri 
de la Mère de Dieu, qui, peu d'années auparavant, l'avait mira- 
culeusement arraché à la mort. Depuis cette insigne faveur, le F. 
Kéginald avait regardé tous les moments de sa vie comme apparte- 
nant uniquement à la très sainte Vierge ; il ne respirait plus que 
travaux, peines et souffrances, pour étendre sa gloire et celle de son 
divin Fils. Dans l'humble travail d'une classe, il montrait, par son 



•^'îf> MKN0ï,0(;K s. J. — ASSISTANCE DH KRANCE. 

/«It; <îl par son arciciir à s<^ vaincrcî, (nn; ses <l(''sirs (ra|)<)stolal par- 
mi les sauvag<<s <l<> I .\ni('ri<nu3 n'jîtaionl pas une idée «M un caprice 
«l'eniani ; cl (piand la peste lui oHVit roccasioii «le sacrifier sa vie, 
il n'h<';sila pas un moment. I*ar une lou(;hant(5 <;oïneideiiee, son père 
<>l sa mère, alleinls du Iléau, se trouvèrent parmi les malades cpie 
l'ohéissancc lui avait confic's ; cl e'(;st en leur prodig-uant tous les 
soins (\o la tendresse filiale et <lc la charité la pins pure, «pi'après 
les avoir «'usevelis l'un cl l'autre, il suecîoinba glorieusement Ini- 
niême, à V:\gr do vinp^t-qualre ans. 



Ai.KiiVMiu;, lleroex et Vùuimir c/uirùatis, ann. 1636, vap. 2, p. .'{86, — 
Nadasi, Annus dier. mcniorab. , 27'» sept. ^ p. 188. — fi».. Prrtiosa^ nvrupa- 
i/one.s mon'rutiiim in Societ. Jesa, rnp. '.i. p. Xi. 



f > » »< 



XXVII SEPTEMBRE 



* Le vingt-septième jour de septembre de l'an 1744, mourut à Pé- 
kin le P. Dominique Parennin, de la Province de Lyon, dans la 
soixante-dix-septième année de son Ag-e et la cinquante-septième de- 
puis son entrée dans la Compagnie. Parmi les missionnaires de la 
Chine, il fut sans contredit l'un des plus illustres, non moins par 
ses vertus religieuses et apostoliques que par l'éclat et l'étendue de 
ses connaissances et par les services rendus à la religion dans les 
temps les plus difficiles. Ses supérieurs, écrivant au P. Général, ne 
craignaient pas de dire de lui qu'il était l'appui et la colonne de 
toute la mission, qu'il suffisait lui seul à presque tous les emplois 
et qu'il les remplissait dignement: « Totiiis Sinicœ missionis, his prse- 
sertim temporibus^ fulcrmn et columna, partes fere omnes Ipse fere 
unus agens et pro dignitate ». 

« Il semble, dit le P. Chalier, qui reçut son dernier soupir, que 
Dieu l'avait formé par une providence particulière. Il avait réuni 
dans sa personne les plus belles qualités du corps et de l'esprit : 
une constitution robuste, un corps grand et bien fait, un port ma- 
jestueux, un air vénérable et prévenant, une facilité étonnante à 

s'énoncer dans les différentes langues qu'il avait apprises ( il par- 
A. F. — T. II. — 43. 337 



3'i8 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE FRANCE. 

lail c'galoniciit bien le chinois, I(î lartarc, le latin, !(.' fiançais, l'ita- 
lien cl le portuf^ais) ; nno niémoire lieureuse, nn esprit vil", juste, 
ponétranl, nn<; multiplicité de connaissances telle, (piCllcs ne sem- 
blent pas pouvoir se trouver léunies dans le même sujet ». Aussi 
le P. Parennin jouit-il constamment de la faveur de lillustre empe- 
reur (Miang-hi ; il ra(!Compagiiail cliacjue année dans ses voyages 
en Tartarie ; il lui servait de maître dans les «lifférentes sciences 
<le l'Europe que ce prince désirait apj)i'endre ; il était son inter- 
prète dans toutes les relations olliciellcs et diplomatiques avec les 
cours étrangères. Cette faveur ne l'abandonna })as, même sous les 
successeurs de (^liang-hi, ennemis et persécuteurs de la religion ; et 
c'est en grande [)arti(î à son influence el à sv.s dénuirches i|ue les 
missionnaires durcMit de continuer à vivre en liberté à Pékin. 

Mais le P. Parennin était surtout un apôtre de Jésus-Clirist. 
« Toutes ces qualités, dit encore l'auteur de son (doge, en ont fait 
nn grand liomme. Mais sa piété, son zèle, sa délicatesse de con- 
science, son amour [)otir la ])auvreté et les souifrances, son ardeur 
à travailler à la conversion des chinois, son exactitude scrupu- 
leuse à remplir tous ses devoirs, en ont fail un homme vérita- 
blement religieux». Quand il îdlail à la suite de I empereur, il se 
souvenait surtout des âmes, ])our lesquelles il était venu dans cet 
extrême Orient. Partout il fondait de nouvelles missions ou tra- 
vaillait à augmenter les anciennes. Les plus florissantes, celles où 
l'on comptait le plus de chrétiens, qui se distinguaient par leur 
ferveur et (pii étaient situées au delà de la grande muraille, 
sur la route de Pékin en Tarlari(\ étaient l'ouvrage de ses mains. 
Il a lui seul procuré le baptême à plus de dix mille enfants infidè- 
les, parmi les([nels ('lait un di's Irèics de reuq)ereur. Quand la per- 



XXVII SEPTEMBRE. P. DOMINIQUE PARENNIN. 339 

sécution éclata, il se lit le conseil et l'appui des chrétiens, et dé- 
fendit les droits de la vérité avec une intrépidité tout apostolique : 
« Nous ne sommes pas venus ici, disait-il aux envoyés de l'empe- 
reur, pour demander la permission de prier Dieu en secret.... 
Pourquoi emprisonner les chrétiens, pourquoi les punir ? Si c'est 
un crime d'être chrétien, nous sommes bien plus criminels, nous 
qui exhortons le peuple à embrasser le christianisme...» 

Ce fier langage l'ut écouté en silence et avec une sorte de res- 
pect, dans une cour où toute opposition aux volontés et aux simples 
caprices du souverain pouvait paraître un crime digne de mort, 
tellement le P. Parennin avait conquis d'ascendant par l'éclat de 
sa science et de sa vertu. On en eut une nouvelle preuve à la 
mort de ce grand serviteur de Dieu. Ses funérailles ressemblèrent 
à un triomplie ; l'empereur en lit lui-même les frais, avec une ma- 
gnificence digne d'un grand prince ; les membres de sa famille s'v 
firent tous représenter par des officiers ; des mandarins, des grands 
de l'empire tinrent à honneur d'y assister en personne, et accom- 
pagnèrent le convoi justpi'au lieu de la sépulture, à deux lieues de 
Pékin. Le P. Parennin était en Chine depuis quarante-trois ans. 



Lettres c'dif. , P" e'dit. t. 26, épitre du P. du IIalde, pre'face, p. i et 
suiv. — Lettre du P. Ch.vlier au R. P. Verchère, Provincial^ à Pékin, ce 
10 oct. 1741, p. 146 et suiv. — Pfister, notices biograph. et bibliogr., 
/i" 228. — DE Backer, Bibliothèque. . . , au mot Parennin. — Crétineau-Joly, 
JJist. de la Compagn. , t. 5, ch. 1, p. 50 et suiv. — Feller, Dictionn. 
histor. , au mot Parennin, — Biner, apparatus, part. 12, p. 165. 



•'*>''lO MKNOLOOK S. J. — ASSlSTAxNCE DK FRAÏfCE. 

L(! mc'iu<; joui- de l'an 11)87. lut massacré )K>ur la loi le 1'. PoTHiER, 
l'un (les doux ainhassarieMirs <\c Louis XIV au roi do l*(;rso, et le 
rondatour <le limporlante mission de Cliamakié, ([u il cul le bonheur 
(l'arroser de son sanjj;^. dette ville. le^ardée eoiinne l'entrepôt de la 
Moseovie, de la Pologne ei de la Perse, vovait tour à tour dans ses 
murs les caravanes de ces trois peuples, ainsi (]\\o celles des Tar- 
lares, des Indiens, des tribus du (laucase et du centre de I Asie, cl 
semblait j)ouvoir devenir comme le cenire d un apostolat (|ui se ré- 
pandrait ensuite sur une grande partie des nations infidèles d(» l'O- 
rient. Aussi l(î l\ Polhier, profitant (K; la protection du roi de Frantre 
et de la bienveillance du comte de Siri, ambassadeur du roi de 
Pologne, le vaillant et pieux Sobieski, s'était établi <lcj)uis (piel- 
<(ues mois à Chamakié 

Déjà révè(jue arménien, avec le clerg-c' de la ville et des cam])a- 
gnes environnantes et une grande partie de leur troupeau, accou- 
l'aient de toutes parts à ses instructions; et il ne se passait pas 
\in seul jour (pi'il ne réconciliât quelques schismatiques avec l'Kgli- 
sc! Romaine, lorsqu'un turc, outré des heureux progrès de l l^van- 
gile, entra dans un si furieux dépit, (ju'il le f"r;qipa de deux coups 
d(! poigimrd, à la tète et au cœur. Le P. l*othier s'était ))ré|Kiré de- 
puis longtemps à <^ette mort [)ar une \ ie si sainte, (pi elle lui avait 
valu (le la |)art de Dieu les g-ràces les plus extraordinaires. On 
sait, dit un de ses conq)agnons d'apostolat, <pi il avait souvent pn'*- 
(lit des choses de la plus haute importance, justifiées j)ar les évé- 
nements, et ([ue plus d'une l'ois, dans des j)érils évidents, il avait 
(Ué miraculeusement préservé de la mort. Mais la j)lus grande de 
toutes ces grâces, et celle (jn'il avait le plus ardemment désirée, 



XXVn SEPTEMBRE. P. PIERRE DE LA CHASSE. '4M 

fut de verser son sang, frappe par la main des infidèles pour l'a- 
mour et le nom de Jésus-Christ. 



ViLLOTTE, Voyages d'un missiorm. , p. 86-92. — Avril, Voyages, p. 84. — 
Fleuriau, État présent de l'Arménie, p. 223, 268, 272, 309, 315. — Mémoires 
des Missions du Levant, t. 3, /*. 379 et suii'. 



Le même jour encore, au Canada, l'an 1749, mourut le P. Pierre 
DE LA Chasse, âgé de quatre-vingts ans, dont il avait passé soixan- 
te-quatre dans la Compagnie. La dure et misérable existence des 
sauvages faisait ses délices, parce que, disait-il, l'amour-propre n'y 
pouvait trouver aucune consolation, et que le souvenir de la croix 
ne lui permettait pas une vie molle et nonchalante. Nommé supé- 
rieur de toutes les missions du Canada, et retenu à Québec par 
les devoirs de sa charge, il s'occupait jour et nuit des plus sûrs 
moyens d'étendre partout le royaume de Dieu et d'alléger en même 
temps les fatigues des autres missionnaires. Il y mettait d'autant 
plus de prévenance et de délicate charité, qu'il avait lui-même plus 
souffert, et il semblait avoir bien plus de plaisir à donner que les 
autres à recevoir. En même temps, il exerçait son zèle dans les 
communautés religieuses de Québec, oii les relations du temps nous 
assurent qu'il fît fleurir les plus héroïques vertus. Enfin il veillait 
avec tant de soin à ne laisser échapper aucune occasion de gagner 
des âmes à Dieu, qu'à l'âge de plus de soixante-dix ans, pour arra- 



•l\'2 .MKNOI.O(il- S. J. — ASSISTA.NCK I)K FRANCE. 

cUcv ail (h'inoii des prisoiiiiiers <1(; guerre étrangers et h«'*rétique8, 
il a|)pril leur langue. Notre-Seigneur le récompensa bien «le sa 
peine, en lui accordant la conversion <hi pins grand nombre de 
ces mallienren.x. 



lA'Alre rirculaire à ici niorl du P. Pierre de itt Chasse { Arc/iii<. dom. ). 



XXVIII SEPTEMBRE 



Le vingt-huitième jour de septembre de l'an 1758, mourut ji 
Smyrne le P. Stanislas Justiniani , de la Province de Paris, en 
si haute réputation, que jamais, de mémoire d'homme, aucun mis- 
sionnaire dans le Levant ne reçut de pareils honneurs. A la nou- 
velle de sa mort, les bâtiments qui se trouvaient dans la rade 
de Smyrne mirent leurs pavillons en berne, pour s'associer au 
deuil de la ville. Le consul de France convoqua tous ses compa- 
triotes, et vint à leur tête pour assister aux funérailles du saint apô- 
tre ; mais son cortège ne put pénétrer dans notre église, car les 
chrétiens de toute nation et de tout rite l'avaient déjà remplie, 
aussi bien que les religieux et les prêtres de la ville, accourus 
pour baiser les pieds et les mains de celui qu'ils regardaient com- 
me leur père ; tant il avait su conquérir leur vénération et leur 
amour. 

Les trente ans d'apostolat du P. Justiniani au milieu de ce grand 
peuple, ne furent que l'expression d'une seule et ardente pensée, 
faire aimer Dieu, de la jeunesse dans les écoles, dont il ne vou- 
lait céder les fatigues à aucun autre, même lorsqu'il était supé- 
rieur de la mission ; des pauvres, par les aumônes qu'il mendiait 

343 



'M^l MKNOî^OGK S. J. — ASSISTANCE HK FRANCE. 

liii-iiM-'inc |)()iir eux l'I ({u il r(';j)ai)(Iait dans leur sc.-iii a\fc laiit d'a- 
hondaïuH; (M «!<' «lélicatcsso, (ju'il sauva iiik; iimltitiidc de familles, 
<^t arracha bioii des àinos au jx'ril d(; |)(5rdrc lour iuuoconce et leur 
lioMucur ; dos cvèquos, des moines et du <lcr^(' ; des (;atlH)li(|ue8 
et des hérétiques ; «les juifs mèuuîs cl des turcs, par toutes les 
«(livres de miséricorde et une charité si tendre, qu'il était impos- 
sibh' de s'y soustraire ; de tous enfin par ses exhortations, ses con- 
seils et son dévouement. Aussi toutes ces initions de l'Orient qui 
lormeiil la poj)ulation <lc Smyrne, l'appelaient-elles leiii- apùtre, 
leur vrai père et leur unique refuge, comme si chacuin; d'elles eût 
été seule à le posséder, lîlt cependant le I*. Justiniani trouvait en- 
core le temps de passer chaque jour plusieurs heures au pied du 
saint tabernacle ; ou plutôt c'est là qu'en se transformant lui-même 
en Jc'sus-Christ, il trouvait le temps et la force tle sutlire à tout 
ce <]ui pouvait intéresser le service de Dieu. 



Lettre circulaire à la mort du P. Stanislas Justiniani ( Archiv. dont. }. 



i^«<^ 



XXIX SEPTEMBRE 



Le vingt-neuvième jour de septembre de l'an 1642, mourut d'un 
coup de hache le saint martyr Rkné Goupil, fidèle compagnon des 
souffrances et de la captivité du vénérable P. Jogues, et qui fut, 
selon l'expression de ce grand apôtre, « martyr de l'obéissance, de 
la foi et de la croix ». Il prononça au milieu même des supplices 
ses vœux de dévotion, mais depuis longtemps il se préparait à 
cette grâce par les plus héroïques vertus, passait chaque jour de 
longues heures en prière, ne perdait jamais de vue la présence 
de Dieu, et était amoureusement soumis en tout à sa très sainte 
volonté. Quand on lui parla d'aller aux Hurons, son cœur s'épa- 
nouit à la pensée des dangers qu'il allait courir pour son Maître ; 
il ne tarda guère à 3^ trouver cette cruelle mort qu'il appelait de 
tous ses vœux. Dès qu'il fut tombé entre les mains des Iroquois, 
ces barbares commencèrent par lui arracher les ongles, puis ils 
broyèrent entre leurs dents l'extrémité de ses doigts mutilés, jus- 
qu'à en faire sortir les os, et appliquèrent sur ses plaies sanglan- 
tes le feu de leurs calumets. Ils le traînèrent ensuite de village en 
village, où la multitude, armée de bâtons et de baguettes de fer, 
l'accablait à son entrée d'une effroyable grêle de coups. On couvrit 

A. F. — T. II. — 44. 345 



3^10 MHNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DK FRANCE. 

son corps déchirô et sa loto môiiio tic charbons ardents et do 
cendres brûlantes, dont ses liens iuî lui permettaient j)as de se 
délivrer. Au bout de quelques jours, il était si défiguré, qu'il l'excep- 
tion d(^s yeux soûls, son visage n'était (ju'uno plaie. 

« Mais je 1(^ trouvai d'autant plus beau, dit le I'. .logues, qu'il 
avait ])lus de rapport à (Icîlui qui, portant une face très digne des 
regards et dos plaisirs des anges, nous a paru oomino un lépreux 
au milieu de ses angoisses ». Durant plus <1 un mois et demi do 
ce cruel martyre, auquel so joignaient chaque joui- los j)lus indi- 
gnes outrages, la nudité, la faim, l'ardeur du soleil ([ui engendra 
dans ses blessures la corruption et les vers, hi morsure des in- 
sectes qui s'abreuvaient do son sang cl ur. lui laissaient de repos 
ni jour ni nuit, René (îoupil no cessa do bénir Notre-Seigneur et 
de s animer, au souvenir do ses divines soulîrances, jusqu'au jour 
où deux sauvages lui feiulircnt la totc; pour le punir d'avoir tracé 
sur lo front d'un petit enfant lo signe adorable do la croix. 



Bress.\ni, Relation de quelques missio/is. p. \%\. — RcUitions de la Nou- 
velle-France, ann. 1643,/?. (J4. 72; ann. \iS\l, p. 18, 'l'I, 24. 25. — T.v.nner. 
Societas Jesu usque ad sanguin . . miliuins, p. .')10 seqq. — Chaiilevoix, 
Histoire de la Nouvelle-France , t. 1, liw G, p. ;J6H et suiv. — Fkri.and. 
Histoire du Canada, p. 321. 



Le môme jour, à Marseille, l'an l()4!>, lo P. Phiubert dk Loches, 
de la Province de Lyon, mourut au service des pestiférés. Depuis 
(|uatre ans, il parcourail la Provence on apôtre ; sa réputation 



XXIX SEPTEMBRE. P. PHILIBERT DE LOCHES. 



34r 



était si grande que, lorsqu'il accourut à Marseille, à la première 
nouvelle du lléau, ses supérieurs et les magistrats de la ville re- 
fusèrent de lui laisser exposer à la mort une vie si précieuse. 
Mais son humilité et ses prières triomphèrent de ces résistances. 
Il organisa sur-le-champ l'assistance des malades avec tant de 
prévoyance et de charité, que pas un ne mourait sans avoir reçu 
les derniers sacrements. « Témoignage insigne, dit le P. Alegambe, 
d'une âme bien maîtresse d'elle-même et bien forte de son union 
avec Dieu, dans des extrémités où le trouble confond et précipite, 
aux dépens des âmes, les mouvements même du zèle le plus saint, 
et ne semble laisser aucune place aux conseils de la prudence ». 
Beaucoup d'hérétiques lui durent alors, au moment de rendre le 
dernier soupir, le bonheur de se réconcilier avec Dieu. En même 
temps, il recueillait les dernières volontés des mourants, sans y 
souffrir toutefois aucun témoignage de reconnaissance envers la 
Compagnie, et à plus forte raison envers sa personne. Aussi les 
magistrats, pleins d'admiration pour son éclatante fidélité, confir- 
mèrent-ils solennellement tous les testaments qu'il leur avait re- 
mis. Enfin, lorsque le mal s'apaisa et que les pauvres malades 
parurent n'avoir plus besoin de son assistance, le P. de Loches, 
dernière et précieuse victime, fut frappé à son tour malgré les lar- 
mes de tout ce peuple, qui le redemandait à Dieu comme son sau- 
veur et son père, et après cinq jours de souffrances, il fut appelé 
à la couronne immortelle, prix d'un si glorieux combat. 



Alegambe, Heroes et Victimœ charitalis, ami. 1649, p. 4G8. — Elog. 
defunct. Provinc. Lugdun. ( Archiv. Rom. ). 



XXX si':i>Ti<:Mi3Hi': 



\.c UeiitièïiUï joui- (le scptoinbic de l'an I660, inoiirnl cii odeur 
<l(> J)(''H<''(licti(>ii, dans la mission syiioinio do Tiijx^li, après cin([ an- 
nées seulemenl de vie a|)Osloli(|ne, le P. Gilbickt liH;.VLi/i, de la 
Province de Tovdouse, homme d'un souverain nu'|)ris pour son 
honneur, son bien-êlre el même sa vie. Le souvenir de ce j^rand 
ouvrier, si eomplètemenl morl au nionde el à la nature, écrivait le 
consul français de la ville d'Alep, » nCsl pas moins lécond poui* 
nous en iVuils de salul (pie cher, vénérable el inel1a(;al.)le ». Dieu 
lui avait donné un<> adnïiral)le [)uissance, non seulement sur les 
âmes, nuiis aussi sur l(?s corps : pour les «^uérii'. il lui suflisait 
de <pu'l(jues poulies d'eau, où il se; conlenlail de lairc tremper 
une reli<jue de saint l'raneois Xavier. Mais la mission (|ui avait 
icndu son nom plus célèbre, était celle d Alexandrelle, petite ville 
de la cote, dont lair était si inleclé cpion la comparait à un sé-pid- 
(M(\ où Ton lU- reiu'onlrait (pie des demi-inorts, selon re\j)ression 
du I*. Ilesson. « On ne saurai! v demeurer un jour, disent les Mt'*- 
moires du JA-vanl, sans conlractei" des maladies doni la plu[)arl 
des ('■tran<>('rs ont peine à revenii'. lîien des <>-eus eu lutMirciit dans 
très peu de temps; cl ceux (pii en soûl (piilles à uumIIcui' maiché, 



XXX SEPTEMBRn:. — p. f.Al RENT GODHKROII). .Vi9 

sont loui'inenlës pentlani un ou deux mois de lièvres d'uniï espèce 
inconnue en Europe ». Pénétré d'une généreuse honte, à l'exemple 
du grand apôtre des Indes, que la passion du gain fut plus puis- 
sante que le zèle à faire affronter les derniers périls, il s'v exposa 
héroïquement, en un temps où ce lieu était dépourvu de tout autre 
prêtre, entendit les confessions de presque tous les habitants, et 
ne s'en éloigna qu'avec une extrême douleur, en faisant le vœu 
d'}' revenir aussi souvent que ses supérieurs le lui permettraient. 
Aussi, pour lui témoigner leur reconnaissance, les négociants d'A- 
iexandrette, après l'avoir traité magniliquement sur un de leurs 
vaisseaux, le saluèrent au jour de son départ d'une salve de toute 
leur artillerie. 



Epistola P. NicoL. de Poiresson, Sidone, I8-' ovlob. 1655 (Archiv . dom.), 

— Besson, La Syrie cl la Terre Sainte, édit. C.vuvyon, 1862, p. 56, I 32. 

— Mémoires du Levant, t. 4, p. \o; t. 8, p. 129. 



Le même jour de l'an 1619, mourut à Tours le P. Laurent (Jo- 
DEFROiD, laborieux missionnaire des campagnes de la Touraine,, 
qu'il parcourait sans cesse à pied, revêtu du cilice, et portant avec 
joie les insignes de l'humilité et de la pauvreté dans ses vêtements 
et sa chaussure, qu'il raccommodait de ses propres mains. Sa pa- 
role et sa prière, jointes à de pareils exemples, avaient une erticu- 
cité prodigieuse. Parmi les miracles qu'il opéra, on cite la guéri- 
son subite d'une de ses sœurs, <[ui s'était consacrée à Dieu. Sur 



VU) MÉNOLOGF. S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

son lit (le moi t, il s(î vit entouré d'une troupe d'esprits bienheu- 
icitx (|ui venaient recevoir son ame, et la nuit suivante il apparut 
tout glorieux à un de nos itères, pour lui donner l'heureuse nou- 
velle (le son entrée dans le ciel. 



.Nadasi, A/i/t. (lier, inetnor. , ilO^ se})t. .p. iV)5. 



MÉNOLOGE 



DE 



LA COMPAGNIE DE JÉSUS 



ASSISTANCE DE FRANGE. 



I^"- OCTOBRE 



* L'an 1578, on ignore quel mois et quel jour, mourut à Toulouse 
en grande réputation de sainteté, le P. Sébastien des Molineaux, 
« homme, dit l'auteur de son éloge, vraiment spirituel, attaché de 
cœur à l'esprit de la Compagnie, parfait observateur de nos règles, 
très adonné à la pénitence et à la mortification ». Ce court panégy- 
rique est amplement justifié par ce que nous savons de la vie du 
P. des Molineaux. 11 était déjà prêtre quand il entra au noviciat, 
et la disette d'ouvriers dans ces premiers temps ne permit pas de 
le laisser longtemps aux études. Néanmoins, quand on le chargea 
d'une classe de philosophie, il ne dit pas une parole pour s'excuser, 
et foulant aux pieds toutes les préoccupations de l'amour-propre, 
il considéra uniquement la volonté de Dieu. Animé du môme es- 
prit d'obéissance, on le vit plus d'une fois, sur un simple mot des 
supérieurs, monter en chaire presque sans aucune préparation , 

351 



352 MHNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE KRANCH. 

après les plus illustres prédicateurs cl devanl les auditoires les 
plus imposants. 

Sou apostolat de prédilectiou était celui des campagnes et des 
pauvres pécheurs ; il avait un ail merveilleux pour ramener à Notre- 
Seigueur les âmes les plus rebelles, et en particulier les héréti- 
ques et les condamnés à mort ; il les entourait des témoignages 
d'une si alfectueuse charité, (pi'à peine s'en trouvait-il un seul «pii 
pût lui résister. C'est aux pieds du Sauveur ciucifié ([uc le P. des 
Molineaux enllammail l'ardcMir de son zèle, et c'est par ses larmes 
souv(Mil mêlées à son sang (juil arrachait les âmes à l'enfer. Pour 
gagner à Dieu une religieuse trop peu fidèle à sa vocation, il 
ne craignit pas do s'infliger un jour jusqu'à mille (H)ups de disci- 
pline. Placé pendant treize ans à la tète du noviciat de Toulouse, 
il forma les jeunes gens confiés à ses soins, aux vertus fortes et 
solides, ([u'il j)raliquail lui-même; il savait suitout hnir inspirer 
l'amour de leur vocation, et beaucoup lui durent leur persévérance. 
A (pielque fonction ([u'il fùl appliqué, le P. des Molineaux, unique- 
ment appuyé sur sa confiance en Dieu, jointe à un travail rpiî 
allait justpi'à l'épuisement de ses forces, recueillit les fruits les 
plus abondants, et il a montré avec éclat [)ai' toute sa vie, con- 
clut justement l'auteur de son éloge, que la vertu et la grandeur 
du cceui' peuvent plus (pie la science pour la gloire de Dieu et 
le salut des âmes. Il mourut à l'âge de soixante-ipiatre ans, dont 
il avait passé trente-neuf dans la Conqiagnie. 



Ltif. <inn. Prov. Tolos., aiin. 1008 { Arc/in'. Rom. ). 



II OCTOBRE 



Le deuxième jour du mois (roclobrc de l'an 1018, mourut à Li- 
moges, en grande réputation do sainteté, le P. Icjnace Balsamo, a- 
près avoir été pendant plus de trente-deux ans Maître des novices 
et Père spirituel dans les deux Provinces do Lyon et de Toulouse. 
La Krance lui dut grand nombre de parfaits religieux, <ju'il avait 
formés uniquement sur le modèle des Constitutions, et qu'il en- 
flammait sans cesse d'une sainte émulation, par le récit des œu- 
vres apostoliques, des succès et des soulïrances de nos premiers 
Pères, mais plus encore par celui de leurs héroïques vertus, de 
leur renoncement à eux-mêmes, et de leur insatiable ardeur à pro- 
curer en toutes choses la plus grande gloire de Notre-Seigneur. 
Ces pieux récits lui semblaient d'une telle efficacité, qu'il entrete- 
nait un commerce assidu de lettres avec les missionnaires qu'il 
avait autrefois connus, et que l'esprit de Dieu avait portés aux ex- 
trémités du monde ; il voulait être instruit des moindres détails 
«le leur vie. 

Malgré ses travaux, ce saint homme consacrait au moins deux 

heures chaque jour à la méditation des choses divines ; l'on peut 

même dire que son oraison était continuelle, car rien ne pouvait 

interrompre l'union de son cœur avec Dieu. Souvent dans l'ardeur 

A. F, — T. II. — 45. 3S3 



'Mi^ MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

(le sa |)rièr(', son visage ('lait hai^iir de laiiiics ; iiialg-i'r ses ef- 
loils, il ne pouvait caelier I ahondance des consolations divines, 
surloiil ]oi"S(|U(', |)('iidaiil le saint saerifiec;, il ('lail (''le\c'' de terre 
|)ar la i'oiee nnineihle de Tespril di\in. Ces laveurs étaient pour- 
lui nii ^land sujet de contusion : il clierehait à s'en d('-donnna- 
<^-ei' [)ai" Texereiee des louetions les plus liund)]('> de la maison 
et des plus rigoureuses prali(fues de pénitence. Sans ég-ai'd pour 
ses nond^rcuses infirmités, (piil appelail les hriKulictions du Sei- 
i^iicur, il ol)ser\ait encore, à plus de s()i.\aule-([ual()r/.e ans, un 
jciùue très austère, se llag'cdiait sans pilic-, el ue ([uillait pas mê- 
me SCS vêtements poui' se leposer pendant la nuit. Plusieurs pré- 
lats, tels cjuc les légats du Saint-Siège el rarclievè(|ue d .Vvignon, 
venaient faire sous sa conduite les Itixerciees d(; saint Ignace, el 
ils en sortaient trausrorm(''s en d'autres liomines. 

Mais le I*. lîalsamo sattaeluiil suitout à la lornuition des re- 
ligieux de la Compag'uie. (^elui cpii aid(> \\\\ .K'-suite à devenir un 
saint, fait plus, tlisait-il, j)our la gloire de Dieu, «pie sil con- 
vertissait un grand nombre d'àmes. 11 recommandait aux jeunes 
g-ens l'amour cordial de toutes leurs règles, en parlieuliiM' du si- 
lence, et s'appliquait à leur inculquer cette maxime ; Celui qui 
ne sait ])as réprimer sa langue, ue saura jamais s'entretenir de 
Dieu et avec Dieu ; et ecdui (pii néglige volontairement une seule 
règle, la l'egardant comme peu iuqiortante, montre assez «[u'il n'a 
pas pour unique but l'amour et l'accomplissement filial de la très 
sainte et aimal)le \'(doul('' de Dieu. 



If OCTOBRE. P. BARTHÉLÉMY GERMON. 355 

CoRD.vRA, Histor. Societ. Jesu, part. 6, lib. o, /?. 80, p. 158. — Sotuel- 
Lus, Bibliolh. Scriptor. Soc. Jesu, p. 392. — Nauasi, Ann. dier. mcinor., 
2* octob., p. 200. — Patrignani, Menolog. , 2 ottob. , p. 9. — dk Backe», 
Bibliolh . . . , t. 3, p. 110. 



Le même jour de l'an 1718, mouriii à Orléans, où il venait d'as- 
sister sa mère à la mort, le P. Barthélémy Germon, Agé de cinquan- 
te-six ans, dont il avait passé trente-six dans la Compagnie. Son 
nom est assez honorablement connu dans l'histoire littéraire du 
XVIII*' siècle, par ses qualités éminentes d'érudition et de ména- 
gement dans la discussion, pour qu'il nous suffise ici de les 
rappeler. Mais il importe plus à sa mémoire de dire à quel 
degré il vécut et mourut en religieux exemplaire. « Rien n'a 
été plus édifiant que sa vie » dit son supérieur, le P. Labbe, 
qui nous en trace en quelques lignes un portrait charmant, « et 
c'est sans doute, ajoute-t-il, ce qui lui a mérité des miséricor- 
des du Seigneur une si glorieuse lin ». Car c'était un parlait 
modèle des plus excellentes vertus religieuses : « plein de charité, 
aimable, modeste et recueilli ; entièrement soumis à ses supé- 
rieurs, et a3^ant pour eux tous les <;gards imaginables ; prêt à 
obliger toujours chacun de ses frères et ne laissant jamais éclater 
plus de joie que quand il se présentait quelque occasion de leur 
faire plaisir ; zélé pour les intérêts de la religion et l'honneur de la 
Compagnie, et travaillant infatigablement pour Dieu et pour l'É- 
glise ». Quand la divine Providence parut lui demander presque à 
l'improviste le sacrifice de sa vie: « Je n'ai guère vu, dit son con- 
fesseur, d'homme si soumis, ni plus prompt à faire d'aussi bon 



•••ir» MKNOi.orn-: s. .1. — assistanck dk franck. 

<(i'iir cl <'iili('r(Mii('iil son suciiMcc ;>. Au milieu «le; loulcs ses doii- 
Iciiis, il ne s'(»c('ii|)ail ([iic de son Saiivonr cl ne vonhiil pas (jn on 
Ini <lil lin mol d ;inlfe eliose (|in' des sonllranctîs de la croix. Aussi 
sa HM'inoire denuMira en l)(''n('dielioii, eoiiiiiic celle d un \ rai .h'suite, 
en é^al renom i\(.' science cl de saintoli'. 



/jC/t/r (lu y. L\mii: ti la tiioil <hi I'. liart/iclfim/ (icr/nan, " un rollège 
(le /'////.s, 10' ovtoh. 17 IH » ( Arc/iiv. do/n . 1. — ^'^^"f(- dcfuiul. l'roK'int. 
l'idiir. (Arc/là: lloni. ). — i»i; IIackku. liihliofhcffuc . . . . i. i. />. .'»'{){. — 
l'^KLi-KK, DUtionn. histor. . /. .'>, jk 2S'i. Picot. Mémoires pour .servir 

à l'histoire eeclesidstif/ue .... /. \. />. 1\). — lii(tgraplne univers., nrti- 
rie (iKKMu.N, /. 17. p. 2I(). — \ouvelle Biographie générale. I. 20. 
D. 26(). — Journal des Savants, mai 1702. j). .')20. 



m OCTOBRE 



Jjf troisième jour d'octobre nous rappelle le souvenir de deux 
de nos Frères Coadjuteurs, qui donnèrent à la Province de France 
des exemples insignes d'humilité et d'abnégation, le F. Ftiknne 
Martellange, mort au noviciat de Paris, en 1641, à l'âge de soi- 
xante-douze ans, et le F. Pierre de Saint-Oilî,es, au (collège de Louis- 
le-Grand, en 1701, à l'âge de quatre-vingt-six ans. 

Le F. Martei, LANGE, né à Lyon, était un des peintres et des ar- 
chitectes les plus renommés de son temps. Le goût des arls lui 
avait fait entreprendre de bonne heure le voyage de Rome, et il 
était déjà sur la voie de la richesse el des honneurs, lorsque à 
peine C\gô de vingt-et-un ans , il résolut de se consacrer à Dieu 
dans les })lus lunnbles fonctions de la vie religieuse, ('omine il 
avait fait toutes ses études, les su})érieurs de la Province voulurenl 
l'élever au sacerdoce, mais il obtint, à force de prières, la grâce 
de vivre et de mourir dans le degr<'' que l'amoui" de Notre-Sei- 
gneur lui avait fait embrasser. S'il se soumit par obéissance à 
donner le plan et à diriger les travaux de l'église du collège de 
la Trinité à Lyon, et de celle du noviciat de Paris, que l'on re- 
gardait comme un chef-d'œuvre, il revenait toujours avec joie aux 



'I V !^ 



'i'JS MKNOI.OfiE S. J. — ASSISTANCK DF I-RANCE. 

odicos les plus vils cl les plus p(înibl('S h la iialiirc. saintement 
avide de l'iiurnililci cl de la croix. 

Le l"\ PiKHRFv i)H SAi.M-(iiLM;s, issii d'iiiic riclio cl noble raniille, 
('•lait lin d(îK grands hicnifaiteurs de nos missions du (lanada et des 
Antilles ; ses conniiissances distinguôcs lui assuraient, aussi })ien 
(pic son i'an<>-, une posilion très honoral)le dans le monde, lors- 
(ju'à l'âge de trente ans, il se présenta au noviciat de Paiis, de- 
mandant humblement au supcricuii' (juc Ton voulut bien l'admettre 
en qualité (1(^ l'rcre Coadjutcur ; et durant les cincpiante-six 
années de sa vie religieuse, (ju'il passa prcscjue toutes dans le 
laborieux emploi de Procureur des missions de la Martinicjuc, il 
ne sembla se souvenir de son opulence et de sa noblesse, que 
pour être le «Icrnier de tous, le plus méprisé, le plus ]>auvrc et 
le j)lus crucifié. 



F. .MvuTKi.LANGi:. — C/\ UviiEYHkTK, Scnptor. Provinc. Fidiic., /;. 2G0. — 
Elogid dcf'unctor. Provinc. Franc. ( Arc/iiv. Rom. ). — Liticr. unn. Prov. 
Franc, ann. 1G33. — uk Iîackeh, Bibliothèque ... . t. .">, j). .V22. — Bio- 
grap/iic univcrr.eLlc , t. 1\\, p. 223. — Nouvelle Biographie générale, I. .'53, 
/). *.)1)8. — FoNTE.N.vv, Dictionn. des artistes. 1777. 

l*". i»K Sai.nt-Gu.i.ks. — Cf. Elogia defunetor. Provinc. Franc, i Archiv. 
Rom.). — Lettre du. P. Dmuiot à la mort du F. Pierre de Saint-Gille.s, 
« à Paris, le 3 octoh. 1701 « {Archiv. dom. }. — de .Montkzon. .] fission 
de ('ai/en//e ei de la Guyane française, 1857. p. VM . 



* Le même jour encore de l'année l(/i8, mourut au collège de 
Cilermonl à Paris, où il remplissait les fonctions di> Père spirituel, 
l(ï P. Pii'Hiu: i)i: Ses.maisons, « religieux, dit l(> P. Kybeyrètc, ipii n'a 



m OCTOBRE. — P. l'IERRK DE SESMAISONS 359 

pas jeté moins d'éclat sur la Gompag-nio par ses vertus ({iie par 
sa science, très cher aux Nôtres et aux étrangers, à cause de ses 
éminentes qualités, mais surtout à cause de l'incomparable améni- 
té de son caractère ». A cet élog-e trop succinct, le supérieur du 
P. de Sesmaisons ajoute quelques traits que nous transcrivons 
mot à mot. 

« C'était, dit-il, un très dig-ne sujet de la Compagnie, où il a 
servi fort utilement et avec grande estime, et pour sa doctrine, 
et pour sa prudence dans la conduite des âmes. Il s'était particu- 
lièrement attaché à l'étude de la théolog'ie morale, et s'y était 
rendu si excellent qu'il était consulté des plus habiles hommes et 
sur les affaires les plus importantes avec beaucoup de satis- 
faction, étant fort décisif et raisonnable dans ses résolutions. Il a 
été environ sept ans Père spirituel de cette maison, et Ton n'a 
guère vu de personne chez nous plus généralement aimé qu'il é- 
tait dedans et dehors pour sa douceur, cordialité, franchise, accom- 
pagnée d'une singulière tendresse de conscience, religiosité et sa- 
gesse dans sa conversation... Dès le second jour de sa maladie, 
on lui donna les derniers sacrements, qu'il reçut avec grand ju- 
gement et dévotion. Il a vécu encore plus de trois jours, pen- 
dant lesquels il nous a très merveilleusement édifiés ])ar ses bons 
sentiments et surtout par une tranquilité extraordinaire dans la 
vue de la mort, nous a^^ant dit que non seulement il n'avait au- 
cune peine, mais que par la grâce de Dieu, depuis son entrée 
dans la Compagnie, chose du monde ne l'avait troublé. Il a dé- 
siré de voir tous nos Pères et Frères pour leur témoigner la 
joie qu'il avait de mourir en la Compagnie, et le déplaisir ([u'il 
ressentait, disait-il, d'y avoir si peu fait pour le service de Dieu, 



'Mcti) .MKNOi-0(;i-: s. j. — assistance dk france. 

<l(> mimikImiiI :( chiiciiii sa l)(''ii(''(li<-lioii. <|iif je lui ai «loiiiitM- |mmii' 

I OlIS » . 

Le I*. (le Scsmaisous (dail i\y:;r (l<i s<Hxanl<'-('l-iiii ans cl i-n a- 
\ail passe'' (|iiaiaiil('-<ltMi\ dans la (!<)inj)agiii('. 



Hvhkvuktk, Srriplor. Proviiir. Franc, p. 223. — Letlff cinnlaire à la 
mort (lu J*. Pierre de Sesmuisons, « à Paris, re S tCortoh. Mi^S y» { Archiv. 
ilom., l'ollert. Kyijkvukte j. — Soti.ki.li s, Uibliotheca. . . . p. 700. — i»e Ba- 
«;kkii, Pihliothi'</iie . . . . I. .">, p. ()î)2. — IUpin, Mémoires, i. I, p. 21). 



IV OCTOBRE 



Le quatrième jour d'octobre de l'an 1635, mourut dans les en- 
virons de Moulins, le P. Charles Mallian, Provincial de Lyon, et 
pendant les dernières années de sa vie, confesseur du roi Louis 
XIII. Les deux cardinaux de Richelieu, qui avaient eu l'un et l'au- 
tre occasion d'admirer son désintéressement et sa vertu à toute 
épreuve, le proposèrent au prince pour la direction de sa con- 
science , et dès que celui-ci l'eut vu, il l'accueillit avec joie et ne 
voulut plus s'en séparer jusqu'à la mort de l'homme de Dieu. Le 
P. Mallian n'accepta qu'avec une profonde répugnance l'honneur 
d'un poste si éclatant. Il ne pouvait se rappeler sans verser des 
larmes, le temps heureux qu'il avait passé au milieu des pauvres 
et des mourants pendant la terrible peste de Lyon, leur rendant 
les services les plus bas, et espérant chaque jour tomber comme 
un grand nombre de ses frères, victime de la charité. 11 disait 
souvent que celui qui aime sincèrement la vie religieuse, ne peut 
aimer la vie des cours ;et il fallut, pour l'y retenir jusqu'à la fin, 
son ardent désir de travailler avant tout, selon l'esprit de saint 
Ignace, à la plus grande gloire de Dieu. Les peines et les fatigues 
de sa charge étaient^ ce qu'il estimait le plus et ce qu'il embras- 
A. F. — T. II. — 46. 361 



.362 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

sait toujours avec plus d'ardeur. Une année qu'il était gravement 
nnalade ;iux approches de la Pentecôte, le roi ayant dit qu'il re- 
mettrait ses dévotions à une autre i'ètc, puisqu*; son confesseur ne 
pouvait venir, le P. Mallian se leva de son lit cl se traîna tout 
défaillant jusqu'au palais, pour que I<; j)iin<e ne fûl pas privé, 
dans une si belle fête, de recevoir la sainte communion. 



Elogia defunct. Prov. Franc. ( Archiv. Horn. }. — Pathignani, Menologio, 
holtob., p. 25. 



V OCTOBRE 



Le cinquième jour d'octobre de l'an 1654, mourut à Dijon le P. 
Nicolas de Condé, l'un des hommes les plus illustres de la Pro- 
vince de Champagne, et dont on disait publiquement, au témoi- 
gnage de Dom Calmet, lorsque le roi Louis XIII s'empara de la 
Lorraine, que de tous les joyaux ajoutés par cette conquête à la 
couronne de France, le P. de Condé était le plus précieux. Son 
éloquence naturelle, toute pénétrée de l'esprit de Dieu, le faisait 
regarder, dit le P. Nadasi, comme un miracle de la nature et de la 
grâce. Pour prêcher la parole de Dieu avec plus de pureté, d'onc- 
tion et de force, il lisait chaque jour quelques chapitres de l'Écri- 
ture sainte, à genoux, et joignait l'abstinence la plus rigoureuse 
à la méditation et à la prière, pour recevoir d'un cœur plus pur 
la sagesse et la lumière de Dieu. 



Elogia defunctor. Provinc. Campan. { Archw. Rom.). — Nadasi, Annus 
dier. memorab., 5» octob. , p. 207. — Drews, Fasti Societ. Jes., 5* oc- 
tobr., p. 389. — Sotuellus, Bibliotheca Scriptor. Societ. Jesu^ p. 628. — 
DE Backer, Bibliothèque..., t. 2, p. 141. — Dom Calmet, Bibl. Lorr. , 
p. 299. 

363 



SC-'l MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Lo iMcme jour, à l*aris, l'an 1820, mourut le F. Augustin Bar- 
RUEL, dont lo plus hcl ('logo nsl d'avoir consacré plus <1(; cpiarante 
ans do sa vio à la (lôfensc; do la loi. Dig-iic fils (\(' saint Ignace, 
il losscnlit proforidônuMit, disent ses biographes, les maux et les 
biens do l'I'^glise ; il était toujours sur la l)rècho pour repousser 
l'ennemi et recevoir les premiers coups. L'hisloire no nous offre 
pas, à la lin du XVIll'^ siècle, un plus intrépide combatljint. On sait 
avec quelle vigueur il attacpia la j)hilosophie incrédule , le maria- 
ge civil, la constitution civile du clergé. Des écrivains étrangers 
à la (Compagnie n'ont pas craint de dire que le clergé français lui 
dut alors en grande partie son héroïque; constance. Le Concordat 
de Pic Vil et la souveraine autorih- du Pontife Romain n'eurent pas 
sous lo règne de Napoléon, de plus ardent défenseur, contre la Pe- 
tite r]glisc et les théologiens gallicans. Des esprits timides, plus 
prompts à prêcher une modération facile (juo le dévouement au jour 
du danger, lui reprochèrent quelquefois <lans la polémique une vi- 
vacité cjui n'était que la sainte et ardente passion do faire triom- 
pher partout la cause de Dieu ; ils l'accusèrent mémo d'exagération, 
lorsque le premier de tous il dénonçait au monde chrétien les tra- 
mes infernales des sociétés secrètes. Mais les événements ont bien 
vite justifié son (;ri d'alarme, et montré ([uo la sagesse de ses pré- 
visions ne le cédait en rien à la fermeté de son àme. 

C'était bien ontondu au péril de sa liberté et de sa vie que le 
P. Rarruel démasqua presque toujours les attaques de l'impiété. Au 
plus Ibil do la Kévolution fran<;ais(\ il (Mitroprit t]c i amener à l'K/gli- 
se lo vieil évô(pio intrus ot apostat, Joseph (iobol, (jui avait pous- 
sé la faiblesse juscpi'à présider aux orgies du culte de la déesse 



V OCTOBRE. — P. AUGUSTIN BARRUEL. 365 

Raison ; et après l'avoir convaincu, il le pressait, au nom de Dieu 
et de son âme, de rétracter publiquement une si horrible apo- 
stasie. Gobel ne s'en sentait pas le courage. « Eh bien ! lui dit un 
jour le P. Barruel, ce sera moi qui lirai en chaire, dans la métro- 
pole, votre rétractation : je la lirai, vous présent ; on s'emparera de 
nos personnes , on nous traînera à l'échafaud , et de là nous monte- 
rons tous deux au ciel ». Parvenu à l'âge de près de quatre-vingts 
ans, le généreux vieillard n'avait rien perdu de la vigueur de son 
âme ; et lorsqu'il sentait plus vivement les cruelles infirmités qui 
lui annonçaient la mort, on l'entendit s'animer d'une voix tremblan- 
te de douleur, mais encore pleine d'énergie, en répétant ces belles 
paroles, mobile et devise de toute sa vie militante: «Dieu le veut! 
Dieu le veut » ! 

« La nuit qui précéda sa mort, raconte le P. Delvaux, désirant 
l'encourager dans ses grandes souffrances, j'eus l'indiscrétion de 
lui parler de tout ce qu'il avait fait pour la défense de la religion. 
Il m'en reprit avec une sorte d'indignation : « Que dites-vous là ? 
Je n'ai rien fait. . . Parlez-moi de mes péchés. . . Je ne compte que 
sur la miséricorde de Dieu ». Le P. Varin l'ayant averti, sur sa 
demande expresse, que sa dernière heure approchait, le moribond 
inclina la tête ; et répétant jusque dans le délire de l'agonie ces 
paroles : Fiat^ laudetur et superexaltetur justissima et amabilissi- 
ma Dei uolunfas, il rendit doucement son âme à Dieu. 



Notice ms. sur le P. de Barruel (Archiv. dom. ). — Quelques te'moi- 
gnages contemporains ( Archiv. dont. j. — Mémoires sur le noviciat de Mont' 
rouge, p. 133. — de Backer, Bibliothèque..., t. i, p. 43. — Caballero, 



366 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Biblioth. Scriplor. Societ. Jesu, Supplem. 1"", /;. 90. — CnéTiNEAU-JoLt, 
Uist. de la Compagnie de Je'sus, t. 6, chap. 3, pKW. — Dussallt, No- 
tice en tête des Hclviennes^ 6" e'dit., Me'quignon, 1823. — Biographie uni' 
vers. — Felleii, Diclionn. hislor., t. i, p. 309. — L'Ami de la Religion, 
t. 25, /?. 401.. ,• /. 26, p. 81, 129. — Neut, Nécessité d'étudier la Franc- 
Maçonn^irie^ p. 44. — l'abbé Mollikr, Recherches historiques sur Ville- 
neuve-de-I3erg, Avignon, 1866, p. 368. 



VI OCTOBRE 



Le sixième jour d'octobre de l'an 1662, mourut en odeur de sain- 
teté à Rouen, le P. Barthélémy de Fumechon, l'un des plus fidèles 
disciples du P. Rigoleuc dans les voies de la vie intérieure. II ne 
cessait de remercier Notre-Seigneur de lui avoir fait connaître un 
si saint homme, assurant qu'il n'avait eu qu'une idée grossière et 
misérable de la vraie spiritualité, jusqu'au moment où la Providen- 
ce le conduisit près de cet admirable directeur ; et c'était, ajoutait- 
il souvent, une des plus grandes grâces qu'il eût jamais reçues de 
la miséricorde de Dieu. Le P. de F'umechon joignait à cette haute 
perfection des talents extraordinaires, cultivés avec le plus grand 
soin ; et malgré la faiblesse de sa santé presque toujours chance- 
lante, il rendit aux âmes des services signalés. On cite en particu- 
lier un fort grand nombre d'hérétiques de distinction qu'il gagna 
autant par sa charité que par son habileté dans la controverse. Il 
se montra si fidèle à ce qui fait avant tout la sainteté d'un reli- 
gieux, qu'on ne le vit jamais transgresser aucune de ses règles, 
pas même celle du silence, pendant les vingt-neuf ans qu'il vécut 
dans la Compagnie, où il était entré à l'âge de dix-sept ans. 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. ( Archiv. Rom.). — Champion, La 
vie du P. Jean Rigoleuc^ Paris, 1690, p. 132, 133, 

367 



VII OCTOBRE 



Le seplièiiK^ j^u*' d'octobre de l'an 1C51 , mourut h Paris le P. 
Jacques Sirmond, regardé comme le maître, le père et le modèle 
de cette mag-nifique génération, si glorieuse à la (lompagnie, qu'on 
vit fleurir en France sous le règne de Louis XIII. Jamais peut-être, 
dit le P. Cassani, aucune autre maison de la Compagnie ne vit à 
la fois une réunion approchant de celle qu'offrait au monde la sé- 
rie des humbles cellules du collège ou de la maison professe de 
Paris, lorsque le P. Sirmond en était le supérieur. Les PP. Fron- 
ton du Duc, Denis Petau, François Grandamy, Jacques Salian, Cres- 
sole, (iordon, Viger, Le Mairat, Bagol, Moncée, Caussin, Cellot, 
bientôt suivis des PP. Labbe, Cossard, llayneufve et de plusieurs 
autres, semblaient recevoir de lui la science et l'ardeur à défendre 
l'Église, (jui furent le caractère de toute leur vie. 11 leur commu- 
niquait à tous, avec une générosit(' sans bornes, toutes ses riches- 
ses littéraires. Les étrangers eux-mêmes, religieux et luunmes du 
monde, ne j(;couraient jamais en Nain à ses lumières. Plusieurs, 
dont le P. de la Beaune nous a conservé en partie les noms, lui 
dureiil 1 i(K''e cl K>s matériaux des ouvrages (jui ont lait leur gloi-» 
re ; il les aidait avec lanl dr bonne grâce il dv modestie, que 



vu OCTOBRE. — P. JACQUES SIRMOND. S69 

sûrs de sa discrétion, quelques-uns le payèrent de sa complaisance 
par un silence plein d'ingratitude. Le même P. de la Beaune nous 
a pareillement conservé quelques-uns des témoignages d'estime et 
d'admiration que prodiguèrent à ce grand homme les plus savants 
écrivains de ce siècle, tels que Baronius, Bellarmin, Valois, Juste 
Lipse, sans en excepter les plus habiles partisans de l'hérésie, tels 
que Grotius, Saumaise et jusqu'au célèbre Gothofredus, dont le 
savoir semblait si redoutable au cardinal Duperron, mais qui fut 
réduit au silence par le P. Sirmond. 

Pour prix des services qu'il avait rendus à la sainte Eglise, le 
pape Urbain VIII lui témoigna le désir de le voir à Rome, dans 
le dessein de l'élever à la pourpre romaine ; mais l'humble reli- 
gieux pria le Souverain Pontife de ne pas l'obliger à ce voyage, 
cachant sous l'excuse de son grand âge son éloignement des hon- 
neurs ; et le roi Louis XIII, jaloux de garder un si précieux tré- 
sor, le choisit pour son confesseur, afin de le fixer près de lui. 

La vertu du P. Sirmond était à la hauteur de sa science ; il s'é- 
tait fait admirer dès sa jeunesse par son talent et par son zèle à 
inspirer la piété à ses élèves, aussi bien que par son habileté et 
ses succès dans l'enseignement. Il compta au nombre de ses éco- 
liers, lorsqu'il était encore jeune professeur de rhétorique, saint 
François de Sales et le Bienheureux Pierre Fourier ; et ces deux 
glorieux serviteurs de Dieu conservèrent jusqu'à la mort une esti- 
me et une affection filiales pour les vertus de leur cher maître. II 
fut en effet toute sa vie si fidèle à la pratique des vertus religieu- 
ses, qu'à l'âge de quatre-vingt-treize ans, dont il avait passé soi- 
xante-quinze dans la Compagnie, ses supérieurs le citaient avec 
complaisance aux novices et aux jeunes étudiants de la Province, 

A. F. T. II. — 47. 



370 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DK FRANCE. 

comme un modèle de régularité, d'obéissance, de mortification et 
d'infatigable persévérance à ne pas perdre un moment qui ne fût 
consacré à l'étude, à la charité ou à la f)rière. Ainsi jusqu'à sa 
dernière heure, ce vaillant athlète s'entretint de Dieu et de l'éter- 
nité, avec une affection et un calme (jue l'on ne pouvait contem- 
pler sans attendrissement ; il remerciait surtout Notre-Seigneur de 
l'avoir appeh; à la Compagnie dès sa jeunesse, et de lui avoir 
fait celte grâce insigne d'y persévérer pendant plus de trois quarts 
de siècle et jusqu'à la mort. 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. ( Archw. Rom. ). — Litter. Ann. So- 
ciet. Jesu, ann. 1651, p. 120. — de la Beaune, Vita P. Sirmondi, Cf. 
J. Sirmondi.. . . Opéra varia..., Parisiis, in- fol. 1G96. — Différentes Vies 
du P. Sirmond. Cf. Carayon, Bibliographie historique de la Compagnie 
de Je'sus, n° 2600, p. .350. — Hybeyrète, Scriptores Provinc. Franc, 
p. 122. — SoTUELLus, Biblioth..., p. 387. — Drews, Fasti Societ. Jesu, 
7a octob., p. )}92. — Patrignam, Afenologio, 7 ottob., p. 53. — Cassani, 
Varones ilustres, t. 2, p. 288-30'i. — de Backer, Bibliothèque..., t.% 
p. 558. — Zaccaria, Biblioth. ritual., t. 3, p. 267. — Fem.er, Dictionn. 
historique .^ t. 5, p. 510. — Biographie univers. .^ article Sihmond. 



Vni OCTOBRE 



Le huitième jour d'octobre de l'an 1659, mourut à Québec, en se 
dévouant au service des malades, le P. Jean de Quen, du diocèse 
d'Amiens. Le premier de tous les missionnaires du Canada, il avait 
pénétré dans les immenses forêts du nord, et était regardé en par- 
ticulier comme l'apôtre des Algonquins. On peut se faire une idée 
de tout ce qu'il eut k souffrir, dans un temps où, selon l'ex- 
pression de la Vénérable Marie de l'Incarnation, les martyrs que 
la rage des Iroquois avait fait périr dans les supplices, ne sem- 
blaient pas être ceux qui avaient souffert le plus. Nommé supé- 
rieur de toutes les missions sauvages, voici ce que le P. de Quen 
écrivait à ses frères d'Europe, en leur envoyant le récit des dou- 
leurs et des joies d'une Eglise, où il fallait tous les jours « se 
mettre dans les dangers du feu de la terre pour délivrer ces pau- 
vres peuples du feu de l'enfer, se jeter dans la captivité pour les 
mettre en liberté, endurer la faim, la soif et la nudité, pour les 
nourrir et pour les revêtir de Jésus-Christ ». — « Vous vo3'^ez bien 
que nous pouvons dire avec vérité que les jours de cette dernière 
année ont été boni et mali, bons et mauvais, comme les jours de 
Jacob. Disons plutôt qu'ils ont tous été bons, puisqu'ils se sont 

374 



372 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DI- F-HANCE. 

passés on la croix. Nous avons (;cltc consolation (juc c^'cst la que- 
relle dv. Jésus-Christ et de son Mvang-iic, (jui est la cause de nos 
travaux et (jui nous ôlc la vie. Nous ne nous étonnons point à la 
vue de notre sang. Noire douleur et noire tiistesse est notre petit 
nombre, nous crions à l'aide e1 au secours. Knvoyez-nous des gens 
de cœur ([ui ne s'elfraienl jjoint à la vue de; mille morts qu'il faut 
tous les jours souffrir, en cherchant des barbares dans les taniè- 
res de leurs grands bois ». 



Elo<^ia defunctor. Provinc. Franc. ( Archiv. Rom.). — Relations.. . des 
Missions... de la Nouvelle-France, ann. 1035-1657. — Lettres de la 
Vkn. Mahik i)k l 'Incahnation, p. 544. 



Le même jour de l'an 1793, vingt ans après la suppression de 
la Compagnie, mourut à Pékin dans la soixante-quinzième année 
de son âge, le P. Joskph-mahii: Amiot, de Toulon. .Au jugement des 
savants, nul, après les PP. Prémare et Gaubil, n'a mieux mérité des 
sciences et des lettres. Parti pour la Chine en 17o0, le P. Amiot a- 
bordait à Macao avec deux Jésuites portugais, au commencement 
de l'année 1754, et peu après, pai' ordre de l'empereur, il prenait 
le chemin de la capitale. Il y arriva brisé de fatigue après un 
voyage de plusieurs mois ; presque aussitôt, il fui j^résenté à l'em- 
pereur. La persécution sévissait alors dans le Céleste-Empire ; à 
l'abri d(î la science, les missionnaires pouvaient encore exercer 
leur ministère à rinlérieur de leur maison et même au dehors, 
moyennant <pielques précautions. Le service divin se faisait régu- 
lièrement dans leur église ; dilférentes congrégations se mainte» 



VIII OCTOBRE. — P. JOSEPH-MARIE AMIOT. 373 

naient dans l'esprit de ferveur. Le P. Amiot ne tarda pas à être 
chargé de celle des enfants, sous le titre des saints Ang-es gar- 
diens. Cette occupation et celle du tribunal de la pénitence parta- 
geaient son temps avec l'étude de la langue, de l'histoire, des 
mœurs et des arts de la Chine. 

Pendant plus de quarante ans, le P. Amiot vécut à Pékin, attaché 
à son obscur et ingrat labeur, soutenu dans ses fatigues par la 
pensée qu'il accomplissait la volonté de Dieu et servait les intérêts 
de la religion, non moins efficacement que s'il avait parcouru les 
provinces en annonçant la bonne nouvelle. On peut voir, dans les 
Mémoires concernant la Chine, la longue liste de ses ouvrages. Si 
l'on se rappelle au milieu de quelles douloureuses épreuves il les 
écrivit , on admirera plus encore et son ardeur au travail et 
son invincible force d'âme. La nouvelle de la suppression de la 
Compagnie le remplit d'une immense douleur ; pour perpétuer à la 
fois le souvenir de cette grande catastrophe et de ses regrets, il 
composa, en l'honneur de l'Ordre détruit et de ses frères morts 
sous la bannière de saint Ignace dans des jours plus heureux, 
cette touchante épitaphe que, soixante ans plus tard, un mission- 
naire qui fut ensuite Mgr Mouly, ne pouvait lire, au milieu des 
ruines, sans verser des larmes abondantes. Dégagé malgré lui de 
ses vœux, le P. Amiot continua de les observer avec la même fi- 
délité, et lui-même déclare dans son testament qu'il a vécu et 
qu'il meurt sans avoir rien en propre. Il était un des derniers 
survivants de cette glorieuse légion d'apôtres qui, depuis deux siè- 
cles, avaient cultivé, au prix de leurs sueurs et de leur sang, cette 
vaste portion de l'héritage du Père de famille. 



-174 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

De B\ckkh, liibliothèque des Ecrivains..., t. 3, p. 2G-4^, article du 
P. Lalra.s. — Pfisteh, Notices biograph. et bibliogr.., n" 389. — Lettres 
cdif. et curieuses, passirn. — Chiîtineau-Joly, Histoire de la Compagnie, 
I. 5, vh. \, p. ()S ; ch. 0, p. 340. — Hue, JjC Christianisme en Chine, 
t. \, ch. '), p. 205 et suiv. — Felleh, Dictionn. histor., t. \, p. 154. — 
Lettre de M. Mouly, 12 octob. 1835, Cf. Annales de la Propagation de 
la Foi, t. 10, p. 100 et suiv. 

Voici l'épitaphe dont il est parlé plus haut ; il nous semble qu'elle a sa 
place marquée dans ces pages ; elle était au-dessous d'un tableau du P. 
Arniot. 

In nomine Jesu : 

Amen. 

Inconcussa 

Dit", TANHEM 

Tôt victa imxocelus, occu- 

BUIT. 

Sta, viator et 
Lege : 
Atque humanarum inconstantiam rerum paulisper 
Tecum rcputa. Ilic jaccnt Missionarii Galli, ex 
nia, dum viverent, celeberrima Societate, quœ 
Ubiquc locoium genuinum Vcrum Dei cultuni 
Docuit et promovit ; qujc Jesum, a quo nomen 
Accepit, in omnibus, quantum patitur humana 
Imbecillitas, propius imitatur intor labores et 
.^]rumnas, virtutem excoluit. proximum juvit et 
Omnia omnibus facta, ut omnos lucrifaceret, 
Per duo et amplius sœcula quibus floruit, suos 
Dédit Ecclesia^ martyres et confossores. 
Nos, Joseimu's-Mauia Amyot 
Caîtcrique ex cadem Societate Missionarii 
Galli, dum Pekini Sinarum, sub auspiciis 



VIII OCTOBRE. — P. JOSEPH-MARIE AMIOT. 37S 

Et tiitela Tartaro-Sinici Monarchœ, 
Obtentu scientiœ et artium, rem 
Divinam adhuc promovemus ; dumque in ipso 
Imperiali palatio, tôt inter inanium 
Dclubra deorum, praefulget adhuc Gallicana 
Nostra Ecclesia ; heu, ad ultimum vitœ diem 
Tacite suspirantes, hoc fraternâe pietatis 
Monumentum ferales inter lucos posuimus. 
Abi, viator, congratulare mortuis, 
Gondole vivis, ora pro omnibus, mirare et 
Tace. 
Anno Christi mdcclxxiv 

MeNSIS OCTOBRIS die XIV. 

Imperii Kien-Long xx. 

LuNiE NONiE DIK X. 

« Si ce n'est pas là, dit Mgr Mouly après avoir cité cette épitaphe, le 
cantique du Prophète pleurant sur les malheurs du peuple de Dieu à Baby- 
lone, ces lignes le rappellent du moins ; et les maux dont a été accablée la 
religion en Chine depuis que les Jésuites n'y sont plus, ne justifient que 
trop ces lugubres gémissements ». 



n » C ^ 



IX OCTOliRE 



Le neuvièmo jour d'octobre, moururent victimes de la charité le 
K. Guillaume Pacot, à Rennes en 1631, et le P. Balthasar Beli.y, 
on 1639 à Moutiers en Savoie. 

Le P. Bai/ihasak Bi:i,ly n'étail pas à son couj) d'essai. Lors 
do la terrible peste do Lyon, qui emporta tant de victimes en 
1628, il avait passé dix mois entiers au milieu du feu de la 
contagion. Le secours des malades et le soin des enfants, des 
pauvres et des idiots, étaient, disait-il, les seules fonctions où 
il pût être bon à quelque chose ; et à défaut de la glorieuse 
mort que Lyon lui avait refusée une première fois, il avait de- 
mandé au P. Mutins V'itelleschi la grâce de passer le reste de 
ses jours dans la dernière classe de grammaire. Mais dans tons 
les postes que lui confia l'obéissance, son zèle lui faisait trou- 
ver une multitude de saintes industries pour gagner dvr< âmes à 
Dieu. II (Hait au collège do Chanilx'rx , lorscpu^ la j)osto éclata 
dans la Tarentaise. Malgré des pluies torrentielles (|ui rendaient 
le pays presque inaccessible, il arriva, ajiiès trois jours de fati- 
gues excessives, par des chemins affreux, au milieu de ce pau- 
vre pciuphî (pii s'abandonnait au désespoir, releva j)ar son intré- 
pidité les courages abattus, donnanl lui-mèiiie rexcMnple il'ense- 
376 



IX OCTOBRE. F: GUILLAUME PACOT. 377 

velir les morts aussi bien que de secourir les mourants ; et 
après quinze jours d'un travail surhumain, mais qui avait ou- 
vert le ciel à bien des âmes, il succomba glorieusement. 

Ce n'était pas non plus pour la première fois que le F. Guil- 
laume Pacot, Coadjuteur temporel au collège de Rennes, s'ex- 
posait à la mort dans les hôpitaux. Deux fois déjà la récompen- 
se des martyrs de la charité lui avait échappé des mains ; et 
il s'humiliait devant Dieu d'en avoir été jugé indigne. Aussi fit- 
il hautement éclater sa joie pendant les quatorze jours d'horribles 
souffrances qui couronnèrent sa sainte vie. Trois éminentes ver- 
tus semblèrent principalement lui avoir mérité cette grâce : une 
oraison presque continuelle, et à laquelle étaient spécialement 
consacrés tous ses moments de repos ; une singulière applica- 
tion à s'acquitter parfaitement de son office, sans jamais céder 
à la fatigue, à la négligence ou au dégoût, parce qu'il travail- 
lait sous les 3'eux et pour l'amour de Notre-Seigneur ; enfin une 
charité si grande envers tous les malheureux, qu'avec la per- 
mission de ses supérieurs, il trouvait toujours quelque moyen de 
les soulager dans leurs misères, et surtout de gagner leurs 
cœurs à Dieu. 



P. Balthazar Belly. — Cf. Annales Prov. Lugd., ann. 1639 ( Archiv. 
Rom.). — Alegambe, Heroes. .. ., ann. 1639, cap. 2, p. 415. — Patrignani, 
Menologio, 9 ottob., p. 62, — Drews, Fasti Societ. Jesu, 9a octob., p. 395. 

F. Guillaume Pacot. — Cf. Elog. defunctor. Provinc. Franc. ( Archiç. 
Rom. J. — Alegambe, Heroes..., ann. 1631, cap. 4, p. 353. — Patrign.\ni, 
Menologio, 9 ottob. , p. 60. 



F. — T. II. — 48. 



X OCTOIÎHK 



Vers Je dixième jour d'octobre de l'an 1793, mourut dans la 
rade de lîochefort, sur iiii des vaisseaux où Ton entassait les prê- 
tres fidèles, le 1*. Nicolas Gordieh, un des survivants dcj l'ancien- 
ne Province de (]hampag;nc les plus signalés à la haine des 
tribunaux révolutionnaires. H avait consumé au service de Dieu sa 
longue vie de (juatre-vingt-trois ans, et donné constamment, com- 
me le saint vieillard h]léazar, les plus beaux exemples dune iné- 
bi'anlaljU; f'ernietc. Il était coupabhî en parliculier, au dire de 
ses ennemis, d'avoir entretenu jusqu au diMiiier moment l'esprit 
d'un incorrigible fanatisme parmi les religieuses Annoneiades de 
Sainl-.Mihiel , dont il avait été nomme'' aumônier après la destruc- 
tion de la Compagnie. 

Jeté dans les prisons d(î la n(''pul)lifpie à \'erdun, et déporté en- 
suite à Kochefort malgré ses infirmités et sa vieillesse, il y ar- 
riva dans un tel ("tat de faiblesse, (|u'il ne j)ou\ait j)lus pour 
ainsi dii(î l'aiic un niou\(>nient ; et ce ne l'ut (pi"a\ec une peine 
extrènuî (pi'on parsint à \v l'aire monter sui" li' vaisseau où il 
378 



X OCTOBRE. — P. ANTOINE VATIER. 379 

était condamné à finir ses jours. Par un raffinement de cruau- 
té toute gratuite, le capitaine devant lequel on l'amena, poussa 
la brutalité jusqu'à lui arracher des mains son bréviaire, et à 
jeter à la mer le bâton qui lui permettait h peine de se soutenir, 
l'accablant d'infâmes plaisanteries et des injures les plus gros- 
sières ; puis il le fit pousser à coups de plat de sabre jusqu'au 
misérable réduit où les autres captifs étaient entassés. Ce fut 
de là que le P. Nicolas Gordier alla recevoir la couronne de sa 
persévérante fidélité, après avoir passé quelques mois dans cette 
espèce d'enfer, toujours louant et bénissant Dieu Notre-Scig-neur. 



GuiLLON, Les Martyrs de la Foi, t. 1, p. 466. 



Le même jour mourut à Paris, l'an 1659, le P. Antoine Vatier, 
l'un des maîtres les plus éclairés de la vie chrétienne. «La condui- 
te de saint Ignace menant une âme à la perfection par les Exer- 
cices spirituels », mérite une place disting-uée parmi les ouvrages 
du même genre. Le pieux auteur y déplore et y découvre les 
illusions qui déjà môme de son temps éloignaient bien des âmes 
du texte et de la mélhode de notre Bienheureux Père, « pour sui- 
vre, dit-il, d'autres façons d'exercices qui n'en approchent que fort 
peu, leur faisant injustement et à tort mettre en oubli la source 
dont les eaux puisées en elle-même sont si salutaires et si déli- 
cieuses ». Plein (le zèle pour l'intégrité de la foi, le P. Vatier 
la défendit encore énergiquement contre les jansénistes, et releva 



380 MÉNOLOGi: s. J. — ASSISTANCE DK FRANCE. 

avec aulanl de nettctc'; que «le vigueur l(;s perfides falsifications 

d'Arnaud dans sa Iraductioii du livre de la Correction et de la 
Grâce de saint Augustin. 



Elo^îa (le/unctor. Provinr. Franc. [ Arc/iiv. Jlom.j. — Sotlellls, Biblio- 
theca, p. 87. — RvnEYnKTE, Srrlptor. Proviric Franc, p. 23. — de Bâ- 
cher, Bibliothèque..., t. 1, p. 11k. 



XI OCTOBRE. 



Le onzième jour d'octobre de l'an 1615, mourut au noviciat de 
Nancy, dans une sainte et heureuse vieillesse, le P. Jean Bleusk, 
dont l'historien de Pont-à-Mousson résume en ces quelques lignes 
touchantes les vertus caractéristiques, bien dignes d'un fils de saint 
Ignace. « Après avoir gouverné l'université durant treize années, 
il vit sans peine son successeur adopter une ligne de conduite 
différente de la sienne et, loin de le désapprouver, il n'en parla 
jamais qu'avec éloge et contentement. Il aimait la Compagnie avec 
une telle ardeur que, dans les occasions où il s'agissait de lui 
en donner des preuves, il semblait dépasser la mesure : il avait 
accoutumé de dire qu'il ne serait pas plus difficile d'effacer en 
lui le caractère du baptême que d'arracher de son cœur l'amour 
de la Compagnie. Toutes les fois qu'il montait à l'autel, s'il était 
libre de ses obligations envers les défunts, c'est pour elle qu'il 
offrait le saint sacrifice ». 

Cet amour n'avait d'égal que son zèle pour le salut des Ames ; 
il aurait voulu se multiplier pour entendre, en mille lieux à la 
fois, les confessions. Grandement adonné à l'oraison, on peut di- 
re qu'il entretenait partout et toujours les plus douces conversa- 

381 



382 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DF FHANCE. 

lions avec Dieu. Epuisé j)ar le travail et les années, il jeûnait 
encore avec tant de rig-ucur, qu'il se contentait d'un seul repas 
par jour ; le soir, il ne prenait rien, j)as même un verre d'eau. 
Kt comnu; on lui conseillait de; modérer un peu cette austérité : 
« Mes chers frères, répondait-il en souiiaut avec amabilité, j'ai 
passé environ cinquante carêmes de cette sorte, je viendrai bien 
encore à boni de celui-ci ; à moins (\uc la bont(i divine n'ait 
décidé ([u'il vienne enfin à bout de moi ». 



Aiiii.vM, L^ Université de Pont-à-Mousson, e'dit. Cmivyon, liv. G, p. 424. 



* Le môme jour de l'an iGoO, le P. François Mazillif.r, d'Autun, 
mourut à Varsovie, en odeur de sainteté. Il avait accompagné 
dans cette ville le P. Guillaume Rose, nommé confesseur et pré- 
dicateur de la reine de Pologne. Sous un extérieur humble et 
modeste, le P. Mazillier cachait les plus beaux talents et une 
science peu commune. Outre le latin et le grec, il savait l'hé- 
breu, le syriaque et presque toutes les langues de l'Europe, de 
manière à pouvoir prêcher dans chacune d'elles. Le roi, cpii con- 
naissait son nu'rite, linvila souv(MiI ;i parl(M' à la cour ; le P. 
Mazillier s'en défendit toujours, préféianl annonc-er la j)arole de 
Dieu aux |)auvres et aux siuq)les et faire le cat('chisme aux j)c- 
tils enfants. Tout son bouheui' (Hait de par(H)urir les campagnes 
à travers les neiges et les glaces, et d'aller donner îles mis- 
sions aux populations les plus délaissées ; il aurait voulu s'en- 



XI OCTOBRE. P. FRANÇOIS MAZILLTER. 383 

foncer dans les régions les plus sauvag-es du nord, et y porter 
le nom et la connaissance de Jésus-Christ, et il en demanda la 
permission au Père Général. 

Son amour de Dieu et des âmes n'avait d'égale que sa haine 
de lui-même. Les plus rudes pénitences lui étaient familières ; 
il semblait ne pouvoir s'en rassasier ; jusque dans sa dernière 
maladie, il se flagellait avec une discipline de fer. Au milieu 
des douleurs qui torturaient alors tous ses membres, sa plus 
grande souffrance était de mourir dans un lit. Mais il acceptait 
tout avec une égale reconnaissance, les maux que le Seigneur lui 
envoyait et les adoucissements que la charité de ses frères 
cherchait à lui procurer, et il ne voyait en tout qu'un mo3^en 
de mieux aimer Dieu. 



Elogia defunct. Prov. Camp. (Arch. Rom.j. 



XII octobre:. 



Le douzièino jour d'octobre de l'an 16;i0, inounit en Syrie, au 
milieu des populations catliolirpuîs du mont Liban, lo W François 
Lambert, de la Province de Lyon. C'était nn riche marseillais, né- 
gociant d(; Saïda, mais en même temps un des membres les plus 
dévoués de la cong-rég-ation de la sainte \'ierg-e, que dirigeait a- 
lors dans cette ville le P. Jean Amieu. (-e grand apôtre entrete- 
nait souvent ses congréganistes de la propagation de l'Lvangile 
dans tout l'Orient. Or un jour, comme il leur parlait de l'Eglise 
naissante de Perse, où n'avait encore pénétré (ju un seul Père de 
la Compagnie, M. Lambert se sentit endjrasé d'un feu tout divin, 
et résolut sur-le-cliamp de consacrer le reste de sa vie au ser- 
vice de ce missionnaire. 

Traversant les déserts de l'Arabie, il se rendit à Bagdad, des- 
cendit l'Kuphrate, et courut chercher le Père, qu'il conq-)tait trou- 
ver à Ispahan. Tromp(' dans ses (^sj)éran{'t>s, il se leplia vcm's ()r- 
inuz et passa au.\ Indes, j)uis dans les («tats du (Irand Mogol, à 
Surate, à Colconde, à M('liapour, où il demeura (|uelques semai- 
nes, auprès du tombeau du glorieux apôtre saint Thomas ; c[ bien- 
tôt il r(^j)iil vaillamment ses courses, fil naufrage sur les côtes 
384 



XII OCTOBRE. P. FRANÇOIS LAMBERT. 385 

du Bengale, et fut arraché deux fois miraculeusement du fond de 
la mer, grâce au secours de la très sainte Vierge. Puis après deux 
jours et deux nuits passés, avec cinq compagnons d'infortune, 
sans nourriture et sans abri, sur une plage entièrement déserte, 
où ils prenaient, dit le P. Besson, « leurs uniques rafraîchisse- 
ments des louanges de Dieu, qui leur servaient de festin et de 
remède, de repos et de consolation », ils chantèrent tous ensem- 
ble le Te Deiun, avant que de s'engager dans des maux plus 
grands encore ; et avec quelques autres malheureux, échappés 
comme eux à la mort, ils construisirent trois radeaux ; et durant 
trente-cinq jours, oii la plupart moururent de faim, ils remontè- 
rent, au sein d'immenses forêts, un des grands fleuves de l'Inde, 
avant que de rencontrer une population hospitalière qui les arra- 
cha à la mort et les conduisit au premier poste des Portugais. 

Enfin, à travers de nouvelles fatigues et de nouveaux miracles 
de la Providence, la main de Dieu conduisit M. Lambert au no- 
viciat de Saint-André, à Rome, d'où elle le ramena, prêtre et 
apôtre, dans les missions de la Syrie. Là, de nouveaux orages le 
jetèrent encore à une côte dont les habitants le prirent pour un 
pirate naufragé, et l'emmenèrent prisonnier au principal chef des 
chrétiens de la montagne. Ce dernier accident devait être, dans 
les desseins de Dieu, l'heureuse occasion qui donna naissance à 
la mission des Maronites. Le P. Lambert travailla jusqu'à la mort 
parmi ce peuple, qu'il a le premier rattaché plus étroitement à 
Jésus-Christ, en même temps qu'il ouvrait dans la montagne un 
asile où les musulmans convertis et les chrétiens persécutés fus- 
sent désormais à l'abri du fanatisme implacable des mahométans. 

A. F. T. II. — 49. 



386 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Lettres édifiantes, Lettre du P. Nacchi..., t. \, p. 219 et suiv. — Bks- 
SON, La Syrie et la Terre Sainte^ edit. Caha.yon, 1SG2, />. 1."{7-1.)3. 



Le incMHc jour nous rappelle la mémoire de tiois autres insignes 
missionnaires des dilîérentes Provinces de Franco, au Canada, en 
Perse et en Syrie. Ce sont: 

Le P. Antoine Silvy, mort à Québec en 1711, après avoir, le 
premier avec le P. Dalmas, porté l'Evangile chez les barbares les 
plus reculés du nord, et sur les bords de la baie d'iludson, où 
le climat et les privations lui firent contracter de cruelles infirmités, 
auxquelles la mort seule put mettre un terme, après vingt-cinq ans 
d'apostolat ; 

Le P. Jean Boucher, supérieur de la mission d'Ispahan, et sur- 
nommé l'apôtre des Arméniens de Julfa, au milieu desquels il finit 
ses jours en 1G9G, laissant une réputation extraordinaire de zèle, 
de sainteté, de dévotion envers la Mère de Dieu, et après avoir pré- 
dit le jour de sa mort; 

Le P. Nicolas de Poiresson, qui, à l'Age de soixante-dix ans, par- 
courait encore les montagnes de la Syrie, où il mourut en 4673, 
épuisé par des fatigues et des privations bien au dessus de ses 
forces, soutenues généreusement jusqu'à son dernier soupir, mal- 
gré des inlirmif(;s cruelles, fruit de vingt-([uatre annc'os du plus 
rude apostolat. Dieu récompensa plus d'une fois par des grâces 
miraculeuses le courage de son serviteur, et sa fidélité si extra- 
ordinaire à toutes les pratiques de la vie religieuse, qu'il n'en 
changeait pas mènio les heures, au milieu du travail de ses mis- 
sions. 



XII OCTOBRE. 387 

p. Antoine Silvy. — Cf. Elogia defunctor . Provinc. Franc. ( Archw. 
Rom.). — - Lettres édifiantes.....^ t. 6, p. 8. — Cassani, Varones ilustres, 
t. 1, p. 670. — Lettre de Jea.n, e'vêque de Québec, p. 113. 

P. Jean Boucher. — Cf. Elog. defunct. Prov. Franc. ( Archw. Rom. ). — 
ViLLOTTE, Voyages d'un Missionnaire, p. 130, 323, 411, 419. — Fleuriau, 
Etat présent de l'Arménie, p. 51. 

P. Nicolas de Poiresson. — Cf. Elog. defunct. Prov. Campan. { Archiv. 
Rom.}. — Litter. ann. Provinc. Campan., ann. \G1'^ ( Archiv. Rom.). 



XIII OCTOBRE 



* Le treizième jour d'octobre moururent les deux Frères Coad- 
juteurs Jacques Chapelli-: à Tournon l'an 4611, et Richard Deuselin 
à Rouen l'an 1653. 

Chargé pendant les vingt-sept années de sa vie religieuse de 
pourvoir aux approvisionnements du collège et à l'ciilretien des vi- 
gnes de la maison de campagne, le F. Chapelle apportait dans ces 
laborieuses et distrayantes fonctions un soin et une activité que 
nulle fatigue ne ralentissait; mais en même temps il était si atten- 
tif à se tenir toujours sous la conduite du Saint-Esprit, c[ue son 
oraison et ses exercices de piété n'en subissaient nul détriment. 
Des hommes très savants et très avancés dans les voies spirituelles, 
l'entendant parler de Dieu, ne pouvaient retenir leur admiration. 
Plusieurs des Nôtres ont affirmé devoir la première pensée de leur 
entrée dans la Compagnie à la modestie avec hupiclle le F. Cha- 
pelle récitait le rosaire en allant du collège à la maison de cani- 
pagne, et au zèle cpi'on le voyait déployei" lesj(furs de iiiarché pour 
parler i\c Dieu et faire cpielcpie bien aux âmes des pauvres villa- 
geois avec lesquels il avait à traiter. 

Le F. Richard Deuselin, avant son entrée dans la Compagnie, 
388 



XIII OCTOBRE. — P. MICHEL PORTIER. 389 

était un riche commerçant ; mais désireux de suivre l'humilité et 
la pauvreté du Sauveur, il consacra les trente dernières années de 
sa vie aux plus modestes fonctions de Goadjuteur temporel, dans 
cette même ville de Rouen, où il avait vécu connu et honoré de 
tous, et dans la maison du noviciat, qui le comptait au nombre 
de ses plus insignes bienfaiteurs. 



F. Jacques Chapelle. — Cf. Litter. ann. Soc, ann. 1611, p. 171. 

F. Richard Deuselin. — Cf. Elogia defunct. Prov. Franc. {Archiv. Romj. 



Le même jour de l'an 1634, mourut en la fleur de l'âge au collè- 
ge d'Amiens le P. Michel Portier, martyr de la charité au service 
des pestiférés. C'était l'homme de la volonté de ses supérieurs, de 
la vie cachée et crucifiée, docile instrument de Dieu pour la sanc- 
tification de ses pénitents et de ses élèves, surtout dans les minis- 
tères les plus humbles, qu'il aimait d'un amour de prédilection. 
Portant nuit et jour sur son corps une douloureuse chaîne de fer 
dont il ne se dépouillait pas, croyait-on, deux fois en une année, 
il ne passait pas non plus un seul jour sans se flageller. 11 fut 
atteint de la peste au confessionnal. Sur son lit de mort, il avait 
le cœur inondé d'une humble et très douce joie, et il répétait 
affectueusement en bénissant Dieu : « Pater., opus corisuinniavi quod 
dedisti mihi ! Mon Père, j'ai consommé l'œuvre que votre bonté 
m'avait confiée » ! 



Litter. ann. Prov. Franc. ^ ann. 1634 /^/-c/jïV. Rom.]. 



390 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE «K FRANCE. 

* Le mémo jour encore de l'année 1686, mourut au collège de La 
P'Ièche le P. Charles Pajot, âgé de soixante-dix-sept ans, dont il 
avait passé cinquante-neuf dans la Compagnie et plus de trente 
dans les chaires de l'enseignement. La courte notice consacrée à sa 
mémoire ne craint pas de dire qu'il a bien mérité des collèges. 
Cet éloge est largement justifié, et par son ardeur à se dépenser 
lui-même de si longues années au service de la jeunesse, ot par 
les livres classiques, grammaires, prosodies, dictionnaires, qu'il ne 
cessa de publier et dont les éditions multipliées attestent le méri- 
te. Accablé par les années et hors d'état de soutenir davantage les 
fatigues de la régence, le P. Pajot se faisait un bonlieur de ras- 
sembler autour de lui les petits enfants vagabonds et mendiants ; 
et en même temps qu'il leur apprenait à lire et à écrire, il leur 
parlait de l'Enfant de Bethléem et de Nazareth, pour leqtiel il 
avait une dévotion très tendre, et de la sainte Vierge sa Mère, à 
laquelle il se proclamait redevable d'une multitude de précieuses 
faveurs. 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. ( Archw. Rom.j. — RynEYnkTK, Scri- 
ptor. Provinc. Franc. , p. 32 — Sotuellus, Bibliotheca. . . . y p. 131. — de 
Backkh, Bibliothèque..., t. 2, p. 455. 



Le même jour enfin de l'an 1742, le P. Claude Fontenai mou- 
rut à La Flèche, après deux années de souffrances (|ui mirent le 
sceau de la croix à ses éminentes vertus. Longtemps rédacteur du 
journal de Trévoux, et (îlioisi, apiès la mort du P. Longueval, 



XIII OCTOBRE. P. CLAUDE FONTENAI. 391 

pour continuer l'Histoire de l'Eg-lise Gallicane, il usa rapidement 
ses forces dans ce travail tout nouveau, que la confiance de l'as- 
semblée du clergé de France lui imposait malgré son âge déjà 
avancé. Il s'y mit avec tant d'énergie de volonté, qu'il ne semblait 
plus, dit son éloge funèbre, connaître que l'église et sa cellule, 
la prière et le travail ; son étude n'était interrompue que par 
les conseils pleins de sagesse qu'il donnait aux jeunes religieux 
du collège Louis-le-Grand, dont la direction littéraire lui avait été 
confiée. 



Elogia defurictor. Provinc. Franc. ( Archiv, Rom. ). — Lettre circu- 
laire du P. Frey, à la mort du P. Claude Fontenai^ a à La Flèche, 
14 octob. 1742 » (Arc/m', dom.). — Berthier, Histoire de l'Eglise Gallicane, 
êdit. 1783, t. 11, introduct. — de Backer, Bibliothèque...... t. 6, p. 155. 

— Feller, Dictionn. histor., t. 3, />. 110. — Biographie universelle, t. 15, 
p. 215. — Nouvelle biographie ge'ne'rale, t. 18, p. 122. 



XIV OCTOlîRK 



* Le quatorzième jour d'octobre de l'an 1634, mourut à Rennes, sa 
patrie, le P. Guillaume de la Rongère, d'une famille distinguée par 
sa noblesse. Il avait fait ses études de philosophie et de théologie 
au collège de La Flèche, et avait manifesté de bonne heure l'inten- 
tion d'entrer dans la Compagnie. Ses parents, qui avaient fondé sur 
lui de brillantes espérances, mulliplièrent les efforts pour le retenir 
dans le monde ; ils le firent même pourvoir d'un canonicat et d'au- 
tres dignités ecclésiastiques. Mais le jeune homme se dépouilla de 
tout pour servir Jésus-Christ dans la pauvreté évangélique. 

Après les épreuves ordinaires, il fut appliqué à la direction des 
Ames ; il avait un art merveilleux pour les gagner et les conduire 
à Notre-Seigneur. C'était sa coutume de dire que, pour jouir d'une 
grande paix dans la Compagnie, il fallait, d'après la maxime de 
saint François <le Sales, ne rien demander et ne rien refuser. La 
peste ayant éclaté à deux reprises différentes dans la ville de Ren- 
nes, il se dévoua au service des nuilades uivec un zèle (jui ne re- 
culait devant aucune fatigue, et <jui lui coûta la vie. Frappé à mort 
oX transporté dans l'infirmerie du collège, son seul regret était de 
ne pas rendre le dernier soupir à l'hôpital, au militai des pesti- 
392 



XIV OCTOBRE. — P. JACQUES GAULTIER. 393 

férés. La ville ayant fait le vœu , pour obtenir la cessation du 
iléau, (le porter publiquement en procession l'image de la Mère 
de Dieu, le P. de la Rongère, déjà presque moribond, obtint à 
force d'instances, de se faire placer dans une maison voisine, d'où 
il pouvait contempler tout le pieux cortège, et ravi de joie à la vue 
de la foi de ce peuple et des hommages rendus à la Reine du 
ciel, il s'écria tout triomphant : Nwic dimittis servum tuum^ Do- 
mine ; et peu de temps après, il rendit paisiblement et joyeusement 
son âme à Dieu, dans la quarante-septième année de son âge et 
la dix-neuvième depuis son entrée dans la Compagnie. 



Nad.vsi, Anti. dier, memorab. , 14» oct. , p. 222. — Patrignani, Menol. , 
14 ou., p. 103. 



Le même jour d'octobre de l'an 1636, mourut à Grenoble le 
P. Jacques Gaultier, d'Annonay, l'un des fléaux de l'hérésie dans 
le midi de la France, sous les règnes d'Henri IV et de Louis XIII. 
Une des discussions les plus célèbres de ce temps-là fut sa confé- 
rence de plus d'un mois, sur la tradition de l'Eglise, avec le fa- 
meux ministre Ghamier, conférence dont on publia les actes authen- 
tiques, « reçus des mains de Messieurs de Justice», avec le « re- 
cueil des arianismes, contradictions, ignorances et refus de répon- 
dre » du même Ghamier. Quelque temps après, le P. Gaultier 
publia l'anatomie du calvinisme, en deux cents dilemmes où, « par 
la confession de Calvin et de ses comministres », il démontrait 
leurs erreurs, mensonges et contradictions. 
a. F. — T. lï. — 50. 



39^1 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE I>K FRANCE. 

Henri IV, instruit de la profonde érudition du Père, lui suggéra 
l'idée de sa « Table chronologique de l'état du christianisme »y où 
l'histoire de chaque siècle est suivie du rapport des vieilles hérésies 
avec les nouvelles de la prétendue Réforme. L'Eglise catholique 
accueillit avec tant de faveur ce remarquable monument de science 
et de controverse que, du vivant même de l'auteur, plus de sept 
éditions en latin et en français s'en répandirent de toutes parts ; 
et le roi, en acceptant la dédicace du P. Gaultier, voulut bien l'hono- 
rer de la réponse suivante : « Cher et bien aimé, nous avons vu 
de fort bon œil votre Chronologie, d'autant plus que c'est chose 
que nous avons, longtemps y a, désiré, que l'on fît voir l'antiquité 
de la foi catholique et la conformité de notre créance avec celle de 
nos pères, de siècle en siècle depuis les Apôtres: ne doutant point 
que ce livre, qui est comme un tableau de vérité et le miroir du 
temps, père d'icelle, ne fasse un très grand profit dans l'Kglise de 
Dieu ». 



CoRD\R\, Histor. Societ. Jesu, part. G, lib. 3, n. 74, p. 157. — Pr.\.t, 

La Compagnie de Jésus en France /. i, p. 449 et suii'., 640 et 

suiv . , 661 et suiv. ; t. 12, p. 570 et suw.\ t. 4, p. 97 cl suiv. — So- 
TUELLUs, Bibliotheca... , p. 365. — de Backeh, Bibliothèque , t. 1, p. 219. 



»ooo»»^sg» 



XV OCTOBRE 



Dans le courant du mois d'octobre de l'an 1621, moururent au 
siège de Montauban, victimes de leur dévouement au service des 
blessés et des combattants de l'armée royale, les PP. Guillaume 
Trébos, Gui Sistrières, Pierre Trapès et Paul Séguin, aumôniers 
militaires des deux Provinces de Bordeaux et de Toulouse. 

Le P. Trébos avait la réputation d'un homme qui ne savait rien 
garder pour son propre usage, et ne pensait qu'aux besoins et 
aux souffrances de ceux qui se rencontraient avec lui. Il avait 
d'abord été ministre dans un collège de sa Province. Lorsqu'il 
voyait quelque religieux omettre ce que la règle ou les supérieurs 
avaient prescrit, il s'en acquittait à sa place, jusqu'à balayer même 
sa chambre ou nettoyer sa chaussure, et par cette muette répri- 
mande, il avait établi en peu de temps une parfaite régularité. II 
semblait avoir tellement habitué son corps à la douleur, par les 
plus rudes exercices de la pénitence, que toutes les privations de 
la vie des camps et l'infection des hôpitaux et des ambulances 
n'offraient plus rien qui parût le rebuter. 

Le P. Séguin venait d'être ordonné prêtre, et ses talents annon- 
çaient un professeur de premier ordre . Il fut vraiment martyr de- 

395 



390 MÉNOr.OGE s. J. — ASSISTANCK DU FRANCE. 

son zèle, après de cruelles douleurs contractées en pleine campa- 
gne, pendant (|irii confessait de i)auvres soldats, sous les ardeurs 
d'un soleil dévorant. 

Le P. Tkapks revenait d'une expédition militaire dans le \ ivarais, 
où il avait accompagin'" le maréchal de Montmorency ; non content 
d'assister en pleine mêlée les soldats catholiques, il avait, en moins 
de six mois, reconquis sui- le calvinisme deux cents hérétiques 
d'Aiibenas. 

Enfin le P. Gii SistriI'RHS, ég-alenient cher aux sim|)les soldats 
et aux généraux, par sa bravoure sur le champ de bataille, son 
talent pour apaiser toutes les discordes, et son dévouement dès 
([u'il s'agissait de sauver des âmes, ne put résister plus d'un mois 
à l'excès d'un travail au-dessus des Ibrces humaines ; cl s;i mort, 
bien avant le terme du siège, fut un des grands deuils de l'ar- 
mée. 



P. Guillaume TniÎBos. — Cf. JUogin clefunct. Provinr. Tolos. ( Archiv. 
Rom.). — Nxu.vsi, Annus (lier, mcmornù.. W^ ovtob.. p. l'I'l. — Drews, 
Fasti Societ. Jcsu, Vi^ oclob. , p. 'i02. — Pr.vt. La Compagnie de Jésus 
en France..., t. 'i. p. "289. — Cord.vra, Histor. Soviet., part. G. lib. 6, 
no 80, p. 304. 

PP. Paul Séguin, Piehre Trafès. Guy Sistrières. — Cf. Elog. defunvt. 
Prov. Tolos. et Aquitan. { Arcldv. Rom. ) ; le P. Séguin mound le *2.") octob. . 
le P. Trapès le 3 , le P. Sistrières le 7. 



XVI OCTOBRE 



* Le seizième Jour d'octobre de l'an 1628, mourut dans la petite 
résidence de Saint-Macaire, près de Bordeaux, le P. François Solier, 
premier Recteur du collège de Limoges, sa ville natale. François 
Solier avait fait de si brillantes études que, dès l'âge de vingt ans 
et avant la fin de son noviciat, il fut associé à l'illustre P. Fron- 
ton du Duc, et chargé de la classe de rhétorique à l'université de 
Pont-à-Mousson. Il occupa avec non moins d'éclat la chaire sacrée, 
et pendant quinze ans, il annonça la parole de Dieu avec de grands 
succès. Sa rare prudence et ses vertus le firent alors nommer Maî- 
tre des novices à Verdun, et cinq ans après Recteur du collège 
de Limoges, qui venait d'être fondé. Le P. Solier se montra par- 
tout l'homme de saint Ignace, uniquement attentif h procurer la 
gloire de Dieu , oublieux de lui-même , parfaitement souple entre 
les mains des supérieurs, et d'une exactitude scrupuleuse à ne 
laisser perdre aucune parcelle de son temps. La longue liste des 
ouvrages de piété qu'il a composés ou traduits de l'espagnol et d« 
l'italien en français, et son Histoire ecclésiastique du Japon, à la- 
quelle il mettait la dernière main à l'âge de soixante-dix ans, quel- 
ques mois à peine avant de mourir, sont la preuve éclatante de 

397 



398 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

cette ardeur infatigable qui voulait se dépenser le plus possible, <*t 
n'aspirait à d'autre repos qu'à celui des bienheureux dans le sein 
de Dieu. 



Abham, L'Université de Pont-à-Mousson, c'dit. du P. Cvhayox. liv. % 
p. 115. — SoTUELLUs, Biblioth. Script. Soc. Jcs., p. 2'>'i. — de Backer. 
Biblioth..., t. 1, p. 754. — Cahayon, Bibliographie hùstor. , nu. 746, 829, 
878, 2086, 2972. 



Le même jour de l'an 1659, s'éteignit à La Flèche, dans la soi- 
xante-dix-huitième année de son Age et la soixantième depuis son 
entrée dans la Compagnie, le P. Etienne Noël, homme d'une sain- 
teté véritablement insigne. Professeur de littérature, de philosophie, 
de théologie. Recteur des collèges d'Auch, de La Flèche, de Paris, 
Provincial de France, il fit éclater partout les plus belles vertus, 
une humilité profonde toujours en quête des plus bas offices, une 
j)atience inaltérable au milieu des souffrances d'une santé épuisée, 
un zèle ardent pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, une 
ardeur infatigable au travail, une douceur de caractère qui lui ga- 
gnait tous les cœurs, et surtout une incomparable obéissance. A 
l'âge de plus soixante-dix ans, il en donna un exemple (jue ses 
biographes ont voulu nous conserver. Le professeur de philosophie 
du collège de Rennes venait de faire défaul. Le P. Noël, retenu 
alors au lit par la maladie, s'olfrit aussitôt aux supérieurs pour 
prendre sa place ; et dès cju'il eut reçu la permission sollici- 
tée, il se leva, se mil en route et acheva heureusement le cours 



XVI OCTOBRE. — P. ANTOINE NOLHAC. 399 

commencé, Dieu multipliant ses forces, et glorifiant par une sorte 
de miracle son ol^éissance et son dévouement. 



Rybeyrèïe, Scriptor. Provinc. Franc. — Sotuellus, Biblioth. Scriptor. Soc. 
Jesu, p. 750. — DE Backeh, Bibl. des Ècriv. . . . , t. 5, /?. 555. — May- 
NARD, Pascal, sa vie et son caractère, t. 1, p. 184 et suiv. 



Dans la nuit du 16 au 17 octobre de l'an 1791, le P. Antoine 
NoLHAc, de la Province de Toulouse, reçut la glorieuse couronne 
du martyre, à la glacière d'Avignon, à l'âge de près de quatre- 
vingts ans. Formé à la pratique de toutes les vertus religieuses par 
le saint P. Gajron, il avait été son successeur, jusqu'à la destruc- 
tion de la Compagnie, dans la charge de Maître des novices. On 
remarquait surtout en lui un ardent amour pour la mortification 
et pour la prière, à laquelle il donnait une grande partie de ses 
nuits, et en môme temps un extrême désir de verser son sang 
pour Jésus-Christ ; il n'en parlait qu'avec transport, et proclamait 
bienheureux ceux de ses enfants qui obtiendraient un jour cette 
grâce, tout en s'en déclarant lui-même profondément indigne. 

Contraint par l'arrêt des Parlements à chercher un asile dans le 
Comtat-Venaissin, et bientôt frappé d'un coup plus douloureux par 
le Bref de Clément XIV, il accepta volontiers la cure de Saint-Sym- 
phorien, parce qu'il n'y en avait aucune autre dans la ville d'Avi- 
gnon, qui comptât un aussi grand nombre de pauvres ; et il con- 
sacra à ces privilégiés de Jésus-Christ tout le reste de sa vie. Pour 
subvenir à leurs besoins, le vénérable vieillard, devenu comme le 



'lOO MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

trésorier de toutes les âmes charitables, n'hésitait pas à se priver 
lui-même du nécessaire. Sa nourriture se bornait, presque tous les 
jours (le l'année, à quelques fruits, avec un peu de riz ou de lait ; 
et tout ce que son amour pour la pénitence lui faisait retrancher 
sur sa subsistance, appartenait à ses pauvres. Aussi le procès-ver- 
bal de son martyre, lu à l'Assemblée nationale, lui donne-t-il le 
beau titre de père des pauvres ; les fidèles d'Avignon ne le con- 
naissaient pas pour ainsi dire sous un autre nom. 

Enfermé dans l'antique château des papes, avec près de soixante 
personnes, parmi lesquelles se trouvaient quelques grands coupa- 
bles, le P. Nolhac remercia Dieu de l'avoir livré aux égorgeurs 
pour le salut de plusieurs âmes ; et il eut en effet le bonheur, a- 
vant de mourir, de les réconcilier toutes à Dieu ; puis à mesure 
que l'on appelait une des victimes au guichet de la tour, pour 
les assommer à grands coups de barres de fer, et les précipiter 
au fond de la glacière, il les embrassait tendrement, les bénissait 
une dernière fois, en les exhortant à unir le sacrifice de leur vie 
au sacrifice de Jésus-Christ, et les envoyait à la mort pleins de 
résignation et de confiance. Enfin le dernier de tous, il s'avança 
vers ses bourreaux, en priant Dieu de leur pardonner ; et il re- 
mercia celui qui lui porta le premier coup, avec un regard si 
doux, que ce misérable ne pouvait, dans la suite, se le rappeler 
sans une horreur profonde de son crime. Lorsqu'il fut permis le 
lendemain de retirer les cadavres mutilés, on reconnut, à ses vê- 
tements de prêtre et à son crucifix, le corps du saint homme, 
couvert de cinquante blessures , et revêtu encore du cilice dont 
il ne se dépouillait jamais ; et durant huit jours entiers, il fallut 
laisser ses précieux restes exposés à la vénération du peuple, qui 



XVI OCTOBRE. P. ANTOINE NOLHAC. 401 

ne pouvait se lasser de baiser ses plaies, de le pleurer et de l'in- 
voquer. 



Prat, Vie du P. Dauphin, Notés supplément., p. :2J5. — C\kron, Les 
Confesseurs de la Foi, t. J , p. 34. — Guillon, Les Martyrs de la Foi, 
t. 4, p. 146. — Jauffret, Mémoires pour servir à l'histoire de la reli- 
gion, t. 2, p. 246. — Crétineau-Jolv, Histoire de la Compagnie de Jésus, 
t. 5, chap. 6, p. 361. 



^-^.^-f»- 



A. F. — T. II. — 51 



XVII OCTOBRK 



Le dix-soptième jour d'octobre de l'an 4628, mourul le P. Fran- 
çois Bouton, une des plus illustres victimes de la grande peste de 
Lyon. On peut dire de lui (juc toute sa joie était de travailler et 
de souffrir pour Jésus-Christ. Aussi n'était-il pas d'entreprise si 
dinifilc (pi'elle pîit l'intimider même un seul moment. Il avait été 
associé aux premiers fondat(?urs de la mission française de Con- 
stantinople, et g-râce à la haine des Anglais pour la foi romaine, 
et des Vénitiens pour la Compagnie de Jésus, il s'était vu jeter, 
avec ses frères, dans des cachots affreux, où ils furent tous sur 
le point de mourir de faim et de misère. Lorsque l'ambassadeur 
de France parvint à les délivrer, le grand vizir exigea qu'un 
d'entre eux restât du moins prisonnier <mi qualité d'otage ; le P. 
Bouton obtint, à force d'instances, la faveur de demeurer seul 
dans les fers, et il y languit encore plusieurs mois. Mais Notre- 
Seignour, disail-il, le fit surabonder de joie dans cette longue et 
dure captivité. Chassé bientôt après de Constantinople, et obligé 
de revenir en France, il fil naufrage sur les côtes de la Calabre ; 



XVn OCTOBRE. — P. FRANÇOIS BOUTON. 403 

et au moment où il se sauvait à la nage presque nu, les habitants 
de ces plages inhospitalières le prirent pour quelque pirate échap- 
pé aux flots ; et il allait périr, s'il ne fût parvenu à se faire re- 
connaître comme religieux de la Compagnie. 

Pendant les douze dernières années de sa vie, le P. Bouton rem- 
plaça les souffrances de l'apostolat par le travail et par la péni- 
tence. « Sa théologie ascétique et ses vastes travaux sur l'hébreu, 
le syriaque et les livres saints, attestent, dit le P. de Colonia, 
une érudition immense » ; mais la mort ne lui laissa pas le temps 
de les achever. En même temps, sa vie rappelait celle des plus 
austères anachorètes : il ne faisait chaque jour qu'un seul repas ; 
la nuit, il prenait à peine quelques heures de repos sur un peu 
de paille ; et il joignait secrètement à ces rigueurs toutes les sain- 
tes industries que peut inspirer l'amour de la croix. 

La peste ayant éclaté à Lyon, il demanda la permission de se 
dévouer au salut des mourants ; et après d'immenses travaux, où 
il trouva plus de douceur encore, disait-il, que dans sa prison de 
Constantinople, il finit par être lui-même atteint du fléau. Lorsque 
les chirurgiens visitaient les plaies dont son corps était couvert, 
il les priait d'arracher sans crainte les bandages et d'employer 
hardiment le fer et le feu ; car « il est bon, ajoutait-il, de souf- 
frir quelque chose pour Dieu, pendant que nous le pouvons enco- 
re » î Enfin, sentant approcher sa dernière heure, le P. François 
Bouton se traîna au pied du lit d'un de ses compagnons, le P. 
Ignace Pompone, qui était lui-même sur le 'point de rendre son 
âme à Dieu ; et après lui avoir administré les derniers sacrements, 
il s'étendit à côté de lui, en le priant de lui rendre à son tour le 
même service de charité, et il expira peu après. Ce saint homme 



Wi MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DF FRANCE. 

n'étnil C\*^v (juc de ciiKjuanfo nus, et il en avait passé trente-deux 
dans la (lompagiiic. 



ConDAHA, Histor. Sorict. Jesu, part. 0, lib. 13, n. \\~ ser/q., p. 209. — 
Ai.EOAMBK, II crocs c( Victinvv vlmritalis, arin. 1629, cap. 4, /;. TJ^. — Id. , 
Uibliolh. Scriptor. Soc, p. 218. — Sotlkm.ts, Bibliolhrca. . . , p. 218. — 
N\i)\si, Annus (lier, mcrnor. , 17» oct. , p. 'ill . — I'atiuonam, Menol., 
17 otiob., p. 122. — NiEnEMHEKG. Varones (lustres, t. 2, p. 662. — di 
CoLONiA, Histoire lillëraire de Lyon., t. 2, p. 7.")l. — de Bacrer. Bi- 
blioth..., t. \, p. 126. — Théoimi. Haynavd, S. J., t. 8, p. 91. — Biogra- 
phie universelle, t. ô, /^. ''«07. 



Le même jour do l'an 1782, mourut à Paris, dans la soixantc-dix- 
neuvième année de son âge et la soixante-troisième depuis qu'il 
s'était enrôlé sous l'étendard de saint Ignace, le V. Thomas-Olivier 
CoRRET, le dernier successeur du Vénérable P. Julien Maunoir dans 
les missions de la Basse-Bretagne ; il évangélisa ce pays pendant 
vingt-quatre ans, avec la réputation d'un saint et d'un thaumaturge, 
jusqu'à la destruction de la Compagnie en France par les arrêts 
des Parlements. Forcé alors de s'expatrier, le P. Corret supporta 
courageusement les souffrances de l'exil, et après quol<[ues années, 
il vint se fixer à Paris, où la charité des religieuses Oblates de 
l'Enfanl-Jésus s'empressa de lui ouvrir un asile, qu'il ne quitta 
plus jusqu'à sa mort, et qu'il sanctifia par l'exemple de toutes les 
vertus. 

Sa vi(^ se consumait tout entière devant le saint tabernacle ; 
bientôt les religieuses ne l'appelèrent plus que Vau^c de la paix 
et l'adorateur perpétuel. Il ne s'éloignait du sanctuaire que pour 
consoler les âmes affligées, en leur communiquant son amour et 



XVII OCTOBRE. P. OLIVIER CORRET. 40*5 

sa confiance pour le Sauveur. Epuisé par les fatigues et les années, 
pouvant à peine se tenir debout, il s'efforçait encore, cinq jours 
avant sa mort, de dissimuler sa faiblesse, dans la seule crainte 
qu'on ne lui interdît de monter à l'autel et qu'il ne fût privé par 
les médecins de la terre du bonheur d'aller, disait-il, au médecin 
du ciel. Mais enfin il dut céder au mal. En entrant pour la der- 
nière fois dans sa chambre : « Maintenant, dit-il d'un air plein de 
joie, il faut nous en aller à Dieu ». Les trois dernières nuits et 
les deux derniers jours qu'il vécut encore, ne furent qu'un doux 
et continuel entretien avec Notre-Seigneur, parmi des douleurs par- 
fois excessives, mais qui ne lui arrachaient pas une plainte. Le 
matin du jour où il expira, son visage, comme par une transfi- 
guration soudaine, prit tout à coup un air angélique ; ce rayon- 
nement anticipé de la gloire et de l'allégresse des élus frappa d'é- 
tonnement tous ceux qui en furent témoins. Au moment même où 
venait de se consommer encore une fois pour lui le divin sacrifi- 
ce, l'humble et fidèle adorateur de Jésus immolé rendit paisible- 
ment à Dieu sa sainte âme. Les restes vénérés du P. Olivier Gorret, 
déposés d'abord auprès de l'autel où il avait offert tant de fois et 
avec tant d'amour l'adorable Victime, étaient rendus à la Compa- 
gnie, quatre-vingts ans plus tard, pour reposer désormais près de 
ses frères, et à l'ombre encore du tabernacle, dans le sanctuaire 
du Jésus, à Paris. 



Elogia defunct. Prov. Franc. [Archiv. Rom.}. — Extrait des circon-' 
stances de la maladie et de la mort du Révérend Père Corret, mort dans 
la Maison royale de V Enfant- Jésus., le il octob. 1782 { Relat. ms., Arch. 
dom. ). 



XVIII OCTOBRE 



Le (lix-huitiùme jour d'oclobrc de l'an 1646, périt de la main 
des Iroqiiois, le Vénérable P. Isaac Jogues, qui fut, avec le Vé- 
nérable V. de lîrébeuf", le plus illustre des martyrs du Gana- 
<la. Trois l'ois il avait pénétré chez ces nations féroces, et il y 
avait enduré de telles tortures, qu'il y a des milliers de martyrs, 
<3crivait la Vénérable Marie de l'Incarnation, qui sont morts à 
moindres frais ! « Imaginez-vous, ajoute-t-elle, en racontant la pre- 
mière captivité du P. Jogues, les choses les plus ignominieuses 
qu'on puisse soulTrir ; il les a souffertes. Après une salve de 
coups de bâton épouvanlablc: (jui le rendit semblable à un mons- 
tre et le fit laisser pour mort, on lui arracha les ongles, on lui 
coupa deux doigts, et après avoir broyé les autres, on y appliqua 
le feu, puis on le suspendit on l'air par le gras des deux bras 
avec des liens si serrés, que ce supplice lui fut le plus doulou- 
reux de tous. On le promena ensuite tout nu de village en village 
et de théâtre en théâtre ». La nuit, on le livrait aux enfants, qui 
le tourmentaient avec des tisons et le couvraient de cendres brû- 
lantes. Et cependant, lorsqu'après toute une année de souffrances, 
les Hollandais, sur l'ordre de leurs l^tats Généraux et les instan- 
406 



XVIII OCTOBRE. — P. ISAAC JOGUES. 407 

ces de la reine de France, lui offrirent de le soustraire par la 
fuite à la cruauté de ces barbares, le saint homme voulut passer 
une nuit en prière, avant de leur donner sa réponse, pour exa- 
miner devant Dieu ce qui pourrait être le plus à sa gloire. 

Rien n'est beau comme le récit qu'il nous a laissé par obéis- 
sance de tout ce qu'il avait souffert, des quarante jours d'exerci- 
ces spirituels par lesquels il voulut se préparer à tout, au milieu 
de cette barbarie, des g-râces miraculeuses qu'il y reçut de Notre- 
Seigneur, des Ames qu'il eut le bonheur d'envoyer au ciel, en 
baptisant des enfants, des malades, et même de pauvres captifs 
au milieu des flammes de leur bûcher, enfin de sa délivrance et 
de l'hospitalité qu'il reçut dans une pauvre chaumière, quand il 
aborda, dénué de tout, sur les côtes de Bretagne. Comme ses^ 
doigts mutilés semblaient le mettre dans l'impossibilité d'offrir les 
saint sacrifice, on rapporte que le Souverain- Pontife, instruit de ses 
maux et de son héroïque constance, crut devoir en sa faveur pas- 
ser par-dessus les règles ordinaires et prononça ces belles paro- 
les : « Indignum esset Cliristi martyreniy Christi non bibere san" 
guineni ! Ce serait une chose indigne qu'un martyr de Jésus-Christ 
ne pût boire le sang de Jésus-Christ». 

Le P. Jogues se hâta de retourner à sa chère mission, qu'il ap- 
pelait son épouse de sang. Deux fois encore il essaya d'amener 

r 

ses bourreaux à la connaissance de l'Evangile, mais le moment de 
la grâce n'était pas venu. En partant pour son troisième voyage, 
il écrivit à l'un de ses frères : « J'irai et je ne reviendrai plus » î 
En effet, à son arrivée dans le pays des Iroquois, ces barbares 
le dépouillèrent tout nu et l'accueillirent par une grêle de coups, 
en lui disant : « Ne t'étonne pas de ce traitement, car tu dois 



''tOS MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

mourir demain ». Le jour suivant, au nioinenl où il eulrail dans 
une cabane, un sauvage lui fciidil la IcU; d'un coup de haclu^ ; et 
ainsi iul pleinement accomj)lie la parole de Notre-Seigneur, un 
jour (|ue ce saint aj)ôlr(! lui demandait avec larmes «lavoir le bon- 
heur <le souilVir et de mourir pour lui : « Exaudita est oratlo tua , 
ia prière est exaucée » ! 

. Peu de temps après, son meurtrier lui pris cl livic aux Algon- 
(juins, cpii l(î condamnèrent au supplice du feu. Mais par une grâ- 
ce merveilleuse, (jue l'on alliibna aux prières et aux iiK'riles du 
saint homme, ce malheureux se convertit luul ;i coup avant de 
.mourir, et reçut le baptême des mains du P. L(^ Jeune, ({ui le 
nomma Isaac Jogues. Il endura ses tourments avec un courage 
héroïque, invoquant dans les flammes le saint non» de Jésus, et 
rendant grâce à Dieu d'avoir permis qu il lut pris et livré à ses 
ennemis, puisque ce malheur était cause de son salut. 



Relations de la Nouvelle-France, ann. 1030-1047. — Bhkssam, llelation 
abrégée de quelques missions..., e'dit. du P. Mautin, Montréal 1852, 
/;. 180 et suiv. — Tanneu, Societ. Jesu usque ad sanguinem mililans, 
p. 510. — Alegambe, Mortes illustres, p. 010. — Nadasi, Annus dicr. me- 
morab., 18» oclob.., p. 231. — Dnnws, Fasti Soc. Jesu, 18a octob., p. 4H8. — 
Patiuc.nam, Menolog. , 18 ottob.,p. 145. — Cassam, ]'arones ilustres. t. 1, 
p. 001. — Hyueyrète, Scriptor. Provinc. Franc, p. 185. — de Backer, 
Bibliothèque. . . , t. 6, p. 240. Les PP. de Backer, l. c, citent les Précis 
historiques, t. 7, /;. 173 et suiv. — GiiAnLEVoix, Histoire de la Nouvelle- 
France, t. 1, p. 302 et suiw — Félix Mautin, Le P. Isaac Jogues, S. J., 
premier apôtre des I roquais, Paris 1873. — L^cttres de la Vén. Mviuk de 
i/Lncahnation, /;. 378, 383, 408, 420. 430, 438. — Chétinkav-Joi.y, Hist. de 
la Conipag. , T. 4, ch. 4, p. 214. — Fehland, Histoire du Catiad^i, Ui'. 3, 



XVIII OCTOBRE. P. ISAAC JOGUES. -^09 

ch. 3, p. 316 et suiv. — Brasseur de Bourrourg, Histoire du Canada, 
t. i, p. 54 et suiv. — Banckoft, History of the United States, t, 2, 
p. 790 et suiv. — Shea, History of the catholic missions among the in- 
dian tribes. ..,/>. 497. — Paillon, Histoire de la colonie française au Ca- 
nada, t. 2, /;. 3, 60 et suiv. 



A. F. — T. II. 



XIX OCTOBRE 



L'an 1583, on ignore quel mois et quel jour, mourut à Paris 
le P. Olivier du Hami:i., l'un tle ces grands ouvriers apostoliques 
<hi seizième siècle dont le nom même nous est à peine connu, et 
(|ui reconquirent, à la suite et à l'exemple du P. Ilmond Auger, 
une si grande partie de la France sur l'hérésie. Olivier tlu Marne! 
eut pour princij)al théâtre de son zèle plusieurs provinces «lu mi- 
di, entre autres la Gascogne et la Saintonge ; et malgré la haine 
dont les calvinistes poursuivaient les membres de la (lonqiagnie, 
Henri IV, roi de Navarre, entendit raconter de telles merveilles du 
zèle, de la science, de la charité du P. du llamel, (pi'en 1582 il 
voulut le voir et l'interroger sur ses œuvres, sur son genre de 
vie et celui de ses compagnons, sur l'Institut de saint Ignace ; et 
il se montra si satisfait des réponses de cet homme apostolique et 
de ses vertus que, par un privilège très extraordinaire, il lui ac- 
corda un sauf-conduit pour prêcher librement la foi oatholi([ue au 
peuple do toutes les villes et terres de sa couronne de Navarre, 
sans ([ue nul de ses ofllciers put s'y opposer. 



Sacciiini, Ni'sfor. Soviet., pnrt. \», lib. 8, n. {^'i, p. *2S0. — Poussines, 
Histor. Societ. , part. 5», Uh. '2, n" KJl, /;. 91; lib. '^, />. \:Vi. — Lit- 
fer, n/iri. Soviet. Je.su, a fin. i;"')H:2, /;. lOO. 



^•10 



XIX OCTOBRE. — P. JEAN GAULTIER. 411 

L'an 1609, vers le mois d'octobre, mourut au collège de Pont-à- 
Mousson, le P. Jean Gaultier, plein d'une sainte joie d'expirer à 
la fleur de l'âge, dans la Compagnie de Jésus, après cinq années 
seulement de vie religieuse. Tout jeune encore, il avait été nommé 
théologal de l'église métropolitaine de Reims, et il avait fait pa- 
raître dans cette charge de si brillantes qualités, qu'au lendemain 
de son entrée au noviciat, une députation officielle vint au nom du 
chapitre, du peuple et des magistrats, le supplier de revenir pren- 
dre son poste, pour le plus grand honneur de Dieu et de sa pa- 
trie. Dans cette conjoncture délicate, ce fut sa mère qui prit sa 
défense : « Car, disait-elle, le seul frein de l'obéissance peut em- 
pêcher mon fils de s'épuiser bientôt, par les excès de travail, de 
prière et de pénitence auxquels il se livre ». Si dur pour lui- 
même, le P. Gaultier était d'une telle affabilité pour les autres 
qu'elle lui gagnait tous les cœurs. Aussi sa mort fut un deuil 
public pour l'université de Pont-à-Mousson ; et ce ne fut pas sans 
peine que ses élèves consentirent à suspendre seulement aux pa- 
rois de leur classe, et non, comme ils l'avaient résolu d'abord, 
aux murs de l'église, les inscriptions en diverses langues que la 
piété filiale leur avait inspirées en son honneur. 



Abram, L'Université de Pont-à-Mousson, e'dit. par le P. Carayon, /. 6, 
p. 438. 



rTiû^^^r"" 



XX OCTOBRI.: 



Lo vingliènie jour d'octobre de l'an 1G80, inourul au collège 
(lu Puy, à l'âge de (|uatre-vingl-([uatre ans, le P. Jacques Mon- 
tai., donl les habitants du Velay disaient, dans la naïveté de leur 
langage : « C'est encore pis que le Bienlieureux Père Régis » ! 
tant ils avaient une haute idée de son zèle et de son admirable 
sainteté. Comme l'héroïque apôtre de La Louvesc, il parcourait 
pendant une grande partie de l'année ces montagnes hérissées de 
glace et entrecoupées de précipices, pour porter aux ignorants 
ci aux pauvres la bonne nouvelle du salut. Aux soulîrances de 
ce rude apostolat, dont la vie de saint François Régis nous of- 
fre une fidèle image, il joignait les mêmes austérités, ne vivait 
que de légumes et d'herbes crues, et bien souvent même, au 
milieu de ses travaux, il passait plusieurs jours de suite sans 
aucune nourriture. Les plaies dont son corps était tout couvert 
et (pi'il renouvelait sans cesse, furent regardées par les méde- 
cins comme une des causes de sa mort. On assure que sa 
dévotion à la très sainte Vierge et à son ange gardien devint 
pour lui l'occasion et la source d'une luullilude de grâces extra- 
ordinaires. Dans ses communications avec Dieu, il puisait une 
412 



XX OCTOBRE. — P. JACQUES MONTAL. 413 

lumière miraculeuse qui lui faisait pénétrer les replis des con- 
sciences et les secrets les plus cachés de l'avenir, La ville du 
Puy tout entière accourut à ses obsèques ; pour le dérober à la 
pieuse indiscrétion du peuple, qui semblait vouloir se partager ses 
précieux restes, il fallut porter son corps à la sacristie, et l'en- 
sevelir ensuite les portes fermées. Mais du fond de son glorieux 
tombeau, le P. Montai conserva cette vertu des prodiges qui s'était 
si admirablement attachée à sa personne pendant sa vie. 



Elogia defunctor. Prov. Tolos. ( Archiv. Rom. ). — Pr\t, Vie du P. Dau- 
phin, notes supplément., p. 177. 



XXI OCTOBRE 



Lo vingt-et-uniôme jour d'octobre de l'an 1725 , mourut au 
collège Louis-le-Grand, de la mort des saints, le P. Jacques de 
LA Baune, célèbre par ses rares connaissances et par la générosi- 
té avec laquelle il triompha des résistances et des larmes de sa 
mère, à l'âge de seize ans, pour obéir à la voix de Dieu, qui 
l'appelait à la Compagnie de Jésus. Les rares qualités d'esprit et 
de cœur dont il avait donné, dès son premier enseignement, les 
plus beaux exemples, jetèrenl un si vif éclat, et firent tant d'hon- 
neur à la Compjignie, que le grand Condé demanda et obtint par 
ses instances (pi'il fût choisi, malgré sa jeunesse, pour l'éducation 
de son petit -fils, le jeune duc de Bourbon ; et plus tard, quand il 
fut cpiestion de haranguer, au nom de la Compagnie, les mem- 
bres du Parlement de Paris, qui venait en corps faire une vi- 
site solennelle au collège Louis-le-Grand, ce fut au P. de la 
Baune que l'on confia cette délicate mission. Parmi les services 
<pi'il rendit aux lettres, nous devons signaler aussi en particu- 
lier la belle collection, imprimée aux frais de Louis XIV, do 



XXI OCTOBRE. — P- GUI TACHARD. 415 

tous les opuscules du P . Sirmond ; il se préparait à rendre 
le même service à la glorieuse mémoire du P. Petau , lorsque 
l'affaiblissement de sa santé et de sa vue le contraignit de s'ar- 
rêter. 

A ces travaux, le P . de la Baune joignait un grand amour 
pour la prière, et un attrait digne de sa vocation pour toutes 
les œuvres de miséricorde : il trouvait son délassement dans la 
visite des prisons et des hôpitaux de Paris, au chevet des mou- 
rants et dans les galetas des pauvres; il soulageait la misère 
des indigents par d'abondantes aumônes, et il consolait leurs dou- 
leurs par son onction à leur parler de Dieu et de la béatitude 
évangélique promise à ceux qui souffrent pour lui. C'était du reste 
par excellence le très efficace soulagement dont il usait lui-même 
pour ses propres maux : dans les douleurs les plus aiguës, il 
lui suffisait de prononcer ou d'entendre le nom de Jésus, pour 
tressaillir de joie de lui ressembler sur la croix. 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. ( Archiv. Rom. ). — Lettre circulaire 
du P. Glavyer à la mort du P. Jacques de la Baune, « à Paris le 
21 octob. 1725 » {Archii>. dont. ). — de Backer, Bibliothèque. . . , /. 1, 
p. 50. — Fellek, Dictionnaire histor. , t. \, p. 392. — Biographie univ. 



Le même jour de l'an 1712 nous rappelle le souvenir du P. Gui 
Tachard, de la Province de Guyenne, qui passa plus de dix années 
à parcourir les mers des quatre parties du monde, et porta l'Evan- 
gile, jusqu'à cinq reprises différentes, aux plus lointains royaumes 



''il G mknoi-ogf: s. j. — assistance de prance. 

do. rOri(înl. Dcmix fois il rcMJiplit, auprès de Louis XIV el du Sou- 
verain Pontife, les fonelions d'envoyé confidentiel du roi de Siam ; 
et ce j)rince idolâtre, en lui eonfiant le soin des grands mandarins 
(ju'il envoyait sous sa eonduite à la cour de Versailles et au Va- 
tican, lui ordonna de ramener au moins douze missionnaires pour 
élever un observatoire à Siam, y fonder un collège de la Compa- 
gnie, et exercer librement le ministère apostolique dans toute l'é- 
tendue de ses états. En même temps, il lui fil remettre par un de 
ses chambellans deux magnifiques crucifix d'or massif, l'un pour 
le confesseur du roi de France, « l'autre, lui dit-il, pour vous, afin 
que, dans tout le cours de votre voyage, il vous tienne lieu de fi- 
dèle compagnon ». Après la mort tragique de e<^ prince, si bien dis- 
posé ])Our la foi , quand la révolution de Siam et l'expulsion des 

r 

Français eurent anéanti les espérances de cette Eglise naissante, 
le P. Tacbard se rendit à Pondichéry pour travailler au salut des 
indiens; mais il s'en vit bientôt chassé j)ar les Hollandais victo- 
rieux, tandis qu'il se préparait à porter la foi dans le royaume du 
Carnate, où n'avait pu encore pénétrer aucun des successeurs de 
saint François Xavier. Enfin, quand la paix de Ryswik lui permit 
de revenir au bout de cpiclques années, trouvant que trois de ses 
frères l'avaient précédé dans ce royaume, et que déjà même ils 
étaient h la tête d'une florissante chrétienté, il se dirigea vers l'em- 
pir(^ <lu Mogol, apprit, à l'âge de plus de soixante^ ans. la langue 
des habitants du Bengale, el après avoii' épuisé, pour les gagner 
à Jésus-Christ, le peu de forces que lui avaient laissé tant de voy- 
ages, de fatigues, de persécutions el de naufrages, il pt'iil victime 
d'une fièvre pernicieuse, dans l'exercice même de l'apostolat. 



XXI OCTOBRE. — P. GUI TACHARD. Ml 

Voyages du P. Tachard, l*"" voyage , l. 5 : 2" voyage, p. \ et pas- 
sim. — Lettres e'dif. , 1"" e'dit., t. 3, pré/'., p. i ; t. 11, pré/'., p. vin. — 
Lettres édif.., édit. 1781, /. 12, p. 5 ; t. 13, p. 270. — Litter. ann. 
Provinc. Franc, ann. 1700 ( Archiv. Rom. ). — dk B.vgker, Bibliothèque...., 
t. 2, p. 613. — Feller, Dictionn. histor.^ t. 5, p. 575. — Biographie 
universelle. 



■«■■i»4MMMâBa> 



II. ~ 53. 



XXII OGTOBHI-: 



T.c vingt-deuxième jour d'octobre de l'an 1642, mourut à Québec» 
épuisé par une langueur de plus de trois mois, le P. Charles Raym- 
BAUT, d'abord procureur des missions de la Nouvelle-France, puis 
durant les quatre dernières années de sa vie, associé, pour prix 
de sa charité, aux travaux des premiers apôtres de ces contrées. 
Ce fui un spectacle admirable, dit le P. \'imont son supérieur, do 
voir, dans l'épuisement absolu où il expira, sa trancpiillité d'esprit et 
de cœur, son entière conformité à la volonté tle Notrc-Seigneur, 
et sa consolation très particulière d'avoir gagné la mort en travail- 
lant à la conversion des pauvres sauvages. N'ayant plus cpi'un souffle 
de vie, il Itî consacrait encore au salut du j)rocliain ; peu d'heures 
avant de rendre sa sainte Ame à Dieu, voyant près de son lit un 
chef algonquin depuis longtemps rebelle à tous ses efforts: « Tu 
vois bien, lui dil-il, (juc je vais mourir, et que dans ce moment 
je ne voudrais pas [a tromper. Eh bien ! je l'assure qu'il y a là- 
bas, dans lautre vie, un feu fpii brûlera éternellement ceux qui 
ne veulent j)as se résoudre à croire ». Ces sinq)les paroles lui suf- 
lirciil pour gagui-r à Dieu ce cœur infidèle, cjui devint désormais 
(;elui d'un fi-rvcnt chrétien. 
4i« 



XXII OCTOBRE. P. CHARLKS RAYMBAUT. 419 

En reconnaissance des services qu'il avait, rendus à la colonie, le 
gouverneur de la Nouvelle-France voulut que le P. Charles Raym- 
baut reposât par honneur à côté de la g-lorieuse dépouille du grand 
fondateur de Québec, Samuel Champlain, l'ami et le principal coo- 
pérateur des ouvriers de la Compagnie de Jésus dans le Canada. 



Relations de la Nouvelle-France, ann. 1637, 1640-1644. — Greuxius, 
Hist. Canadensis. — Cassani, Varones ilustres, t. i, p. 598. — Ferland, 
Cours d'histoire du Canada, lii>. 3, ch. 3, p. 316, 324. — Brasseur de 
BouuBOURG, Histoire du Canada, t. 1, p. 54 et suiv. — Lettres de la Vén. 
Marie de l'Incarnation, p. 349. 



XXIII OCTOIÎRK 



Le vingt-troisième jour d'octobre de l'an 4027, mourut à Bourg- 
en-Bresse, après quarante années de vie religieuse et apostolique, 
Je P. TiiKOKHOi Paranuikr, « très grand et très renommé saint » , 
dit un vieil auteur d'une histoire inédite des Alpes-Maritimes, bien 
assuré « que les Andjrunois ne liront rien, ajoute-t-il, plus volon- 
tiers que les vertus et les miracles d'un de leurs concitoyens ». 

Après son élévation au sacerdoce, le P. Parandier fit des diocèses 
de Besançon et de Lyon le principal théâtre de ses travaux. « Sa 
vie était une perpétuelle course à pied » ; il prêchait sans relâche, 
souvent cinq ou six fois par jour ; « il ne faisait point de distinc- 
tion d'hiver ou d'été, de froid ou de chaud, de vent, de pluie, 
de neige ou de glace ». 11 alla jusqu'à perdre momentanément la 
vue cl à iK^ plus pouvoir se servir de ses pieds gelés ; mais DiiMi 
le guérit pour sa plus grande gloire. « Sa vie, dit encore son 
historien, était une continuelle oraison el son respirer un soupirer 
;i Dieu ». Dans ces (>lans embrasés, il obtenait souvent d'une façon 
(ju'ou peut a|)i)(>ler miraculeuse les âmes cpiil ne cessait de recom- 
mander à hi divine miséricorde. Tandis qu'égaré dans la campagne, 
il eherehail des yeux (juelque villageois pour lui demander son 



XXIIl OCTOBRE. — P. MICHEL BENOIT. 421 

chemin, bien des fois il entendit des paroles comme celles-ci : 
ce C'est Jésus ou sa sainte Mère qui vous ont conduit de ce côté; 
car je vous reconnais tel que vous m'avez été montré dans mon 
sommeil, vous offrant à Dieu pour mon salut. Je vous remets le 
soin de mon ame ». 

D'autres fois, ni le temps ni la distance ne lui dérobaient la 
connaissance des besoins spirituels ou corporels de ceux pour les* 
quels il s'intéressait auprès de Notre-Seigneur. Un bon prêtre de 
ses amis, se promenant un jour dans une galerie suspendue, la 
sentit tout à coup s'eftondrer sous ses pas, et se trouva en grand 
danger de se briser sur le sol ou d'être enseveli sous les décom- 
bres. Mais à l'instant il vit le P. Parandier, « fort éloigné dans ce 
moment, qui lui apparaissait en l'air, lui tendait les mains et le 
soutenait doucement ». Ainsi la divine bonté se plaisait à glorifier 
elle-même devant les hommes celui qui n'avait jamais cherché 
d'autre honneur que celui de son Maître, et ne voulait goûter qu'au 
ciel le repos des fatigues auxquelles il s'était voué pour son 
amour. 



Elogia defunctor. Provinc. Lugdun. ( Archiv. Rom. ). — P. Marcellin 
FoRNiER, Histoire générale des Alpes-Maritimes., par le P. Marcellin For- 
NiER, Tournonois, S. J. { Ms. de la Biblioth. de Lyon, n^ 831 ). — Cor- 
DÀRA, Histor. Soc. Jesu, part. G, lib. 12, n. 46, p. 110. 



Le même jour d'octobre de l'an 1774, mourut à Pékin le P. Mi- 
chel Benoit, du diocèse d'Autun, âgé de cinquante-neuf ans, dont il 
avait consacré plus de la moitié aux plus pénibles travaux des 



422 MliNOLOGK H. J. — ASSISTANCR DK FRANCK. 

missions de la CliiiK;. S(;s lui les pou- sa vocation relio^ieuse, et 
l'indig-nalioM de; son père, dont il ne j)i:! jamais Ihkliir l(; courroux, 
ni ol)t(Miir mik; l)énédiction, fir(;nt de l)(/uii(' heure éclater la gc-né- 
rosité (\(' sou caractère. Mais il tl(;vaif eu sculir hieu j)lus \ ive- 
ineut eiu'ore le besoin, pour se plier pendaul j)rès di* tiefite ans 
à tous les capiices d'uu prince qui ne voulait rien trouver d'im- 
possible, dès ([u'il exprimail un désir. Heureusement, avant son 
départ pour la (lliine, j>'ràce au coucouis des savants les plus r(>- 
noniiués, \o. V. Benoît n'avait rien nég-ligé pour alteiudi'c la j)er- 
fection des arts de l'Kuropc;, dont la connaissance était, au milieu 
des persécutions, la plus siire ou même runi([ue sauvegarde de la 
religion, (l'est lui qui sema comme à profusion, dans les jardin.s 
des palais de l'empereur, toutes l(>s niagnificences de Saiut-CJoud 
et de Versailles, les jets d'eau, les cascades, et ces innombrables 
merveilles de l'art li^^draulique, inconnues jus([u'alors aux babitants 
(]u Céleste Empire, et qui lui gagnèrent la faveui- et l'intimité même 
du prince à un loi tlegré, qu'on la regarda comme une véritable 
révolution dans les usages de la cour, si longtemps impénétrable à 
tout ('1 ranger. Mais on j)eut voir dans le recueil des Lettres édillan- 
tes, au prix de quelles iatigues un missionnaire achetait à Pékin 
une distinction si enviée. Après avoir travailh'' tout le jour, il con- 
sacrait une grande partie des nuits à l'éluile cl à la prière ; et 
j)eu content de protéger les travaux de ses frères par son iniluence, 
il s'occupait encore de quelques jeunes néophytes destinés à de- 
venir un jour les catéchistes et les apôtres de leur pays. 

Nommé Supérieur de la mission dans les temps les plus difliciles, 
il trouva h^ nu)>('n de nnilliplicr les aumoiu-s, d'culi'clenir ilans 
notre maison un plus grand nombre de lettrés et de catéchistes, 



XXIII OCTOBRE. — P. MICHEL BENOIT -^123 

de donner des retraites durant lesquelles ceux qui s'appliquaient 
aux saints exercices étaient logés et nourris gratuitement, enfin 
d'augmenter la distribution des remèdes et des livres de piété. Sa 
mort, halée par l'excès de tant de travaux, fut regardée comme 
un malheur public, à la cour aussi bien que dans toutes les églises 
de Chine. L'empereur prononça hautement son éloge, en des ter- 
mes qui auraient suffi pour illustrer, selon l'expression d'un mis- 
sionnaire, une longue suite de générations, s'ils avaient été appli- 
qués à un mandarin tartare ou chinois; et nous n'aurions, ajou- 
te-t-il, qu'à rapporter ce que les infidèles eux-mêmes disaient et 
pensaient du P. Michel Benoit, pour apprendre à la postérité com- 
bien ses vertus étaient encore supérieures à ses talents. 



Lettres édif. 1"^ édit., t. 34, préf'.,p. xi. — Ibid. , édit. 1781, /. 24, p. 396- 
430; t. 26, p. 417, 428 et suiv. — • P. Pfister, Notic. biograph. et bi- 
bliogr. Ms., n° 375 { Archiv. dom. ). — de B\cke«, Bibliothèque...^ t. 6, 
p. 39. --- Feller, Dictionn. histor., t. 1, p. 442. — Biographie univers., 
t. 4, p. 199. — Hue, Le Christianisme en Chine, t. 4, p. 92 et suiv. 



■HSl^M».. 



XXIV ocïoimE 



Lo vingt-qualrièmc jour fî'octobro de l'an IGâG, inouriil à Rouen 
le V. Jean li: Sec, h l'âge de soixante-cinq ans. Deux fois son 
/èle et sa charité l'avaient fait s'exposer à la mort au service 
des pestiférés. Un ardent amour et une continuelle méditation de 
la passion du Sauveur l'avaient rendu avide de souffrances. Dans 
ses entretiens familiers, aussi bien que dans ses exhortations pu- 
bliques, il revenait sans cesse sur ce sujet; les larmes qu'il ré- 
pandait alors eu abondance, faisaient assez voir combien son 
cœur en était pénétré. Aussi avait-il un don merveilleux pour in- 
spirer l'amour de la croix. L'année même de sa mort, avant de 
commencer sa retraite, il apprit par une inspiration intérieure 
que ce serait la dernière de sa vie ; et après l'avoir achevée avec 
un redoublement de ferveur, il déclara à son supérieur que dans 
trois jours il paraîtrait devant Dieu, 



Lillcr. ann. Proi'. Franc. , a/i/i. I(i2() [ Arr/iù'. Rom. ). — N\n\si, .4/1- 
nus (lier, incnior., 2'»" octob., p. 24;{. — Drews, Fnsti Societ. Jesu^ 
24a oc t. . p. 415. 



424 



XXIV OCTOBRE. — F. SIMON DUMESNIL. 425 

* Le même jour de l'an 176i, mourut au collège de La Flèche le 
F. Coadjuteur Simon Dumesnil, l'un de ces humbles religieux qui, 
par l'exacte et constante observation de leurs règles, s'élèvent, 
presque sans s'en douter, à la plus éminente perfection. Sa vie 
s'écoula tout entière dans les obscures et laborieuses occupations 
de cuisinier, d'acheteur et de sacristain ; mais il s'acquittait de 
ces divers emplois avec tant de zèle, d'attention, et une fidélité 
si scrupuleuse aux moindres prescriptions des supérieurs, qu'on 
voyait bien qu'il avait purement en vue le bon plaisir divin. Ce 
qu'on admirait surtout, c'était son incomparable constance à gar- 
der toujours, sans se démentir jamais, la même perfection dans 
les plus menus détails de son office. Il n'écoutait ni fatigue ni 
ennui ; chaque jour il reprenait la tâche de la veille avec la mê- 
me ardeur, sans désirer changer d'emploi ni de maison. Il resta 
trente ans de suite au collège de Gaen, disposé à y demeurer 
toute sa vie, si les supérieurs, touchés de ses infirmités crois- 
santes, ne l'eussent envoyé prendre quelque repos à La Flèche. 

La vie du F. Dumesnil ne fut plus dès lors qu'une prière 
continuelle. Sacristain, il avait contracté avec Dieu Notre-Sei- 
gneur une douce et intime familiarité. Toute sa joie était de se 
tenir à ses pieds, de lui parler et de l'écouter. Libre désormais 
de toute autre occupation, il ne mit presque plus de bornes à 
sa ferveur. Chaque jour, il se traînait à l'église avant le réveil 
de la communauté, et ne passait pas moins de dix heures entiè- 
res en adoration devant le saint Sacrement; pour ne jamais per- 
dre de vue, s'il était possible, l'objet de son amour, il avait dans 
sa chambre une pieuse image représentant ce divin mystère; et 

A. F. — T. II. — 54. 



426 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

les yeux constamment fixés sur elle?, il continuait sans fin ses col- 
lo(jues avec son bien aimé. Sa mort tievait être l'écho de sa vie. 
l'n jour, il entrait à la ciiapelle pour y entendre la messe avec 
les autres Frères, quand il lut saisi tl'unc défaillance subite ; le 
prêtre qui allait monter à l'autel, accourut près de lui, revêtu de 
ses ornements sacerdotaux, lui donna une dernière absolution, et 
le fidèle adorateur du saint Sacrement expira aux pieds de son 
Maître. Il était dans la soixante-dixième année de son âge et 
la trente-septième depuis son entrée tians la Compagnie. 



Lettre circulaire du P. de Gos.son, pour annoncer la mort du F. Simon 
Dumesnily «à la Flèche, le 24 d'octobre 1761» ( Archiv. dom. j. 



XXV OCTOBRE 



*Le vingt-cinquième jour d'octobre de l'an 1613, le P. Innocent 
Piquet mourut au noviciat de Nancy, dans la soixante-et-onziè- 
me année de son âge, « plus riche encore de mérites que d'an- 
nées 1), dit son biographe. Il consuma la plus grande partie de sa 
vie dans le laborieux et fécond travail des missions de campagne, 
sans que la vieillesse pût ralentir l'ardeur de son zèle. « Peu d'ou- 
vriers, ajoute son biographe, même dans la force de l'âge, 
pourraient accepter et soutenir le fardeau que le P. Piquet, à 
l'âge de soixante et de soixante-dix ans, portait encore avec une 
vaillance infatigable ». Les jours de fête, quand il avait passé toute 
la matinée à entendre les confessions, son bonheur était de par- 
courir à pied dans l'après-midi les campagnes environnantes, de 
faire le catéchisme au peuple, et par ses exhortations, ses conseils, 
de corriger les abus et les vices, et d'amener les âmes à Notre- 
Seigneur. Nul n'était plus assidu au tribunal de la pénitence ; et 
après sa mort, le sacristain de notre église put rendre de lui ce 
témoignage, que jamais il ne le vit alléguer aucune excuse pour 
éviter de s'y rendre dès qu'il y était appelé. 



Liber annal, dont. Probat. Nanceianae ( Arch. dom. ). — Litter. ann. 
1613-14, p, 494. 

427 



''l28 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FKANCE. 

Le ineino jour d'octobre do l'an 1628, mourut à Lyon, au che- 
vet des pestiférés, le I*. Jka.n Coulet, second Recteur du collè- 
ge d'Embrun, ([u'il avait gouverné pendant neuf ans. La ville 
d'Embrun, écrit le V. Marcellin Fornicr dans son histoire des 
Alpes-Maritimes, conserve chèrement et avec raison le souvenir 
des tendres afîections , de la piété, de la diligence de ce vrai 
zélateur du salut des Ames. Seul il était venu à bout de Taire 
disparaître, entre autres désordres enracinés, une perverse et an- 
cienne coutume, honteux vestige de la fête j)aïenne dos Luj)er- 
cales. Avant lui, chacjue année, durant plusieurs jours, lors des 
plus violentes ligueurs de l'hiver, dos" hommes masqués parcou- 
raient effrontément la ville d'Embrun, sans vêtements et sans 
vergogne, dit le même auteur. La congrégation do la très sain- 
te Vierge, fondée par le P. Corlet, eut une grande part à l'ex- 
tirpation du libertinage et de l'hérésie, et contribua ainsi à réa- 
liser l'espoir et le désir du pieux archevêque d'Embrun. Honoré 
du Laurens, qui, après l'expulsion des calvinistes, avait rétabli le 
collège de la Compagnie do Jésus, « pour être, disait-il, une pé- 
pinière do bons religieux, de bons ecclésiastiques, do bons 
citoyens ». 



M.vacKi.i,L> EoRNiEH. Histoirc générale des Alpcs-Maritimcs { Ms. Biblioth. 
de Lyon, //" 831 ;. — Ai.egambe. Heroes et Vicdmx r/iarù.. ann. 1028. 
cap. ^, p. 275. 



WT» » I 



XXVI OCTOBRE. 



* Le vingt-sixième jour d'octobre de l'an 1556, mourut à Rome, 
quelques mois seulement après saint Ignace, auquel il était très 
cher et qui le regardait comme un ange, le P. André Frusius ou 
DES Freux, du diocèse de Chartres, « homme, disent nos annales, 
non moins recommandable par sa vertu que par ses rares talents «. 
André Frusius administrait depuis plusieurs années la paroisse de 
Thiverval, lorsque le désir d'une fortune plus haute lui fit pren- 
dre le chemin de Rome ; mais ayant entendu prêcher le P. Lainez, 
il renonça pour toujours à ses projets de gloire et d'ambition, et 
embrassa l'humilité de la croix dans la Compagnie de Jésus. Saint 
Ignace l'envoya d'abord à Padoue reprendre ses études de théolo- 
gie, puis il l'attacha à sa personne en qualité de secrétaire. Il fut 
si frappé des grandes qualités qu'il découvrit en lui, qu'il ne ces- 
sa plus de lui confier les emplois les plus importants. On trouve 
le P. Frusius à Florence, où le P. Lainez, en partant pour Pérouse, 
lui laisse la chaire qu'il venait d'occuper avec des fruits immen- 
ses; puis à Montepulciano, où il réforme le clergé et le peuple ; 
à Messine, où il est envoyé avec le P. Jérôme Natal et le P. Lan- 
cicius, et enseigne le premier la langue grecque ; de là, sur les 
instances d'André Lipomano, il se rend à Venise pour gouver- 

429 



'430 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

lier ](' collège (juo ce grand bicMilaiteiir de la (Compagnie ve- 
nait (le ionder dans cette vilhî , et avec ses compagnons il y 
siij)porte pour la gloire de Dieu des l'aligues extraordinaires. Saint 
Ignaccî le rappelKî (Misuite à RonKî ef lui confie la chaire il'Ecri- 
lun; sainte du (lollège Romain ; puis, lorsqu'au prix d'cHorts in- 
croyables, il a pu établir enfin le (lollège (îermanique, l'une de ses 
«jeuvres les plus chères et les plus fécondes, il en nomme le 
I*. Frusius premier Recteur. (Test là que ce vaillant ouvrier, épuisé 
par tant de courses el de travaux soutenus sans relâche pendant 
(juinze ans pour l'honneur de Dieu et le bien de la sainte Kglise, 
fut attaqué de la maladie qui devait l'emporter après de longues 
souffrances endurées avec une patience invincible. La veille de sa 
mort, comme il assistait au saint sacrifice, il entendit le prêtre 
prononcer ces paroles de l'Évangile : « Oninc ((ehituni diniisl tihi, je 
vous ai remis votre dette ». 11 lui sembla <pie Noire-Seigneur les 
lui adressait à lui-même, el son cœur fut rempli d'une joie et d'u- 
ne confiance qui ne le (juittèrcnt plus jusqu'à son dernier soupir. 
A ses qualités de gouvernement et à ses vertus religieuses, 
le P. Frusius joignait les dons les plus divers, qui en faisaient un 
homme universel. II possédait à fond les langues anciennes, latine, 
grecque et hébraïque, et plusieurs langues modernes ; il excellait 
dans les malh<';matiques, était habile médecin, musicien expert, 
juriste savant, éloquent orateur et poète distingué. Un grand nom- 
bre d'ouvrages sont sortis de sa plume. C'est à lui que nous de- 
vons la traduction de l'espagnol en latin des Ii)xercices de notre 
Bienheureux Père, traduction connue sous le nom île N'ulgatc ; 
les Exercices sont le premier livre que la Compagnie ait fait 
imprimer. 



XXVI OCTOBRE. — P. ETIENNE CHARLET. 431 

Orlandinus, Histor. Societ. Jesu, lih. 3. n. 17, p. 57; lib. 6, n. \\, 
p. 127; lib. 7, n. 8, p. 147; n. 30. p. 151; /«Zi. 8, n. % p. 164; /i. 10. 
p. 166 ; n. 13, p. 166 ; /^^. 10, n. 85. /;. 238 ; n. 97, /;. 239 ; Lib. 
16, «. 89 et 90. />. 414. — Alberti, 5. /. , Dell'Istoria d. C. d. G. , la 
Sicilia descritta..., l. 1, c. 12, /;. 90 <?; suiv. — Aguilera, Provincise Sicu- 
Ix S. J. orlus et res gestœ, p. 10, 13, 62, 125. — Patrignani, Menai., 
26 ottob., p. 187. — Drews, Fasti Soc. Jesu, 26a octob., p. 418. — So- 
TUELLUS, Bibliotli. Script. Soc. Jesu, p. 50. — de Backeiî. Biblioth . . . , 
t. % p. 208. 



Le même jour de l'an 4652, mourut à Paris, étant Provincial 
pour la troisième fois, le P. Etienne Charlet, « une des personnes 
les plus illustres qui fût dans notre Compagnie », dit la relation de 
sa mort, dont nous ne faisons que citer mot à mot quelques ex- 
traits. 

« Outre les grands services qu'il a rendus avec louange dans 
toutes les fonctions, surtout enseignant les hautes sciences de phi- 
losophie et de théologie, sa grande capacité au gouvernement l'a 
retenu dans les premières charges l'espace de plus de trente-cinq 
ans : ayant été Recteur dans les premiers collèges sept à huit 
ans ; trois fois Provincial, deux dans la Province de France et une 
en celle de Lyon, d'où il fut appelé à Rome par le P. Mutins 
pour être Assistant de France, ce qu'il a continué d'être l'espace 
de dix-neuf ans, avec un si heureux succès et un contentement si 
universel, qu'il semblait être l'Assistant de tous, tant il était éga- 
lement chéri de tout le monde. Dieu lui avait donné abondamment 
toutes les qualités qui sont nécessaires pour bien gouverner, un 
grand jugement, une rare prudence, une douceur et accortise na- 



/i32 MÉNOLOGE S. I. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

turelle, et uno 1res grande civilité qui l'a lait aimer et respecter 
depuis les plus grands jusqu'aux plus petits. 

« Il a toujours été fort dévot et enclin à la prière ; et autant 
que sa santé le lui a permis, il passait plusieurs heures devant le 
saint Sacrement ; son assiduité à être longtemps à genoux lui a- 
vait causé sa première incommodité, mais il a continué ses prières 
ordinaires jusqu'au dernier moment de sa vie. 

« Au lit de la mort, étant prié de nous donner sa bénédiction, 
il le lit avec grande tendresse, tenant le crucifix, cju'il employa à 
cet effet, demandant pardon à tout le monde, et nous donna avec 
l'exemple de sa vertu, une grande crainte de le perdre, et un dé- 
sir de le conserver , comme le bonheur non seulement de cette 
maison, mais de toute la Province. Nous le considérions comme le 
Père de tous, non seulement à cause de son grand Age, mais parce 
qu'il avait été si longtemps le supérieur de tous, et qu'il avait 
donné à une grande partie de la Province l'entrée de la (lompagnie. 

« Sa grande tempérance a étendu plus loin les bornes de sa vie, 
que ne portait la délicatesse de sa compicxion. Il prenait un grand 
soin des malades, les visitait et consolait volontiers, et ne crai- 
gnait pas d'être prodigue pour eux, aussi bien que pour les pau- 
vres, auxquels il ne soullrait pas que l'on refusât l'aumône, tant 
il avait le cœur tendre à la miséricorde et rempli de charité. Aus- 
si n'est-il pas possible que celui ([ui était si universellement aimé 
des hommes, ne le fût de Dieu même, qui, lui ayant communi- 
qué de si grandes vertus, les aura sans doute récompensées de sa 
gloire à l'heure même de son bienheureux trépas, qui a eu lieu 
avec la même paix et tran([uillité qu'il avait eue toute sa vie «. 
Le P. Gharlet était dans la quatre-vingt-troisième année de son 



XXVI OCTOBRE. — P. JEAN GARNIER. 433 

âge et la soixante-troisième depuis son entrée dans la Compa- 



gnie », 



Ëlogia defunclor Provinc. Franc. ( Archiv. Rom. ). — Histor. Prov. 
Franc, ann. 1652 ( Archiv. Rom.). — Litterse P. Pirot ad R. P. Gêner. 
( ArchÙK Rom. ). — Lettre circulaire à la mort du P. Etienne Charlet 
{ Arc h. dom. }. 



Le même jour encore de l'an 1681, le P. Jean Garnier mourut 
à Bologne, à l'âge de soixante-et-onze ans, en se rendant à Rome 
comme député de la Province de France. Sa haute renommée de 
science profane et sacrée, ses travaux sur la grâce et sur l'his- 
toire de l'Eglise l'ont placé au premier rang parmi les savants du 
XVll^ siècle ; les vingt-six années de son enseignement théologi- 
que furent une des belles périodes du collège Louis-le-Grand. Mais 
on connaît moins de nos jours les dons surnaturels dont son 
âme fut enrichie. Sans nous étendre ici sur sa perfection religieu- 
se, sur son humilité, qui parvint à éviter les charges honorables 
que la Compagnie songeait à lui confier, sur sa charité et son 
zèle à instruire et à sanctifier ses élèves, sur ses austérités, éga- 
les à celles des saints les plus ennemis de leur corps : son inno- 
cence et sa piété lui méritèrent, dès l'âge de seize ans, que la 
très sainte Vierge daignât lui apparaître et l'appeler à la Compa- 
gnie de son Fils. Aussi pour reconnaître un si grand bienfait, il 
se rendait chaque année en pèlerinage à l'un des sanctuaires les 
plus vénérés de la Reine du Ciel, celui de Notre-Dame des Vertus, 
aux environs de Paris. Il y allait et en revenait à pied et à jeun, 
même dans les derniers temps de sa vie. 

A. F. — T. II. — 55. 



^31 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Son amour pour Notrc-Seigneur ré[)antlait sur toute sa personne 
coinnie un rcllet des llaninios divines dont il était sans cosse con- 
sumé, cl (jui (''dataient surtout à l'autel, et dans ses leçons sur 
les perfections cl les mystères du V'erbe incarné. Il avait prié 
longtemps h l'avance un de ses plus intimes confidents de lui lire 
à riieure de la mort l'admirable discours du Sauveur après la Cè- 
ne ; et co fut en s'unissanl à ces paroles et à ces seiilinients 
ineffables, ({u'il eut le bonheur de rendre le dernier soupir. Les 
quinze jours de la maladie <jui conduisit au tombeau le P. (iar- 
nier, remplirent Bologne de l'éclat et du bruit de ses vertus, et 
toute la ville accourut aux funérailles de cet humble religieux, 
étranger, inconnu, (fui n'avait pas même paru en j)ublic, et dont 
les précieux restes reçurent néanmoins des honneurs réservés 
aux plus insignes serviteurs de Dieu. 



IIybeyiiète, Scriptor. Prov. Franc, p. 177. — Sotuellus, Bibliotheca . . . , 

p. 452. — itK Hackkh, Bibliothèque..., l. I. /;. .'$29. — II\rdoli>, Cf. 

Theodoreti opcr., t. .■>,• en tctc est l'éloge du P. Garnicr. — Z\cc\Ht\. Bi- 

blioih. ritual., t. '.), p. Iî)2. — Bibliooraph. crit.. t. 2. p. 199. — Fkm.kh. 

Dictionnaire histor. , /. lî, p. 232. — Biographie unii'ersclle, t. 16. p. 'i8o. 



^ P S ii 



XXVI I OCTOBRE 



Le vingt-septième jour d'octobre de l'an 1620, mourut à Bor- 
deaux, après quarante-trois ans de vie religieuse et vingt-huit 
ans de travaux apostoliques, surtout dans la Saintonge et le Béarn, 
le P. Guillaume Bayle, né à Monistrol, dans le Velay. On a peine 
à se faire une idée du lamentable état dans lequel étaient tom- 
bées ces belles provinces. Le malheur des guerres de religion 
avait porté de si terribles coups aux vocations sacerdotales, que 
beaucoup d'églises étaient sans prêtres depuis vingt et trente ans. 
Un grand nombre d'adultes ne s'étaient jamais approchés du 
sacrement de pénitence ; et telle était leur ignorance, que là où il 
restait encore quelque vestige de la confession, on les voyait 
se réunir, par troupes de vingt ou trente pour recevoir tous en- 
semble l'absolution. 

Le P. Bayle comprit dès le premier jour, en entrant dans cette 
lice, qu'il y fallait un homme capable d'affronter toutes les puis- 
sances de l'enfer, tous les outrages des hommes et même les 
menaces du fer et du poison. Aussi dut-on bientôt reconnaître 
que la main de Dieu était avec lui. Son seul nom jetait une 
telle épouvante parmi les ministres de l'hérésie, que cent vingt 

435 



^l'3() MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

d'entre eux firent le serment de ne plus accepter de lutte con- 
tre (tiiciin Baijie ; car c'est ainsi (|u'ils désignaient à leurs auditeurs 
la plupart des prêtres de son école, et en particuliei- les fds de 
saint Ignace. Les populations séduites pjir les novateurs ou coi- 
l'onipues par riguorance et les mauvaises passions, .se convertis- 
saient en foule ; l'ébranlement produit par sou zèle, surtout <lans la 
Saintonge, (Hail si grand, (juil lallail, disait-on, remonter jusqu à 
saint Eutrope, l'apôtre de la contrée, pour trouver un spectacle 
pareil. Lors tju il publia le graïui jubilé de 1(501, au temj)s des 
fêtes de Pâques, on estima à plus de cent vingt mille le nom- 
bre de ceux f{ui pendant ces jours accoururent j)ren(lre p;irt aux 
processions organisées par l'homme de Dieu et gagner lindid- 
gence du jubilé ; plus de sept mille étaient venus à pied «le Saint- 
Jean-d'Angély et <le la Rochelle, les deux places fortes du calvi- 
nisme. 

(^est au prix de ses larmes, de ses oraisons prolongées et 
de son sang, (jue le F*. Bayle remportait sur l'enfer ces glorieux 
triomphes, .lanuiis il ne montait en chaire sans être armé tl'un 
rude ciliée et sans avoir déeharg<'' sur ses épaules les coups 
d'une longue llagellalion, pendant larpielle on l'entendait répéter 
cette prière . « Da milii^ Domine ./est/, (uiinuis pio qiiihus san- 
i^iiincni tiiiiin prctiosjint fiidlsti ; Seigneur Jésus, donnez-moi les 
Ames pour lesquelles vous ave/ r(''j)andu votre sang jiréeieux ». 
Il ainuiil à redire ces paroles toutes les fois (|u il avait occasion 
de prentire dans ses mains la sainte Hostie, détail aussi sa 
coutume, pour sanclilier sa langue et en faire comme un glaive 
redoutable aux puissances infernales, de I humecter avec àc l'eau 
bénite, dont il avait <''prouvé mille lois la vertu toute-puissante. 



XXVII OCTOBRE. — P. PIERRE MESLANT. 437 

La Province d'Aquitaine lui dut la fondation du collège de Saintes, 
et en grande partie celle du collège de Poitiers ; c'est aussi en 
sa considération que le prieuré de Ligugé, devenu de nos jours 
abbaye bénédictine, fut cédé à nos Pères. 

Épuisé par les travaux plus encore que par les années, le P. 
Bayle couronna, par de cruelles souffrances vaillamment suppor- 
tées, sa belle carrière apostolique, et mit ainsi le sceau à sa per- 
fection à l'âge de soixante-trois ans. 



Elogia defunct. Prov. Aquitan. ( Arcli. Rom. ). — Litter. ann. Provinc. 
Aquit. (Archiv. Rom.). — Cordara, Histor. Societ. Jesu, part. 6a, lib. 5, 
n" 91, p. 253. — Litter. ann. Societ., ann.. 1601, p. 371, « Missio San- 

tonica ». — Sotuellus, Bibliotheca p. 312. — Nadasi, Annus dier. 

memor. , 27^" octob. , p. 1^1. - — Drews, Fasti Societ. Jesu, 27» octob.^ 
p. 419. — Patrignani, Menol., 27 ottob., p. 202. — Nieremberg, Varones 
ilustres, t. 4, p. 556. — Prat, La Compagnie de Jésus en France, t. 2, 

p. 553; /. 3, p. 526; /. 4, p. 258. — de Backer, Bibliothèque /. 2, 

p. 49. 



Le même jour de l'an 1639, mourut à Bernay, en très haute 
réputation de sainteté, à peine âgé de quarante-trois ans, le P. 
Pierre Meslant, de la Province de France. « Il serait difficile, 
écrivait le P. Fillau, Supérieur des Provinces de Paris et de 
Toulouse, de trouver, dans l'histoire de la Compagnie, une per- 
fection supérieure à la sainteté du P. Meslant. Tous ceux qui 
ont eu le bonheur de vivre avec lui proclament unanimemenJ 
que toutes les vertus recommandées par notre Bienheureux Pè- 
re aux enfants de la Compagnie, brillèrent en sa vie du plus 



^t'iH MÉNOLOGK 



ASSISTANCK Di: FRANCK 



vif et (lu plus merveilleux ('claf » ! A le voir, ou aurait |)u de- 
viner eet héroïque vœu (|u'il avait ollert à Dieu, pour s'enchaîner 
plus parlaitenient (;l plus irrévocablement à son service : « Moi, 
Pierre Meslant, vil et indigne serviteur de la divine et adorable 
Majesté, en présence de toute la cour des bienheureux, de la 
très sainte humanitcî du Sauveui- Jésus, (jui m'a faut aimé, de 
l'admirable Mère de Dieu, et de son très cher époux, tles saints 
anges, des saints apôtres Pierre et Paul, et de mon Père saint 
Ignace: je lais vœu à la très sainte Trinité de chercher toujours 
et en tout son plus grand honneur, sa plus grande gloire, selon le 
degré de lumière et d'inspiration qu'elle daignera m'accorder » ! 
Du reste, son union avec Dieu était si grande que, dès I âge 
de vingt-deux ans, comme il en lit l'aveu à ses supérieurs, il 
ne pouvait trouver à se reprocher la plus légère distraction dans 
ses exercices spirituels; et cependant, bien <|ue pas un de ses 
frères ne découvrît en lui une parole ou un mouvement répréhen- 
sible, il portait l'extrême délicatesse de sa conscience jusqu'à 
recourir chaque jour au sacrement de pénitence, qu'il faisait 
suivre immédiatement d'une longue et cruelle llagellation. (l'est 
dans la carrière des études et de l'enseignement, (jiii remplit à 
peu près toute sa vie religieuse, que le P. Meslant parvint à cet 
éminent degré de perfection. Il venait d'être nommé Instructeur 
des Pères du troisiènu^ an, et faisait à pied le voyage de La Flèche 
à Rouen, pour se rendre à son nouveau poste, lorsqu'il lut ar- 
rêté dans sa course par la\ maladie qui devait le réunir à Dieu. 
Les quinze derniers jours de sa vie ne furent (juun doux et 
perpétuel entretien avec Notrc-Seigneur. Il en avait dès son en- 
fance contracté la sainte habitude ; el depuis bien des années, il 



XXVII OCTOBRE. — P. RENÉ RAPIN. 439 

avait obtenu de se lever à deux heures du matin, pour consacrer 
à la prière au moins les trois premières heures de la journée. 
La vue de Dieu dans toutes les créatures faisait de son étude 
même et de ses leçons une prière continuelle. Sa joie de souffrir 
était si grande, qu'il demanda en grâce dans ses derniers mo- 
ments d'être rudement frappé, pour participer encore une fois à 
la flagellation du Sauveur ; il serait mort avec la chaîne de fer 
dont il était toujours armé, si l'obéissance ne lui avait com- 
mandé de la déposer. 11 est à regretter que l'on n'ait pas encore 
livré à la pieuse avidité des fidèles et surtout des âmes reli- 
gieuses, la vie manuscrite de ce grand serviteur de Dieu, toute 
remplie de ses sentiments admirables et des plus vives lumières 
du Saint-Esprit. 



ViALD, S. /. , Vita P. Meslant ( Ms. ). Cf. apud Rybeyrète, Scriptor. 
Prov. Franc, p. 91. — Littev. ann. Prov. Franc, ann, 1639 ( Arc/nv. 
Ho m. ). 

* Le même jour encore de l'an 1687, mourut à Paris le P. René 
Rapin, de Tours, l'un des humanistes les plus appréciés et les 
plus goûtés du XVII*' siècle, et que son éloge envoyé à Rome ap- 
pelle « l'honneur et l'ornement de la Compagnie ». Son poème 
des Jardins surtout fut regardé comme un chef-d'œuvre digne du 
siècle d'Auguste et de Virgile même. Nourri dès ses premières 
années dans l'étude de l'antiquité, la langue de Cicéron lui était 
familière comme la sienne propre. Mais ses vertus religieuses ont 
jeté un éclat incomparablement plus vif, et recommandent surtout 
sa mémoire aux enfants de la Compagnie. 



^'^0 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DF FRANCE. 

On voyait briller on lui uwc pureté <lo mœurs et une délicatesse 
de conscience admirables, une estime et une sorte de respect du 
temps, c[ui lui fit trouver le secret, an iniliou des épreuves d'une 
santé souvent chancelante, de composer une multitude d'ouvrages 
de littérature, de controverse religieuse et de dévotion, dont la 
plupart ont été traduits on plusieurs langues ; un attachement fi- 
lial et profond à l'Kglise et au Vicaire de Jésus-Christ, qui en fit 
un adversaire déclaré des hérétiques et lo soutint pendant vingt 
ans dans les fatigues de son grand travail sur l'histoire du jansé- 
nisme ; un zèle des âmes qui s'attachait de préférence à la con- 
version des calvinistes, et le conduisait toutes les semaines au che- 
vet des malades de l'IIôtel-Dieu, et auprès des pauvres habitants 
des campagnes, qu'il aimait à instruire et à confesser ; un amour 
pour la discipline régulière qui ne souffrait aucun relâchement ; 
une humilité simple et vraie au milieu des ap])laudissements et des 
témoignages de bienveillance et d'amitié des plus hauts per- 
sonnages du temps, et en particulier du Souverain Pontife Clé- 
ment IX ; une piété douce et aimable qui se reflétait sur son vi- 
sage; enfin une charité prévenante et gracieuse qui se mettait au 
service de tout le monde. 

Atteint d'une grave maladie, le P. Rapin supporta les douleurs 
les plus aiguës sans se plaindre, et presque sans en parler, mê- 
me a à ceux qui avaient le plus sa confiance, ne voulant avoir que 
Dieu pour témoin de ce qu'il souffrait, et persuadé que le bonheur 
d'un chrétien est de souffrir ». Le beau livre, La vie des prédesti- 
nés dans la hienheureiise éternité, fut le fruit de cette maladie, « qui 
m'a plus instruit dans les voies de Dieu, si je l'ose dire, écrivait- 
il, que plusieurs années de religion ». y\u reste, il vivait sans cesse 



XXVII OCTOBRE. — P. RENÉ RAPIN. 441 

en face de la mort, s'y préparait chaque mois pendant un jour 
entier par un petit exercice qu'il avait composé lui-même pour son 
usage. Il la vit venir avec un calme et une sainte joie, et après a- 
voir langui près de deux mois, il s'endormit paisiblement dans le 
Seigneur, à l'âge de soixante-dix ans, dont il avait passé quarante- 
huit dans la Compagnie. 



Elogia defunct. Prov. Franc. ( Arc/i. Rom. ). — Sotuellus, Biblioth. 
Script., p. 717. — Rybeyrète, Scriptor. Prov. Franc, p. 252. — de Ba- 
CKER, Biblioth. des Écriv..., t. \, p. 603. — Bouhours, Éloge du P. Ha- 
pin. Cf. Léon Aubineau, Mémoires du P. Rapin..., t. 1, introd.^ p. 
XXIX. — Rapin, La vie des prédestinés dans la bienheureuse éternité, 
préface. — Carayon, Bibliogr. histor., n° 2420. — Feller, Dictionn. his' 
tor, , t. 5, p. 216. — Biogr. univers. , au mot Rapin. 



i^»« 



A. F. — T. II. — 56. 



XXVIII OCTOBRK 



L(; vingl-luillièine joui" d'oclobre de I an Hi^i". moiinil au collôgo 
(le (a\c\\ le P. Nicolas BAFr,i,Y, relig-ioux (rime perfection anti<(ue et 
dont toutes les actions |)ortaient profondément rcinprciiilc diiii 
honimo de Dieu, l/auiour du recueillement. (\\\ silence cl de la pi'ir- 
re, joint à Icdan passionne* de la charilc' et à tontes les saintes 
industries d'une ànie (pii ne semblait \ ivre et respirer i\vw pour 
répandre les llammes divines cpii la consunuiienl, paraissent avoir 
forme; les j)rincipaux traits de sa vie. Par malheur, une mort trop 
[)romple, et la dispersion des anciens tic'sors de nos bihliothè- 
(pu^s, nous ont ravi \i\\ des plus précieux liiiits de son amour fi- 
lial pour la (iOmpagni(!, destiné à nous conseivei' le sou\enir de 
nos |)remiers Pères de l'rance de|)uis saint lo-nace : ouvrai^c entre- 
pris et exc'culé sur l'instante prière dune ( Ion t>r(''oa lion Provincia- 
le, et inlilulc' : « Pc (rdilis So( létal Is ./est/. /// (ïdllia et cifra CkiI- 
/i(i/)i, (/ocfrnid et virtiilc i/li/sfrihi/s. Des .l(''snile-< l'raneais fpii se 
sont illnstrc's, en l'rance c\ hoi's de l'rance, par l(>nr doctrine et 
leurs V(n'tus « ; rc^eueil v(''rilal)lemenl ina])précial)le. et dont le litie 
seid sendile avoir pu ccliapper an naufrage, en nous (K'rohant me- 
nu^ la plupart des noms de ec^s seivileurs d<' Dieu. < Plaise à Xo- 



XXVin OCTOBRE. P. MICHEL DE COUVERT. ^^iS 

tre-Seigneur, écrivait le P. Bailly, dans la préface de la vie du P. 
Emond Auger, plaise à Notre-Seigneur que ce travail entrepris 
pour sa gloire, et <lont plus de la moitié est achevée, puisse être 
conduit à bonne lin par l'auteur, déjà parvenu à sa soixante-troi- 
sième année. Peut-être offrirait-il tout à la fois de précieux et chers 
souvenirs à la Compagnie tout entière, surtout aux Provinces de 
PVance ; et servirait-il, en rappelant à tous de si beaux exemples, 
à rendre plus ardent et plus fort l'élan de beaucoup de nos frères 
pour toutes les vertus de leur vocation , la sanctification d'un 
grand nombre d'àmes, et le plus grand honneur de Dieu » ! 



Elogia defunctor . Provinc. Franc. {Archiv. Rom.). — Kybeyrète, Scrîptov. 
Provinc. Franc. , p. 205. — Sotuellus, Bibliotheca. . . , p. 023. — de Bacreh, 
Bibliothèque. . , t. % p. 49. — B.villy, Historia vilsn R. P. Emundi Augerii, 
Parisiis, 1652, ad Lector. 



* Dans les derniers jours d'octobre de l'année 1715, mourut à 
Québec le P. Michel de Couvert, à l'âge de soixante-deux ans, 
dont il avail passé quarante-deux dans la Compagnie et vingt-deux 
parmi les sauvages de la mission de Lorette. Au début de son a- 
postolat, le P. de Couvert eut à essuyer des fatigues et des rebuts 
incroyables ; mais son invincible patience surmonta tous les ob- 
stacles, et suivant la prédiction que lui en avait faite le saint P. 
Chaumonot, il eut enfin la consolation de voir les pauvres âmes 
confiées à ses soins changer tout à coup et donner l'exemple de 
toutes les vertus chrétiennes. Epuisé de forces, le vaillant mission- 
naire dut, par ordre de ses supérieurs, quitter ses chers sauvages 



444 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

el revenir à Québec. Son zèle ne fit (jiic changer de théâtre. Par 
sa résignatiorj, son union à Dieu, sa fi{l(?lité à toutes les obser- 
vances religieuses, il exerça au milieu de ses frères un apostolat 
non moins tVîcond (|ue celui ([u'il venait de quitter. En particulier» 
sa dévotion au Sacré-Cœur était très vive et, on peut le dire, ex- 
traordinaire : le Sacré-Cœur était son asile, son reluge, le lieu où 
il voulait rendre le dernier soupir. Au témoignage d»' son supé- 
rieur, il (Ml reçut des grâces ineiïables, pareilles à celles dont a- 
vait été comblé autrefois le P. .\lphonse Ezquerra, comme de voir 
son àmo introduite et plongée tout entière par la sainte Vierge 
dans la plaie sacrée du côté, de se sentir comme saint Jean pres- 
ser contre la poitrine du l'ils de Dieu, et j)endanl une année en- 
tière de se nourrir spirituellement de la chair et du sang de ce 
Cœur adorable. Aussi semblait-il ne plus vivre sur la terre , toutes 
ses pensées étaient au ciel ; il n'était occupé (pie de Dieu, et il 
en parlait sans cesse : « VVt' taccntihus de te, malheur à ceux qui 
se taisent de vous », disait-il à l'exemple de saint Augustin, et 
quaiul il fut sur le point, ainsi qu'il l'avait désiré, d'expirer dans 
le Cœur de Jésus, ses dernières paroles furent encore pour recom- 
mander à ses frères de parler souvent de Dieu. 



Lettre vircidairc du P. Joseph Germ\in, à la mort du P. Mieliel de Cou- 
vert. « à Quebee, le \" nov. 1715 » (Are/i. dom.) — Nvdasi. Ann. (lier, mcmo- 
rab. . \1^ juL, P. Alphonsus Esquerra, p. '^'i. 



XXIX OCTOBRE 



Le vingt-neuvième jour d'octobre de l'an 1693, mourut au col- 
lège de Vannes, à la fleur de l'âge, mais consumé rapidement par 
ses travaux apostoliques, le P. Pierre Bouault, héritier de l'esprit 
et des œuvres du vénérable P. Vincent Huby, après avoir été l'un 
de ses plus dévoués coopérateurs dans l'œuvre des retraites. « On 
voyait revivre en lui, dit la courte notice où nous retrouvons son 
souvenir, ces anciens ouvriers de Dieu et de la Compagnie qui, 
par une alliance merveilleuse des dons naturels, d'un travail que 
rien ne lassait, et d'une sainteté consommée, portaient en eux 
une force divine capable de renouveler tout un monde ». Aussi 
dans ce temps où la Bretagne comptait un si grand nombre de 
saints et illustres missionnaires formés à l'école des PP. Huby, 
Maunoir et Rigoleuc, l'évêque de Vannes crut pouvoir dire, à la 
mort du P. Bouault, qu'il avaiU.pej*du .Je__meilleur ouvrier de son 
diocèse. 



Elogia defunctor. Provinc. Franc. ( Arc/iw. Hom. ). — Champion, Vie du 
P. Huby, Nantes, 1698, p. 271. 



A45 



Vl(> MKNOI.OGK S. .1. — ASSISTANCI-: l)K KJUNCK. 

Le mènic joui' de laii IO^>l, moiiriil \e 1*. Ihançois Gaxdii.lon, 
il rà<>(; do. (|iiaranto-cleux ans, au collège crAlenoon, qu'il gouver- 
nail alors en (|ualit(' de Recteui'. La vénération dont il étail l'ob- 
jol étail si g-rande, c(uc poui- ses funérailles il lallul transporter 
son corps dans l'église des religieux de saint Irançois, l'église du 
<'ollèg(! n(i pouvant contenir la multitude accourue poui' lui rendre 
les derniers devoirs. Il avail ap{)orté dans la (;oinj)agnie la répu- 
tation il'un jeune homme dont la piété, l'innocence, les études, et 
le désir do beaucoup faire pour Dieu, semblaient promettre un di- 
gnes successeui- des premiers disciples de saint Ignace. Sa généro- 
sité à se vaincre et à l'aire valoir au service de Dieu tous les 
dons qu'il avait reçus, justifia les j)romesses de son enfance ; et 
les collèges de Tiennes, d'Orléans, de La Flèche, de Paiis et d'.A- 
lençon lui durent des leçons et des exemples «jui firent le plus 
grand honneur à la ('ompagnic. 



(iOUDABA, IJistoria Societ. Jesu^ part. G, lib. IG, n. 259, p. .>i7. — Sotuel 
i.iîs, Bibliotheco, p. 228. 



XXX OCTOBRK 



Le trentième jour d'octobre de l'an 1686, mourut à Bapaume le 
P. Claude d'HÉDicouRT, ùgé de quarante-et-un ans. Il avait été 
prévenu dès sa plus tendre enfance des bénédictions de Dieu ; son 
innocence lui avait fait donner le surnom d'ange. Dès le temps 
de ses études, quoiqu'il n'eût pas encore dix-sept ans, toutes les 
pratiques de la perfection religieuse lui étaient familières, comme 
aux Stanislas et aux Louis de Gonzague. La principale maxime de 
sa vie, objet de ses méditations incessantes, et qui fut toujours 
pour lui la source d'une force et d'un calme inaltérables, était 
qu'il faut accomplir en tout le bon plaisir de Dieu ; dès qu'il l'a- 
vait reconnu, rien n'était capable de l'arrêter. 

.V peine élevé au sacerdoce, il obtint les missions du Levant ; 
mais le brillant climat de la Syrie mit bientôt ses jours en dan- 
ger ; et il reçut l'ordre de rentrer en France, au bout de six ans 
d'apostolat. Dieu le voulait; il se soumit donc avec joie, et passa 
dans la résidence de Bapaume les dernières années de sa vie. 
Bien loin d'3 chercher le repos et un adoucissement à ses souf- 
frances, il ne se considéra que comme une victime qu'il devait 
chaque jour immoler à Dieu par la pénitence ; et son courage lui 
donna cette énergie supérieure à toutes les défaillances de la na- 
ture, que savent si merveilleusement trouver les saints. Il sem- 

447 



^48 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

blait, (X)minc saint Picrro Claver ot saint Pierre d'AlcanUira, avoir 
fait ici-bas un pacte avec son corps pour ne pas lui donner un 
moment de répit jusqu'à la mort. Le jour, il ne !(; laissait jamais 
sans quelque instrunient de pénitence, cilice, haire, chaîne de fer, 
tourment de la faim et de la soif, longues et sanglantes flagella- 
tions ; la nuit, môme dans les rigueurs de l'hiver, il n'interrom- 
pait sa j)rière que pour prendre, par force, quelques moments d'un 
court sommeil, sur une planche et tout habillé. 

Kt cependant, dans ce perpétuel état de souftrance, le P. d'Hé- 
dicourt ne semblait vivre que pour le salut des Ames, surtout des 
pauvres et des misérables les plus abandonnés, fl se faisait leur 
in firmier et leur serviteur le plus humble, aussi bien que leur ca- 
téchiste, leur confesseur et leur intercesseur auprès de Dieu. Aussi 
quand il leur fut enlevé par la mort au bout de trois ans, ses fu- 
n érailles offrirent-elles un admirable et touchant témoignage de la 
vénération publique. Le gouverneur, les soldats de la garnison, la 
noblesse et le peuple se pressaient à l'envi autour de sa dépouille, 
pleurant et poussant des cris de douleur, invoquant hautement 
leur père, leur apôtre et leur saint. Vainement l'environna-t-on de 
gardes p our contenir la multitude , toutes les résistances furent 
brisées, et il fallut laisser pendant quelque temps tous les pau- 
vres et les misérables couvrir de leurs larmes et toucher une der- 
nière fois les restes de celui qui, jusqu'à son dernier soupir, les 
avait si souvent et si tendrement consolés, en remplissant leur 
cœur de l'amour de Dieu. 



Elogia dc/unctor. Prov. Franc. ( Archiv. Hom. j. 



XXX OCTOBRE. — F JACQUES BIDAUT. 449 

* Le même jour, mourut à Arras en 1642 le F. Jacques Bidaut, 
Goadjuteur temporel, qui, sans avoir étudié les règles de l'art, pos- 
sédait dans un rare degré tous les secrets de l'architecte, et ren- 
dit les plus grands services à plusieurs de nos maisons et collè- 
ges. « Cette maison entr'aulres, écrit le P. Gastillon, Recteur du 
collège d' Arras, lui doit tout ce qu'elle est, ayant été le seul ar- 
chitecte qui en donna le dessin et la conduisit jusques à la per- 
fection ». — « Mais ce qui est plus à priser, continue le même Pè- 
re, le F. Bidaut était un très bon religieux, humble, obéissant, 
patient, fort adonné à l'oraison, et laborieux à merveille ». Une 
maladie de langueur acheva de faire briller du plus vif éclat tou- 
tes ses vertus et en particulier sa patience et sa résignation à la 
volonté de Dieu, Après avoir reçu les derniers sacrements de l'E- 
glise, « avec des sentiments extraordinaires de dévotion », il s'en- 
dormit du sommeil des justes, « dans une douceur et une paix d'es- 
prit admirables ». Il était âgé de soixante-dix-sept ans et en avait 
passé quarante-sept dans la Compagnie. 



Lettre circulaire du P. André Gastillon, à la mort du F. Jacques Bidaut, 
« d' Arras, ce 30" d'octobre 1642 » (Arch. dom. ). — Elogium F. Jacobi Bidaut 
(Arch. dom.). 



A. F. — T. II. — 57. 



XXXI OCTOBRl-: 



Le trente-ct-unièine jour d'octobre tlo Tau 1003, nioiiriil au col- 
lège do la Trinité, à Lyon, le P. Théophii.i-: Raynald, l'un «les 
plus savants hommes de son siècle, et qui ne (it pas moins d'hon- 
neui- à la Compagnie par sa fermeté sacerdotale et par ses vertus 
religieuses, cpie par son immense érudition. Le pape Innocent X 
proclamait hautement que ce digne lils de saint Ignace avait été 
particulièrement éclairé par le Saint-Lspril pour 1 Ornement et la 
défense de la sainte Lglise. Alexandre \'ll assurait que l'un de ses 
plus agréables délassements élail de lire les ouvrages d'un si savant 
homme. Les cardinaux de Lugo et lîona, le savant .\ndré du Saus- 
Sîiy dans sou mari yrologe de l'I'^glisc de l'rance, cl j)lusi('ur> au- 
tres juges de pareil nu'îrilc, ne paileul (hi 1*. Tluopliile Rayiuuid 
^[u'avec les expressions de l'admiration la plus vive. Lu de nos 
Pères Généraux ne eroyail |)as (|ue la Conq)agnie possédai alors 
un homme plus docte: cl uu autre, le P. N'ineeul (laralli-. ])ou ap- 
pr(''eiateur eu l'ait de saiulelc, assurait (|in> ton-- les tit'sors i\c la 
prodigieuse; érudition du P. Iîa\ii;iu(l diMucui aient ut'-aumoius l)ien 
an-dessous de ses héroupa's vertus. Des eriticpies superficiels, (jui 
s(Mnblenl n'avoir jamais pi-is la [xmuc de lire et d'c-ludier les (ru- 
450 



XXXI OCTOBRE. — P. THÉOPHILE RAYNAUD. 451 

vres du P. Raynaiid, seront peut-être étonnés de pareils éloges, ne 
pouvant pas même se douter de tout ce que ses livres renferment 
de richesses, par exemple sur la Personne adorable du Dieu fait 
homme, ou sur les splendeurs de la vie morale, empruntées à toute 
la tradition des philosophes païens et des saints Docteurs, et sur 
une multitude presque infinie de problèmes d'antiquité profane et 
sacrée, que l'on chercherait vainement ailleurs. Beaucoup le con- 
naissent bien plutôt par quelques saillies de caractère, ou par quel- 
ques traits d'originalité, sans soupçonner que le mérite éminent 
de ce grand homme l'avait fait demander par la cour, le clergé, 
le peuple de la Savoie, pour successeur de saint François de Sales ; 
ou que Richelieu s'était efforcé en vain de faire du P. Ra^naud un 
instrument docile de sa politique, sans pouvoir en venir à bout 
par les persécutions pas plus que par les promesses. 

Parvenu à l'Age de quatre-vingts ans, cet infatigable religieux 
partageait encore sa vie entre la prière, l'étude et les ministères 
du salut des âmes. C'est là, disait-il à un triste apostat de la Com- 
pagnie, toute la vie du Jésuite fidèle à sa vocation; et quant à l'ar- 
deur de son zèle, « nous attestons l'avoir vu mille fois, écrit un 
de ses frères, même dans sa plus extrême vieillesse, descendre 
péniblement les escaliers du collège de la Trinité, pour entendre à 
la porte les confessions de quelques mendiants ou de quelques 
pauvres servantes, dès qu'il était averti par le portier , et diri- 
ger toujours avec le même zèle la congrégation des principaux ha- 
bitants de Lyon ». Aussi celle-ci donna-t-elle un éclat presque sans 
exemple aux fêtes célébrées pour le cinquantième anniversaire de 
la première messe du P. Raynaud, annoncé solennellement par l'ar- 
tillerie de la ville, et dont nous possédons encore la relation. 



452 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Il ii'avail pas moins bien mérité, cl pai' ses écrits ot [)ar ses 
démarches, do plusieurs saints Ordres religieux, qui lui en témoi- 
gnèrent leur reconnaissance après sa mort, |)ar des obsèques so- 
lennelles. Le Général des (Ihartreu.x alla jusqu'à l'aire ollrir à son 
intention un grand nombre do messes et de prières, dans tou- 
tes les maisons des fils do saiul Bruno. 

La lin de ce lidèle serviteui- de Dieu lui du reste en tout poinl 
tligne de sa vie. La veille, Irentiènn; joui- d'oclobre de l'an 466-3, 
le vénérable et courageux vieillard ne sélait eiuorc exempté 
d'aucun des détails de la vie commune. Mais éclairé par une lu- 
mière divine, il annonça le soir ji l'un de ses frèriîs (pie le len- 
demain il remettrait son ànie entre les mains de Dieu, et qu'il 
espérait bien assister dans le ciel à la glorieuse tète de tous 
les Saints. Le jour suivant, il se lev;i à rpialie heures pour faire 
sa méditation, voulant jusqu à son dernier soupir se montrer fi- 
dèle à ses saintes règles. Mais il ne tarda ({ue peu de moments 
à tond>er dans une suprême défaillance ; et (juelques minutes à 
peine après avoir reçu le saint viati([ue et répété avec un pro- 
fond sentiment d'amour le canti(pu3 du saint vieillard Siméon, il 
expira en paix, également plein de jours el de mérites, dans la 
quatre-vingtième année de son âge el la soixante-troisième de- 
puis son entrée dans la (lompagnie. 



Elogia defunvl. Prov. Lugdun. (Arc/ià'. Iiom.). — Sotiei.i.vs. iJibliotheca..., 

p. T.")?. — DiiEws, Fasti Socict. Jrs.. .'U'"' orioô.. p. -x'I't. — de Backeiu Bi- 

bliot/u'f/uc..^ t. Il p. 007. — C.vuwo.N, Biblioi^raplnc historique S. ./., n. '2'i32. 

j). X\\. — [{aynvld, Opéra ^ I. G, p. 621 .sef/q. — Honiel, 5. /. , Eloge <ht R. P. 

Tlieopliile Rai/naud, compose à l'ocvasio/t de sa nomriie messe en la eitujuan- 



XXXI OCTOBRE. — P. PIERRE MAMBRUN. 453 

tième année de sa prestrise. Cf. Ra.yn.vud, Opéra, t. (S, p. 628 seqq. — Tira.- 
BoscHi, Stoj'ia délia Letteratura ital.^ t. 8. — Colonia, Histoire littéraire de 
la ville de Lyon^ t. 2, p. 740, 743. — Journal des Savants, ann. 1667. — Col- 
LOMBET, Etudes sur les historiens du Lyonnais, t. i, p. 125-161. — Michault, 
Mélanges historiques et philologiques, t. 2, p. 346, 369. — Nicékon, Mémoi- 
res, t. 26. — Feller, Dictionnaire historique, t. 5, p. 227. — Biographie uni- 
verselle, t. 37, p. 183. — Nouvelle Biographie générale, t. 41, p. 466. — 
Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie... , t. 4, eh. 7, p. 349, 350. 



Le même jour de l'an 1661, mourut au collèg-e de La Plèclie, 
dans la soixante-et-unième année de son âge et la quarante-et- 
unième depuis son entrée dans la Compagnie, le P. Pierre Mam- 
BRUN, du diocèse de Clermont, homme d'un g-énie . ég-alement sou- 
ple et élevé, qui parut tour à tour avec le même éclat dans les 
chaires de rhétorique, de philosophie et de théologie. A Gaen, il 
voyait plus de trois cents écoliers se presser autour de lui. Au 
milieu d'eux se distinguait celui qui fut plus tard l'illustre évêque 
d'Avranches, Daniel Huet, qui déclarait bien haut « se devoir toul 
entier » à son maître, et lui voua jusqu'à la mort une affection 
reconnaissante. Ses œuvres poétiques, écrites avec une pureté et 
une élégance dignes de Virgile, méritèrent les suffrages et l'ad- 
miration de tous les humanistes de l'époque. Mais c'est par ses 
vertus religieuses que le P. Mambrun est surtout digne d'éloge : 
une obéissance parfaite, dit l'auteur de sa notice, dont il avait fait 
la règle et l'inspiratrice de toute sa vie ; un amour du travail dont 
la mauvaise santé elle-même ne pouvait enchaîner l'élan ; un zèle 
des âmes qui lui faisait joindre aux fatigues de l'enseignement et 
de l'étude celles de la prédication et de la direction d'une congre- 



\V)^ MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCK DE FRANCE. 

I^alion : une présence de Dieu si vive et si eoiitinuelhî, f|M an milieu 
même des occupalions les plus al)sorl)aules, il ne laissait jamais 
passer niu; heure sans s'y renouveler par un acte exprès; enfin 
une patience inaltérable au milieu des plus eiiudles douleurs de 
sa dernière maladie. Le V. Mambrun avait toujours eu >inc frayeur 
extrême de la mort ; nuiis ([uand il la vil venir, foules ses ap- 
préhensions s(î dissipèrent, et nul n(; s'endoi'mit avec plus de paix 
<'t «le confiance dans le sein de Dieu, <- huit oi'dinaire, remarque 
l'auteur de sou éloge, de la vie passée saintemenl en religion ». 



Ëlogium P. Pctri Mambruni {Archiv. dont.) — KvnEvnÈTE, Scriptor. Prov. 
Franc , p. 229. — Sotuellus, Bibliolh. Script. Soc. Jesu. p. 681. — de R^- 
CKEH, Biblioth. des Ecrivains. . ., t. 1, />. 'i78. — de Uochemonteix, 5. J.., Le Col- 
lège Henri IV de la Flèche, t. 3, p. 123 et suii>. — II. Cuérot, S. J., Etiule 
sur la vie et les œuvres du P. Le Moyne, chap. ix. Querelle littéraire entre 
Le Moi/ne et Mambrun., /;.233 et suiv. — Feller, Dictionn. histor.. t. 4. /;. 292. 



MÉNOLOGE 



DE 



LA COMPAGNIE DE JÉSUS 



ASSISTANCE DE FRANGE. 



P' NOVEMBRE 



Le premier jour de novembre de l'an 1629, mourut près de 
Béziers le P . Glaudh de Sainte -Colombe , surnommé le saint 
Recteur de Tournon, et dont on disait que sa présence et ses 
prières suffisaient pour garantir une ville des fléaux de la colère 
divine. C'est dans la sainte Eucharislie qu'il avait trouvé dès son 
enfance la source de tous les dons surnaturels et de toutes les ver- 
tus: une pureté de cœur si parfaite, que les yeux les plus vigilants 
n'avaient pu découvrir, même dans sa première jeunesse, une faute 
vénielle délibérée; un amour du recueillement et du silence ([ui 
ne lui laissait jamais perdre de vue la présence de Dieu ; une in- 
satiable ardeur à immoler son corps en toute manière, à répandre 
son sang, à porter sur sa chair les stigmates de la Passion, pour 

455 



^l56 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

s'unir au sacrifice do l'Agneau immolé sur les autels ; une lumière 
toute divine qu'il puisait dans la conv(;rsation intime du Sauveur, 
pour diriger ses moindres actions; enlin les trésors même des 
sciences et des lettres humaines, auxquelles il s'appliquait avec 
d'autant plus d'ardeur, qu'il le faisait pour l'amour et pour la 
gloire de Dieu. 

Mais lorsque le P. de Sainte-Colombe eut été élevé au sacerdoce, 
sa dévotion pour Notre-Seigncur sembla ne plus connaître de bor- 
nes. A peine passait-il une heure de la journée sans venir se 
prosterner un moment devant le saint tabernacle, et il y demeu- 
rait une grande partie de la nuit, répétant sans cesse ces paroles 
du saint homme Job : « Quis clet de c.arnihus ejus ut satureinur » ! 
et celles-ci de saint Jean Chrysostôme : « Lnus sit nobis dolor /toc 
esca prluarl » ! Deux fois seulement depuis son élévation au sacer- 
doce, il se trouva dans l'impuissance de célébrer la sainte messe ; 
et l'une des deux fois, espérant trouver le soir une église catholi- 
que, il demeura jusqu'à la nuit complètement à jeun, pour avoir du 
moins le bonheur de communier. Quand il avait quelques grâces 
plus importantes à demander, et surtout pendant ses retraites, il 
obtenait la permission de consacrer plusieurs heures au saint sa- 
crifice. Pour se rendre moins indigne d'un si grand ministère, 
comme saint François de Borgia, il recourait deux fois chaque 
jour au saint tribunal de la pénitence. Enfin son amour ineffable 
pour 1(^ Sauveur Jésus ne lui laissait pas de repos, dès qu'il s'a- 
gissait de lui gagner des àmcs, au péril même de sa vie. Lorsqu'il 
remplissait les fonctions de Père spirituel auprès des jeunes reli- 
gieux de la (Compagnie, ou tju'il enteiulait les confessions des 
prêtres, deux ou trois paroles sufiisaient souvent pour les en- 



l*"" NOVEMBRE. — P. CLAUDE DE SAINTE-COLOMBE. 4r57 

flammer du désir de la sainteté, mais n'étaient de ces paroles c|ui 
semblaient sortir des lèvres et du cœur même de Jésus-Christ. 

La peste ayant éclaté à Bézicrs, où il j^rêchait le carême, le P. 
de Sainte-Colombe s'offrit aussitôt à voler au secours des victimes 
du fléau. Les magistrats de la ville, loin d'accéder à sa demande, 
l'obligèrent à chercher un abri dans un village éloigné de quel- 
ques milles. Nul sacrifice ne pouvait être plus pénible au servi- 
teur de Dieu : « Oh ! quelle joie, avait-il répété soiivent, si je pou- 
vais mourir de cette mort que les autres ont en horreur, être je- 
té comme un pestiféré dans un fossé, et rendre le dernier soupir, 
abandonné de tous, sans aucune consolation humaine » ! 

Cette héroïque prière fut en partie exaucée. La contagion étendit 
ses ravages jusqu'au lieu de sa retraite, multipliant partout les 
morts et les mourants. Le P. de Sainte-Colombe saisit avidement 
cette occasion de se sacrifier ; il se livra sans réserve au service 
des malades, leur prodiguant jour et nuit tous les soins de l'âme 
et du corps, avec la plus industrieuse et la plus infatigable charité. 
Enfin il fut atteint lui-même par le terrible mal, et il eut la joie 
de donner sa vie pour ses frères, au milieu des plus doux trans- 
ports de la reconnaissance et de l'amour. 



Litter. annuse Prov. Tolosanse { Archiv. Rom.}, — Cobdaha, Histor. Soc. 
Jesu, part. 6, lib. 14, n. 124, p, 309, — Nadasi, Ann, dier. memorab., l «oc, 
p. 256. — Drews, Fasti Soc. Jesu, 1* nov., p. 427. — Patrignani, Menai., 
1 /lOf., p. 8. 



A. F. — T. II.' — 58. 



'l-)S MÉNOLOGE S. J. ASSISTA NCK DE FRANCE. 

* liO int'iiKî jour <lc l'ati 103;i rappelle la glorieuse iiioil, ;t Pont-à- 
JSloussou, (lu I*. François Roissei.et, suivie quehfues jours après de 
celle (lu I'. DiuiKK IJauhazan, victimes l'un cl I au Ire de leur dt-voue- 
nienl au service de tous les lualheureux dans celle graiule «^lu'rn- 
rpii jeta en Lorraine six corps d'arniéc entiers, l'raneais. Allemands, 
Suédois, Croates, Hongrois: eouvril j)endanl trois ans h- jiays loul 
enli(M" de juiues et de sang, cl ne coula |)as la \ie n moins de six 
cent mille habitants. La peste, la l'amirie, tous les maux s'étaient 
déchaînés à la l'ois avec une N'iolence inouïe. La cliarilc de nos Pé- 
rès i\r Ponl-ii-iMousson multi])lia les eflorts pour l'aire lace n lant «le 
misères. On les vit donner Icnis soins aux malades dans l(-« liô|>i- 
laux, visiter les prisonniers, prodiguei- tous les secours aux inloi- 
tunés gisant sur les jjJaces publi(|ues. Parmi les plus intrépides, se 
distinguaient les PP. Kousselet el Barbazan : nulle misère, nulle in- 
t'ection lu^ les étonnait; ils eouraieni avec une ardeur- incrt)vabU* 
aux plus rebutants et aux plus abandonnés. Mais ils ne tardèrent 
|»as à succombei' à lanl de l'alignes. Le P. Uarba/.au étail un mo- 
dèle de candeur, d'obéissance el dhumilih', dévfuc du /('le des 
âmes, uni(juemenl préoccuj)é des moyens de les eonduii'c an ciel. 
Le P. Kousselet était professeur di' philosoj)hie à I nnivii-sifi- ih» 
Ponl-à-.Mousson. Qiiand le P. Provincial lui déclara (pu- son mal 
était sans remède, il ne perdit l'ien de la s(''i'enite de ^on visage 
ni de la lraiKptillit(' «le son àine, el il se conlenla do lépondre 
par ces |)ar(>les du Psalmiste : /.u'ialus si//ii . . . , puis il ajouta: « Je 
mourrai au comble de nu's \(eux. si je puis me dire \ lai mem- 
bre de la ('ompagnic, cl mourant au posie (pii-llc ma conliéT».- 
« Oui, repi'il le P. ProNincial. nous axe/ celle iloid)le consola- 



!"•■ NOVEMBRE. — P. FRANÇOIS ROUSSELET. 4o9 

tien ». — « Dieu soil loue, dit-il alors, je u'ai plus rien à désirer». 

Kt il s'entretint doucement avec Notre-Seigneur, et cessa de vivre 
au moment où il s'efforçait de répéter le Gloria Patri. 



Elogia defïmvl. ProK>. Campan. { Archiv. Rom. ). — Abham, L'Université de 
Pont-à-Mousson, édit. ('.vrayon, liv. 8, p. 513, 514. 



li NOVKMBKK 



Le (leiixiènic joui- Av. novembre «le I an llWJi', tnoiinil ;i lîeiiiis 
le P. Jacques h'FiANçois, de la Province de (!liarnpa«4^n(', professeur 
(rEcritur(^ sainte «*l elianoelier de rnniversitc'' de Ponl-à-Moiisson, 
on Ton distingnail particnlièrenieiil ses olives à lanioiir cl au res- 
pect <|nil leur inspiiait pour tons les oracU-s divins, cl aux IVuils 
de Inniière <■! de |)i<'l<'' «piils en reliraienl pour loule la conduite 
de ieni" \\v. Le P. .Iac<pics Irancois a\ail conlinjndlenn'nl devant 
les yeu.v la sainte |>eiis<''e de la inoii ; il liMilri^teiiait avec alleetion 
et eonliance ; cllc^ lui avail rlr d im |)uissaiil sccoiiis ])our airi\er 
h u(U! cxti'aoï'dinaire pwrele <lc c<eiif, cl lin l'aisail concevoir nii si 
ardeiil dc'sir de jouir de la \ ne de Dieu, (pi il avail soii\enl à la 
bouein; ces |)aroles du Prophète cl d autres seinblables : «' Ouando 
i'cnidm cl (innii rchd <iiilc l'aricni Ihi .' Quand donc me "^era-l-il 
dcMMK' d aller et de paraître dcvaiil la lace de mon Dieu • .' - Il 
eomposail une paraphrase en vers lalins sur le canlnpie du saint 
loi l\/(''ehias, lorscpi il ressenlil les premières alteintt's de la moiM. 
Selon la helh- expression de son <'>pitapli(\ «pie nous a Iransniise 
Doin (lalinel dans sa liibliolluMpic (K' Loiraine. " il la \il xtiiir sans 
4'i'ainte, parée (pi il ii'a\ail rien laiss('' en son .iine (pii j)nl lui oflVir 
'it)0 



Il NOVEMBRE. — P. FKANÇOlS DE SAINT-REMI. -^lôi 

quelque sujet de Iristesse ou d'inquiétude, et il quitta les hommes 
avec joie, pour aller vivre avec son Dieu, ne laissant aux témoins 
de sa vie toute céleste et de son bienheureux trépas, que le sen- 
timent d'une sainte envie », et prononçant sans cesse du cœur et 
des lèvres ces paroles du Psalmiste : « Suscipe me. Domine, seeiin- 
dum verhum tuiim, cl vivam; Recevez-moi, Seigneur, selon votre pa- 
role, et je vivrai ». 



Litter. Ann. Provinc. Campan., ann. 1639 f Arch. Rom.). — .\bkam. 
L'Université de Pont-à-Mousson, l. 8, p. 514. — • Nadasi. Ann. dier. nic- 
morab., 2^ nov.. p. 258. — Sotuellls, Bibliotheca. . . . , p. 364. — de Backeh, 
Bibliothèque..., t. 5, p. 210. — Dom Calmet, Bibliothèque de Lorraine, 
p. 391. 



Lo même jour mourureut le P. François de Saint-Iiemi à Reu- 
nes en 1652, et le F. Scolastique Piiii-ibert Kléazah Guéneau a 
Paris en 1656. La vie entière du P. François de Saint-Remi mon- 
tra ce que peut une àme énergique et dévouée à tout prix au ser- 
vice de Dieu, malgré la faiblesse du tempérament et de nombreu- 
ses infirmités. Comme son bonheur était de souffrir pour Jésus- 
Christ, tant que la maladie ne l'enchaînait pas de manière à ne 
plus pouvoir se remuer, il continuait péniblement ses visites des 
hôpitaux, des prisons et des plus misérables réduits, théâtre ordi- 
naire de son zèle ; et ses supérieurs, tout en n'osant pas s'opposer 
à l'inspiration visible du Saint-Esprit, ne pouvaient comprendre 
comment il trouvait encore la force de se livrer en secret à des 
austérités surprenantes, que lui faisait embrasser avec ardeur son 
amour pour la croix. 



'•TtS MKNOLOGK S. J. — ASSISTANCE UK IRANCK. 

Le I'. Scolasticiuf; Philibert Im.éazah Gléneai: était h |)<;iii(; stj»;«i 
<l(; ving-t-trois ans. Nous n'avons nialliourcuscincnt aiuiin «létiiil sur 
Irnlanoc; cl le uovicial de cr\ aiigéli(|U(! jcuno liomine ; mais les 
reor<;ts ineroyablos (juc sa mort causa au collcge de Paris, où il 
n'était ccpcndanl ([uc depuis trois semaines, montrent à quel degré 
il répandail parmi ses élèves et ses frères la bonne odeur <le Jé- 
sus-(îlirist. Son iunoeence et son recueillement, la modestie de sa 
démarche, la sag-esse surmilurelle de; ses paroles, le reflet de la 
présence de Dieu qui brillait sur son visage, sa lendic dcvijtion 
pour le Sauveur et sa sainte Mère, le rtmdaient également admirable 
et aimable à tout le inonde. Mais, dit un témoin de sa mort, il 
soupirait avec tant d'ardeur après l'beureux moment «le s'unir à 
Dieu pour toujours, (jue sa prière lit une sainte violence au ciel ; 
cl il (expira doucement dans le baiser <lu Seigneur, ne cessant 
pisqu'à son dernier soupir de le remercier et <le le bénir avec 
<les transports de joie <le ce qu'il lui étail donné de mourir dans 
la (lompagnie. 



P. Fn. UK Saint-Hemi. — Elog. tlifunvt. Prov. Fraïu. ( Archh . Uom. '. 
F. PiML. (iuÉNEAi'. — Lettre circulaire du P. Anuuk Castillo.n à la mort 
tin F. (iuéneau. « à Paris. 3 uov. IG5G » iArchiv. lioin.). 



m NOVEMBRE 



Le troisième jour de novembre tle l'an IfiVS, mourut dans les 
flots du Saint-Laurent le jeune F. Coadjuteur Noël Juchereau, in- 
firmier de la résidence de Québec, âgé seulement de vingt-cinq 
ans, et depuis sept ans religieux de la Compagnie. Il avait étu- 
dié en France, durant deux années entières, la médecine et la 
pharmacie, avant de se consacrer au salut des Ames. Son rare 
talent, joint aux éminentes vertus de sa vocation, lui avait acquis, 
dans un haut degré, la vénération non moins que l'amour des 
Français de la colonie et des sauvages. Homme di' prière el do 
travail, il donnait, chaque nuit, deux heures au saini exercice 
de l'oraison, avant le réveil de ses frères ; et bien qu'il fût acca- 
blé tout le jour par les malades qui recouraient à sa charité, 
la présence de Dieu lui était si familière et si vive que, dès 
qu'il se trouvait seul un moment, il se prosternait pour oftVii- à 
Notre-Seigneur quelque acte fervent d'amour et d'adoration . A 
l'arrivée et après l'examen de chacuu de ses visiteurs, il lui re- 
mettait quelque livre de dévotion pour occuper son esprit des 
choses de Dieu, penrlant que lui-même préparait les médicaments 
nécessaires ; et cette pieuse industrie servit à la sanctifi(;ation «luii 
grand nombre d'ames. 

^63 



'i<")'« MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCH DK rHANCK. 

(le bon Vrcve nviiil le j)lus t(;ndre amour pour la llcine de» 
an<^os. Tous les samedis, il allait en sou honneur, à jeun <t tète 
nue, mC'ine «mi hiver, (jnelhi <\\\c lut la rigueur du froid, visiter 
cl soigner les pauvres sauvages de Notre-Dame de Foye, à quatre 
milles de Québee. Souvent il lui reeommandait humblement ses 
malades ; et cette Mère de bonté, (jui le favorisa plus d'une fois 
de sa présence, exauçait si visiblement ses désirs, (juil finit par 
lui tieniander des guérisons un peu moins promptes, dans la crainte 
de se voir attribuer c\ lui-même le don des miracles. Peu de jours 
avant le naufrage où il périt, une lumière intérieure fit compren- 
dre au F. Juchereau (fu'un danger prochain le menaçait ; et il s'y 
prépara par un redoublement de ferveur, de pénitence et de cha- 
rité. La veille même de sa mort, comme il s'accusait aux pieds 
de son confesseur de quelques légères imperfections, il reçut une 
grâce de larmes et de contrition si extraordinaire, que les san- 
glots lui coupèrent la voix . Le lendemain, s'étant embarqué sur 
un frêle canot d'écorce, pour aller visiter ses chers malades, il 
fut victime au milieu du fleuve d'un accident imprévu, et il pé- 
rit dans les flots, au moment où il récitait avec ses compa- 
gnons les litanies de la sainte Vierge, c'est-à-dire dans l'acte mê- 
me de la prière, du zèle et de la charité. 



Elngin dc/unctor. Provinc. Franc. ( Aichiu. Rom. }. — P-vtrign-kni, Me-> 
nol., 3 nov.., p. lî). 



Le même jour de novembre l'an 1659, mourut à la Martinique 
le P. Jacques Bonnin , breton. Jusqu'à l'extermination des tribus 
iluronncs par les Iroquois, il avait travaillé avec les saints apô- 



III NOVEMBRE. — P. JACQUES BONNIN. 465 

très du Canada à la conversion des sauvages. « En le voyant, 
vous connaîtrez aussitôt que ce n'est pas un homme du commun, 
écrivait à son fils la Mère Marie de l'Incarnation ; mais je l'ho- 
nore plus de ce qu'il est un grand serviteur de Dieu, que pour 
tous ses autres grands talents » — « C'est une grande béné- 
diction, disait de lui et de ses compagnons le P. Jérôme Lalle- 
mant, de voir le courage et le zèle de ces bons Pères ; le sang 
et la mort de ceux qui les ont précédés les animent ; leur joie 
paraissait si grande sur leurs visages, qu'on eût dit qu'ils s'en 
allaient tous prendre possession d'une couronne et d'un empire » ! 



Relations de la Nouvelle-France, année 1648. Relation du P. Jér ome 
Lallemant. — Lettres de la Vénér . Marie de i/Incarnation, p. 449. 



— T. II. — 59 



IV novrmbrp: 



* Le ((uatrième jour de novembre de l'an 1620, mourut au novi- 
ciat de Toulouse le V. Jîertka.nd Verdieh, dig-iie émule de saint Sta- 
nislas KostUa. Dès sa plus tendre enfance, toutes les pratiques de 
mortification lui avaient été familières, et sa plus douce consolation 
était de s'entretenir avec Dieu. Quand il se présenta pour entrer 
dans la (lompagnie, interrogé par le Père Provincial quel motif l'a- 
menait sous l'étendard de saint Ignace : « Celui, dit-il, de |)Ouvoir 
éviter plus facilement les fautes les plus légères ». Bientôt le saint 
jeune homme lui mûr pour le ciel ; comme son angélique patron, 
il ne pouvait contenir les llammes divines (|ui le consumaient ; t't 
souvent ses frères l'entendaient pendant ses oraisons éclater en 
transports d'amour. Lue fois, à la suite d'uw de ces assauts j)lus 
violents, on le trouva tout hors de lui et comme prive- de vie. l ne 
lièvre brûlante ne tarda pas à se déclarer, et après peu de jours Iv 
V. Verdicr s'endormit paisiblement dans le baiser du Seigneur. 



CoRDAiiA, Ilistor. Societ. Jcsu. (i" /xirt.. lib. 11. //. 12;>. p. :UU). — J^l^^^- 
flc/'unct. /*roiinc. Toios. ( Arc/iù'. doni. }. 



IV NOVEMBRE. — F. JACQUES l'aRGILIER. 467 

Le même jour encore de l'an 1714, mourut à Québec le F. Coad- 
juteur Jacques l'Argilier, surnommé le Castor parmi les sauvages. 
Ce bon vieillard, âgé de près de quatre-vingts ans, avait passé un 
demi-siècle au service des missionnaires. Sa fidélité, à l'épreuve de 
toutes les privations et de tous les périls, sa piété, sa persévérance, 
lui avaient mérité la grâce d'être reçu dans la Compagnie. Dieu se 
communiquait libéralement à cette Ame simple et généreuse , qui 
croyait ne faire que son devoir en accomplissant la perfection de la 
justice chrétienne. Deux jours avant sa mort, voyant un de nos Pè- 
res que son état jetait dans une profonde tristesse : « Mon Père, 
lui dit-il, je m'en vais, je meurs, voilà qui est fait, mais la Provi- 
dence aura soin de vous. 11 vous viendra, un de ces jours, du 
monde pour vous secourir à ma place, et cela dans le temps que 
vous y penserez le moins » ! Peu après, la prédiction du bon Frère 
s'accomplit à la lettre et d'une manière tout à fait inattendue, 
comme pour faire éclater le mérite de ses prières et la puissance 
de son intercession auprès de Dieu. 



Lettre du P. Mermet, à la mort du F. Jacques L'Argilier, « Village des 
Cascaskias, le 25 février 1715 » {Arck. dont.). 



V NOVEMBRK 



Lo cin(|uièm(' jour de novembre de l'an KKK), mourul ii Ispa- 
lian le P. Aliîxamjre dk Rhodks, un des plus <^lorieux enfants 
de la catholique ville d'Avignon, et le Xavier de la (lochinchine 
et du Tonkin, comme le proclamaient ses contemporains. Nous ne 
savons si l'on trouverait en ell'et un autre missionnaire de la 
Compagnie qui ail suivi de plus près, avec plus dr-clat et au 
milieu de plus de merveilles , les traces de IVaneois-Xavier aux 
extrémités de l'Orient. Parti de Rome |)Our les Indes à l'âge de 
vingt-six ans, il prélude à sa noble et sainte carrière, anprès des 
prisonniers et des esclaves de (îoa. Dans les (juelques jours de 
la traversée de cette première ville à Tulicorin, il convertit et 
baptise cin([uante |)ayens , au milieu dune furieuse tempête. En 
attendant à Malacca le dépari (\u navire (\u\ doit l'emporter vers 
sa mission, aidé d'un seul compagnon, il enfante à .lésus-Christ 
j)ai' le saint l)a|itèm(> deux mille infidèles. En abordant [)()ur la 
première fois au rivage du Tonkin, il annonce le vrai Dieu du 
haut de la poupe <lu A'aisseau, et avant d'avoir mis pied à terre, 
il arrache au (U'inou par ce j)remier discours deux de ses audi- 
teurs qui n'avaient jamais entendu le nom de Jésus. Trois ans 
/iG8 



V NOVEMBRE. — P. ALEXANDRE DE RHODES. 469 

ne se sont pas encore écoulés, et parmi la fouie immense de ses 
néophytes, dont il a parfois baptisé jusqu'à deux cents en une 
seule nuit, il compte dix-huit membres de la famille du roi avec 
deux cents prêtres des idoles; et vingt-cinq ans plus tard, cette 
église, qui le reconnaît pour son fondateur et son père, comj)te 
jusqu'à trois cent mille chrétiens. 

. A l'exemple du grand apôtre des Indes, le P. de Rhodes com- 
munique à ses néophytes le pouvoir de chasser les plus fiers dé- 
mons, de guérir les malades et de ressusciter les morts, avec 
quelques gouttes d'eau bénite ou par l'attouchement de la sainte 
croix. Dans un seul village, en une semaine,^ six de ses envoyés 
rendent la santé à deux cent soixante-douze malades, Un soulè- 
vement général de l'idolâtrie aux abois le fait à plusieurs repri- 
ses jeter dans les fers, et même condamner à mort ; mais dans 
une de ces fréquentes arrestations, il baptise quatre-Tingt-douze 
idolâtres. Jeté dans une barque et livré à une troupe de soldats 
qui doivent l'arracher de force à sa chère mission, il convertit 
vingt-quatre de ses gardes et le capitaine qui les commande ; 
puis se faisant déposer sur un rivage désert, il reprend bientôt le 
cours de son apostolat. Quinze fois, pour évangéliser ainsi le Ton- 
kin ou la Gochinchine, il traverse au péril de sa vie le golfe d'Haï- 
nan, si fameux en tempêtes et en naufrages. Et lorsqu'il se décide 
à venir chercher en Europe un renfort de vaillants ouvriers fournis 
par la Compagnie tout entière, il ne quitte l'Orient quapfès avoir 
organisé l'œuvre merveilleuse de ses catéchistes, une des plus bel- 
les dont les annales de nos missions aient conservé le souvenir. 

Enfin, la grandeur des périls et des épreuves de son retour à 
■Rome égale celle dé son apostolat. Jeté en prison à Java par les 



''•^O MKNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Hollanddis hérétiques, il y gagne encore des âmes ; séparé alors, 
par les sectaires furieux, de tous les autres captifs, seul dans un 
plus profond cachot, il se repose de ses autres travaux, en faisant 
les Exercices de saint Ignace ; puis rendu i\o nouveau à la liber- 
té, il traverse les royaumes dos Indes, une grande |)artic de l'A- 
sie; et au bout de trois ans et demi de voyages, comme il le 
raconte lui-même, « parmi tant do dangers sur terre et sur mer, 
tant de tempêtes, tant de naufrages, tant de prisons, tant de 
lieux déserts, tant de barbares, tant de payons, tant d'hérétiques 
ot tant de turcs, toujours porté, dit-il, sur les ailes de la Provi- 
dence », il vient déposer aux pieds de son (Jénéral et du Vicaire 
de Jésus-Christ, les vœux et les espérances des églises qu'il a fon- 
dées aux extrémités du monde. 

Rentré en France pour y susciter des apôtres, on peut sans exa- 
gération le regarder comme l'auteur de cet immense courant qui 
depuis plus de deux siècles entraîne tant de missionnaires français 
vers les plus barbares nations de l'Orient. « Allons, mes Pères, dit- 
il, en terminant le récit de ses voyages, à la glorieuse troupe dont 
il devait être le chef, Jésus nous appelle pour être les instruments 
de sa gloire, dans le salut de tant <le peuples (jue le démon lui a 
ravis ». (le grand homme se préparait donc à revoir ses chers néo- 
j)liytes, lors(|ue l'obéissance lui ordonna de s'arrêter à la cour du 
roi de Perse pour y annoncer Jésus-Christ. C'était redemander à un 
homme de plus de soixante ans, usé par quarante années de mis- 
sions, le travail d'une fondation toute nouvelle, parmi des peuples 
<lo langues ot de coutumes inconnues, en même temps que le sacri- 
fice de ses plus vives ot de ses plus saintes affections. Mais rien 
n'était au-dessus de la générosité du P. de Rhodes. Pendant qu'il 



V NOVEMBRE. — P. ALEXANDRE DE RHODES. 474 

étudiait la langue persane, il parcourait sans cesse les environs de 
la ville d'Ispahan, conférant le baptême aux petits enfants malades, 
et balbutiant sans honte, devant les sectateurs de Mahomet, le peu 
qu'il savait de leur idiome, sans s'inquiéter des rebuts, des malé- 
dictions, des coups et des menaces de mort dont il était poursuivi. 
11 méditait la fondation de nouvelles églises jusque parmi les Géor- 
giens et dans la grande Tartarie, lorsqu'il fut arrêté par la mort, 
au milieu de ces peuples qui déjà l'avaient surnommé le saint, 
l'homme de lumière, et qui lui firent des funérailles telles que la 
capitale des rois de Perse n'en avait encore jamais vu, tandis que 
ses frères le proclamaient également admirable par la pratique de 
toutes les vertus religieuses et par ses immenses travaux. 



CoRD.vnA, Historia Societ. Jesu, part. 6a, /. 12, n. 145 seqq.^ p. 142 
seqq. — de Rhodes, Voyages et Missions du P. Alex, de Rhodes, iV""^ édit., 
annotée par le P. Gourdin, S. J., Lille 1884, — Lettre circulaire du 
P. Aimé Chéz.vud, à la mort du P. Alex, de Rhodes, « à Ispahan, ce 
11 novembre 1660» (Arch. dom. ). — Fleuriau, État présent de l'Armé- 
nie, p. 46. — V^iLLOTTE, Voyages d'un Missionnaire, p. 136 et suiv. — 
SoTVEhLvs, Bidliotheca..., p. 24. — Drews, Fasti Sociei. Jes., h^ nov., 

p. 433. Patrignani, Menol., 5 nov., p. 31. — Jacq. de Machault, S. J., 

Mission de Perse, p. 79. — de Backer, Bibliothèque..., t. 1, p. 622. 
— Feller, Dictionnaire historique, t. 5, p. 259. • — Biographie univers. , 
t.' 37, p. 481. — ^ Nouvelle Biographie génér., t. 42, p. 104. 



VI NOVEMBRE 



Le sixième jour de novembre de l'an 1653, mourut on Syrie, a- 
près dix-huit années d'apostolat, le P. Jean Amieu, de la Province 
<lc Lyon. Né de parents hérétiques, il eut le bonheur d'ouvrir les 
yeux dès son enfance à la lumière de la foi ; depuis ce moment 
jusqu'au dernier jour de sa vie, il se leva toutes les nuits, et de- 
meurait plusieurs heures en adoration devant la très sainte Trinité, 
pour laquelle il avait une merveilleuse dévotion. Après avoir ensei- 
gné la philosophie pendant près de dix ans, et travaillé quelque 
temps au salut des hérétiques dans la vallée de Pragelas, rendez- 
vous des plus fanatiques sectaires du Dauphiné, tout à coup, 
sans en avoir fait la demande, il reçut l'ordre de partir pour la 
mission de Syrie. II se mit aussitôt en route, sans autre viatique 
que son bréviaire, comme pour observer littéralement et dans son 
plus haut degré le quatrième vœu des profès de la Compagnie. 
Mais Dieu lui donna la consolation avant son départ d'arracher à 
l'hérésie et de gagner à la foi les Ames de son père et de sa 
mère. 

L'Eglise de Syrie doit au P. Amieu la naissance des belles mis- 
sions de Tripoli et de Damas, le rétablissement de la chrétienté 
472 



VI NOVEMBRE. — P. JEAN AMIEU. 473 

de Saïda, les trois ferventes congrégations des Arméniens et des 
Maronites d'Alep, si fécondes en fruits de salut et en vocations 
religieuses, la conservation du collège des Maronites, fondé par 
Grégoire XIII à Rome, mais alors menacé d'une ruine prochaine. 
Dans ces difficiles entreprises. Dieu lui vint plus d'une fois visi- 
blement en aide, et lui envoya même des anges pour le tirer des 
plus grands dangers. Mais le vaillant missionnaire n'en eut pas 
moins le mérite des persécutions et des souffrances. Il fut jeté 
dans des prisons infectes, où il eut tout à endurer, sauf la mort. 
Lié vingt-deux jours de suite par un collier de fer, comme un 
vil animal, à une longue chaîne de captifs, dont pas un ne pou- 
vait bouger sans faire souffrir cruellement tous ses compagnons 
d'infortune ; menacé du poignard, dont on lui fit toucher la pointe 
au visage, sans qu'il parût éprouver la plus légère crainte : « Je 
ne tiens pas plus à ma vie qu'à celle d'un moucheron », répon- 
dait-il à ceux qui paraissaient surpris de son courage. 

Il ajoutait lui-même tant d'autres mauvais traitements à ceux que 
lui faisaient subir les ennemis du nom chrétien, tant de jeûnes, 
de macérations et de veilles, tant de voyages pieds nus durant 
des centaines de lieues, où l'on pouvait souvent le suivre à la 
trace de son sang, « que je puis bien, écrit le P. Besson dans son 
beau livre de la Syrie sainte, l'appeler l'homme de douleurs ». Ses 
travaux sur les langues de l'Orient, pour aplanir à ses successeurs 
les voies de l'apostolat ; les services qu'il rendit aux patriarches 
et aux évêques, dont plusieurs l'avaient choisi pour le guide de 
leur troupeau et de leur âme ; ses projets pour la conversion de 
la Perse, où il envoya le célèbre P. Rigordi, peuvent achever de 
nous faire concevoir quelque idée des travaux du P. Amieu. Ses 
A. F. — T. II. — 60. 



474 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANTE DE FRANCE. 

<lerniers moments furent dignes d'une si belle et si généreuse vie. 
Un religieux, témoin de ce spectacle, disait que, pour prix de ses 
longs travaux, il ne demandait qu'une étincelle du feu divin de 
ce cœur d'apôtre. Enfin, après avoir affectueusement remercié No- 
tre-Seigneur de ce qu'il lui était donné de mourir enfant de l'E- 
glise catholique et religieux de la Compagnie, il rendit l'àme en 
répétant dans une douce extase d'amour : Que Dieu est bon ! Que 
Dieu est bon! 



Besson, La Syrie et la Terre Sainte, iV'""'^ édit., 1862, p. 45, 85-94, 
118. — Elogia defunct. Prov. Franc. ( Arc/iiv. Rom.). — Mémoires des 
Missions du Levant, t. 4, p. 129 et siiiv. , ill . — Nadasi, Annus dier. 
memor., Ga nov., p. 263. — Drews, Fasti Societ. Jesu, G* nov., p. 435. — 
Patrign.vm, Menol., 6 nov., p. 35. 



* Le même jour de l'an 1635 rappelle la mémoire du F. Jacques 
Desses, de Valence en Dauphiné, mort à Vesoul au service des 
pestiférés, à l'âge de soixante-deux ans. Le caractère particulier 
de sa vertu paraît avoir été un amour également tendre et fort 
pour sa vocation. Il ne se lassait pas d'exalter la miséricorde de 
Dieu, qui avait daigné l'appeler à un genre de vie si saint et si 
élevé, et il s'animait par cette pensée à en remplir toutes les 
obligations avec une inviolable fidélité. Dans les humbles fonctions 
de Frère Coadjutcur, il ne voyait que des moyens de procurer la 
gloire de Dieu et le salut des Ames, Conformément à l'esprit de 
ses règles, il saisissait toutes les occasions de faire du bien ; il 
ne s'entretenait jamais avec les personnes du dehors, surtout avec 



VI NOVEMRRE. — F. JACQUES DESSES. 475 

les gens simples et les pauvres, sans leur parler de Dieu et sans 
essayer d'élever leurs pensées vers le ciel. Au milieu de ses frè- 
res, nul n'était plus dévoué, plus empressé à se mettre au service 
de tout le monde, sans que l'âge lui fût jamais un prétexte de se 
dépenser avec moins d'ardeur. Aussi le F. Desses jouissait-il dans 
la Compagnie aussi bien qu'au dehors de la réputation d'un saint. 
Une maladie douloureuse, contractée au chevet des moribonds at- 
teints de la peste, mit le dernier couronnement ù sa vertu et fit 
briller plus que jamais son amour pour la Compagnie ; il expira 
plein de la joie de souffrir pour Jésus-Christ et pour les âmes, et 
de mourir enfant de saint Ignace, fidèle jusqu'à la fin à sa voca- 
tion ; « car la grâce de la vocation, disait-il, renferme la plénitude 
des grâces ». 



Litter. ann. Provinc. Lugdun. ( Arch. Rom. ). — Alegambe, Heores et 
Victim. c/iarit.^ p. 383. 



vu N0VKM13RI': 



Lo septième jour de novembre de l'an 1652, mourut saintement 
à Toulouse le F. Goadjuteur Gaspard Arbi^, vietimc de sa charité 
au service des pestiférés. Il avait rempli successivement durant 
vingt années, dans la maison professe de Toulouse, les fonctions 
de portier et de sacristain, vénéré par les étrangers et par ses 
frères <^omm(î un admiral)l(; religieux et un rare modèle d'union 
à Dieu, d'amour du silence, de la modestie et du travail ; il n'a- 
vait jamais donné lieu, disait-on, à une plainte méritée de ses su- 
périeurs. Quand \c. Iléau do la contagion se manifesta dans Tou- 
louse, (ùispard Arbé s'offrit le premier de tous pour aller exposer 
sa vie au chevet des mourants ; et avec la bénédiction de l'obéis- 
sance, il se mil à parcourir du matin au soir, pendant des semai- 
nes entières, les <piartiers de la ville les j)lus misérables, soignant 
avec un égal dévouement les cor[)s et les âmes et préparant les 
voies, selon son degré, à quelcfu'un de nos Pères, cpii n'avait ])lus 
d'autre sollicitude et d'autre fatigue que de donner les derniers 
sacrements. Arrêté au milieu de sa glorieuse carrière : « Voici mon 
tour <le partir pour le ciel », dil-il aux premières atteintes du mal ; 
plus ses douleurs étaient vives, plus il [)araissait triomphant ; il 
/i7t) 



VII NOVEMBRE. — F. GASPARD ARBÉ. 477 

ne cessa de répéter les paroles du grand apôtre : « gioriahor in iri- 
finnltatibus meis », jusqu'au bienheureux moment où il expira en 
baisant les plaies de son crucifix. 



Elogla defunctor. Provinc. Tolos. — Alegambe, Heroes et Victimœ cha- 
ritatis, ann. 1652, p, 482. 



VIII NOVEMBRE 



Le huitième jour de novembre nous rappelle le souvenir de trois 
de nos Pères des Provinces de Lyon et de Paris, signalés pour 
leur esprit d'oraison et leur dévotion envers le très saint Sacre- 
ment : à Rome, le P. Jean-Baptiste Athanase, si habile à inspirer 
le même esprit aux jeunes religieux de la Compagnie, qu'on ne 
crut pouvoir le remplacer dans la charge si importante de Père 
spirituel du Collège Romain, jusqu'à sa mort, arrivée en 1630, à 
l'âge de quatre-vingt-seize ans; — à Vienne en 16oi, le P. Boni- 
i-ACE Constantin, qui nous a laissé l'expression des sentiments de 
son Ame dans la Triple Couronne de la sainte Eucharistie ; — et 
enfin à La Flèche en 1652, le P. Robert Gauteron, qui passait cha- 
que jour des heures entières en oraison, au pied du saint taber- 
nacle, à genoux, sans appui, dans l'attitude et avec la ferveur d'un 
ange. 

A ces grands serviteurs de Dieu, il faut joindre encore un autre 
fils de saint Ignace, mort à Naxie l'an 1712, le P. Charles Lemaire, 
que son dénuement de toutes choses, sa patience et sa charité fai- 
saient appeler le Saint, entre tant de religieux admirables, dont il 
/i78 



VIII NOVEMBRE. — P. ELZÉAR d'oRAISON. 479 

fut tour à tour pendant quarante ans le coopérateur et le père, dans 
les missions de la Grèce et de la Turquie. 



P. Jean-Baptiste Athanase. — Cf. Sotuellus, Biblioth , /;. 408. — de 

Backer, Bibliothèque. .. , t. 5, p. 17. 

P. Boniface Constantin. — Cf. Sotuellus, Biblioth. . . . , p. 124. — de Ba- 
cker, Biblioth..., ;. 5, /?. 145, 

P. Robert Gauteron. — Cf. Elogia defunct. Provinc. Franc. {Archiv. Rom.). 

P. Charles Lemaire. — Cf. Elogia defunct. Prov. Franc. {Archiv. Rom. }. 



* Dans le courant de novembre de l'année 1629, on ne sait pas 
au juste quel jour, mourut à Aix, victime de son dévouement au 
service des pestiférés, après huit années seulement de vie religieu- 
se, le P. Elzéar d'Oraison, d'une illustre famille de Provence, mais 
encore plus illustre par l'éclat de ses vertus que par celui de sa 
naissance. Dès son entrée dans la Compagnie, à l'âge de près de 
trente-cinq ans, il s'était offert au Père Général pour les missions 
les plus laborieuses et les plus fécondes en périls de toute sorte. 
Extrêmement dur à lui-même, il ne prenait son sommeil que tout 
habillé et après une rude flagellation ; mais au reste, on le voyait 
le front toujours dilaté et l'âme si joyeuse, qu'il confessait n'avoir 
pas éprouvé même un quart d'heure de tristesse depuis qu'il s'était 
donné à Dieu dans la religion. 

Quand éclata la grande peste de 1629, qui fît tant de victimes 
dans les provinces méridionales, la famille du P. d'Oraison le pres- 
sa de se réfugier auprès d'elle, et il ne manqua pas d'amis pour 
lui conseiller d'accepter l'invitation et de se dérober ainsi à la con- 



480 MÉNOLOGE b. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

lagioii. Mais le généreux serviteur do Jésus-Christ refusa «l'écouler 
<les prières trop humaines, et faisant à Dieu le sacrifice de sa vie, 
il courut aussitôt se jeler au plus fort du péril, au milieu des 
pauvres habitants de la campagne, en proie au double Iléau de la 
peste et de la famine, et pre3t[ue entièrement abandonnés. Il leur 
prodigua tous les secours de l'âme et du corps avec une charité 
admirable, jusqu'au jour où il fut lui-même atteint par le mal et 
rendit à Dieu son àme généreuse. 



CoRDAHA, Hislor. Societ. Jesu, part. 6", lib. 14, n. 1 19, p. 307. — Ale- 
(;.\MBE, Heroes et Victimm charilat., nnn. 1629, cap. 2, p. 280. — Sotlel- 
Lus, Bibtiot/ieca..., p. 187. — nu Barhy, La solitude de Philagie. Rouen, 
1G42, /;. 303. — DE B.^CKER, Bibliothèque..., t. 3, p. 548. 



IX NOVEMBRE 



Le neuvième jour de novembre de l'an 1686, mourut, en termi- 
nant la mission de Guing-amp, le P. Vincent Martin, le disciple, 
l'ami et le compagnon d'apostolat pendant quatorze ans du V. Père 
Julien Maunoir, dont il composa le chant funèbre, encore aujour- 
d'hui en honneur parmi les Bretons. Jugé seul capable entre tous 
ses frères, de soutenir le faix des immenses travaux de ce grand 
apôtre, après la mort de son cher et saint maître, il poursuivit la 
même carrière jusqu'à son dernier soupir, sans que rien au mon- 
de fût capable de l'arrêter. A peine consentait-il chaque année à 
prendre un mois de répit entre ses missions ; et encore l'employ- 
ait-il d'abord à retremper la vigueur de son àme dans les Exerci- 
ces de saint Ignace, puis à visiter les villages et les hameaux 
voisins de la ville de Quimper, pour y faire le catéchisme aux en- 
fants, aux pauvres et aux ignorants. Ce ne fut pas néanmoins 
l'excès du travail, dit la relation de sa mort, mais un véritable as- 
saut de l'amour divin, qui lui ota la vie, comme il en fil l'a- 
veu à son confesseur dans ses derniers moments. L'ardeur avec 
laquelle il parlait de la bonté et surtout des souffrances de Notre- 
Seigneur, l'avait littéralement consumé. Et l'on peut juger de l'im- 
A. F. — T. II. — 61. 481 



^S'2 MÉNOLOGli S. .). — ASSISTANCÎ; DE IRA.NCi:. 

pression ([u'il faisait sur les àiiic>, |)iiis(|Uf (l;in^ ccUr seul» mi-^- 
sioM, ink'n<)ni|)U(' ou pliitol coiirodiu'c par sa moi t . |»liis de Ifcnt»; 
inillo personnes, a(!COurnes en «»Taii(le |)aili<' «le l»i»'ri Idiii pour cri- 
lendre l'iioinnu^ de Dieu, s'approclièreni de la labh; -^aiiilc So fu- 
nérailles, (M'iébrées par i'évOipie «'1 par uu elerg-é iuu()nd)rablf, lu- 
rent justenieni reg-ardées, malgré les gémissenienis de loul \ui 
peuple, coninie le plus émouvant des triomphes de I liommr d«; 
Dieu. 



h'io^ia (lefunvtor. Pnmnc. hranv. ^ Ar</n\\ /to/tt.'. — ri()>ciiKT. /.ft ii'r 
du P. Mduuoir, Paris l(>'.)7. />. ;»-2^i, 'lOO cl pas.sim. 



■•»-•■> 



X NOVEMBRE 



Le dixième jour de novembre de l'an 1623, le P. Antoine Suffren 
donna généreusement sa vie pour conserver à la Compagnie et à 
l'Église celle do son saint et illustre frère, le P. Jean Suffren, 
confesseur de Marie de Médicis. Ce grand homme était aux portes 
de la mort, lorsque le P. Antoine en reçut la nouvelle à Poitiers; 
sur-le-cl)am|t, il se icndit au tombeau de sainte Radegonde, y cé- 
lébra le sailli sacrifice, obtint par la ferveur de sa prière d'être 
accepté comme victime à la place de son frère. En descendant de 
l'autel, il fut saisi d'une lièvre ardente, qui ne le quitta plus et 
l'emporta au bout de quelques mois. 

Le P. Antoine Sulfren était lui-même un des religieux les plus 
éininents que la Compagnie possédât alors en France : il avait gou- 
verné successivement les deux Provinces de Lyon et d'Aquitaine. 
Pendant qu'il était à la tête de la première, la très sainte Vierge 
lui avait conservé miraculeusement la vie, comme elle daigna le 
déclarer elle-même à un de nos Frères ('oadjuteurs. Ce fut à son 
zèle pour propager la gloire de Notre-Seigneur, que la Compagnie 
dut les importantes fondations des deux maisons de Marseille et de 
(îrenoble. Dans cette dernière ville eu particulier, il jouissait d'une 

483 



A8''i MÉNOLOGE S. J. — ASSISTA^'CE UK FRANCE. 

si haute réputation et avait tellement gagné tous les cœurs, <jue les 
religieux niènies des autres Ordres lui envoyaient Nmiis disciples et 
leurs pénitents, pour qu'il les dirigeât dans les voies de Dieu. Le I*. 
(Claude Aquaviva aimait à citer le P. SufVren comme le modèle ac- 
compli des supérieurs de la Compagnie, soit pour l'étude et la con- 
naissance de l'Institut, soit pour la douceur et la fermeté de le.vé- 
cution, qui le faisaient triompher de tous les obstacles, ainsi (jue 
pour le choix et la formation des sujets (|ui demandaient à être 
reçus au noviciat, et dont il écartait soigneusement ceux (|ui ne lui 
paraissaient pas à la hauteur (l'une vocation si grande et si sainte. 
Les vertus qui accompagnaient de si belles et de si précieuses 
qualités, sa dévotion au saint Sacrement, dont il semblait ne j)OU- 
voir s'éloigner, tant il prolongeait son action de grâces et ses vi- 
sites aux pieds de Notre-Seigneur, son zèle pour le salut des in- 
fidèles, qui lui avait fait demander les missions de Constanfino- 
ple ou des côtes d'Afrique, parce fju'il espérait v soullVii' davan- 
tage et avoir même le bonheur d'y verser son sang; sa lendn; 
charité pour les âmes du purgatoire, <jiii vinrent plus d'une fois 
réclamer le secours de ses prières : sa modestie, soi» humilité, qui 
lui lit solliciter l;i grâce d'être renvov»' parmi les novices, et le por- 
ta, sur son lit de mort, à prier avec instance ((u'on le llagellàt sans 
pitié comnie le plus mis(''rable des pécheurs ; enfin ce merveilleux 
don de conversation religieuse, également pleine d'un charme qui 
ravissait h* cœur, et lonte pénétrée de l'esprit de Dieu, el telle que 
l'on ne se rappelle pas avoir jamais rien entendu de pareil: tout 
cela peut nous donner une idée, malheureHsemenl bien incom- 
plète encore, de cet admirable religieux. Dans ses derniers mo- 
ments, les démons firent de vains efforts pour troubUi la séré- 



X NOVEMBRE. — F. BERNARD RHODES. 48S 

nité de cette Ame, qui n'avait jamais respiré que la plus grande 
gloire de Dieu ; et comme en le voyant faire un mouvement vers 
son crucifix, un de ses frères lui demanda ce qu'il désirait : « Ce 
n'est rien, répondit-il, ces vilains s'étaient présentés ; mais par la 
faveur divine, je les ai chassés. Allons maintenant avec le Sauveur 
Jésus » ! Et il expira. 



De Vita et morte P. Antonii Suffrcni { Arehw. dont. }. — - Tesmoignage 
de son compagnon es visites de la Province. — Tesmoignage d'un Sco- 
lastique de théologie qui avait soin de sa chambre ( Archiv. dont. ). — 
Nad.vsi, Annus dier. menior., 10* nov., p. 268. — Id. , Pretiosie occupât, 
marient..., c. 8, p. 73. — Drews, Fasti Societ. Jesu, 10* nov.. p. 440. — 
Pr\t, La Compagnie de Jésus en France., t. 3, p. 065. 670; t. 4. p. 315 
et suiv., 378 et suiv., 399 et suiv. 



Le même jour de l'an 1715, mourut, à peu de distance de Pé- 
kin, le F. Goadjuteur Bernard Rhodes, habile et humble religieux 
de la Province de Toulouse, dont le talent pour la médecine et la 
chirurgie fut d'un puissant secours pour la propagation de la foi 
en Chine. C'était la seule récompense qu'il consentit jamais à ac- 
cepter, malgré son crédit près des mandarins de la famille impé- 
riale, et de l'empereur Cang-Mi lui-même, qui, durant seize années, 
voulut l'avoir presque constamment auprès de lui. Bernard Rho- 
des avait obtenu d'abord la mission des Indes, et venait d'arriver 
à Pondichéry, lorsqu'une flotte hollandaise parut devant la ville et 
s'en empara. Traité en prisonnier de guerre, avec le P. Tachard 
son supérieur, Bernard Rhodes fut jeté par les hérétiques à fond 
de cale d'un vaisseau, ramené en Europe, et après une navigation 



''«80 MÈNOLOGH S. J. — ASSISTANCK ])). I RANCK. 

Iivs <I<)iil«>ui(Hiso, nsso(à<'; aux luairaitcins des cachots «rAinsterdain. 
Mais »'('tlf jnoinièrc (îpreuvt^ ne l'abatlil |)(»int. A ixiiif rendu a la 
libci;!»', il s'(;nil>ar(jiia (l<; ii<iii\i;aii pouc rOri»;iil ; cl dmaiil <<; sr- 
coiul voyage, le vaisseau (|u il uioulail lui surpris par des ilibus- 
iiors de I lit' d Aiijouau, (|ui If (Jc-pouillèrcnl d«: tout. \iu>>i Dicu 
I a\ail pn-paii', |)ar li^noininicî cl la souIVraricc, à des honneurs 
<pii d('vai«>nl le Irouxcr lidèh* au plus pur t-spiil de sa vocation el 
de .^on de^re <lans la (!oinpag"nie. 

Dès ipiil eul mis le pied sur h; sol de (!hine, dt'-jà pr<'e(''d('' j)ar 
sa reii<)mni(''e, il lui a|)peh; iï la capilalo, et hienlôt routiaini d'ae- 
<'(;pter la <harf>-e pi'rillcuse ih; veiller à la sant('' de lempereur. 
Deux Fois il (!ul le houhour de <>uérir le |)rine«.' de maux (pii le 
l'aisaienl eruellemciil soullVir et avaient (h'Iié lous les elVorts de la 
m«''decine chinoise. Les plus <>-rands seigueuis de I empii'e s'esti- 
maienl heurtnix (pTil voulut bien les soigner ihins leurs maladies. 
Toules l<>s portes de leurs j)alais s'ouvraient devant lui. Au'Nsi le 
I*. Parennin écrivait-il : « A combien de petits entants, même du 
sang royal, le I'. Rhodes n'a-t-il ])as ouvert la porte du ciel » ! 
Mais c(? <pie l'orgueil des Ohinois ne pouvait compreudr(>, c'était 
les soins rpie le IVère prodiguait aux pauvres , avec bien plus 
«l'empressenient el de jo'w (ju'anx plus hauts mandarins du (lélosle 
l'inipin*, sans se; laisser rebuter ni par leurs j)lus dégoûtantes plaies, 
ni pai- leur grossièreté, ni par leur misère. « Si ce religieux euro- 
pi'cn, disait un puissani seigneur idolàtii*, ('tait \\r an milieu de 
nous, il V serait vénéré connue un grand saint, el l'on (''lèverait 
plus d'un monumeni à sa gloire ». (!ang-lli voulait lavoii- con- 
slammenl à sa suite durant ses visites annuelles et ses grandes 
chasH(îs en Tarlarie. <]e lui au retour du dixième d»^ ces vovages. 



X NOVK-MBIU: . F. BF.RNARD RHODES. 487 

t[uc lo I\ Flhoiley, épuisé de Torces, et seiitaiil bien (uTil n'avait 
plus; (juo [)eii de jour;^ à vivre, se prépara sans iroul>le à sa der- 
nière heure, sur le ehariot même qui le ramenait. Homme d'orai- 
son, de renoncement, et d'une tidélité parfaite h toutes ses règles, 
maig-ré les agitations d'une vie errante et ce milieu d'une cour 
payenne, où il lui fallait vivre, des mois entiers, éloigné de ses 
frères, il n'en avait pas moins gardé son àme toujours humble cl 
pure ; il la remit en paix à Notre-Seigneur par les mains de su 
sainte Mère, en adressant une fois encore à Notre-Dame les invo- 
cations de ses litanies. 



Lettres édifiantes, 1781, /. 18, p. 76, lettre du P. Gkkbillon ; p. 90, 
lettre du P. D'ENTiiEcoLf-Es ; et p. 341-350, lettre du P. Pareinnin, Pékin, 
il mars 1715. — Ppisteb, Notices biogr. et bibliogr., n. 239. 



XI NOVEMIUU: 



Le onzièuio jour <le novombro cin l'an ICI G, mourut à Paris 
le. P. Jean Gontkry, ce grand et admirable chasseur d'âmes, 
comme l'appelle l'auteur de son épitaphe, (jui n'avait pas son égal 
en France pour attirer les hérétiffucs et les pécheurs à la liberté cl 
à la vraie vie des enfants de Dieu. Sa méthode pour triompher 
des sectaires semblait lellemcuit infaillible, que même en Allema- 
gne on essaya «le la réduire en ail, dans un ouviage intitub- : 
Metliodiis (ronteriana. Henri I\ ne se lassait j)as <lo l'entendre. 
Il l'admettait avec le P. (loton dans sa plus intinu* familiarité . 
<lependanl le I*. (lontery prêchait au roi la loi <le Dieu avec une 
liberté apostoliqu<> que nous j)ouvons à peine comj)rendre aujour- 
«l'hui. (l'est ainsi que voyant un jour, j)anni les dames du palais, 
la uiar([uis(' de N'erneuil agacer le prince, et chercher à le fai- 
re lire |)(MulaMl cpiil assistait au sermon de l'homme de Dieu : 
•1 Sir<\ <lil le P. (iouh^i'v en s'i?it(MM'onqKint tout à coup, pcr- 
meltrez-vous plus longl<^uq)s à loul \\\\ s(>rail de V(^nir «Miteudi'c 
av(!c vous la parole divine, et <l«* «lonncr uu si grand scandale dans 
le saint lieu » ! Henri l\ , loin (\o s'irrilei' dini zèle si audacieux, 
<Mil le grand ('(rur (!<» r(>v«Miir dès h^ lendemain près «le sa chaire. 



XI NOVEMBRK. P. .IKAN GONTERY. 'l89 

mais après l'avoir prié, toul; on le rcmercianl, de no plus lui 
faire qu'en particulier de telles leçons. 

Dévoré du zèle de la gloire de Dieu, qui donnait tant d'éclat 
et de lïamme à son éloquence, le 1*. Gonter}', déjà mortellenieni 
atteint, ne cessa" de se faire entendre dans la chaire de Notre- 
Dame jusqu'à ce que ses forces épuisées eussent complètement 
éteint sa voix. Alors il ne songea plus qu'à se préparer à la 
mort ; il la vit approchei' sans crainte ; car ce grand homme, 
qui avait <;onduit tant d'àmes à l'amour des choses divines, était 
lui-même intimement uni de cœur à son Maître, et si éclairé 
des lumières du Saint-Esprit, qu'il mérita d'être comparé aux 
prophètes, autant par sa connaissance de l'avenir que pour sa 
j)uissance à jiarler au nom de Dieu. Or, dit un témoin oculaire^ 
(îomme on exposait son saint corps à la vénération publique dans 
notre église, à peine fut-il approché du saint Sacreinent de l'autel, 
qu'on remarqua aussitôt en son visage comme un tressaillement 
sensible de joie, en sorte qu'il ne pa?"aissait plus glacé par la 
mort, mais vraiment vivant et souriant, en présence du corps vi- 
vant du Fils de Dieu, qu'il avait si fidèlement et si courageusement 
défendu tant de fois contre l'hérésie ; « merveille qu'il n'est pas 
raisonnable de taire », lisons-nous dans une relation livrée au 
public peu de jours après. 



Epitaphium. P. Gonterii ( Archiv. dnin. ). — Litter. ann. Provinc. Franc, 
nnn. 1616 ( Arc/iw. dont. j. — Louange funèbre sur le trépas du R. P. 
Gontery^ excellent prédicateur de la Compagnie de Jésus, Bourdeaus, chez 
P. de la Court. 1617, m-8°. — Lettre à Mademoiselle de Saincte-Beuve 
sur le dece/. et en la louange du R. P. Gontery, S. ./. , // Paris, 16 J 7, 

A. F. — T. II. — 62. 



''lOO MKNOI.OGi: s. J. — ASSISTANCE IH: IKA.NfK. 

m-t2. — SoTi'ELM s, IJibliot.hera... , p. 'i.Vi. - hk Backkh. liihliot/ièffue. . . , 
t. tî. /). 'î\\). -— l*iu T. fjd (Jontpai^nir tie Jr'siis en l'rduce. t. 2, p. 'i't'y 
et suiv., oOS, ;JGI, i\'.\h i:f stti\\ ; /. .'{, /;. .'{ I ef .sui\'.. 7Î> ef stt/\-.. [~'.i et 
siiiv., 'iô(j ef suù>., .')17 et suà'., l'I'i et suù'. — (!oLit(jiKU, Maria. ne"o- 
tium oniniiiin sieculoruin, p. iJSI. — Flouimomi i»i: IKymom», Les Truphe'es 
(le la i'erite. préface. - (lnKTi?fK\u-JoLY, Histoire de la Co/n/ta^nie de 
Je'sus, t. 3. c/i. I, />. .")(). — Fellku, Dictionn. historique, t. .">, p. ;»40. — 
S,vi>TK-Foi, Vies (les premières Ursulirtes, t. I. p. II'.). 122. i;57. — Ho\- 
NKKOY. S. ./., Ilistoria lueresis in (Rallia ortie, t. 2, p. '»<>. 



* liO inPmo jour de i'iui H)2'i, If I'. .Ikan Panagkai. Coîuljiitenr 
l('iiij)()r('l, riiouriit à Touinon, dans la (|ua(it'-viii<^l-(>ii/i('ino anri('-(; do 
son ag-c (\\ la soixanle-dixicine dcpui.s son ('nlr(''f; dans la Compa- 
gnie. Toutes les vertus que saint Ig-naee demande de eeux de ses 
enfants (jui sont occupés aux oflices domesti(pu*s, brillèrent en lui ; 
mais il (if surtout éelaler des exemples incoinparahles de pi«''t('' en- 
vers Dieu, d'humililt'; cl de patience au milieu i\v<. j)lus rudes «'- 
[)reuves. l'rot'ondément pénétré de la [)ensée «piil n avait droit à 
uni égard dans la religion, il ne voulut jamais souflrir. même 
dans la plus extrême vieillesse, ({u Ou lui «lonnàt rien tIe particu- 
lier, et s'il jiriivait <pi'il lut oublié ou traité avec peu de soin, il 
s'en réjouissait et en remerciait Dieu comme d iiiu' insigne faveur. 
Les attentions dont l'entourait la charité d(î ses frères, lui pe- 
saient comme un remords ; on le vit plusieurs fois se jeter aux 
genoux d(î ses supérieurs et les conjurer avec instance de l'envoyer 
:i riio|)ital vivr(i et mourir avec les pauvres ; car il uClait plus, 
disait-il, (|u'un mcndjrc inutile, \\\\ incomnu^de fardeau ; à l'hôpi- 
tal, il j)ourrail au moins soullrir pour l'amour de Ji'sus-Christ. 
Dieu s(; chargea d'exercer d'une autre manière la j)atience et 



XI NOVEMBRE. — F. JEAN PANAGEAU. 491 

l'humilité de son serviteur , il donna puissance au démon contre 
lui. Trente années entières, le F. Panageau, à l'exemple du saint 
portier de Majorque, fut en butte à toute la rage de l'enfer ; sou- 
vent au milieu des ténèbres de la nuit, on entendait et les insul- 
tes dont l'accablaient ces ennemis de la nature humaine, et le bruit 
des coups qu'ils déchargeaient sur ses épaules ; l'innocente victi- 
me, au milieu de cette horrible tempête, invoquait tantôt saint An- 
toine, la terreur des démons, et tantôt la Vierge immaculée, qui 
de son pied a écrasé la tête du dragon infernal. Comme y\lphonse 
Rodriguez, le F. Panageau puisait dans la prière et l'union à Dieu 
la force de soutenir ces terribles assauts. Jaloux de garder invio- 
lable la pureté de son cœur, il lavait tous les jours son âme dans 
le sang de l'Agneau au tribunal de la pénitence, et tous les deux 
jours au moins il s'approchait de la sainte Table. Dans ses der- 
nières années, quand sa mémoiie ne pouvait plus garder le souve- 
nir d'aucune chose, on remarqua qu'elle lui était demeurée fidèle 
sur ces deux points. Aussi la vénération publique s'attachait-elle 
au bon vieillard et lui donnait le nom de saint. On en vit un témoi- 
gnage solennel à sa mort. Dès qu'il eut rendu le dernier soupir, 
il se fit un concours extraordinaire auprès de sa pauvre dépouille ; 
les grands rivalisaient avec le peuple pour lui baiser les pieds et 
se disputer des lambeaux de ses vêtements. Henri de Tournon 
s'estima très heureux d'obtenir son chapelet, et le conserva comme 
une précieuse relique. 



CoRDABv, Histor. Societ. Jesu, part. 6*, lib. 9. //. 121, p. 507. — Lil- 
ter. ami. Prow Tolos.^ ann. 162'i ( Archiv. Rom. ). 



^•Oi Mi;NOLOf;K s. J. - ASSISTANCK 1>E fkance, 

\a' nioine jour luicoif; de laii I (').')''», inourut à Iloriio Ir 1'. Loiis 
i)h (iRESSOLLKS, «luuc picuse et iK)bl<' ramillo dr, Tréguiei- en lîre- 
lagiu'. Apres avoir occiqx'; avec une grande distinelion les chaires 
tle piiilosopliie et tle tliéologie, le I*. de; (Iressoles l'ut applifjiié 
pendant dix ans à renseigneniciil «les belles- lettres , pour les- 
ijuelles il avaii un talent extraordinaire, que les protestants eux- 
mèMncH se sont plu à leconnaître. Il lut ensuite mandé à Konie 
par It? W Mutins V^ilelleschi, (pii le pril eoninie seerc-laire dans 
sa correspondance avec la Province de I rance. Dans cet emploi, 
écrit un témoin oculaire, le P. de (iressoles lit j)reuve il une 
humiliti'î et (l'une tlonceuc- admiiablcs. Toules les heures (|ue son 
oflice lui laissait libres, (UaienI consacrées à l'étude des Saints 
Fères. A un g-rainl talent, il joignait une science |)rol"onde et 
un<' ar<leiii' inl'aligable au tra\ail. (pii ne soullrail |>as de perdre 
jamais aucune parcelle «le temps. La natuit^ ii avait pas élé pro- 
digne envers lui île ses dons extérieurs : sa taille était petite 
et toute sa personne chétive ; un embarras de langue rendait sa 
parole difficile et faisait perdre à sa conversation une partie »le 
l'intérêt (pie ses vastes connaissances lui |)ermettaient d y apporter. 
.Mais il rachetait ces défauts |)ai" de ^i précieuses (pialités de 
l'esprit et du cœur, par unt; charité si délicate, une si merveil- 
leuse facilité à se faire; loul à tous, tpi'on n y prenait pres(]ue 
pas garde, el cpu' partout où il eut à vivre, remarque l'auteur de 
son éloge, il laissa d'unanimes regrets el la réputation d'un j)ar- 
fait religieux. Il mourut dans la c iiupiante-sixième année dt; son 
âge et la trente-sixiènu; depuis son entrée dans la (lonïpagnie. 



XI NOVEMBKi:. — P. KEKNAlîl) COUDERï. 49?^ 

SoTUELLi:s, Biblioth. Script. Soc. Jesit, p. î^irl. — Abkam. L'Université 
de Pont-à-Mousson, l. T), p. 336. — dk B\ckkh, Bibliothèque des Ecri- 
vains, t. 2, p. 159. — B.vLTH. GiBKKT, Jugenicnts des savants sur les au- 
teurs qui ont traité de la rhétorique, t. 2. — Daniel Pauknt et Moimot. 
Cf. UK Backeu, /. V. 



Le même jour de l'an 1714, mourut dans la sainte mission 
d'AIep, à laquelle il avait mérité ce nom, le P. Bernaud Coudert, 
de la Province d'Aquitaine, Maître des novices de Bordeaux avant 
son départ pour la Syrie, à l'âge de trente-huit ans. La periection 
avec laquelle il formait les jeunes religieux de la Compagnie, 
avait suscité jusque là des difficultés presque insurmontables à 
sa vocation apostolique ; il fallut ii ses supérieurs des marques 
visibles de l'appel de Dieu, pour les décider à se priver d'un pa- 
reil homme. 

Les merveilles de son zèle durant trente-quatre ans firenl éclu- 
ler à quel degré la grâce divine était en lui. Non conteni 
des travaux ordinaires de l'apostolat, des mauvais traitements alors 
si communs dans toutes les missions de l'empire turc, des fré- 
quentes invasions de la peste, à laquelle il obtint d'exposer sa 
vie jusqu'à six reprises différentes, du nombre incroyable d'en- 
fants infidèles auxquels il ouvrit le ciel par sa vigilance et par 
la bénédiction miraculeuse que Dieu semblait attacher à ses remè- 
des, le P. Bernard Goudert n'aspirait à rien moins qu'à faire 
des chrétiens d'AIep une véritable église de saints. On comptait 
parmi eux, écrit un de ses compagnons, jusqu'à neuf cents 
familles qu'il avait formées à tous les exercices de la plus solide 
piété. Pour les cultiver toutes avec plus de fruit, il avait dis- 



'•9^1 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE UK FRANCE. 

trihiié lij vill<i on s«î{)l qiuirtirTs, (;l pour ainsi dire on sept 
«ongrrgalions dont il visitait n[ii' en particulier, à des heures 
niarcpices, chacun des sept jours de la seinaine. Toutes les œuvres 
do cliHiitô et de dévotion y étaient en hoiineui\ ^ràce à ses 
leçons, ooniHio dans réglisc naissante (U; Jérusalem. 

Va nrannioins t(>llo (Uail la J)»m loction d'obéissance de ce saint 
li<)niiiic, (|n(' rien ne pul le l'aii'c h(!'sitor à (|uittcr un post(; où 
l)i<.'n se scrxail do lui pour un si g-rantl bien, lanl il tenait 
son àino à la disposition <\e ses supéricîurs. S(;s rigoureuses 
austérités n'étaient égalcniont modérées (jue par le ujomo cspi'it 
d'obéissance, sans lequel elles n'eussent pu servir à sauver les 
ànios. On voyait bien, à son invincible patience, combien il aimait 
les douleurs et les croix que lui prodiguait la bonté de Dieu. 
Instruit enfin, soit j)ar révélation, comme on put le croire, soit 
j>ai' la décroissance d(; ses forces, (|ue l'heure de sa mort ap- 
prochait, il voulut prendre une dernière fois congé de son cher 
troupeau d'Alop ol le confirmer dans l'amour <|u'il lui avail inspiré 
pour hi vie parfaite ; puis au retour de cette course, il demanda 
et reçut avec un redoublement de ferveur et do confiance les 
suprêmes consolations de la sainte Eglise, ol il s'ondormit jiros- 
que aussitôt après, de la mort des justes. 



Mémoires du Levant, t. 'i, p. 7ô et suiv. 



XII NOVEMBRE 



* Le douzième jour de novembre de l'an 1572, mourut a Paris 
le P. Louis GoDRET, né à Sallanche, d'une noble famille du 
Faucigny. Peu d'ouvriers apostoliques ont fait une plus redouta- 
ble guerre à l'hérésie : la Haute-Savoie, le Dauphiné, le Languedoc, 
la Provence furent tour à tour le théâtre de ses combats et de 
ses victoires. L'historien des Alpes-Maritimes, le P. Marcellin 
Fornier, parlant des immenses travaux du P. Codret et du 
.P. Antoine Possevin, célèbre « ces deux puissants athlètes » et les 
« prouesses » accomplies par eux dans le Dauphiné, et que « ce pays 
reconnaissant, ajoute-t-il, envers les pères de leur salut, ne doit 
jamais oublier». C'est au milieu de toutes les fatigues et de tous 
les dangers que le P. Codret exerçait son apostolat. A Gap, dit en- 
core le P. Fornier, «la populace, tout empestée du calvinisme, n'eut 
pas plutôt vent de son arrivée, qu'elle fît la tempête et la gres- 
le, et menaça de l'étrangler avant qu'il fût monté dans la chaire», 
protestant « que jamais vif il n'y mettrait le pied ». Partout où il 
prêche, « il est menacé des yeux, de la main et de toute sorte 
d'insolences ». Mais « il n'épargne ni peines ni force dans toutes 
les villes, bourgs et villages, quelque mauvais traitement qu'on 

495 



'«Ofi MÈNOLOGH S. J. — ASSISTANCE DF FRANCP. 

lui fasse; » ; et il a la o^loir(> de préserver du votiiii <lc lliérésie 
des proviiic(;s entières. 

Cet irifal.igable ouvrier «itail. en uièine Uîinps un admirable «su- 
périeur. Dans l<îs ([iKîKfues lignes consacrées à son «'loge, le P. 
Sacîcliini rciinarque (ju il t'-tail doiK- d'un talent ]>arti(ulicr pour 
présider aux d(';l)uts et aux pr<'niiers th-veloppeinents «les eollèg^es 
de la ('onipagnie ; nul n'avail un <'Ourage j)lus intrépide pour 
tenir tète; à tontes les f)|)positions, et une constance plus iuf'hian- 
lahle poui' mener à son terme l'entrepiise commencée. Il fonda 
les collèges de l'Iorence, d<3 Monlepulciano, (K; .Moiulovi. d'Avignon 
et de Ghambéiy ; religieux, continue l«; 1\ Sacchini, \ éiital)l<iucut 
irïsigntî, ami de la j)auvieté, duj" à la fatigue, j)assi()nn('' j)our 
le travail, d'un savoir et d'une t'Ioquence bien au-dessus du 
<;ommun, dévore'; du /èK; des ;\nu^s, d'une modestie cl d une bouté 
<pii éclatait sur son visage; et dans toutes ses manières, cl d'une 
humilité'; e[ui le; mettait au se;rvice ele tous e;t gagnait tous les 
cœurs à .le';sus-(!hrist. 



Ohi.vndinus, /lis/or. Socief. Jesu, l. 11. //. Il, l'i. \'\ ri 14, p. iVè 
seqq. — Sacciiinvs, Hist. Sor. Jesu. juirt. 1^, lih. ^i, n. 7'*. p. 94; lib. 
\, n. 72, 73, /}. 12.'); liA :>, n. HS. />. 182; liù. G, n. 'i8. /;. 234; f/b. 
8, n. 2. p. 20î); //. S7. /;. 317. — b.., /Iist. Soc. Jesu, part. 3». /iù. I. 
//. 82, /;. 28; ///;. 1, //. 17."), p. 17:); liù. 8, n. 248, p. 4i:). — Mahcel- 
i.iN l^'onNiKii, Histoire ircner. des Alj)t's-Maritim. ( .]fs. de la Bibliolh. 
de Lyon, n" 831, /;. Gi)() ). — Juvencils, Epitomc Histor. Soc. Jesu. t. 2. 
p. .Vi. 59. 



XIII NOVEMBRE 



Le treizième jour de novembre de l'an 1720, mourut en odeur 
de bénédiction au collège de Caen, où il avait passé près de la 
moitié de sa vie, le P. Gabriel de Kergariou, âgé d'environ soixan- 
te-deux ans, également aimé des pauvres, des malades, des pri- 
sonniers, comme leur apôtre et leur père, et des personnages les 
plus éminents, dont il réunissait l'élite dans la grande congré- 
gation de la sainte Vierge. Plusieurs de ses pénitents menèrent 
une vie parfaite au milieu du monde, et moururent en réputation 
de sainteté. Le cœur et les moindres paroles de ce véritable fils 
de saint Ignace, au témoignage formel de son supérieur, surabon- 
daient en effet de force et d'onction. Sous toutes les apparences 
de la vie commune, mais d'une vie commune toute surnaturelle, 
il ne venait pas à bout de voiler les plus belles vertus, bien que 
toute son application fût de dérober ses croix aux yeux des 
hommes. Ainsi pendant plusieurs années, son estomac délabré fut 
en proie à de continuels vomissements, sans qu'il y cherchât mê- 
me un soulagement, ou qu'il en trahît le secret par une plainte ; 
car il n'aimait rien tant que la douleur qui lui venait de Dieu, 
et il ne se rendait qu'à l'excès du mal, par obéissance. 

A. F. — T. II. — 63. 497 



498 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE DE FRANCE. 

Lettre circulaire à la mort du P. Gabriel de Kergariou, « a Caen. ce 
I.'i novembre 1720 » { liibliot/t. de Caen, Aïs. /f>. n" \'M. copie. Archiv. 
doin. }. 



Le même jour rappelle encore la mémoire de deux grands ser- 
viteurs de Dieu, les PP. Claude Dukolk et IIenfu de la Grochinière. 

Le P. DuFOUR, de la Province de Lyon, mourut à X'ionnc, l'an 
1079, en grande réputation do sainteté, à l'âge de (piatre-vingl- 
quatorze ans. L'habitude et l'amour de la prière, qu'il avait con- 
tractés dès son enlancc, après avoir été si longtemps l'àme et la 
force de ses travaux pour le bien des Ames, lurent sa plus douce 
consolation lorscjuc l'âge et les infirmités le condamnèrent au re- 
pos. Laissant dès lors toutes les pensées et les conversations du 
monde, ses dernières années ne iureiil |)lus (prime sainte et per- 
pétuelle union de cœur avec Dieu. 

Le P. IIenhi de la Crochimère s'éteignit à Tours l'an I72*j. (Té- 
tait un admirable religieux, ([ue l'on ne craignait pas de comparer, 
pour ses communications avec Dieu, au grand ("vèque de cette 
ville, saint Martin. .\ l'autel, pendant les divins mystères, son vi- 
sage et toute sa personne paraissaient comme transfigurés. On l'au- 
rait pris, dit l'auteur de son éloge funèbre, pour un des anges 
qui environnent le tabernacle. Il en sortait si plein de Dieu, que 
ses moindres paroles inspiraient comme un saint dégoût pour 
toutes les choses de la terre, et un ardent amour pour tout ee 
(pii rapproche du ciel. 

P. Cl.vule DuKOun. — Cf. Elogia def'unctor. Provinr. Lugdun. \Arr/i. Rom.). 
P. Henui ue i,\ Crochimère. — Cf. Elog. defunvt. Prow Franc. (Arc/i. 
Rom. }. 



XIV NOVEMBRE 



Le quatorzième jour de novembre de l'an 1675, mourut sainte 
ment à Rome, dans les plus modestes fonctions de Coadjuteur, le 
F. Jacques Courtois, vulgairement appelé le Bourguignon, et dont 
le cavalier Bernin disait que, pour les tableaux de bataille, il n'a- 
vait pas son pareil dans toute l'Europe. Mais Dieu le destinait ù 
une bien autre renommée et voulait le combler de bien autres 
dons. 

Voici quelques traits du récit de sa vocation toute merveilleuse, 
tel qu'il fut obligé de l'écrire, par l'ordre de son confesseur. Après 
quelques années passées dans les liens du monde et consacrées à 
l'étude des grands maîtres, il venait de perdre sa femme à la fleur 
de l'âge, et se trouvait à Rome, lorsque le Seigneur l'appela, d'une 
vie chrétienne mais ordinaire, à une très haute perfection. « Le 
jour de saint François-Xavier, dit-il, je me sentis dès mon réveil 
embrasé d'un violent désir de trouver Dieu, et je demeurai plu- 
sieurs heures dans l'église de sainte Bibiane, pleurant amèrement 
mes péchés, assistant à plusieurs messes, et tout absorbé dans la 
pensée des choses célestes. Puis je me rendis au Gesù, et proster- 
né devant l'autel du grand apôtre des Indes, je pris la ferme ré- 

499 



500 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCK Di: FRAN'CF. 

solution (l(ï iiu' <l('pouilIcr do loiit. L(; jour- inr-iiK', je- remis à mon 
confcssrni- Ions mes joyaux, poui- on distribuor lo piix aux pauvres; 
cl de co (|ui UK! loslait, joini à la vonlc d'une paifio de nujs vô- 
toments, jo m'omprossai i\c londor un l)ôn(;fice, ne mo réservant 
«juo lo nécessaire. Sur ces onlj-ol'aitos, comme je dessinais une 
imago du Sauveur, j'enlomlis tout à coup sortir do sa houche sa- 
crée les paroles (|u'il avait adressées trois fois à saint Pierre après 
sa l'ésurrectiou : « Pierre, iitdinies-lii » .' Jo tondrai alors la face 
contre terre, p(*nétré d'anioui- el de coulusion. Mai» le Seigneur 
m'apparaissant tout éolatanl <lo lumière, m'imprima une si vive 
connaissance des choses divines, (pu; les livres de tous les docteurs 
n'auraienl \)u on approcher. J(; nu' stmtis en même temps un mer- 
veilleux amour pour la pureté, el j'allai mettre mon anneau nuptial 
an doigt d'une statue do la Mère de Dieu, lui eonlianl la garde 
de mon corps el de mon àmo. Depuis lors, duianl les cim| années 
(pii vienneni de s'écouler, je n ai cessé d'être uni à mon Seigneur, 
toujours présent à ma pensée, ce (pii no me permettail plus tlo rien 
trouver de difficile à son service ; el dès nu)n réveil, son souvenir 
s'emparail si fortement de mon espril, cpi à peine à demi-votu, je 
tombais à genoux, loul ravi on Dion, écoutant ce (piil me disait 
au o<eur, cl goùlaul la pIcMiilnde (!(« celle divine joie dont parle 
sainl Paul, ipiand il nous dit: " Cxuidcte in Doinino seniper ! Ré- 
jouisse/.-vous toujours dans lo Seigneur » ! Oh ! que Ion si'ul bien 
alors y\\\v celui cpii vous fail dv pareils dons est un Dieu » ! 

Telle lui, menu; avant son outrét; dans la Compagnie, la vie du 
sainl 1:'. .laccpujs Courtois. A la prière ol au Iravail, il joignait 
toutes les onivres de miséricorde, dans les prisons, dans les hô- 
pitaux, piodiguanl les Irésors inépuisables de sa charité à toutes 



XIV NOVEMBRE. — F. YVES GUEHO. SOI 

les misères du corps et de l'âme ; et pendant les dix-huit années 
qu'il vécut au milieu de nous, sans cesse comblé de nouvelles fa- 
veurs par le Sauveur et sa sainte Mère, il ne rechercha jamais 
qu'une chose, s'humilier toujours plus profondément au-dessous du 
plus inconnu de ses frères ; il ne témoigna qu'un seul désir, celui 
d'être le plus pauvre, le plus méprisé et le plus crucifié, pour 
être plus uni de cœur et devenir plus semblable à Jésus-Christ. 



Patrignvni, Menologio, 14 nov.^ p. 109. — Feller, Dictionn. /lislor., 
t. 2, p. 412. — Biographie universelle, t. 10, p. 119. — Nouvelle Bio- 
graphie générale, t. 12, p. 237. 



Le même jour de l'an 1761, mourut saintement au collège de 
Vannes dans la soixante-sixième année de son âge et la quarante- 
deuxième depuis son entrée dans la Compagnie, le F. Yves Gueho, 
Coadjuteur temporel, d'une fidélité inaltérable à tous les devoirs 
de son emploi. Dès sa jeunesse, il avait été prévenu des dons de 
la plus tendre piété, et il s'était attaché au service des Pères du col- 
lège, pour en suivre les mouvements avec plus de liberté. Admis 
dans la Compagnie, il parut presque aussitôt un homme formé. 
Aussi, môme avant la fin de son noviciat, il fut envoyé à la maison 
de retraite et chargé de toute l'administration matérielle, œuvre 
difficile autant que délicate, qu'il remplit pendant quarante ans avec 
un dévouement, une charité, une prudence, qui ne se démentirent 
jamais. Plusieurs fois l'année, trois à quatre cents personnes, prê- 
tres, gentilshommes, bourgeois, artisans se réunissaient dans cette 
maison pour y faire les exercices de saint Ignace ; le F. Gueho 



502 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

pensait à tout, pourvoyait à tout ; aucun détail ne lui écliappait ; 
aiïable, prévenant envers tous, il s'accommodait avec un tact mer- 
veilleux à tous les rangs, à toutes les conditions. 

Mais ce qui ravissait surtout, c'était de le voir, au milieu de 
cette multiplicité d'occupations, toujours calme, maître de lui-même, 
« inviolablement attaché, dit son supérieur, à ses oraisons, à ses 
examens, à ses lectures, et à des prières particulières qu il s'était 
imposées ; car il avait si heureusement distribué les heures de la 
journée, qu'il donnait toujours à ces exercices le temps prescrit par 
la règle ». Les souffrances vinrent couronner une vie si bien rem- 
plie et achevèrent de la purifier. Après une pénible agonie de cinq 
jours, pendant laquelle, grâce à une assistance toute particulière 
de Dieu, il ne cessa de multiplier les actes des plus parfaites ver- 
tus, le saint F. Gueho alla recevoir la récompense promise au bon 
et fidèle serviteur. 



Lettre circulaire du P. Olivier L\my, pour annoncer la mort du 
F. Yves Gueho, « au collège de Vannes^ ce 14 novembre 1761 » ( Arch. 
do m. ). 



XV NOVEMBRE 



Dans le cours du mois de novembre de l'an 1687, périt dans 
les flots de la mer Baltique, l'intrépide P. Louis Barnabe, de la 
Province d'Aquitaine, signalé par les vieilles relations de voyages 
du P. Avril, comme un des missionnaires français les plus accom- 
plis qui aient évangélisé l'Orient. 11 avait conçu et soumis à la 
sagesse de ses supérieurs le projet de se rendre en Chine par la 
voie de terre, en traversant, avec l'approbation du czar, toute la 
Russie d'Europe et d'Asie, ou si l'autorisation lui était refusée, 
la Perse et les régions presque inaccessibles de l'Asie centrale. 
Dans ce but, il parcourut à pied, durant plusieurs années, des 
contrées immenses, annonçant partout l'Evangile. 11 fut plusieurs 
fois pris et dépouillé par les Arabes, les Kurdes et autres peu- 
plades barbares, emprisonné, maltraité, bâtonné pour le très saint 
nom de Jésus ; souvent en péril de mourir de froid et de faim, 
et dans la douce nécessité d'offrir à Dieu, chaque jour à son ré- 
veil, le sacrifice peut-être prochain de sa liberté ou de sa vie. 

Afin de venir plus facilement à bout de ce hardi projet, il s'était 
appliqué, malgré d'excessives répugnances, à l'étude approfondie 
de la médecine, « convaincu, disait-il, que c'était là un des plus 

503 



î)0''l MKNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

surs moyens de réussir auprès des peuples <jui ne reçoivent les 
vérités divines qu'à l'ombre et comme sous la protection des a- 
vantages temporels, et (juun envoyé de Dieu ne doit négliger au- 
cun moyen de j)rocurer la gloire de son Maître ». (^elte étude lui 
l'ut (Ml efîel d'un grand secours, surtout dans la londation des é- 
glises d'Arménie et du Kurdistan, et pour arracher aux ténèbres 
de l'infidélité la nation entière des Jasidies. Cependant après avoir 
essayé en vain de iranchir des obstacles trop visiblement insur- 
montables, arrêté moins encore par les déserts, les fleuves et les 
montagnes, que par les intrigues du schisme et de l'hérésie, le P. 
Barnabe fut contraint de rentrer en France. Il préparait, sous la 
protection de Louis XIV, une nouvelle et plus décisive expédition, 
lorsque le vaisseau sur lequel il s'était embarqué pour tenter de 
nouveau le passage par la Russie, vint se briser sur les côtes de 
la Norwège, et la mort de ce vaillant apôtre dissipa des espéran- 
ces que nul autre après lui ne devait parvenir à réaliser. 



Avril. S. /. , Voyages, p. 32, 51 et suiv., 1^ et suiv., 112, 124, 138, 
141, 145, 232, 274. — Flelhixu, Etat présent de l Arménie, p. 66, 72, 
88, 95, 112, 114. — ViLLOTTE, Voyages d'un missionnaire, p. 195. 



* Le quinzième jour de novembre de l'an 1615, mourut à Pont-à- 
Mousson le F. Goadjuteur Bernard (jGZEnfi.ot, dans la quatre-vingt- 
quatrième année de son âge et la cinquante-cinquième depuis son 
<întrée dans la (Compagnie. C'était un religieux d'une admirable hu- 
milité, d'une oraison très élevée, mais surtout d'une dévotion extra- 



XV NOVEMBRE. F. BERNARD GOZENFLOT. 505 

ordinaire pour les âmes du purgatoire, u II ne passait aucun jour, 
raconte le P. Abram dans son Histoire de l'université de Pont-à- 
Mousson, sans quêter charitablement pour elles quelques suffrages. 
S'il rendait quelque petit service, et Dieu sait comme il s'y portait 
volontiers, il ne demandait rien autre chose que des prières pour 
ses chers défunts ». 

Il avait acquis dans l'oraison des connaissances surnaturelles si 
élevées, que plus d'une fois des professeurs de théologie con- 
fessèrent avoir puisé dans ses entretiens plus de lumières sur les 
mystères de notre foi que dans leurs livres. Parvenu à l'extrême 
vieillesse, non seulement il voyait venir la mort avec calme, mais 
il la désirait si ardemment, que .son supérieur, sachant combien 
ce serait lui faire plaisir, lui dit un jour avec une rudesse affec- 
tée : « Mais partez donc enfin ; vous voyez bien que vous n'êtes 
plus bon à rien ; laissez la place aux jeunes gens ». A ces pa- 
roles, le saint Frère, versant des larmes de joie, leva les yeux et 
les mains au ciel, et tout son corps tressaillit d'allégresse. Puis 
quand le supérieur se fut retiré, il dit à ceux qui restaient avec 
lui : « J'ai vu dans ma vie bien des Recteurs, mais jamais de meil- 
leur que celui-là ». 



Elogia defunctor. Provinc. Campan. (Archiv. Rom.}. — Abram, L'Uni- 
versité de Pont-à-Mousson, liv. 2, p. 142. 



■ tt r 

F. — T. II. — 64. 



XV( NOVKMBRK 



* \a' seizième jour de novembre; de l'an l()8^^ mourui an eoilèg-e 
de QuéJ)ee le I*. (Ir.Aini: Pijakt, vénéré par ses compagnons comme 
un saint. Le plus lilial amour de Dieu semblait avoir prévenu en 
lui l'âge de raison ; dans son extrême vieillesse, il aimait à se lap- 
peler avec nne afïectnense reconnaissance, comment vers l'âge de 
sept ans se levant une nuil dans lui trîinsporl danioiir, il s'('tait 
consacre'" à Notre-S(Mgneur pour ne j)liis jamais voidoii' cl clierclier 
(jne lui. Jeune écoliei* des collèges de Paiis et de La I Icclie, son 
plus doux re|)os après le li-avail «Hait de s'entretenii' avec Dieu, les 
anges et les sainis ; les jours de l'êtes et de congés, il demeurait de 
longues heures auprès de l'aulel. 

Quelques hails d(''taelu's de sa notice aclièvei'ont de l'aire connaî- 
Ire (X't lionnuc de Dieu. Il avail aspire' de bonne heure aux rudes 
missions <lc la .NouNclic-l'rauee ; sa joie cl sa l'econnaissauce turent 
sans bornes epiaud il \ il ses (h'-sirs exauces. Dès ejuil (Mit aj)pris 
les pi'cmieis ('léments des langues sauvages, il s'eidouca <lans lin- 
h'-riciir du pavs, à deux cl trois cents li(MU's de (Québec. » Le prc- 
uHcr de tous, dit le suj)éi"icni" de la mission, le IV l»(^scliefer, il a 



XVI NOVEMBRE. — P. CLAUDE PIJART. ,^J07 

porté la foi à plusieurs peuples barbares ; et les dix années entiè- 
res qu'il les a suivis dans les forêts, le long des lacs et des riviè- 
res, il a montré un cœur infatigable dans les travaux, intrépide 
dans les ilangers, invincible dans les souffrances . . . » ■ — « 11 m'a 
fait le récit, ajoute la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation, des 
peines que les Pères endurent dans cette mission ; elles sont in- 
concevables ; et néanmoins son cœur était rempli d'une telle ardeur 

d'y retourner, qu'il oublia tous ses travaux , pour aller chercher 

ses amoureuses croix, qu'il proteste qu'il ne changerait pas, hors 
la volonté de Dieu, pour le paradis... ». 

Cependant les supérieurs jugèrent à propos de le retirer de ce» 
terres lointaines, trop exposées alors aux incursions sanglantes des 
Iroquois ; et ils lui confièn^ent la conduite spirituelle des Français 
et des Algonquins établis aux environs de Montréal. Nul sacrifice 
ne pouvait lui coûter davantage. Depuis de longues années, le P. 
Pijart, en prenant le corps et le sang de Notre-Seigneur, demandait 
tous les jours la grâce de joindre son immolation à celle de la 
sainte Victime et de donner sa vie pour la foi: mais l'obéissance 
vaut encore mieux que le martyre. L'humble religieux se dévoua 
à son nouveau ministère avec tout le zèle dont il était capable. 
Quand il le quitta pour venir à Québec, il laissait après lui une si 
haute idée de sa vertu, que « depuis vingt-sept ou vingt-huit ans 
qu'il est parti, sa mémoire, écrit le P. Beschefer, est encore en 
bénédiction ». 

II passa les dernières années de sa vie à Québec, k dans les em- 
plois de missionnaire, de prédicateur, de catéchiste, de Père de la 
congrégation, de visiteur des malades à l'hôpital, des prisonniers 
dans la prison, des soldats dans leur corps de garde, et des ou- 



508 MÉNOI.OG!: s. J. — ASSISTANCE \)V. f RANCF. 

vrici's n Icui" aiclici- . . . De plus -», connue si tant <roccupatioi»» no 
sullisaieiil pas encore à contenter son ardeur au Iraxail, cet infati- 
gable ouvrier " ensei«^nait «lans le collèg-e, tantôt les petites classes 
ou la iliétoiifjne, tantôt la phiiosoj)liie ou la llicoloocie . . , étant 
prêt cl piojne à lout . . ». A <piatre-vingts ans, il prêchait (»ncore 
(' foules les l'êtes et Ions les dimanches ». .Mais enlin ses forces é- 
pnisées le traliiienl absolument, et jusf[u à sou bienheureux trépas, 
il ne (il plus <pie |)rier"et soullrir. 

Toutes les V(4"tus relig-ieuses brillaient eu lui avec «''clat : « une 
eharili' si ardente, «pi'il passait «piekpiefois les nuits entières dans 
ties eollofpics amoureux avec Dieu, et (pie ses retraites spirituelles 
n'étaient à proprement parler «pi'un acte d'amour de Dieu ... : une 
dévotion envers Notre-Seigneur et la sainte Vierge, si tendre, si 
|)leiiie de confiance et de lamiliaritc', fpi'il tiaitait avec eu.\ coinine 
un enfant avec sou père et avec sa mère : un très sublime don 
d'oraison infuse » , iine ardeur si \i\e à se jnortifier, (pie les su- 
périeurs fuient obligx'S de modérei* ses aiist(''iit(''s, ci même de lui 
en interdire enlin lout à fait l'usage ; un amoui' si filial de la pau- 
vreté rpie, lorsipi'il pouvait avoir les choses les plus viles de la 
maison, « il les baisail avec vénération comme des reli(pies ■». Mais 
sa \iMlu de pi'édilectiou ('lait l'obéissance. <■ Tous ses supérieurs 
ont proteste'" cpie jamais ils n'ont lioiivé d'inféiieiir j)liis facile, 
parce ipi'il ne savait ce ipie c'était (pie de rien refuser et de té- 
moigner la moindre répugnance ». Sa grande maxime, cju il avait 
ap])rise do Notre-Dame, « ('lail cpiil faut (^béir jiis(ju'à la lassitude, 
jiis<pi'au degoùl et juscpi'à la mort ». 

Mais l'éloge de cet admirable serviteur de Dieu « remj>lirail un 
volume entier », dit son supérieur. Après quinze mois de souflran- 



XVI NOVEMBRE. — P. JEAN-BAPTISTE JOUBERT. 509 

ces, qui furent un continuel exercice de toutes les vertus, le P. Pi- 
jarl remit entre les mains de son Créateur sa sainte âme, encore 
parée de l'innocence de son baptême. 



Lettre circulaire du P. Thierry Beschefek. à la mort du P. Claude Pi- 
fart, « à Québec le 16 noi'. 1683 / Bibliot/i. nationale, ms. franc.. 24, 
714 ; p 136 ; copie, Archiv. dont. ). — Relations de la Noui>elle-France, 
ann. 1637, 1640-1644, 1646, 1656. — Creuxius, Histor. Canad., lib. 2, 
p. 171. — CouRCiER, Maria, negotiuni omnium sœculorum, p. 421. — 
Lettres de la Vén. Mère Marie de l'Incarnation, p. 341, 347. 349. — 
Brasseur de Bourboirg. Hist. du Canada, t. 1, p. 54. 



Le même jour de l'an 1660, mourut au collège d'Amiens, à l'âge 
de quatre-vingt-six ans, le P. Jean-Baptiste Joubert, ancien supé- 
rieur de la mission de Constantinople et glorieux confesseur de la 
foi devant les tribunaux musulmans. H avait eu le bonheur de 
souffrir la prison, le bannissement, le cruel supplice de la baston- 
nade sur le.s jambes et les pieds, pour le nom de Jésus-Christ. 
Chassé de Constantinople par les indignes menées des Anglais et 
des Vénitiens, et nommé Recteur de plusieurs collèges de France, 
il ne cessa jusqu'à la mort de redemander avec larmes les fatigues 
et les avanies de sa chère mission. Mais Notre-Seigneur les rem- 
plaça par un autre genre de martyre. Dans les derniers temps de 
sa vie, le saint vieillard devint tout à la fois sourd et aveugle. Il 
reçut cette épreuve comme une précieuse faveur de son bon Maître, 
et en homme à qui la présence et la conversation de Dieu tenait 
surabondamment lieu de tout. 



ÎVIO MKNOLOGK S. I. — ASSISTANCE DE KRANCK. 

Elo°i(i (le/'uHclor. Prov. Franc. ( Arc/iiv. Jiorn.'). — Lettre du W \.\\- 
RKNT n'AiHii.Livc, <li: Iti mission de Chio, au l* . Xtitoine Su//ren. Pnn-itt- 
rinl (le l^jioii ^ An/i. dom., col/ect. \\\ay.\i\y.ry.). 



I.e luèinc jour (Micorc, à Dole, liiii I7">S, le I*. Jian (Iiiaimmws 
inoui'iit, à làgc (le (jualrc-vingt-quatic ;m^. dont il ;i\;iil passé 
près (le soixante-dix dans la Compagnie, l/onction ri la solide 
piété de ses Méditations chrétiennes Ibnl assez voii- son habileté 
dans le granil ail de lornier des saints ; on v remarque, dit le 
Journal de Trévoux, « une justesse dans les divisions et de» 
traits d'une élocpience vive et persvu\sive, <jui <l('<èl(Mil lanteur 
d('jà eonnu par le sueeès de \ingl-(in(] anné«>s de prédication 
en Lan<>U(Hloc, en Provence, en l'ranclie-donih', dans le Lvonnais 
el à la cour de Savoie ». Lorsque Uvs infinnilés I Obligèrenl |)oui" 
ainsi dire à d<''poser les aiines, sa sainte vie l'ut encore une 
muette mais bien (Moquente prédication; ce vieillard (pii, jusqn à 
riieni'e du dîner, passait la matiiK'e loul entière de\aiil le très 
saint Saerement, faisait désirer vA compiiMuIrc. par sa seule vue, 
le bonheni' d'une Ame intimement unie ;i Dieu. 



Klogid defunct. J^rov. Lugd. ( Arch. Rnni. ). — nK IUckkii. liihliothè- 
t/ue. . . , t. ii, p. 86. — Journal de Trévoux. I72'i, p. \l\>i\. 



XVII NOVEMBRE 



Le dix-septième jour de novembre de l'an 1829, mourut à Pa- 
ris, âgé de quatre-vingt-onze ans, le P. Jea\ Billy, entré dès l'an 
1755 dans l'ancienne Province de Champagne, et de nouveau affi- 
lié à la Compagnie en Russie longtemps avant son rétablissement 
dans le monde entiei' par le Souverain Pontife Pie Vil. Il a été le 
dernier parmi nous de ces admirables fils de saint Ignace, que l'a- 
mour de leur vocation avait réunis fraternellement, après plus de 
quarante années passées comme eu exil au milieu du monde, sans 
que l'ineffaçable empreinte de leur formation en eût seulement 
paru altérée ; car tel est le beau témoignage leudu à leurs vertus 
par tous ceux qui eurent alors le bonheur de les connaître. Pour 
le P. Billv, atteint dans ses plus profondes affections, moins par 
les arrêts du parlement ([ue par le bref de Clément XIV, il trou- 
va durant de longues années un noble et généreux asile, dans la 
demeure d'un homme de grand cœur, qui était avant tout un gratid 
chrétien, le maréchal prince de Broglie. Pour faire connaître ce 
gentilhomme par un seul trait, il suffira de dire qu'il s'approchait 
de la table sainte à toutes les grandes fêtes de l'année, et qu'il 
ne manquait jamais de s'y préparer chaque fois [)ar trois jours de 

511 



512 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE I)K FKANCK. 

retraite cl *\o prière. Le maréchal de Broglie confia au P Billy 
l'éducation de, ses deux plus jeunes (ils, le prince (Iharies, qui 
<Ievinl le pieniiej- compagnon du P. de Tournéiy dans la fondation 
des Pères de la loi, et le; prince Maurice, évèque de Gand, pri- 
sonnier à N'inceniies pour pi i\ de sa résistance épiscopale à Na- 
|)oléon, et aj)rès la chut(! de l'empire, pendu en elligie par l'ordre 
de (luillaume roi de Hollande, pour cette même invincible fidélité 
à l'Kglise e:t an Saint-Siège. 

(iC lui vers cette époque qu(> \o P. lîilly, un peu déchu, s'il 
laut en croire l'humble récit qu'il nous en a laissé, de son ardeur 
première poui- la perfection, bien ([ue toujours irn^prochable à 
l'extérieur, et même singulièrement estimé pour son esprit de 
foi et son /èlc des Ames, vit un jour apparaître, dans tout l'éclat 
de la gloire céleste et avec un visage tout à la l'ois maternel et 
sévère, la Reine du ciel, qui dépliant sous ses yeux un rouleau, 
où il reconnut distinctement toutes les infidélités qu'il avait com- 
mises, lui adressa ces paroles : « Tu dis que tu m'aimes ; mais si 
ton amour était réel, le rendrais-tu coupable de <'es négligen- 
ces» ! — «Je serais mort, disait-il plus tard, de confusion, de dou- 
leur et d'effroi, sans l'expression indéfinissable de tendresse qui 
accompagnait ces reproches. Je tombai à genoux, fondant en lar- 
mes, et bien résolu à vivre désormais en digne enfant de Marie » ! 

Cette apparition, et une cruelle tentation de désespoir, compara- 
ble à celle de saint François de Sales, et dans laquelle le démon 
lui dit un jour : « Tu as beau faire, tu seras certainement damné, 
je vois déjà ta place dans les enfers )>, sont les seuls traits d'in- 
tervention surnaturelle dont ail lait part à ses confidents l'hu- 
milité du P. Billy ; mais il avouait en même temps (jue rien ne 



XVII NOVEMBRE. — P. JACQUES BOUTON. ^||! 

pouvait avoir plus de force pour lui inspirer le désir de devenir 
un saint. Cependant lors d'un voyage qu'il fit à Saint-Pétersbourg 
peu d'années après, croyant qu'à l'âge de plus de soixante ans il 
ne pouvait qu'être une charge, il ne songeait pas à se réunir Iv 
ses frères de Russie, lorsque le Père Général, charmé de son mé- 
rite et de sa vertu, lui dit un jour avec une rare délicatesse : 
« Mane nobisciun, quoniani advesperascit » .'' Dès ce moment, il n'hé- 
sita plus, et par un renoncement que la vieillesse et des habitu- 
des plus douces devaient lui rendre si pénible, il reprit avec bon- 
heur ce joug béni de la vie religieuse, qu'il semblait n'avoir ja- 
mais déposé. 

Notice ms. sur le P. Jean Billij ( Arc/iiv. dont. ). 



* Le même jour de l'an 1658, le P. Jacques Bouton, né à Nan- 
tes, termina saintement sa vie au collège de La Flèche. Aux rares 
talents qu'il avait reçus de la nature, « il unissait, dit le P. Ry- 
beyrète, une si étonnante sainteté et un tel savoir, qu'il se montra 
grand en toutes choses ». Appliqué pendant onze ans à l'enseigne- 
ment de la philosophie et de la théologie, il égala les plus illus- 
tres maîtres, s'il ne les surpassa pas. Mais il soupirait après les 
fatigues des missions étrangères ; à force d'instances, il obtint des 
supérieurs la permission d'aller se consacrer au service des sau- 
vages des îles de l'Amérique. On ne saurait dire tout ce qu'il eut 
à souffrir dans cet apostolat, et avec quel zèle il se dépensa pour 
amener ces pauvres infidèles à la connaissance et à l'amour de 

A. F. — T. II. — 65. 



514 MÉNOLOGF S. J. — ASSISTANCK DE FRANCF. 

.I('siis-(ilirisl. I.os liinres cl rardeur <l iin ciel dr Icii ('piiisèreiit la- 
j)i(l(Mii('iil SCS loi'ces el le coiitrai'^nirciil à r<'j)ass(M- en l'rance. 

La \i(' <lii I* Bouton ne lui plus dès lors ([ii'uno long-uc défail- 
lanco, sanctifiée par la patience cl par toutes les vertus. Cependant 
à le voii- assidu à tous les exercices el toujours otcufx'', o\\ auiail 
pu croire (pi il u avait rieu à souiliii" ; le vaillant discij)lc Ai' la 
croix ne voniait d'autre adoucissenu'iil à ses maux (pie le bonheur 
de s'abandonner à la volont(' de Dieu. .Mais enfin il «lui rendre les 
armes. Il avait couluiue daller |)rier cha([ue jour au pied dune 
image de la sainte N'ierge : une fois sa faiblesse trahi! sa piété, 
et il ne put ae('oni|)lir sou dévot |)èlei"inage. Le saint vieillard 
comprit (pie sa lin n ('tiiit plus ('loigiK'e, et eu elVct (pichpies 
jours a|)r('s, il sc-teigiiil doucement, dans la soixanle-sixi('uic année 
i\c sou âge et la (piaraiite-huitif'mc depuis sou culr«'c dans la 
Compagnie. 



liloi^ùt defuint. ProK'inc. Fidnc. i Arc/ià'. Itom. i. — Iivukvuktk. Scri/>f. 
Prov. Franc, p. I0(). — Sotlei.i rs. Jiiblioth. Script. Soc. Jesii. p. ){')0. — 

i»K B.vcKK». liihlioth. des Evriv /. I. ]>. 1"2(>. — Hoiton. Helatiuu de 

l'esfnldissenicut des Franrais.. . en I ilc de la Martinique . 



XVIII NOVEMBRE 



Le dix-huitième jour de novembre de l'an 1674, mourut à Pari» 
le P. Charles Lallemant, second fondateur des missions de la Nou- 
velle-France, qu'avait étouffées presque à leur origine l'invasion des 
oorsaires anglais de la Virginie en 1613. La misère excessive à 
laquelle dut se condamner ce vaillant apôtre, jointe aux rudes 
épreuves de ses quatre voyages de terre et de mer, de ses deux 
naufrages sur les côtes du cap Breton et du Guipuzcoa, où il fut 
longtemps battu par les flots et violemment jeté contre les rochers ; 
enfin les souffrances excessives de sa captivité sur des vaisseaux 
hérétiques et en Angleterre, avaient si complètement épuisé ses 
forces, qu'en dépit de la sainte joie qu'il avait goûtée à se voir si 
près de la mort et à consumer sa vie au salut des peuples bar- 
bares, ses supérieurs se virent contraints de le rappeler en h'rance, 
où il demeura jusqu'à sa mort. 

« Mais, écrivait-il à l'un de ses frères, le P. Jérôme Lallemant, 
c[ui lui succéda plus tard dans ce glorieux apostolat, « encore que 
je n'espérasse aucun profit tout le temps qu'il plaira à Dieu de 
me conserver, pourvu qu'il eût nos travaux agréables et voulût 
s'en servir rien que comme préparation pour ceux qui viendront 



')î(> MÉNOI.OOK S. .1. — ASSISTANCE l>i: FRANCE. 

aprôs nous, je nie licndiais Iroj) Ik iirciix d^^nployor ma vie et mes 
Ibrces, el n'c'parg-ncr inènit; mon sanj^ pour semblables sujets ». 
Dieu néanmoins le conserva jusqu à une exlrr-nic vieillesse, pour la 
sanctific'ation d'un «»ran(l nombre drimes. Il frouverna successive- 
ment les importants collèges de Kouen. de La I lèche, <!<■ l'aiis. la 
maison professe; <'t nu^'ine la Province (mtière, avec une haute ré- 
putation «le sagesse, de zèle et de sainteté*. 

Lu des plus beau.v fruits de son amour jioiii la personne a<l()- 
rable de Nolre-Seifçneur', el un de ses litres principaux à la r'e- 
eonnaissance <lcs ànres pieuses, l'irl I admirable li\i-c de ses .1 l']n- 
tretieîis sur la vie cacliéc de Jésus <lans rivucharistie, pour- con- 
duire à la perfection \eH âmes (pri sapprochcnl souvent de (•<• di- 
\ir» sacrement î>. lîien peu d Ouvrages <le ce jjfenre ollr<'n( dans 
irrr pbrs haut degré'' les caractères «le foi, d'amoui' el d onction 
il urr <'(errr <p»i n a plus d'aujre vi(^ <prc la \ ic même de .lésus- 
(Ihrisl : el l'orr a \)n, à jtiste titre, signaler le !'. Charles Lalie- 
manl comme particulièremerH suscité de Dieir pour' rt-paudre en 
f'rance la dévotion si sîdutaire de la très sairr]»' lùicharislie. 



Elogia defuiirlor. Proiinc. Franc. ( Arc/iiw lîmn. }. — RvBEVKtTK. Scrip- 
for. Prov. F/a/ic. p. '.M). — Sotuei.lis, lUbliofiwcfi />. 130. — Rela- 
tions (le la Aoui'elle-Frauce, aua. !()•>(}, K^J'i-UH , IG'iO. W\.\. — nr: \\k- 
CK£:ri, Bibliothèque ... , t. '.\, p. \'ll . 



XÏX NOVEMBRt: 



Le dix-neuvième jour de novembre de Tannée 1622, mourut au 
noviciat d'Avignon l'un des plus insignes missionnaires de la Pro- 
vince de Lyon, le P. Pierre Biard, après avoir été tour à tour le 
premier apôtre des sauvages du Canada et l'intrépide aumônier 
des armées françaises. 

Le P. Biard partit, eu 1641, avec le P. Enemond Masse, pour 
la Nouvelle-I'^rance, à peu près comme saint François Xavier pour 
les Indes ; ils n'eurent l'un et l'autre, raconte la relation de leur 
voyage, aucun serviteur en la traversée, « sinon leurs propres 
pieds et bras. S'il fallait laver leur linge, si nettoyer leurs ha- 
bits, si les rapiécer, si pourvoir à autres nécessités, ils avaient 
le privilège de le faire eux-mêmes, aussi bien que le moindre ». 
La colonie naissante était alors presque sans ressources ; et du- 
rant tout un hiver, ils se virent réduits à dix onces de pain par 
semaine avec un petit morceau de lard et quelques fèves ou autres 
semblables aliments, auxquels ils ne pouvaient pas toujours join- 
dre des racines recueillies à grand'peine dans les bois. Mais la 
langue même de ces barbares, qu'ils devaient apprendre sans le 
secours d'aucun interprète, leur offrit bien d'autres embarras. Lors- 

517 



.'JIS MI..\()LO(;i: s. I. — ASSISTANCK \>K KHAN<;n. 

(|u'il lallail exprimer ce (|iii im; loinbct pas sous les sens, " c'é- 
taient, «Jisciil-ils. les liaïK'liées «!«• reiti'aiileineiit, <ai de vrai ce 
travail ne piMit être appréhendé rpie par ceux (pii rexp«*riinentent ». 

(î'esl an pii\ de ces peines ri de hieii d autres (pic le I'. I>iai"(l 
livang-élisait ces pauvres inlidèlos : mais ses havaux etaieiil IxMiis 
de Dieu. La {>;u('>rison miraculeuse d uu jxïtil eidaiil près d'expirer, 
• pi'il r<;ndit à sa mèr(î plein de sanl<'', en présence de tonic la 
Irihu, le faisait écouter d(*jà eonime un lionime descendu dn ciel, 
lorscpi il lui loul à coup pi'is cl char^v de l'ers par' les Anglais, 
« ipii nous ont cent l'ois, (''crit-il au roi Louis XI II, pr<''pare la 
harl cl la potence ». Le serviteur do. Dieu ne se vengea rpien sau- 
vant à ses persécuteurs, tombés à leur toui- enlr»; les mains des 
l']spagnols, la l'ortnne, la liberté et la vi(\ Lu Angletcnc. j^endanf 
ipie l'on liailail de sa délivrance;, le P. Biard soutint publitjiie- 
men! IhonuiMir de la loi <;atholifpie, «'outre nn grand nondjre de 
ministres, de magistrats cl de gentilshommes (jui le provoquaient 
au combal, cl il laissa dans l)i(>n des <'(T»urs de pr<''cieuses se- 
mences de salut. 

\ p(^iin' r(MKln à la liherle, il n«; songeait (pià t'ranchii" une 
tioisième l'ois l'océan. Mais la mission <les martvrs, eomun^ elle 
lui a[)pelée «lans la suite, ne devait se rouvrir (ju après sa mort. 
(îharg<'' |)ar l'obéissance de se joindre à l'armée cpie Ion r(*unis- 
sait en Champagne' contre les Allennmds du comte de Mansf'eld, 
il y trouva presque autant à soulTrir et bien plus encore à travail- 
ler (pu' parmi les sauvages du (Canada. La disette était (pudcpn^fois 
si grande; dans le camp, epie Ion Iroiivail des soldats n»orts de 
l'aini ; pour secourir <;eux ejuil voyait londxM' en (Ldaillaiice, le I*. 
liiard se condamnait au j(>ùne le plus rigoureux. Apres la canq>a- 



XIX NOVEMBRE. P. JKAN BOUCHER. 519 

g-ne, il reçut l'ordre d'aller réparer ses forces complètement épui- 
sées, et de se reposer quelque temps à Avignon. Mais sentant que 
désormais il louchait au terme de sa carrière, il demanda et ob- 
tint de passer ses derniers jours parmi les novices, prenant part 
à tous leurs exercices, et leur inspirant un ardent amour pour la 
perfection, par sa simplicfté, son obéissance et sa sainte joie à 
remplir les offices les plus bas et les plus humiliants. 



CoRDAKA, Historia Soviet. Jcsu, part. (>a, lib. 7, n. lOt, p. 1)73. — Re- 
lations de la Nouvelle-France, \"^ relation. — Carayon, Documents con- 
cernant la Compagnie de Jésus, « Première mission des Jésuites au Ca- 
nada. Document L, p. \ et suiv. — Sotuelltis, Bibliotheca..., p. 660. — 
Païrignam, Menologio... , t9 nov., p. 140. — Cassani, Varones ilustres. 
t. \, p. 555-570. — CiiARLRvoix, Histoire de la Nouvelle-France, t. \. 
lù\ 3. p. 193 et suii'. — dk Backer, tUbliothèque.... t. 4, p. 52. — Prat, 
La Compagnie de Jésus en France, t. 3, p. 502 et suiv. ; t. 4, p. 80 
et suiv. — • Ferland, Histoire du Canada, liv. I, eh. 6. p. 80. — Br.v.s- 
sEVR DE BoiiRBOuRG, Histoirc du Canada, t. \, p. 26. — Siika, History 
of the catholic missions..., p. 134. 



* I^ même jour de l'an 4620, mourut à Olorou le P. Jeax Bou- 
cher, Recteur du collège de cette ville et Supérieur de la mission 
du Béarn. Après avoir enseigné la philosophie et la théologie mo- 
rale et gouverné le collège d'Agen, il fut appliqué au ministère 
des âmes; il aA^ait dans uu degré éminent toutes les vertus d'un 
ouvrier apostolique : un dévouement admirable, prompt à toutes 
les entreprises ; un oubli de lui-même et de ses aises qui se riait 
de la faim et de la soif, de la chaleur et du froid ; une pauvreté 



îiâO MÉNOI,OGE S. J. — ASSISTANCE HE FRAXCE. 

parfaite, une obéissance qui se portait avec le niènic ('lan partout 
on la voix des supérieurs (commandait d'aller ; un zèle des âmes 
(pii alVrontait sans trembler les plus rudes latig-ues et les persé- 
eutions mêmes des démons ; (;l «n même tem|)s une douceur et 
une aménité de manières, jointe à un(î puissance de laisonnement 
cl à une science de la controveise (jui liiomphait des lésistanccH 
les pins obstinées. Ces (pialités parurent avec éclat dans la difïi- 
<ùie el |)érilleuse mission dont il lut chargé dans la lîiscavc fran- 
çaise, au pied des Pyrénées. 

Ce pays était en proie à toutes les hoireurs de la supci slition 
et de la magie. \'ainement les magistrats avaient essayé de porter 
remède à tant de maux, et puni selon la rigueur des lois un grand 
nombre de coupables. Kn rendant compte de leur mission à la 
reine légente, après la mort de Henri l\', ils durent avouer qu'ils 
avaient échoué dans leur entreprise et «pi'il leur aurait fallu dé- 
peupler le pays pour déraciner les désordres. Sur le conseil du 
P. 'C'oton, la régente ic'solut d'envoyer des missionnaires à ces 
malheureuses populations, et le P. Boucher fut désigné avec un 
aulr(; Père. Dès (ju'ils parurent, ils se virent l'objet Ae la (h'fiance 
universelle ; on crut qu'ils venaient sous un(> antre forme faire de 
nouvelles percpiisitions, pour dénoncer à la justice ceux c[ui a- 
vaient ('chappé aux premières recherches. \ force de douceur et 
de patience, ils parvinrent à dissiper les frayeurs, et après avoir 
gagné la confiance, ils commencèrent leur œuvre de salut. Des en- 
fants initiés presque en naissant à un culte horrible, des vieillards 
voués depuis quarante et cinquante ans à toutes h^s pratiques de 
la sorcellerie, accouiaient en foule auprès d'eux et les conjuraient 
de les arracher à la puissance des ténèbres. \^c P. Boucher s'occu- 



XIX NOVEMBRE. P. HONORÉ CHAURAND. 521 

pait surtout des malheureux prêtres qui s'étaient laissé entraîner 
aux mêmes abominations. C'était une lutte de tous les jours, dans 
laquelle les deux ministres de Jésus-Christ déployèrent un courage 
invincible contre les démons et contre les sorciers leurs suppôts, 
(igalement furieux de se voir enlever leur proie. La victoire resta 
à la vertu des exorcismes de l'Eglise : dans l'espace de six mois, 
plus dé six cents victimes de la tyrannie de Satan lurent délivrées 
et rendues à la liberté des enfants de Dieu. 

Le P. Bouclier passa ensuite dans le Béarn, où il poursuivit les 
mêmes combats contre l'hérésie de Calvin, presque toutè-puissanttf 
dans cette contrée ; il y consuma les restes de sa vaillante vie, et 
mourut, épuisé de fatigues et chargé des glorieuses dépouilles qu'il 
avait ravies à l'enfer, à l'Age de cinquanté-quatr»; ans, dont il avait 
passé trente-trois dans la Compagnie. 



Klogia de/ïmct. Prov. Aquil. f Avch. Hom. ). — Litter. ann. Prov. Aquit., 
nnn. 1620 ( .4 /Y- A. Rom.}. — Litter. ann. Societ., ann. 1613-i4, p. 519 
seqq. — Prat. La Compagnie de Je'sus en France, t. )], p. 513 et suîv. 



Le même jour encore de l'an 1697, mourut, à IVige de quatre- 
vingts ans, le célèbre P. Honoré Ghaurand, surnommé par plu- 
sieurs le Vincent de Paul de la seconde moitié du XVH*' siècle. Il 
avait en effet évangélisé à lui seul plus de quatre-vingt-dix diocè- 
ses de France, avec des succès prodigieux. Dans la plupart, il a- 
vait éteint la mendicité, en établissant des maisons dites de cha- 
rité, où, grâce à la sagesse de ses règlements, les pauvres, sans 

A. F. — T. II. — 6C. 



i»22 MÉNOLOGi; s .1. - ASSlSTANCn l)K KHANCF. 

j)ortlic leur lilx'ilc, seul hicii «|ii(' leur cùl souvent Ijiisst- l;t mi- 
sère. tr(»ii\ aicnl , a\fc le lo^fineiil ff la iiomrilnic <lc I ;\mc et du 
<;<>j'j)S, les plus délicates alteiilioiis ile la charité, et iin'-Mie un tra- 
vail conlorinc à leurs aptitudes, tpiaiid ils a\aiciil encore la loree 
<lc travailler. Ainsi parvint-il a loiider jusfju à cent vin^l-six li('>pi- 
laux. De toutes paits, les ooiiveiiieurs des villes cl des provinces, 
un ^rand noinhrt^ d ('*\r'(pM's, »•! «les princes iik'Iiic. I appelaient à 
ICnvi poni" lui confier de seinhiahles <iMi\rcs de inist-rieorde. Jus- 
teinenl eiiui de tout ce rpi il entendait raconter des vertus et «les 
<euvres du I'. (diaiirand. le Souverain Poiitile Innoci'iit Xll t(''nioi- 
g-na le désir de le voir à Ixonie, 1 admit plus de cimpiaiile lois à 
son audience privée, «d le chaigca <1 etahlii*. avant son départ, un 
semblable asiU; pour les pauvres, dans le palais même de l.atian. 
Knfin, char<4('* «rannées et dt; mérites, consume |»ar plus de ciii- 
<|uanle ans de tia\au\ apostoli([ues, le V. (iliauiand demanda la 
permission de se retirer au noviciat d".\vi<^non ; et c est là «piil 
passa les dernières anni'cs de sa vie, dans les exercices de la 
prière et de la mortification, en attendant l'ajjpel de Dieu. 



Litl. (iitn. Prtn-iiH-. l'i-anc. (ttni . I()70, \('~,\\, Kw'i. 1(577. I()7S \ Archiw 
Hum.}. — i>K H\CKKH. BibliotfiC(juc — , /. 'i, p. V.W. — Loiis lu: C.vm.vhkt. 
Le P. Honore Chntirnnd, ses œuvres dr r/uiritc. Cf. Documents du P. C\- 
K\Y<>.\, DocKut. 'ï.\, />. 'M)\) Cl sitiw - Xotict: hiogrupliiquc dit /'. Cluiu- 
rand. dans le Me//ologe de If/zic/r/i/ie Compaf^nie. Cf. ibid. . />. .WS) et 
suîv. — ']'i:sri:NOiUK-l..\K\YKTTi;. Soinenirs du vieux Saiut-Iùiciine. Sai'nt- 
lùienne, IS()S. /;. '17 et suïv. 



•»»*< 



XX NOVKMBRE 



Le vingtième jour de novembre de Tan 1G24, mouriil ii Paris le 
P. Jean de la Bretesche, appelé par la très sainte Vierge elle-mê- 
me à la Compagnie de Jésus. Gomme il la priait avee ferveur pour 
obtenir la grâce de connaître sa vocation, cette mère de bonté lui 
apparut, environnée d'une troupe d'anges qui, sur Tordie de leur 
Reine, le revêtirent du manteau de la Compagnie ; en même temps 
il se sentit embrasé d'un ardent désir de devenir, non pas un reli- 
gieux quelconque, nuiis un saint et un grand saint. Pour satisfaire 
son amour des humiliations et son zèle du salut des âmes, il sup- 
plia les supérieurs de le laisser toute sa vie dans une des dei"- 
nières classes de grammaire ; mais son talent extraordinaire pour 
la direction des âmes lui fit bientôt confier le soin des novices. 
Les services signalés qu'il rendit à la Province dans une charge 
si importante, ont laissé parmi nous sa mémoire en bénédiction. 
Le P. de la Bretesche avait pour ses novices la douceur et la ten- 
dresse d'une mère ; mais il ne leur inspirait qu'avec plus d'effica- 
cité, par ses paroles et par ses exemples, un incroyable amour pour 
la prière et pour la mortification. Lui-même prenait chaque nuit 
deux heures au moins sur sou sommeil, pour s'entretenir avec 
Notre-Seigneur, qui lui communiqua plus d'une fois des lumières 
toutes miraculeuses. Sa pénitence était celle des plus grands servi- 

o2a 



'>2'l MF.VOI,Or,r s. J. ASSISTANCP DK KHANCF, 

leurs (lo Dicti. Sfs oiaisorjs et ses veilles de cliiuiiie jour se ter- 

miiiaienf iii\ ariablenienf par wwc eiiieUcî lla<<-ellati()ii : et il se plai- 

g-nail <|iie le |M'rp('lueI usage <lii ciliée Teàl kmuIu prescjijc iiiseusi 
hie à la douleur. 



Nadasi, An nus (lier, nieinotdb., 20» nov., p. i'>^',^. — In., Annales M n n'u- 
ni, p. .'{')."). — pMHKiNvNt. Menoloii. . '20 nov.. p. IV.). — ('kki xii s, flisfoi . 
CdiKul.. lih. I, p. \. 



Le morne Jour- de I au Iliiv'), mourut en otieur de. saintelc* au eollè- 
«^e de Péri*^«ieu.\, \v W Jf.an-.Ikho.mi: Baiolk, né à ('ondoni, sif^nalé 
hautement, dans les annales de la Piovinee (r.\([uilaine, pour son 
talent ii sanetilier la jeunesse dans les eong-régatious de la sainte 
Vierg-e, et pour le beau livre ^\\n\ sur le eonseil «lu I*. (loton, il 
a consacré à leui' histoire durant le j)i(Muiei- demi-siècle di- leur 
existence. Il est peu de lectures plus ('difianles cl j)lus instructives 
tout à la lois. Hien ne nous l'ait mif'u.v connaître pai' les exemples 
cet apostolat de la jeunesse, tel «pie le comprenaient et hî piati- 
(piaient nos premiers Pères. Nous v retrouvons à chaque page, 
tlans de simples enfants, di^s traits de vertus (pie nauraieiit pas 
désavoués les Stanislas, les Louis de (ion/.aguc, les Jean liercli- 
mans ; oX il est bien permis de croire (pi après les Kxercic(?s d«' 
notre Bienheureux Père saint Ignace, jxmi d'onivres ont plus con- 
tribué, dans nos collèges, à former des générations fortement chrt'v 
tiennes, à r(''pandr(î l'amour de la perfection évangeli(]ne et à peu- 
pler- les ordres l'cligienx. 



SoTLELr.is. liihliot/icca... . p. M>2. — lu: Hvcreh. lîihliothcque. . . , t. .». 
p. lOfi. 



XXI NOVEMBRE 



Le vingt^et-iinième jour de novembre de l'an 4742, mourut à 
Saint-Domingue le P . Pierre-I^otjis Boutin , justement surnommé 
l'apôtre de cette grande île, (ju'il avait cultivée durant plus de 
trente-sept ans. « Nous ne croyons pas, écrivait en annonçant sa 
mort le P. Margat, que la vie de ce saint homme ait en rien été 
inférieure à ce que l'histoire de la Compagnie renferme de plus 
édifiant » ; le P. Boutin « a donné constamm,ent des exemples d'une 
vertu héroïque qui, bien loin de se démentir un seul moment, a 
paru sans cesse aller en augmentant jusqu'à la fin de ses jours ». 
La réputation de son mérite et de sa sainteté s'était répandue 
par toute la France, bien des années avant sa mort ; les mate- 
lots qui avaient fait le voyage de Saint-Domingue, ne parlaient 
pour ainsi dire que de lui. 

Mais les pauvres esclaves nègres, amenés d'Africpie et vendus^ 
chaque année dans la ville du Gap, étaient surtout l'objet de sa. 
charité. Il avait fixé quelques jours plus solennels, comme la veille 
de Pâques et de la Pentecôte, pour conférer le baptême à plu- 
sieurs centaines de ces malheureux à la fois ; la peine qu'il se 
donnait pour les instruire était incroyable. Pour ne laisser périr 
aucune de ces âmes rachetées du sang de Jésus-Christ, il avait en- 

525 



.N2f» Ml'-NOr.OGK s. J. — assisi\n(;k OK VRANCK. 

cor<' appris los Inng-iics <l(! ces peuples, dont l.i pltipait ii»; jxiii- 
\('iil s'oiitoiidro l((S uns les aiifrcs, allii que U; inaii({iic <I(î Ir'inps 
ou (I iiit<;rprèt<! ikî fût jamais , cm eas (h; daiig-ci* , un obstach? à 
leur salut. <( Ou a deinaudé cent lois, dit un de ses conipafi^nMnN, 
et on est eneoii' à coinpi'eiuli'e eoniuient il ('tait |>ossihlc (jn un 
seul lionnne pùl sulliie à tant d'oeeupalions si diflercutes ». Ses 
(îourses dans les niontag-ues, ses jeùues et s<;s jXMiiteuces, ses lon- 
gues oraisons à genoux prolongées souvent duiant deux et trois 
heures de suite, faisaient demander s il avait un corps de 1er, ou 
si Dicn ne l(^ soiiteuait j)oint par une assistance parliculicrc dans 
s<»s travaux coulinuels (;t sous un climat où les chaleurs abattent 
ceux mêmes qui vivent dans l'inaction. 

L hôpital du ('ap, ouv(;it a\ix |)auvrt's malades :d>audonnés, 
l'œuvre des |)etites orphelines, rétablissement des Filles Notr(^-l)ame 
à Saint-Domingue, furent encore des fruits i\v la charité et du 
/.èle du IV Boulin. Hien de ce qui pouvait propagc.'r la gloire de 
Dieu <>t procurer le salut du prochain, ne lui paraissait offrir de 
dilïicultés insurmontables. Il puisait surtout cette force, aussi cal- 
m<^ qu'irrésistible, dans sa continuelle union avec Dieu, (pi il n'a 
jamais j)arn perdre rie vue, tant (pi'il a vécu, <lil rautcur de son 
('•loge. Va l'on vit se renouveler à sa mort tout ce qui arrive d'or- 
dinaire à la mort des saints les plus vénérés ; car tous sans ex- 
ception, au milieu de leuis témoignages de douleur, « ne balau- 
<;aient pas à le mettre au rang des âmes bienheureuses les plus é- 
levées dans le ciel ». 



J. titres tUlif'., I. 7. Lettre du 1*. Mviuivr nu /Procureur i^r'/ie'ni/ t/es nn's- 
si(fns (le 1(1 Cdiupagnie, p. '237-2.")."). 



XXII NOVEMBRE 



Le vingt-deuxième jour de novembre de l'an 1673, mourut au 
collège de Dijon le P. Jean Cordier, l'auteur de o La Famille 
sainte w, qu'il aspirait à former dans le siècle, sur les exemples 
de la Sainte Famille de Nazareth. « Jamais, dit-il en commençant, 
la sainteté n'eut un si favorable séjour en terre que dans cette 
maison, où le Père était saint, la Mère très sainte, et le F'ils le 
Saint des Saints ». 

Frappé, comme il lavoue, du petit nombre d'ouvrages de piété 
composés jusqu'alors pour l'apostolat des plus simples fidèles, 
tandis que de grands et pieux auteurs, tels que le P. Suilren et 
le P. Gaussin écrivaient d'admirables livres pour établir dans les 
cours le règne de Dieu, le P. Jean Cordier choisit pour son par- 
tage la sanctification de la famille ; et malgré les graves occupations 
qui remplirent une grande partie de sa vie, dans le gouvernement 
des maisons de Nancy, de ChAlons, de Dijon et de la Province 
de Champagne, il mérita de partager avec les PP. Philippe 
d'Outreman et Thomas le Blanc, l'honneur d'avoir très efficacement 
travaillé à faire aimer Dieu, par de solides et pieuses lectures, 

527 



î)28 MÉNOhOGE S. J. — ASSISTANCE UK I KANCK. 

punni les j)()|)iilalioiis <lo la Lorraine cl de la llaiidi»', oii la foi 
est encore si prot'oiulémcnt enracinée. 



Elo'f^io tlcfunvtor. Provinc. Canipan. i Arv/iiw /foni. ). — Ai.kuwrk. Hi- 
bliotheca. .., p. \X\. — dk IUckkh, Hihliollièque — /. '1. />. I 'i<». 



L'an 1084, mourut à lîeteis, en Arménie, le saint I . (loajijuteur 
Joseph IIilairk, de la Province d'Aquitaine, confesseur de la loi 
sous les coups des Maiiométans, et martyr de la < liaritr au service 
(les pestiférés. Il avait servi de compagnon et de catéeliiste à d«Mi\ 
des plus g-rands missionnaires de ces contri'iîs, les IMV Michel 
Nau cl Piei're Koche, et avait partagé leurs louvrcs de /.elr cl Imiis 
soullrances <.I(î tout genre. I']idernié avec le I*. Nau dau?> les ca- 
chots de Mérédin, et li<! par la mènu' chaiiu' de Ici-, il n'en sortit 
vivant (pu- par une espèce «le miracle, tant les niauxais ti'ailenieiifs 
du pacha lutc lavaient rc'duit au dernier degré d épuisenu'ut. .Vvec 
le P. Roclui, non content d'assister, sui- leui' lit de mort, les j)au- 
vres pestiférés de J3eteis, il allail eheichei- dans la campagne, aux 
plus vives ardeurs du soleil, les malades et les moribonds aban- 
donnés , qui comblaient son courage et >.a charitt' d<! leurs plus 
louchantes bénédictions. 

Mais l<îs relations (pii nous jiarleut du I". Ililairc, signalent 
« sa parfaite soumission à toutes les dispositions de l'obéissance », 
comme plus admirabh^ encore (jue son héroïque patience et sou dé- 
vouement, tant il exccdiait dans eell(> vertu des vrais enfants de 
saint Ignace. Après sa glorieuse mort, la vilhî de l>eleis et la na- 
tion arménienne ne purent se résoudre à laisser j)érir sa mémoire; 



XXII NOVEMBRE. — F. JOSEPH HILAIRE. 3â9 

et en témoignage de reconnaissance, le célèbre évêque Var.san, ra- 
mené par nos Pères à la foi romaine, fit élever une tombe de mar- 
bre, dont il composa l'inscription funèbre, au lieu où reposait le 
corps do riiumble et fervent religieux. 



Flkuhiau. État présent de, V Arménie, p. 79, 92. 



F. — T. II. — 67. 



XXIll NOVKMliHK 



Le \ iii^l-lroiHièinr .j<>"i" <!*' iiovcrnbif »lc liui ICtGt», inoiiiut diiiis 
la iMuison professe tle Paris \c l. I'iiançois Siahd. Coadjiiteur 
temporel, àg('' de c|uali<-vin<4ls ans. Son v\oy:;o abrég-é, ciinoxc de 
France pai' ses snpérieiirs, et déj)ON('' aux Archives du (lesn à Ho- 
me, l(î donne pour un religieux d nne vertu eonsommée. et décla- 
re «pu; ]v. recil d unt; vie si sainte demanderait un volume. Mal- 
heureusement I anli'Mi a eiu pouvoir sous ce prétexte onnMtre à 
peu près tout dc'lad sui* tant d admirables vertus. I*endanl <pia- 
rante-<piatre ans cpie le F. Suard tiaxailla dans la maison professe, 
pas un lu; la \u, cci-ivail son supérieur en annonçant la nouvidle de 
sa mort, mancpier à une de ses règles : « et nous pouvons dire, 
ajoute-l-il, (pu; la sainteti^ <l(; sa vie et de sa mort a ravi tous nos 
cœurs». Sa «louée et relig-ieust^ gaieté, son ardeui |)our K* travail cl 
pour la morlification, même dans son extrême vieillesse, inu- charité 
<pii trouvait toujours le movcii (\i' rendre à ses frèr<'s le-- olVices 
les plus bas, cl de se ehargei' des l'onctions les plus ii'butantes, 
remplissaient d admiration. Fendant près tle li'enlc ann('<'s, il avait 
exercé Follice jx-niblc de boulanger, cl il ncut. durant ce long^ 
espac(! de temps, «l'autre lit que (\i'^ saiincut- «•! dt-s sacs de 
;J3() 



XXIII NOVEMBRE. — F. LOUIS LE GOUZ DUPLESSIS. o31 

blé, sur lesquels chaque soir il se jetait pour prendre son repos ; 
et encore avait-il coutume de retrancher au moins deux heures 
du temps destiné au sommeil, pour les consacrer à Dieu seul. Toute 
sa vie du reste n'était qu'une continuelle prière ; aussi trou- 
vait-il une douceur et une facilité merveilleuse à s'entretenir avec 
Notre-Seigneur, la très sainte Vierge et les saints ; à l'âge de plus 
de soixante-dix ans, lorsqu'il accompagnait quelque Père dans la 
visite des malades, il se retirait dans un coin, et il y demeurait à 
g'enoux jusqu'à six et sept heures de suite en oraison, quand 
le Père devait assister quelque moribond. 



FAo^ia defunctor. Proviiic. Franv. ( Archiv. Rom.. }. — Lettre virculni- 
re du P. .\ndhé Castillon, à la mort du F. François Suard ( Archw. 
dom. }. 



* Le môme jour de l'an 1759, mourut au noviciat de Paris l'an- 
gélique F. Louis Le Gouz Duplessis, d'une noble famille d'Anjou, 
dont le P. de la Croix, son Maître des novices, ne pouvait s'em- 
pêcher de pleurer la perte prématurée. Dès son enfance, le F. Du- 
[)lessis avait été prévenu des bénédictions du ciel, et s'était dis- 
tingué par une candeur charmante et une innocence de mœurs 
admirable. Appelé de bonne heure à la Compagnie, il mit tout en 
œuvre, avec un courage au-dessus de son âge, pour triompher 
des oppositions de sa famille; et quand il lui fut donné de fran- 
chir les portes du noviciat, il laissa éclater sa joie et sa recon- 
naissance. « Un esclave dont on a brisé les fers et qu'on a mis 
en liberté, dit le P. de la Croix, ne parle pas de son bonheur 



•►32 MKNOI.OGF S. J. — ASSISÏAXr.l-: l)F. fRANCK. 

en Inriics plus vifs et plus toiu'linnts ... Sa s.iiit/' ne fard.'t pas à 
s'allc'îicr i'\ parut motlr»; sa vocation en «lan^r- : I ln'TrHJjue jennt; 
lioinnic, pliiiôl (pit> )1<; rontrrr dans l<; iiion<le, s'ollrif aussitôt ù 
remplir loiilc sa \ ic les ollicics (|«;s l'rcrcs ('oa(ljut».;iirs, 

('(•I amour <l<' sa vocation n t'-tait pas clioz le 1 Dupicssis un 
amour do parade et Av scnl.inicnf ; «-"('tail un amour pratiijm' <|ui 
so traduisait par une admirable lid«'iil('î ii toutes les règ-lo:?, par 
un ;^rand esprit dabnéf^ation et de mortilicalion. au(pie! il lallnl 
plus d une l'ois nuittre des bornes, une ^oumissi(ui sciupuleusc aux 
moin<ir<^s si«^nt;s de la volonl»' des sujx'rieiirs. une lanuliaiilt- plei- 
ne <l(; confiancii avec l)i<'u dans ses exei'ciec^ s|)iriluels, une d«''VO- 
tion foute filiale; à l\otr«;-Daine, une siinj)licile. une eandeur-. une 
gTace, uru* aisanet; de manières, un talent de parl«;r des choses spi- 
rituelles tpii ravissairMit tous les (Meurs, et lui laisai<'nt <M>n(ier ha- 
bituellement par le Maître des u(»vice> la eliar^-e d accueillir et 
de former les nouveaux venus, i Ainsi retraçait-il |)armi nous, 
eoiitinnc; le I*. Ad la Croix. I»'s exemples d un Stanislas : niai^ il 
('tait mur poui" \r cwA ■. Averti (pi il ne restait aueime espérance 
de lui saiivtM' la vie : < .I<î m; crains rien, dit-il, parce (pie je suis 
sous la juotection de la sainte; Vierge, notre bonne Mère . Le 
jour (h; la l'r(''senlalion. h; 1". Duplessis lit. avec des transports 
de joie, les v«eux de Scolasti(jue, et apr(">s une douce a^<^nie. il 
s'endormit pieusement dans h; l>aisei- du Seij^-neur. 



Lettre virvulfdi r du I*. 1']tik>nk hk r v (lionv pour (innomer lu mort du 
F. Jcdu-hottis Le (ion: Duplessis, c <i Paris, le î'* novembre i7âU » 
( Arc h. i/o m. J. 



^>%.^^r> 



XXIV [NOVEMBRE 



Le vingt-quatrième jour de novembre de l'an 1665, mourut près 
du cap de la Madeleine, sur les rives du Saint-Laurent, le P. Si- 
MON Le Moynh, qui avait porté l'Evangile, jusqu'à cinq reprises dif- 
férentes, au milieu des plus sanguinaires tribus Iroquoises, durant 
vingt-cinq ans d'apostolat. Plusieurs fois captif, perpétuellement en 
péril de mort, même plus souvent que tous les jours, selon l'ex- 
pression du P. Jérôme Lallemant, il affrontait avec joie le bûcher 
ou la hache, pour briser les fers des prisonniers, ouvrir le ciel 
par le baptême à des milliers de petits enfants, ou à des parents 
malheureux expirant au milieu des flammes, et cultiver au centre 
de la barbarie jusqu'à huit ou dix églises à la fois, c'est-à-dire 
autant qu'il y avait à Onnontagué de bandes de captifs. H réunis- 
sait tour à tour ces pauvres gens dans son humble chapelle d'é- 
corces, et l'on a vu, dit l'un de nos missionnaires, dans ce misé- 
rable réduit, des merveilles telles que les plus magnifiques églises 
n'en connaissent pas. 

A la nouvelle de sa mort, le principal chef des sauvages, encore 
payen à cette époque, mais venu à Montréal comme ambassa- 
deur, afin d'y traiter de la paix au nom de toute sa nation, in- 

533 



'ô'Vi MÉNOLOOK S, J. — ASSISTANCK DK rRAN<:K. 

terroinpit tout à coup sa liarang-ue au gouvoriifiii dr la rolonie 
IVaiK ;tis(!, j)()ur faire «éclater s(»s r(?p^rcts cii ([uolcjucs pai'olcs cpii 
r<'»suinciil li(I<;l(>nuMil les travaux <lc ce \aillaiit ini^^sioniuiirc c\ 
1(^1101^116111 ralVcctioTi (\es barhartîs qu'il avait su coMipK'rii par 
sou dôvoucuicul à leur salut : « Oudfssouk, s (•(•tia-t-il -soudain n 
haute voix, en lappclanf aiusi pai- sou ikmu ^au\a^'-c, ()u<l<'SSOuk, 
m'ontoiuls-lu du pavs des uiorls. où tu «»s si vile pas>^«'' .' (!\'sl toi 
ipii as j)oit('' tant de fois ta trie sur les t'cliaiaucU <lcs .\<4;uic!iroii- 
uous . toi qui as ('te c.ourag'tuisoUK'Ut juscpic dans leurs feux eu 
arraclwr tant (\t' l'rançais, toi qui as amené la j)aix et la tiaucpiil- 
lité j)artoul où lu passais, cl (pii as fait des fi<lèles partout «u'i tu 
dcniourais. Nous t'avons vu sur u<is nattes de conseil décider la 
jtaix et la g-ueri'<' ; nos cabanes so. sont trouvées \vop petites (piand 
tu V es (uitré, et nos villafifcs niénies étaient Iroj» étroit-^ (piaud lu 
t'v trouvais, tant la foule du peuple que tu atliiais j)ar le^ ])aro- 
les était grande. Mais je trouble ton repos par ces discours im- 
portuns. Tu nous as si souvent enseigné que cette vie de uiisèrc 
était suivie d'une vie éternellement bienheureuse ; puis donc que tu 
la |)OSsèdes à présent, quel sujet avons-nous de te regretter ? mais 
nous te pleurons, parce qu'en te perdant nous avons perdu notre 
père et notre protecteur. Nous nous consolerons néanmoins, j)arce 
que lu continues de l'être au ciel, cl cpie tu as trouvé, dans «'C sé- 
jour de icpos, la joie inlinie dont tu nous as tant parlé " î 



Elo<^in (Irfunctoi . /'ravine. Franc. ( Arc/iiv. liom. ). — Chkuxiis, HLs- 
for. ('(in(ul.. lih. 9. /;. 70.") scqq. — Ih'Iations tlf la Xoin'i'llc-Frunrc, tinn. 
lC:i8-l()'ri; Ki'i'i, IG.Vi-KmS ; lC)Gl-iGG2, IGGG. — Lettres de l<i Vkn. Mkhk 
MvniK UK i.'Inc\hn\tion. p. .')()9, ôGô, 568. — Fmli.on. Hist. de la Colonie 



XXIV AOVOIBRE. — P. PIKHRK KUNAUI-l). 535 

française au Canada, t. 3, p. l. — Fehi.ani.. Histoire du Canada, liv. W, 

ch. 11. />. ^il8 et suiv; c/i. 1.2, j). Vi3 ; eh. 13, p. 470 et suiv. - Ban- 
c»on\ Historj/ of the United States.... t. % p. 798. 80-2. 



* Le même jour de l'an 1743, mourut à Vannes, en grande répu- 
tation de vertu, le P. Pierrk Renauld, le suceesseur du P. Vincent 
Huby, et pendant près de quarante ans son continuateui- dans 
l'œuvre des retraites. Loin de penser à rien innover, il mil tous 
ses soins à maintenir dans leur intégrité les règlements et les 
usages introduits par 1(î saint fondateur, et il a droit ainsi à 
une large part dans les fruits de sanctilication et de salut produits 
durant près d'un siècle par cette œuvre admirable. Brûlant du 
zèle des âmes, le P. Renauld consacrait aux missions tout le 
temps que lui laissait libre son oflice de directeur des retraites, 
et partout il répandait l'esprit de piété et d'amour pour Notre- 
Seigneur, dont il était lui-même renqili. .\u milieu des ministères 
les plus distrayants, il ne perdait rien de son attrait pour le 
recueillement et le silence, et la charité seule, dit son éloge, le 
conduisait au milieu des hommes. Dès qu'il était libre de ses 
devoirs envers le prochain, il courait au pied de l'autel, et jus- 
que dans ses dernières années, bien qu'il fût accablé de pénibles 
infirmités et que sa chambre fût très éloignée de l'église, il eut 
à cœur de payer à Notre-Seignenr ce tribut d'hommages et de 
supplication. 

Sa charge lui permettait de; disposer de beaucoup de choses ; 
mais fidèle observateur de la pauvreté, il ne voulut jamais se 
prévaloir de ce privilège en sa faveur, et personne n'était plus 
exact à demander les plus lég-ères permissions. Quand les pauvres 



Vt'M) MÉNOLOOK S. J. — ASSISTANCK DE FKANCK. 

vonai(Mil trappiT à sa jxnU;, il l(Mir distribuait <l ahoid I aumône 
spiritu(;lltî ; c. clail un s|K»claol<; ton* liant de voii" le saint vieillard, 
au (MïMH' é^alenioiil t(^ruli(; et a|)(>sloiifjU(;, rc'ninir autour dr lui 
>«ros niallicunîux, leur païUu" d(;s choses du ciel, élftver et conso- 
ler leurs âmes, ItMir remettre ensuil(3 leur petite aumône et les 
i-envoN«.'r doublement heunnix. .Ius(|u aux derniers jours cjui précé- 
dèrenl sa uu)rt, le V. Jlenauld continua cet exercice de cliaiit<' ; 
il s'«Midormit alors doiKU'inenl dans le Seig-neur, acconipag-né j)ar 
les larm(\s et les prières de; tous ceux (ju'il avait aitlés, et laissant 
un«î mémoire en béiK'diction. il était àg-é de soixante-dix-huit 
ans. el en avait passé (;inquante-cin(| dans la Compagnie. 



Li/t. aun. l'rov. /rtinr.. f/n//. 174^1 / Arrh. llum. \. 



XXV NOVEMBRE 



Le vingt-cinquième jour de novembre de l'an 1G37, mourut au 
collège de Dole le savant et pieux auteur de « la Triple Couron- 
ne de la Bienheureuse Vierge Mère de Dieu », le P. I'hançois Poiré, 
né à Vesoul, et entré en Lorraine dans la Compagnie, lorsqu'elle 
était bannie de France par le Parlement de Paris, sons le règne 
de Henri IV. Entre les écrivains les plus dévoués et les plus 
heureux à répandre le culte de Notre-Dame, le P. Poiié n'a cessé, 
durant deux siècles et demi, d'occuper une place d'honneur ; 
nul ne semble encore l'avoir surpassé. Aussi quand nous avons 
vu, de nos jours , les fils de saint Benoit chercher dans la 
tradition catholique à remettre en lumière un des monuments 
les plus glorieux à la Vierge Mère de Dieu, par une préférence 
aussi honorable qu'affectueuse pour toute la famille de saint 
Ignace, ils choisirent le livre du P. Poiré, comme offrant, selon 
l'expression de Dom Guéranger, « un résumé substantiel de ce que 
les siècles ont produit de plus magnifique et de plus lumineux 
sur la Reine du ciel et de la terre», livre «tout imprégné de la 
piété antique », « dont le style a vieilli sans doute, mais qui est 
'demeuré tout rayonnant de la plus haute poésie». Nous avons 
A. F. — T. II. — 68. 537 



ri'i8 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE Di: FKANCE. 

encore du I*. Poiré d'autres fruits de son zèle et de sa science, 
qu'il donna aux àines pour l'honneur de Dieu, dans les courts 
intervalles (ju'il put d(''rober aux j)lus importantes occupations que 
lui imposa l'obéissance, dans le g-ouverncment de la maison pro- 
fesse «le Nancy, du ^rand collè^i^c de Lyon et de <elui de D(Me. 
Nous ne pouvons oublier en j)arli<rulier- sa a Science des saints, 
t[ui est celle de chercher Dieu et de se donner j)lrinement à 
lui w, et parmi les extraits de la Triple (louronne, < la Sauve- 
garde des mourants, ou Marie patronne de la bonne mort ». 



Elo^ia defunctor. Provinc. Cainpan, { Archiv. lionuin. j. — Sotuellus, 

Bihliot/iccd. .., p. '1-i^i. — lu; Hackkii. liihliot/n'tjitf /. I. p. 't~7 . — Dom 

GuÉUANGEH, C/'. La triple. (Couronne, t. I. Préface^ p. i\ et sun: — Ui'n- 
ifraphie iinh'ers., t. 35, p. \'\~ . — XouveUe liioffiaphie f^e'nér.. t. 'lO. />. .")()7. 



Le même jour tle 1 an ir):20. mourut à Bordeaux \o saint et 
apostolique V. l*n:Riu; I'oiiîcai n, du diocèse d'Aueli. l'un do p;-rands 
lutteurs de la Compag-nie eonire riu'rc'sie au Wll' siècle. Bien 
qu'enlev('' à I âge de <piaranle-si\ ans, il avait déjà fait rellcu- 
rii' la loi catholique dans h^s trois diocèses de Ba/.as, île Saintes 
et d Angouh^me, où Ton eut vainement cherelu', dit la relation <le 
sa vil', une seule église dont le renouvellement ne lût son 
ouvrage. Il les avait visitées une à une, loujours à puni, avec 
des fatigues infinies, (pii lui sinublaienl eneoi-e tro]> peu di^ chose; 
car il V joig-nail taul v\ de si rigoureuses mortifications, pour 
payer à Dieu la rançon d(>s àuics, que le picu\ l'vècpie de Ba/as, 
grand ami (\c la dompag^nu', dcelarail ne pouvoir compremlre 



XXV NOVEMBRE. P. PIERRE FOURCAUD. o39 

comment les forces d'un seul homme suffisaient à tant de travaux 
et d'austérités. 

Pour assurer partout le fruit de ses prédications, le P. Four- 
caud organisait fortement des confréries du très saint Sacrement, 
et des conférences de prêtres, qui se réunissaient au moins une 
fois par mois. Mais rien ne lui semblait plus cher que la for- 
mation chrétienne de la jeunesse. 11 apportait un soin extrême 
à instruire et à confesser les petits enfants, et leur apprenait à 
consacrer à leurs saints anges la garde de leur innocence. Pour 
lui, comme il l'avouait avec une humble reconnaissance, un acte 
de ce genre était le plus doux souvenir qu'il eût conservé de 
sa tendre enfance ; car par une inspiration toute particulière, il 
s'était offert à Dieu dès le premier éveil de sa raison et avait 
confié à son bon ange le trésor de sa pureté. Or il était de- 
meuré si fidèle à cette première donation, que l'un de ses frères 
lui ayant demandé, à son lit de mort, s'il sentait alors ({uelque 
peine ou quelque regret du passé : « Non, répondit-il, je n'en 
sens aucun » ; et peu d'instants après, il rendit à Dieu son âme 
très pure, dans une merveilleuse paix. 



Elogia defunctor. Provinc. Aquitan. ( Archiv. Rom. ). — Litter. ann. 
Provinc. Aquitan., ann. 1620 ( Archiv. Rom. ). — Nadasi, Ann. dier. me- 
mor., 25» nov.^ p. 291. 



XXVI NOVKMBRK 



Le \ iiii^t-sixième joui' de iiovoiiibie de l'an 1710, mourut à 
Fn'zicrs le 1*. Annk de Vogué, d'une des plus illustres familles 
du \ ivarais. Pcudanl viug-t-ciiKj ans, l(; 1*. de Xogiié n'avait cess('' 
do [)arcourii' l'Auvor^ne, le V'elay, le \ ivarais, le Ba-^-Langucdoc 
et les Gévennes, en digne h(''rifier des ^•ertus et de lapostolat 
do saint l'Vaneois Kégis. Les plus magnififiues victoires sui' l'hé- 
résie récompensèrent son zèle et son dévouement. \otre-Seigneur 
semblait lui avoir- accordé un don spécial de subjuguer, par sa 
patience et par une douceur inaltérable, les cœurs les plus en- 
durcis. Epuisé <le travaux et dans limpuissance absolue d'('van- 
g-éliser plus longtemps ses chères montag-nes, le 1'. de N'ogiié con- 
sacra les derniers jours do sa \\e à la sanctification d'un grand 
nond)re dVinies. Los comniunaulés l'oligieuses de Béziers, les 
congrég'atious do la sainte; \ iorgo, l(;s Pères et Frères du collè- 
g-e de la Compagnie, senlironl tour à tour la douce et puissante 
iniluence de sa parole et de ses exemples. Les funérailles de ce 
g-rand serviteur do Dieu parurent un deuil publie , aurpud prit 
j)art la ville entière, le clergé, le peuple et les magistrats. 



Pn.vT, Lr Disciple de Saint Jt'un-Frdnrois-Iîc'i^is, Notes supplément. , 
l>. I9."> et suiv. 

o'iO ^*"~ 



XXVII NOVEMBRE 



Le vingt-septième jour de novembre de l'an 1657, mourut à 
Lyon le P. Hugues Mambrun, que la relation de sa mort, adressée 
au P. Général Goswin Nickel!, appelle l'ange de la Province de 
Lyon, et dans le même sens que le saint prophète Daniel, l'hom- 
me de désirs. Il n'avait en effet rien tant à cœur, dans le gouver- 
nement des maisons de la Compagnie, dont cinq des plus impor- 
tantes furent confiées à sa vigilance, que d'y faire régner l'esprit 
et les règles de saint Ignace. On sentait si bien en lui l'homme 
de Dieu, ne cherchant en tout que la gloire de son Seigneur 
sans mélange d'aucune recherche humaine, que jamais aucun de 
ses inférieurs ne parut avoir même la pensée de ne pas voir 
l'opération divine dans toutes ses œuvres. Tous convenaient que 
nul supérieur ne portait plus loin la droiture de cœur, l'amour pa- 
ternel et cette délicatesse de charité, pour qui la bonne renommée 
du plus humble enfant de la Compagnie fut toujours sacrée. 



Litterœ P. Petri L.\bbé ad Adni. R. P. Gêneraient Goswinum. Nickel, 
Lugdun., nov. 1657 { Archiv. Rom.}. 



U\ 



XXVIll NOVKMIJIU: 



Le vingt-huitième jour do novembre de l'an 1654, mourut au 
collège de Quimper après cinquante ans de vie religieuse, le 
P. Pierre Bernard, en si grand renom de sainteté, «pic le véné- 
rable serviteur de Dieu Julien Maunoir, témoin de ses vertus, de 
ses travaux apostoliques et de ses miracles, osait bien l'appeler 
un homme divin. Il était né à Rennes d'une vraie t'amille de 
saints. Son père était connu sous le nom d avocat des pauvres 
et de successeur de saint Yves. Les exemples |«le perfection <|u'il 
donnait à toute sa famille, <le concert avec sa pieuse épouse, 
inspirèrent à cinq de ses enfants le désir d'embrasser la vie re- 
ligieuse. Telle était en particulier la charité de ces atlmirables 
chrétiens que, dans un temps de famine excessive oii ils ne re- 
fusaient l'aumône à aucun pauvre. Dieu multiplia miraculeuse- 
ment le blé dans leurs greniers durant plusieurs mois. 

A cette école de sainteté, Pierre Bernard ao^piit dès sa plus 
tendre enfance un degré d'oraison très élevé au-<lessus de son 
âge, bientôt suivi d'un ardent attrait de souffrir pour Diru. Les 
œuvres de miséricorde les plus rebutantes dans les hôpitaux, une 
ardeur surprenante à faire le catéchisme aux pauvres enfants et 
K42 



XXVIII NOVEMBRE. — P, PIERRE BERNARD. 54.^ 

aux ignorants, avaient dès lors pour lui un charme extraordinaire. 
Après son entrée dans la Compagnie, la ville de Nevers, qui fut 
le premier théâtre de ses travaux, devint bientôt, grâce à lui, 
assure-t-on, aussi attachée aux choses du ciel qu'elle l'avait été 
jusque là aux choses de la terre. Ce fut vers ce temps que Dieu 
lui fît voir dans une vision une immense multitude d'hommes dont 
il le prédestinait à être l'apôtre, ainsi que la ville de Quimper, 
où il devait exercer une si féconde influence. Après Dieu, avec le 
concours de M. Le Nobletz, c'est lui surtout qui, par ses conseils, 
ses exhortations, ses instantes prières, détermina le P. Maunoir à 
consacrer sa vie aux missions bretonnes. Les difficultés que pré- 
sentait cette œuvre semblaient insurmontables. Il contribua surtout 
à les aplanir en s'associant avec un dévouement héroïque à l'apo- 
stolat du P. Maunoir. Treize ans de sa vie s'y consumèrent, et 
moins de vingt-quatre heures avant sa mort, il était prêt à partir 
encore pour une nouvelle mission. 

Mais avant de former le nouvel apôtre de la Bretagne, le P. 
Bernard devait rétablir le culte de celui qui avait porté le saint 
nom de Jésus dans ces contrées. Pendant qu'il demandait à 
Notre-Seigneur de délivrer le peuple de Quimper, en proie aux 
plus affreux ravages de la peste, il entendit une voix du ciel qui 
lui désignait pour libérateur saint Gorentin, premier évêque de 
cette ville. Le souvenir de cet homme de Dieu était alors presque 
entièrement en oubli. Le P. Bernard le ranima, et si nous n'avions 
pour garant la parole du P. Maunoir, nous aurions peine à croire 
les faveurs vraiment inouïes dont ce grand saint paya la dévotion 
de son dévoué serviteur, jusqu'à l'assister au saint autel. Mais la 
ville de Quimper n'offrait pas un assez large théâtre au zèle du 



îi^i-'i M^NOLOGK S. r. — ASSISTANCE DK FRANCE. 

1^. I5ernarfl : î\ l'Age de ciiKjuanle-ciiKj ans, il appril \t^ breton 
pour parcoiirii- avec le P. Maiiiioir les campag-nes les j)lus ahan- 
donnéos. c On avait une si haute estime de sa sainteté, éri il le 
!'. fîoseliet, (pi'oii lui altrihuait les g-uérisons miiaeul(Mises rpii se 
faisaient dans les missions, el <jne, par un partage «pi'on eroyait 
juste; aioi's, on disait : /.c I*. lieriKird fdit les mi racles, rf le I*. 
Maiinolr les cotiversions. Mais eonniKî on a pu le jcinaripici", 
ajoute; l<' iiKMMc aulciir, lous deux faisaient l'un et I aulrc ; ils 
guérissaient les malades et convenlissaienl l(!s pc'clicurs >. Dieu 
lui révéla que ses fatig-ucs lui tiendraient lieu de purgatoire, et 
Jui aceorda, selon la double; demande* rpi'il (M1 avail faite, d'entrer 
en agonie; le vendredi, en union avec la Passion elc; Nofre«-Seigneur, 
cl de mourir eomme^ entre; les mains de la sainte N'ierge le 
samedi. 



Kloi^KL (Lc/unvlor. Provinv. h'rdnr. i Arch. Ilorn. j. — Lettre circulaire 
du P. PiEHHE S\i,LENKUFVK, à la luort (lu P. Pierre Bernard. <• à hinipcr. le 
:10 de nov. i().Vi « ( Arc/dw dom.). — lioscuKT, La Vie du lî. P. Julien 
Alaunoir, p. M) et suie., '20.') et suiv. — P\Tai<;.N\M, Menoloi^. . 2S /mv., 
p. 20rt. — (]\ss\Ni, Varones ilustres. t. 2, p. \iVï. — X\n\si, Ann. dier. 
meinor.., 2Sa tiov . , p. ^l^^\. — V\n Iseguem, S. J., Notice sur le lî. P. 
Pierre Pernard, Alost i<SGI, /rt-8°. — Thksv.vux, Les vies des saints de Bre- 
tagne^ I. \. p. 2GG. . 



'^99* 



XXIX NOVEMBRE 



Le vingt-neuvième jour de novembre de l'an 1755, mourut au 
collège de La Flèche, à l'âge de quarante-huit ans, le P. Jacques 
Emmanuel de Langle , laissant , malgré sa mort prématurée , 
un très doux parfum de sainteté à tous ceux qui avaient vécu 
avec lui. « Il faut l'avoir connu, écrivait son supérieur, instruit de 
tous les secrets de son âme, pour savoir jusqu'où il portait les 
vertus d'humilité, de détachement, de pauvreté, d'obéissance et 
de mortification. » Ses continuelles infirmités lui semblaient encore 
trop peu de chose pour répondre aux aspirations de son âme, 
tant était sincère et ardent son désir d'une vie crucifiée. Aussi 
allait-il en ce genre jusqu'aux dernières limites que lui permet- 
tait l'obéissance. Et quand il ne pouvait plus se livrer à aucun 
travail, c'était un doux spectacle de le voir passer ses journées 
entières, assis ou prosterné près du saint tabernacle, dans une pro- 
fonde adoration. 



Lettre circulaire du P. de Servier à la mort du P. Jacq. Enim. de 
Langle, v. à La Flèche, 30 nov. 1755 ( Archiv. dont. ). 



A. F. — T. II. — 69. 545 



î)46 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Le ineiiie jour tic l'an 1028, inoiirul à Lyon le V. Aymai; Guérix, 
déjà glorieux confesseur de la toi, (juoiqu'il fut à peine Age de 
vingt-six ans. Sa vertu et son intrépidité à toute épreuve lui 
avaient fait obtenir les missions de l'Orient ; mais au moment de 
passer en Kthiopie, il tomba entre les mains des Turcs, qui le re- 
tinrent quarante jours dans une dure captivité. Accusé d'avoir voulu 
gagner à Jésus-Christ quelques sectateurs de Mahomet, il s'atten- 
dait chaque jour à répandre son sang pour la foi, lorsque Dieu le 
tira tout à coup, au moment où il s'y attendait le moins, des 
mains de ces infidèles, et le ramena dans sa patrie à travers une 
infinité de travaux et de dangers. Mais tandis qu'il n'aspirait qu'à 
voler à de nouveaux combats, et avait déjà obtenu de Louis XIII 
des lettres de recommandation pour tout l'empire turc, le Seigneur 
lui donna la récompense de ce qu'il avait souffert si jeune, et 
de ce qu'il désirait ardemment souffrir encore pour arracher des 
âmes au démon. 



Litter. ann. Provinc. Liigdun., min. 1628 {Archiv. Rom.). — N\da.si, An- 
nus (lier, memorab. , 29=» nov. , p. 20."). — Theoph. IUynaud, Oper., t. 8. 
Mantissa ad Indicul., p. 105. 



XXX NOVEMBRE 



Dans la nuit du 29 au 30 novembre, mourut dans la maison 
professe du Gesù à Rome, en 1820, le F, Scolastique Ambroise 
Béard, né à Pluvigner en Bretagne, et dès sa tendre enfance, 
fidèle imitateur des Louis de Gonzague et des Jean Berchmans. 
Au témoignage de ses condisciples, dont plusieurs le suivirent 
dans la Compagnie, ses vertus d'écolier, par leur caractère sur- 
naturel, dépassaient dès lors de beaucoup ce que l'on attend 
d'ordinaire d'un fervent novice ; son influence était si aimable, 
qu'elle portait à Dieu comme sans effort ceux qui l'observaient 
de plus près dans les plus modestes exercices de la vie com- 
mune. Une maladie de langueur de plus de six mois acheva de 
faire éclater toute la perfection de l'obéissance et de la merveil- 
leuse indifférence de ce saint jeune homme. La nuit même où il 
rendit son âme à Notre-Seigneur, dans la vingt-et-unième année 
de son âge, après quatre ans seulement de vie religieuse, sa mè- 
re, qui ne devait en recevoir la nouvelle qu'au bout de plus de 
quinze jours, eut un songe mystérieux, lisons-nous dans les notes 
du P. Loriquet, et fut transportée en esprit dans la chambre mê- 
me où son fils expirait. Un des assistants voyant à sa surprise 

547 



y 48 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

qu'elle ne se rendait pas compte do ce mystère, lui adressa sou- 
dain celle consolante parole : « Nous sommes ici pour assister à 
la mort d'un juste ». Et la vision disparut. 



Notice Ma. sur le F. Ambroise-Marie Bcard [ Arc/iii: doni. y. — 7c- 
moignages des Pètes Anx». Martin, Lolis Mahquet, Delvalx, Desbouil- 
lons, etc. { Arc/lit', dom. }. 



MÉNOLOGE 



DE 



LA COMPAGNIE DE JESUS. 



ASSISTANCE DE FRANGE. 



I^r DECEMBRE 



Le premier jour de décembre de l'an 1652, mourut dans la ville 
d'Amiens, où il était né, le P. Adam Leurin, dont le beau li- 
vre, « La vie parfaite tirée de celle de Jésus-Christ », offre à un 
degré surprenant l'esprit de saint Ignace et du grand docteur 
de la vie dévote saint F'rançois de Sales. Bien peu d'écrivains de 
son temps peuvent lui être comparés pour la douceur et la force 
de sa direction, ou même pour les qualités éminentes d'un style 
qui souvent rappelle les belles pages du grand évêque de Genè- 
ve. Cependant, parvenu au terme de ses études théologiques, Adam 
Leurin était si épuisé que, malgré ses rares talents et sa connais- 
sance des voies de Dieu, il semblait désormais contraint pour 
toujours à renoncer aux espérances d'une vie apostolique. Mais 

549 



550 MÉNOLOGE S. J, — ASSISTANCE DE FRANCE. 

soumis (le bon cœur à toutes les épreuves que lui envoyait la 
bonté divine, et sans autre désir (jue de faire aimer Dieu, il eut 
recours par vœu à saint Franrois de Sales, le priant liumi>lcment 
de lui obtenir assez de forces, non pour être exempt de soullrir, 
mais pour exercer le saint ministère, et mener les âmes à la 
perfection au tribunal de la pénitence. Il fut exaucé selon ses 
désirs : toujours infirme jusqu'à la mort, courbé sous le faix d'une 
croix que son cœur aimait tendrement, il eut la consolation de 
conduire au ciel, par les plus sûres et les plus hautes voies de 
la sainteté, un grand nombre d'Ames, en particulier d'âmes re- 
ligieuses, qui apprirent de lui la parfaite docilité à toutes les 
touches intérieures du Saint-Ksprit. 



Elogia dc/'unctor. Provinc. Franc. ( Archw. Ilom. J. — Rybeyrkte, Scri'p- 
tores Provinc. P'ranc, p. 1. — Sottjellus, Ijibliotlwca... , j). ."). — dk Bx- 
CKEH, Bibliothèque...., t. 2, p. 357. 



Le premier jour de décembre, à Nantes, l'an 1709, le P. En- 
guérand-François uk LA Mare mourut à Tàge de trente-trois ans, 
au moment où il allait s'embarquer pour les missions du Cana- 
da. L'amour de la vie intérieure et d'une mortification dont il fal- 
lait sans cesse modérer les pieux excès, joint à un don très émi- 
nent pour parler des choses de Dieu, à une modestie angéli(|ue, 
à une douceur et à un oubli de lui-même ([ui triomphaient des 
âmes les plus rebelles, le faisaient regarder de fous comme un 
parfait enfant de saint Ignace ; ces vertus du religieux et de l'a- 



I^'' DÉCEMBRE. — P. ENGUÉRAND DE LA MARE. 551 

pôtre avaient leur source principale au sacrement adorable de Tau- 
tel . C'est là que le P. de la Mare passait chaque jour des heu- 
res entières à les goûter pour ainsi dire dans le Cœur de No- 
tre-Seigneur ; et après les plus rudes fatigues de son ministère, 
c'est encore là qu'il allait chercher de nouvelles forces et trou- 
vait son plus doux repos. 



Lettre circulaire du P. du Pré à la mort du P. Enguérand de la Ma- 
re, « à Nantes le 2 décembre 1709 » ( Archiv. dom. ). 



Il DECEMBRE 



Le deuxième jour de décembre de l'an 1622, mourut à Chàlons, 
avec la réputation d'un religieux complètement crucifié à la chair, 
au monde et à l'amour-propre, le P. Gérard Thyllois, Recteur 
du collège de (ihûlons. « Seigneur, lui entendait-on répéter amou- 
reusement dans les douleurs mêmes de son agonie, avec une 
admirable^ conformité à la volonté divine, Seigneur, vous savez 
(iombien je désire peu que vous prolongiez ma vie ou que vous 
adoucissiez mes souffrances » ! Et comme ses enfants le pres- 
saient de leur donner une dernière leçon en les bénissant : « Mes 
Frères, leur répondit-il, apprenez de mon maître et du vôtre et 
non de moi, à être doux et humbles de cœur! Voilà ce que j'ai 
appris dès le premier jour de ma vie religieuse, ce que j'ai gra- 
vé dans mon âme, ce que j'ai taché de mettre en pratique, ce 
que je vous laisse comme héritage. Vous y trouverez le véritable 
esprit de la Compagnie de Jésus et le gage assuré de votre per- 
sévérance ». 



Nadasi, Pretiosw occupai, marient., c. 39, n. 5, p. 37;'). 
K«2 



II DÉCEMBRE. P. HIPPOLYTE BOUCHARD. 553 

Le même jour, l'an 1702, mourut au collège d'Arras, le P. Ilip- 
POLYTE Bouchard, âgé de quatre-vingt-cinq ans, dont il avait passé 
soixante-cinq dans la Compagnie, presque toujours chargé des 
affaires temporelles, qu'il traitait avec un respect et une charité ex- 
trêmes, comme les alîaires mêmes de ses frères et celles de Dieu. 
Aussi alliait-il dans un haut degré les soins les plus assujettis- 
sants de son office avec l'esprit de prière et le détachement absolu 
de toutes les choses créées, même de ses désirs les plus saints 
et de toute attache naturelle à son propre jugement. « Son obéissan- 
ce, dit la notice de sa mort, allait au delà de ce qu'on peut s'i- 
maginer. La volonté des supérieurs était la règle non seulement 
de toutes ses actions, mais encore de tous ses sentiments, même 
dans les choses les plus indifférentes. L'habitude qu'il en avait 
contractée était si forte que, dans les plus grands accès de son 
mal, où il lui arrivait quelquefois de souffrir des absences d'es- 
prit, il ne répondait à tout ce qu'on lui disait que par ces paro- 
les : « Que la volonté de Dieu s'accomplisse, et celle des supé- 
rieurs » ! Aussi fut-il comblé à sa mort de toutes les bénédic- 
tions promises à l'obéissance ; il expira dans la paix du Sei- 
gneur, entre les bras de ses frères, avec toutes les marques 
d'un véritable prédestiné. 



Lettre circulaire du P. Bodin, à la mort du P. Hippolytc Bouchard., 
« à Arras, le 3 de décembre » { Archiw dom. ). 



A. F. T. II. 70. 



•iî»''» MKNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DK FRANCE. 

Vers l(îs premiers jours do décembre de l'an 1771, iiioiinit dans 
les ciivifons de Paris, à l'âge de s()ixantc-dix-se[)l ar)s, comme 
[loiis raj)|))'(ii(l iiiic Ici lie de Monseigrieiir de la Motte, ('vècaie d'A- 
miens, le I*. François-Xavier du Pi.essis, l'apotre, au XVIII* siècle, de 
pr'es(|ii(' loules les provinces du nord de la l'iance, durant les tren- 
te aniu'es (|ni précédèrent la destruction de la Conipagiiie par les 
Parleinenls. Sur les débuts de sa vi(; religieuse, nous n'avons 
mallieui'euseuKMil aucun dcHail. Une simple note, empruntée à la 
correspoudanee d'une de ses sœurs, nous le représente seulement 
au collège de Hennés, préludant, à l'âge de vingt-six ans, avec 
le zèle et la ferveur d'un ange, aux futurs trioniplics de ses mis- 
sions, [)ar l'apostolat d'une classe de {)lus de deux cent soixante 
élèves. Dix ans plus lard, professeur d'une classe de pliilosopbie 
au collège d'Arras, il consacre au salut des âmes les jours de 
fêtes et de vacances dont il peut disposer au gr('' de son zèle ; 
et bientôt, quand il est (juestion de l'appeler à une autre résidence, 
plusieurs des premiers magistrats d'Arras déclarent ouvertement à 
ses supérieurs que, si le peuple en conçoit d'avance (pielcpie 
inquiétude, ils craignent de ne pouvoir prévenir une sédition. 

Le silence des historiens et des biographes de nos jours sur 
le W fVançois-Xavier du Plessis ferait taxer peut-être d'exagération 
fort étrange ce que nous allons ajouter, des travaux, des succès, 
des prodiges de cet incomparable serviteur de Dieu, si nous n'en 
avions pour garauls les ennemis mêmes les plus acharnés de la 
Compagnie. De leur aveu, ou \\v I aj)pi'lle tpu* le l'rauyois Hégis du 
nord de la l^iuxe. I) anui'e en annc'e, les Nouvelles Feclésiasti- 
ques surveillent et dénoncent aux partisans de Jansénius à peu 



II DÉCEMBRE. P. FRANÇOIS-XAVIER DU PLESSIS. 555 

près chacune de ses missions. Elles s'indignenl tour à tour qu'à 
peine en quelques jours il ail osé conduire à la sainte table 
toute la garnison d'une ville de guerre ; que les évêques lui 
prêtent leurs chaires, leurs cathédrales, toutes leurs paroisses, 
pour procurer au peuple, disent-elles, « en forme de supplément 
au ministère ordinaire des pasteurs », des spectacles sacrés ([ui, 
sous le nom de missions, de portements et d'érections de croix, 
d'associations du Sacré-Cœur, ébranlent « le solide et l'essentiel » 
de la discipline et des fonctions de la sainte hiérarchie ; que 
dans les plus importantes villes du royaume, à Rouen par ex- 
emple, les communions générales d'une mission aient été si 
nombreuses, qu'on ait distribué la sainte Eucharistie, non seule- 
ment autour du sanctuaire, mais hors de l'église, dans le cimetiè- 
re, jusque dans la rue ; et ne mettant désormais leur espérance 
contre un feu capable, disent-elles, si on ne l'éteint, d'embraser 
tout le royaume, que dans la vigilance des parlements, elles 
félicitent les magistrats, comme bien plus dignes de porter eux- 
mêmes le bâton pastoral que leurs évêques, de ce que leur zèle 
du moins n'a pas hésité à fermer aux efforts de ces prétendus 
apôtres l'accès des prisons. 

Mais en dépit des fureurs de l'enfer, les j)opulations catholiques 
et les évêques n'en réclamaient que plus instamment les visites 
de ce vaillant et infatigable missionnaire. Beaucoup de prélats 
annonçaient sa venue à leurs peuples, comme celle d'un homme 
de miracles, dont Dieu honorait le ministère par des prodiges 
inouïs. Ce fut ainsi que Xavier du Plessis, parcourut tour à tour 
l'Artois, la Picardie, la Normandie, la Bretagne, l'Ile-dc-France, 
la Flandre, la Lorraine, élevant partout des calvaires qui le firent 



iiîiO MKNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

nommer le hôraul do !;i croix, ^loiioiix nom gravé snr ses 
images ; calvaires dont la plnpart demenrèrent, longtemps après 
ses missions, des centres de miracles, aussi bien que des centres 
de pèlei'inages. Ou il nous sulïise d'en citer ici deux des plus 
célèbres, celui de la Malgrange, aux j)ortes de Nancy, dressé en 
présence du roi Stanislas et de la reine, pour la fondation des 
missions royalc^s de Lorraine, et celui d'Arras, plus fameux encore, 
(|ui, d'après le témoignage formel des contemporains, vit en ([ua- 
\rc mois deux cent cinquante-tleux processions amener à ses pieds 
des provinces entières, et avant la fin de la même année, de 
douze il treize C(Mit mille pèlerins, dont un grand nombre de 
malades se )elevèr(Mit gu('i'is, pour ])rix de Knir loi. 



DE Backkh, IHbUollièquc..., t. \, p. .')73. — ut Plessis, Avis et prali- 
f/ues pour profiter de la mission, Paris 1742. .1 la fin de l'ouvrage, se 
trouvent f/uel(/ues-uns des mandements puhlie's par les évêques pour an- 
noncer les missions du P. du Plessis ; ce sont ceux des e'vêrjues d'Arras, de 
Laon- de Boulogne, de Nantes, de Toul, des archevêques de Rouen et de 
Paris. — Crictim^vl-Joly, Histoire de la Compagnie de Je'sus^ t. 5, c/i. G, 
p. 35G. — Lettres de la Mère Hklkne ol Plessis, religieuse de l Hô- 
tel-Dieu de Québec, à Madame Hecquet de Villers, à Abbeville, copie ( Ar- 
chiv. dom.j. — Nouvelles ecclésiastiques, a/i/i. 173G, P- 109, 153, 185; 
ann. 1737, p. SH, 190, 208; ann. 1738, p. 147; 1739, p. 40; 1740, /;. 33; 
,1745, p. 75, 151, 177; 1747, /;. 171; 1749, p. 95; 1751, /;. 204: 1756, 
p. 195. — L'Ami de la religion, t. 109, p. 453. 



III DECEMBRE 



Le troisième jour de décembre de l'an 1620, mourut en odeur 
de sainteté, à la fïeur de l'âge, parmi les novices d'y\vignon, le 
F. Edmond de Malpas, bénissant avec effusion Jésus et Marie de l'a- 
voir rendu, avant sa mort, vainqueur de tous les obstacles qu'ap- 
portaient le monde et la nature même à sa vocation. Il (îtait né en 
Bourgogne, d'une famille noble et opulente. Aussitôt f[u'il put ap- 
procher de la table sainte, il se sentit épris d'un si grand amour 
pour Notre-Seigneur, et d'un tel désir de le suivre, que, rendant 
compte plus tard de sa vocation, il l'attribuait sans balancer aux 
grâces reçues dans la très sainte Eucharistie. Mais quand il vint 
frapper à la porte du noviciat, la difformité de sa taille parut 
trop contraire à ce qu'exigeaient l'Institut et les travaux extérieurs 
de la Compagnie, pour qu'on osât l'admettre, malgré ses vertus 
angéliques. Imitant alors la ferveur de saint Stanislas, Edmond 
de Malpas entreprit aussitôt le pèlerinage de Rome, et courut se 
jeter aux pieds du Père Général, prêt à payer, au prix de n'im- 
porte quels sacrifices, le bonheur de vivre et de mourir sous 
l'habit des lils de saint Ignace. Emu d'une générosité si extra- 
ordinaire dans un enfant, Mutins. Vitelleschi exauça les désirs du 

557 



5S8 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCK l)H FRANCE. 

pauvre contrtîfail, (jui repartit sur-le-f3li;irii|> poui Avig-non, ilésor- 
mais ;iii coiiiMc de ses ncïmix. 

Un pareil (iél)iil domiail à bon droit les plus consolantes espé- 
r'anees, cl (-(îtle première ardeui- du I". de Malpas ne se druientit 
point dans les <';pi'euves do sa fornuilion religieuse. I)ien souvent, 
coniinc il iiaNail [)as v[6 diUicilo de le préxoir, sa ilillorniité lui 
attiiail des plaisanteries de tout genre, dès (|u il j)aiaissail mu de- 
hors. Mais il s'en l'éjouissail devant Dieu, dans tijulc I ingénuit<'' de 
son eauir, cl s'esliiuiiil heureux de cette per|)étuelle invitation à 
{'aire de jour eu jour de nouveaux piogrès dans 1 humilité. Sa 
mort j>rématur(Hî ne tut pas moins vaillante, ni moins digne d'envie 
et d'imitation pom- tous ses frères. 11 était j)i'es(|ue l\ ses derniers 
motnents, et soulîrait les plus vives douleurs; un des religieux (pu 
Tassistaieid lui a>aul iaj)pel('' la couronne d'épiui's (|ui ceignait le 
front de Jésus mourant sur la croix: « Oh! je vous eu piie, r<'- 
pondit-il en se découvrant la lete, j(; vous en prie, accordez-uu)i la 
grâce tic rendre mon Ame à Jésus, couronne- d'épines comme lui, 
avant d'expirer ». 



JAtlcr (iniiuif l^rovinc. Lugdun., (uin. 1G20 ( Arc/u\'. Ho/n.). 



Le tioisièuKî jour de d(''cend)re de l'an 11)75, mourut au collège 
de l^illom le 1*. Jean Chaubaru, l'un des hommes apostoliques 
les plus renommés de la Province de Toulouse, où il taisait re- 
vivre d(>puis plus de hiMile ;ins saint I liiucoiN Kc'gis. surtout 
parmi h>s |)()pidalions de la llaule-.\uveigue. Kieu n'était capable 
de l'arrêter. Au plus fort de l'hiver, il j)arcourait ces montagnes 



m DÉCEMBRE. — P. ETIENNE RAUNY. 559 

presque inaccessibles, couvertes de glace et de neige, toujours à 
pied, souvent au péril de la vie. S'étant un jour hrisé une 
épaule au milieu de ses courses apostoliques, comme autrefois 
son glorieux modèle, dans une circonstance à peu près semblable, 
il ne trouva dans cet accident qu'un nouvel encouragement à 
poursuivre jusqu'à la mort sa glorieuse carrière. Dans ses pré- 
dications, il tenait toujours à la main son cher crucifix de 
missionnaire et le présentait avec une irrésistible éloquence aux 
regards des pécheurs les plus obstinés. Après avoir prêché, con- 
fessé, visité les pauvres et les malades, à jeun durant tout le 
jour, à peine le P. Ghaubard consentait-il à prendre enfin le soir 
un peu de nourriture ; ses autres austérités étaient poussées 
d'ordinaire à de tels excès, que ses compagnons ne pouvaient com- 
prendre comment il y résistait encore à l'âge de plus de soi- 
xante-dix ans. La réputation de ses innombrables miracles attirait 
en foule tous les malheureux, qui trouvaient à la fois auprès 
de lui le remède des maladies les plus désespérées de l'ame et 
du corps. Au moment de sa mort, il apparut tout éclatant de 
gloire à l'évêque de Glermont, qui le vénérait comme un saint 
et s'estima bienheureux d'obtenir le crucifix avec lequel le P. 
Ghaubard avait gagné tant d'âmes à Dieu. 



Elogia defunct. ProK>. Tolos. ( Arcfiw. Rom. ). — Pathigisani, Menai., 
3 dicemb.., p. 47. 



Le même jour encore de l'an 1649, le P. Etienne Bauny mou- 
rut en odeur de sainteté, entre les bras des RR. PP. Car- 



îiOO MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

in(!S (le Saiiit-Pol do Lcjon, el presque dans l'exercice du mi- 
nistère apostoli(jii(', à l'agi; de soixante-seize ans, doni il avait 
passé soixante dans la (;oni[)ag;nie. Sa science el sa veilu lui 
avaient a((|iiis la conliance des plus illustres prélats de son 
temps, en particuliei- du «^rand cardinal François de la Koche- 
foucauld, <(ui l'avail choisi pour |>iii(l(! dans les voies de la 
perfeclion ; rc-vècpic de Léon, Monseig-ncur U(Mié de Kieux, avait 
une si haute idc'C de son mérite, qu'il le demanda au W \ itel- 
leschi ])Our l'aider dans le gouvernement de son église, et se 
reposa entièrement sur lui, auprès du clergé, du peuple, et des 
communautés religieuses de; son diocèse, des soins les plus délicats 
et les plus diihciles de l'épiscopat. Le P. Hauny, dont lindulgence 
pour les pécheurs excita l'indignation pharisaïque des jansénistes, 
se traitait lui-même avec une rigueur extrême, et semblait se 
charger d'expier les fautes de tous ceux qui avaient recours ù 
lui. Queh[ues erreurs échappées dans ses ouvrages à la faiblesse 
humaine, et qui ne venaient que d'un excès de charité, donnè- 
rent aux ennemis de la C.onq:)agnie et de l'Lglise l'occasion do le 
calomnier indignement, comme un des corrupteurs de la morale 
chrétienne; tandis qu'il n'aspirait, avec tous ses frères et avec les 
plus saints missionnaires de tous les siècles, comme on jieul s'en 
convaincre [)ar la lecture de ses ouvrages, qu'à n'éloigner des sour- 
ces de l;i grâce aucun de ceux ([ui ne refusaient pas à Dieu le 
strict nécessaire, et à conduire en même temps aux plus héroïques 
vertus les âmes de bonne volonté. 



III DÉCEMBRE. P. ETIENNE BAUNY. 561 

Litterse aniiusR Prov. Franc, anti. 1649 (Arc/iiç. Rom. }. — Elogia de- 
funct. Provinc. Franc. ( Archiv. Rom. ). — Lettre circulaire du P. Vin- 
cent HuBY. à la mort du P. Etienne Bauny, « à Quiniper le 13 décem- 
bre 1649» { Archiv. dont.). — Rybeyrkte, Scriptor. Provinc. Franc, 
p. 255. — SoTUELLus, Bibliotheca..., p. 1^1. — ue Backer, Bibliothèque..., 
t. 1, p. 51. — Nouvelle Biograph. ge'ne'r., t. 4, p. 828. 



kl F. — T. II. — 71, 



IV DKCIvMBKK 



Le (jualriènic joui de décembre de I an HIV», nioiiiiil iiii collège 
(le La l'ièche, où il i-enipiissait d<;j)uis liciile aiUK'es les laborieu- 
ses lonetions de Préf'el des classes, le IV Jkan (Ihkvalikh. ik' dans 
le diocèse de Besançon. Sa xic csl un vrai lissu de merveilles: 
on allait, dil-on, jusqu'à se demander conuncnl sainl Ignace lui- 
même eut j)u s'actjniUer plus ('xaclemenl du nn^me ofliee à la 
plus grande gloire de Notre-Seigneur. .\va\il de devenii- lange 
gardien et l'apôtre de la jeunesse, il a\ait ollcri I image dun an- 
ge, ne r('Sj)iranl <|ue l'amour de la purcN' et de la ])ru''rc, grâce 
aux leçons d uiu^ mère \r"ainu'ul chrétienne, l'cniinc lucouijiarable, 
<|ui donna de grand (ueur son (ils à la Compagnie de Jésus, et 
mérita d<î \oir les anges desc(mdr(* du ciel pour la poiler elle- 
même dans \o sein de Dieu, le jour où l'I^glise célèljre la l'été de 
rimmacul(''(> ('oiu^eption. Après sa sainte mort, elle aj)j)arul à son 
(ils, toute raNoniiante de gloir'c, |)our rexliorler avec Icudrcsse et 
plus \ivement (pie jamais, à de\euir un saint cl un grand saint. 
I/amour Ao cc\ enl'ant pour la cliaslet('' lui iin-rita dès son enfan- 
(;e des laveurs extraordinaires d(» Jésus et de sa di\ine M<j<re. 
Nous lisons par exemple, dans la relation consacrée à son souve- 



IV DKCFMBRE. — l>. JEAN CHEVALIER. 563 

nir, que, pour le garder de tout péril durant un voyage où 
son âme pouvait bien n'être pas sans quelque danger, son an- 
ge g*ardien daigna visiblement s'offrir à sa mère pour lui servir 
de g'uide, comme autrefois l'archange Raphaël au jeune Tobie. Par 
une autre faveur non moins surprenante, Jean Chevalier reçut 
pendant son noviciat le même don de chasteté que l'angélique 
docteur Thomas d'Aquin, et comme lui par le ministère des es- 
prits célestes ; privilège ineffable qu'il ne cessa jusqu'à la mort 
de tenir sous la garde d'une très rigoureuse mortification. 

A peine est-il possible d'énumérer ici les vertus de choix qui 
embellissaient l'âme de ce saint religieux et brillaient en lui du 
plus vif éclat : un silence et un recueillement de cœur inséparables 
de la continuelle présence de Dieu ; une conversation toute reli- 
gieuse et telle que, sons les yeux mêmes de Notre-Seigneur, il 
n'eût rien trouvé, ce semble, à y changer ; une charité qui le 
faisait regarder comme le père de tous les misérables, une humi- 
lité toujours prompte à déférer aux lumières et aux sentiments 
de ses frères, à moins qu'il ne fût question d'un seul des devoirs 
de son office ; un zèle qui le consumait sensiblement pour l'avan- 
cement des écoliers, soit dans la science soit dans la vertu ; une 
fidélité si grande à toutes les règles, que jamais, dit un de ses 
supérieurs, il ne consentit même à recevoir dans une classe un 
seul des élèves que le Ratio ordonnait d'en exclure comme inca- 
pable ; enfin une douce et entière conformité à la très adorable 
volonté de Dieu, cjui lui fit supporter sans se plaindre durant 
quatre années de suite des douleurs de tête presque intolérables, 
jusqu'au jour oi^i Jésus crucifié le récompensa, par une guérison 
subite, du vœu d'accepter joyeusement, non pas seulement les 



n«)1 MKNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

«loiilcurs, mais los coiis('!f|iienees los j)lus pénibles «le ccttc^ triste 
cl liiiiiilliaiiic inipiiissauee. 

l'^ii loiiles ces allernalives, le c(jeiir «lu I*. .Icaii (!h«'valier «'lait 
eiiilji'Ms*; «l'une si viv«' (lamine de l'ainoiir diNin, <[ue souvenl, coni- 
nie saint l^na<-e, il n'en pouvait retenir les ai(l«;urs, et (|n"on 
ICnlendait s écrier avee Iranspoj'l : <' O amour ' amour ! amour » ! 
S«)u\enl «'ucoi'c, an tnihen des ombres de la nnil, il allait pieds 
nus se prosterner «levant le sain! laberiiacle. et épjineiier son 
«•«eur dans le ()(enr même de son Sauveur, lîien «les lois alors, 
pendant sa ])rière, il reçut des grâces <|n'il ne pouvait «'xj>rimer, 
spécialement par l'entremise «le la Mcmc «!<' Dieu, «jui l'honorait 
rréqnemnient «le sa présence, l'u joui" même, j)endant «pj'il eélé- 
brail l<' saint sacrifice, il vit tout à «;oup cette Reine «lu ciel et 
son divin l'ils coninu^ autrefois sui" le calvaire : Jésus la lui don- 
nait |)our Mère et le donnait lui-même pour lils à Marie, en 
répétant les mêmes paroles «pi'il avait l'ait «mtendre «lu haut de 
la cr«)iN : n Mon lils, voilà \()lre Mère ! Ma .Mère, voilà votre lils » ! 



lUogid (Ic/'unclor. Pros'inc. Franc \ Arc/in: Jio/ii. j. — Umjkihktk, Elo- 
giu/fi P. Jonnnis Chevalier ( Anhiv. dom. j. — In., Scriptor. Proi'inc. 
l'ranr., p. l'i."). — Lettre circulaire du W Loris Milquin, à la mort du 
P. Jean Chevalier, u à La Flèche, ce 4 décembre 1654 » (Archiv. dom.}. — 
SoTiKi.LLs, liihliolheca.... p. 4îi2. — Drkws, Fasti Societ. Jesu. \^ decemb., 
J). 'i7(). — UE Hackkh, Bibliothèf/ue..., t. 5, /;. 134. 



* L«' même jour l'an It/iS, m«)urnl à Kvreux, le V. Jkan Le Goq, 
d«' ilouen, Coa<ljnleur lem|)or(d. Il avait longtemps servi de compa- 
gnon an I'. Jean Suffren, confesseur «le Louis .\lll et «h' la rei- 



IV DÉCEMBRE. F. ANTOINE BERNON. 565 

ne Marie de Médicis ; à l'école de ce saint religieux, il s'était 
formé à toutes les vertus de sa vocation dans son degré. On 
admirait surtout sa modestie, son amour du silence, sa piété, 
son obéissance et son humilité. Quand h; P. Sufîren dut s'arrê- 
ter mourant k Flessingue, au retour d'un voyage qu'il avait fait 
en Angleterre à la suite de Marie de Médicis, le F. Le Coq lui 
prodigua jusqu'au dernier soupir les soins de la plus attentive 
charité, et fut ensuite chargé de ramener ses restes à Paris. 

Le même emploi de Sociiis ou compagnon lui fut alors confié 
auprès des Pères prédicateurs. Il venait de suivre celui qui devait 
prêcher à Kvreux, quand, épuisé par l'Age et par la fatigue, il 
tomba malade au palais épiscopal et fut bientôt réduit à l'extré- 
mité. Il fit éclater de si beaux exemples de patience au milieu 
des plus vives douleurs, que l'évêque et toute sa maison furent 
ravis d'admiration ; et en témoignage de l'estime que lui avait 
inspirée la vertu du saint religieux, le prélat voulut présider lui- 
même ses funérailles et fit déposer son corps dans l'église des Bé- 
nédictins, dont il était abbé. Ainsi Dieu, ajoute la courte notice 
à laquelle nous empruntons ces détails, exalta l'obéissance et l'hu- 
milité de son serviteur ; et les honneurs rendus à sa mémoire 
proclamèrent l'estime dont il avait joui pendant sa vie. Le F. Le 
Coq était âgé de soixante-trois ans, et en avait passé trente-deux 
dans la Compagnie. 

Litter. nnti. Prov. Franc, ann. 1648 ( Arch. Rom. j. 



Le même jour de l'an 1771, mourut en Suisse, au collège dcî 
Fribourg, le jeune Frère Scolastique Antoine Bernon, entré à 



•'<>("» MÉNOr.OGK S. .1. - ASSISTANCE l>K FRANCK. 

l'à^c (le s(;j/(' ans ail noviciat d'Avignon, «il sur s(;s instantes priè- 
res, admis, dmaiil lus qualr(; dernières années de sa vie, à 
partager les plus luinibles odiccis de nos Frères Coadjuteurs, afin 
(le pouvoir inoiinr dans le sein de la (loiiipagiiic. Sa première en- 
fanc(î a\all (''l('' ^•^i\\c d'un ange ; cl Ton osait dire de lui <[ue, 
prévenu i\c la grâce divine, il n'avait cessé do croître en vertu 
devant Dieu (il dcvanl les hommes, fidèle imitateur du tli\in linfant 
de Na/.arclli. La (K'noLiou au (lo'ur de Jésus Taisait ses délices. 
11 send)lail y a\()ii' puisé cel alLrail pour I liumililc'. la j)rière, la 
pénitence, (jui proNoqua l'élonnemenl cl [(imulatiou d»» plus fer- 
vents novices, des (pi'ils le virciil au milieu d'eux : le |)rincipal 
ou plulôl le seul \rai sacrifice (pie dut exiger de lui I Olx'issance, 
fut de modérer sou ardeur* à se ciucifier. 

Au moment où le l\ .Vutoiuc Hciuoii se liait à la Compagnie 
par ses premiers \(eu.x, il la savait déjà proscrite dans toute la 
I^Vance. Mais la persécution n'était pour lui (piun attrait de plus. 
D'ailleurs le Gomtat-Venaissin, alors soumis au [)ouvoir temporel 
de Clément XI 11, gardait, aussi bien (pie la Lorraine, o\[ régnait 
Stanislas, pliisicuis maisons llorissantes de la Compagnie. Mais, 
en 17G7, (;es derniers religieux disparnrcul, cl la plujnirl d'entre 
eux (lureiil accepter de vivre dans leurs familles, .\ntoine lîernon 
obtint dCii être dispensé, préférant à une vie peut-être plus 
douce les derniers excès de la misère ; cl pour retrouver la (iOm- 
|)agnic, sans ris(juer d'clrc h charge, en des temps aussi difïiciles, 
il la pauNi'clé dune aiili'c Province, il alla demander aux Pc'res 
de l'riboiii'g l'emploi de bahiMMir, (h^ porteur d Cau et d homme 
de peine j)oiir le scr\ ice du collège, emploi (pi il ]('mj)lit jus(pi'à 
sa morl avec la joie cl la ferveur d'un ange, rendanl h Notre- 



IV DÉCEMBRE. — F. PAUï- PÉRIER. 567 

Seigneur et à saint Ignace mille actions de grâces, quand l'épuise- 
ment de ses forces lui ouvrit les portes de l'éternité. 



« Elogium brève charissirni Antonii Berrion, Prov. Lugdun.^ Friburgi Hel- 
vetiorunt^ 4» decemb. anni 1771, pie in Domino def'uncti y) (An-hiv. Rom.}. 



Le même jour encore, l'an 4828, le F. Paul-Odon Pkiuhr, Sco- 
lastique, mourut au collège de Saint-Acheul, à l'âge de vingt-cinq 
ans. Dès le temps de ses études à Montmorillon, les qualités les 
plus brillantes, jointes à un art singulier d'aller toujours droit 
au but dans ses compositions littéraires, le faisaient regarder 
comme un jeune homme hors ligne. Mais à peine sorti du collège, 
il se laissa malheureusement séduire par l'attrait du plaisir et 
des idées libérales qui entraînaient alors presque toute? la jeunes- 
se des écoles, quand la mort funeste d'un de ses condisciples, qui 
périt dans les flots au moment où il venait de l'arracher lui- 
même à la mort, l'éloignement forcé de Paris et des compagnies 
dangereuses par le mauvais état de sa santé, quelques restes de 
dévotion à saint François Xavier, dont il conservait une image et 
auquel il adressait de temps en temps une courte invocation, enfin 
la lecture toute providentielle d'un sermon de Bourdaloue, le déci- 
dèrent à se réconcilier avec Dieu. 

Une ilme aussi naturellement généreuse ne pouvait se donner 
à demi. A la suite d'une retraite de quelques jours, brisant avec 
un courage invincible les liens les plus forts et les plus tendres, 
il vint se présenter au noviciat de Montrouge, protestant qu'il 



568 MÉNOLOGR S. F. — ASSISTANCK l)K FRANCE. 

mourrail à la |)()rle, si on icfusail <1(; le recevoir. Cette générosité, 
<|ui ne se <I(Mn(MiliL jamais, devinl dès lors l(^ principe de toutes 
ses actions cl le caractère dislinclil de sa vertu. 1! lui sullisait 
de penser (|u inu; elios(; pouvait plaire à Dieu, pour «pi il Tein- 
brassAt à l'instant infune, sans s'incpiiéter de ce qu'elle renfermait 
d'assujettissemenl, de douleui- ou dlminiliation. S'il s'agissait sur- 
tout de liavaillcM' au salut dune àme, ni lehuts, ni mépris, ni pa- 
roles oulrag(;anles n'étaieni eapaMes de larriHer. (l'est ainsi (pia- 
j)rès son noviciat, on le vit souvent h II IcMcl-Dicu d Amiens, pas- 
ser des heures entières à geiu)ux, près d'un malade, le pressant de 
revenir à Dieu, priant pour lui Notre-Seigueur et la sainte Vierge, 
et lui sugg(''ranl les motifs les plus j)ropres à l'ébranler. Les An- 
nales de Sainl-Aclioiii nous assurcuit <jue les conversions les plus 
éclatantes furent le fruit de son apostolat. Mais les pratiques de 
pénitence et de prière dont on a trouvé la trace dans ses réso- 
lutions et ([u'il s'imposait pour triomj)her d'une seule Ame. font 
comprendre sans peine les bénédictions répandues si abondamment 
sur ses travaux. En apprenant la nouvelle (\{' la mor! du V . IV- 
rier, des [)ersonnes d'un pcdit village oii il ('«tait allé faire le 
catéchisme, s(î présentèrent au collège eu priant le Frère portier 
de faire loucher leurs chapelets à son corps, parce que, disaient- 
elles, c'('tait un saint. 



Notice Mss. .sur II' /''. ()(/()/i Pc'ricr i Ar(/u\\ (loin. /. — Annules Mss. 
de Saînf-Achcul, t. .'{, p. 'y\)^ ; /. 'i, p. I7-3S. — Mcinoires sur le novi- 
ciat (le Montrnugi\ p. \\\iS-\\i ( Arc/u\\ dom. ). 



V DECEMBRE 



Le cinquième jour de décembre de l'an 1625, mourut à Toulouse 
en odeur de sainteté, après avoir prononcé sur son lit de mort 
les vœux de dévotion des Scolastiques de la Compagnie, Monsei- 
gneur Joseph d'Esparbès, évêque de Pamiers. Touché de l'exemple 
héroïque donné à l'Eglise de France par le P. Charles de Lorraine, 
naguère évêque de Verdun, et qui venait de refuser la pourpre 
romaine pour embrasser la vie humble et mortifiée des novices, 
Joseph d'Esparbès avait conçu dans son cœur un pareil espoir, 
et ne négligeait aucune démarche pour obtenir du ciel et du suc- 
cesseur de saint Pierre la même faveur. La mort seule ne lui don- 
na pas le temps d'accomplir son pieux dessein. Mais sous l'unique 
réserve de l'approbation du Vicaire de Jésus-Christ, il se lia du 
moins, autant qu'il était en son pouvoir, avant d'expirer, par la 
triple offrande des vœux ; plein de joie à la pensée que, mou- 
rant ainsi dans les bras de ses nouveaux frères, il partagerait 
l'humilité de leurs funérailles, et se relèverait avec eux de la même 
tombe au jour de la bienheureuse résurrection. 



CoRDAR\, Histor. Soc. Jesu^ part. 6a, lib. 10, n. 96, p. 587. 



A. F. — T. II. — 72. 569 



570 MKNOI.OGE S. J. — ASSISTANCE I)K KRANCE. 

Le iiMMiic joui-, l'an 1825, inoiiiul à Paris, à l'âge tic vingt-et- 
uii ans, le F. I'klix Mitivik, novice, ([uc son angéll(|M<' modestie 
f'aisail aj)p(îler par ceux <|iii ne le connaissaient c(ue i\i' \ uc : « Celui 
(|iii ressemble à saint Louis (h; Gonzague » ! Son amoiii- pour la 
chasteté lui avail inspiré, lorsqu'il («tait encore élève, le vœu de 
conservci- inlacte cett(; belle vciln ; («t av^'c la permission de son 
(!onf'ess<MM\ il l'avait lait pour un temps limil(\ et l(^ renouvelait 
avec ferveur d'uiu' lète à I aulre. \ il" cl pi'tulanl dans son enfance, 
mais toujoui's picîin de Irancliisii et de foi, il u avait couserv»'; des 
saillies d(? son caiactèrtî (pu; cet <'lan pour le bien si recommandé 
par saint Ignace dans sa lettn; sur la perfection. Pai- là, il exerçait 
sur ses condisciples un v(''rilal)le apostolat. Plusieui's lui durent non 
seulement leur retour à la vertu et leur entrée dans la c<jngréga- 
tion de la sainte; \ iergc, mais même leur vocation religieuse à la 
(îompagnie de .l('*sus. ("c zèle des âmes l'engageait encore à visiter 
souvent, l<;s jours de piomenade, avec (piebpu^ Père, les pauvres, 
les [)risonniers, les malades. Après les avoir gagnés par ses au- 
mônes et celles dont l'aNaicnt chargé ses condisci|)les, il leur par- 
lait de Dieu cl de leur i\]\\o. les exliorlait à se confesser et obte- 
nait luciue des plus ignorants ([u'ils vinssent au collège se faire 
inslriiiie par lui pendant les rc'crc'a lions. 

Ainsi prépar»' à la vie religieuse, et ayant conservé toujours pure, 
au t('m<)ignage <le son confesseui", la robe de son iiinoccnc(\ le 
K. Mitivié s«; rendit au iM)viciat de Montrouge; et bientôt son 
Maître des novices ne craignit pas de diic à plusieurs de ceux 
qui se présentaient : «( Puissiez-vous ctic aussi avancés, ipuind vous 
sortiri;/ Au noviciat, (pie le l\ Fidix le jour cpi il \ est cntic « ! 



V DÉCEMBRE, K. KKt,!X MITIVIÉ. K71 

Pendant les quatorze mois qu'il vécut au milieu de ses frères, et 
plus visiblement encore à l'approche de la mort, le F. Mitivié mit 
toute son étude à faire intérieurement et extérieurement ses moin- 
dres actions comme Notre-Seigneur lui-même. Cette pensée ne le 
quittait pour ainsi dire ni jour ni nuit. Sa fidélité était si grande 
que, deux heures avant d'expirer, il faisait encore sou examen, et 
répondait à l'infirmier, qui l'engag'eait à se reposer un peu : « Ne 
vient-on pas d'en donner le signal » ? Et comme on lui demandait 
s'il désirait encore ou regrettait quelque chose : « Non, dit-il, je 
ne souhaite que la sainte volonté de Dieu » ! 



Annales de Saint-Acheul^ t. 2, p. 385-394. — Mémoires sur le noviciat 
de Montrouge, p. 300-306. — Témoignages contemporains, PP. A. Ma.u- 
REL, Cahour, etc. ( Archiv. doni. ). 



VI di:cj:mbrk 



Le sixième jour de (h'oembre de l'an 168^i, mourut à Paris, Agé 
de trente-neuf" ans seulement, le P. Pikrre-Joseph Cantel, né à 
Dieppe, laissant la réputation d'un des plus savants hommes de 
son siècle, et désigné, par ses connaissances sacrées et profanes, 
comme l'Iiéritier du P. Petau, dont il était chargé de continuer 
les Dogmes théologi(pies. Ses ouvrages sur les Antiquités romaines 
ont été souvent loués et. réimprimés par les hérétifjues eux-mêmes. 
Le vaste et magnifique monument qu'il élevait à la grandeur des 
Souverains Pontifes, et à la libéralité de la France envers l'Église 
romaine, fui malheureusement arrêté par sa mort; mais ce qui nous 
en leste, témoigne assez de son érudition et de son zèle. Cette 
ardeur et ce zèle à défendre la cause de Dieu, sans ménagement 
pour une santé toujours chancelante, eurent bientôt épuisé ses for- 
ces ; et sa fin prématurée fit verser d'autant plus de larmes à ses 
frères, (jue ses vertus et sa modestie étaient dignes de ses talents. 



Jilo^ia defunctor. Provinr. Franc. ( Arc/iù'. Hom. }. — pe IVvckkr. Bi- 
bliothèque..., t. I, p. 172. - Fki.i.kh, Dirfiofinairt' historique..., t. 1, p. 50. 



ÎS72 



VI DÉCEMBRE. — F. RICHARD FÈVRK. 571 

*Le même jour de l'an 1695, mourut près de Dole le K. Richard 
Fèyre, Goadjuteur temporel et compagnon du Père Procureur. Dans 
les premières années de sa vie religieuse, il avait eu à soutenir 
les plus terribles assauts contre la sainte vertu. Vainement mul- 
tipliait-il les pénitences pour réduire son corps en servitude et ne 
cessait-il ses supplications. Dieu semblait sourd à ses larmes et 
à ses cris. Dans cette sorte d'agonie, où il se voyait à chaque 
instant sur le bord de l'abîme et prêt à y tomber, le F. Fèvre se 
jeta aux pieds de la Vierge très pure, en redoublant ses prières 
et ses austérités. La Mère de miséricorde exauça ses vœux : elle 
lui apparut pendant la nuit, et renouvelant en sa laveur un privi- 
lège qu'elle avait accordé autrefois à saint Thomas d'Aquin et à 
notre Bienheureux Père Ignace, elle ceignit ses reins et l'enrichit 
d'un tel don de pureté, qu'à partir de ce moment jusqu'à sa bien- 
heureuse mort il fut affranchi dans ses sens et dans son imagina- 
tion de toute atteinte même la plus lointaine du mal, et dans un 
corps corruptible jouit de l'innocence des anges du ciel. 



Histor. Provinc. Lugdun., ann. 1695 ( Arch. Rom. ). 



VII DKCKMHMK 



Le septième joui- de fléceinhre de laii h/iO, dans la mission 
dite de Saint-Jean, périt sous les halUîs et les haches des Iro- 
(juois, le I*. (^HAKi.FS TiARNiKH, de la Province de Paris, cueillant 
enfin selon ses désirs la j>^lori(Mise [)alme du niaityre. Depuis plus 
de treize ans, il évan<^élisait les tribus sauvages du Canada, avec 
des souilianccs inouïes, professant lianlcruent (pic jamais un hom- 
nu! apostolitpu! ne pouvait hravci' troj) de peines et de souflran- 
ces pour sauver une ànie de plus. Tantôt il prenait des malades 
et les portail sur ses «'paulcs nn«' ou (\o{\\ lieues, pour leur ga- 
gner le tueur •*! avoir l'occasion de les baptiser ; tantôt il faisait 
dix cl vin^l lieues durant les <lialenrs de I <''t<'> les plus exeessi- 
V(^s, cl par des chemins oi'i sans cesse les ennemis faisaient 
«pudcpuvs massacres, alin «l'aller ouvrii* le ciel à (pudcpie mori- 
bond on il (piehpie caj)tir de guerre cpion devait brûler le 
jour même ; tantôt il passait les nuits entières dans des sen- 
tiers perdus an milieu de neiges profondes, duranf les plus 
rudes froids «le I lii\«'r, sans <pi«' jamais son zèle put être arrêté. 
Pour aiiiver à leiiij)s |)i«"'s d«' ses mahules, il avait surtout le- 
eours an\ saints ang«'s, «pu plus «rniie f«)is I a«'i'oinpagnèi'«'nt et 
57^1 



VII DÉCEMBRE. — P. CHARLES GARNIER. 575 

le guidèrent visiblement. Aussi les sauvages demandaient-ils sou- 
vent quel était ce compagnon d'une si rare beauté et d'un air si 
majestueux, qui les exhortait à obéir aux instructions du Père et 
leur ravissait le cœur. 

Non content de tant de fatigues, accompagnées de veilles et de 
jeûnes continuels, le P. Garnier, trouvant les grossiers aliments des 
Hurons encore trop délicats, surtout dans les dernières années de 
sa vie, ne se nourrissait plus que de glands et de racines amères. 
Après avoir offert à Dieu chaque jour les prémices de son sang 
avec une discipline de fer, il ne pouvait se résoudre à déposer 
même la nuit une chaîne armée d'étoiles d'acier, qui ne le lais- 
sait pas un moment sans douleur. L'amour de Dieu et des âmes, 
et le continuel entretien de son cœur avec Jésus crucifié, lui adou- 
cissait ce martyre anticipé ; et comme peu de temps avant sa 
mort, un de ses supérieurs l'invitait à venir prendre un peu de 
repos : « 11 est vrai, lui répondit-il, je souffre quelque chose ; mais 
ce n'est pas jusqu'à la mort ; Dieu merci, mou corps et mon es- 
prit se soutiennent dans leur vigueur. Ce n'est pas de ce côté -là 
que je crains ; mais ce que j'appréhende davantage, serait qu'en 
quittant mon troupeau en ce temps de misère, et dans ces frayeurs 
de la guerre, où il a plus besoin de moi que jamais, je ne 
manquasse aux occasions de me perdre pour lui. Si je voyais mes 
forces près de me manquer, puisque votre Révérence me le com- 
mande, je n'omettrais pas de partir, car je suis toujours prêt à 
tout quitter pour mourir dans l'obéissance là où Dieu me veut. 
Sans cela, je ne descendrai jamais de la croix où sa bonté m'a 
mis ». Trois jours plus tard, le village de Saint-Jean ayant été 
surpris par les Iroquois, il fut frappé de deux balles au cœur et 



57r> MKNOLOGE S. .1. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

eut la \ù[e I'csikIik! do deux coups de liachc, an milieu de son cher 
troupeau, qu'il aclievait de préparer au dernier combat, et il alla 
recevoir sa rcîcompense au moment on lllglise commence la fête 
de l'Immaculée riOn('e|)tion, mystèr(; que dès sa jeunesse il s'était 
engagé pai- vœu à défendre jusqu'à la dernière goutte de son 
sang. 



Relations de la Nouvelle-France, ann. \(V.M\. IG.'i7. lG39-lG'i2, 1650, 
1652. — Creuxius, Hisloria Canad.^ lib. 7, p. 564 seq/f. — Alegambk, 
Mortes illustres..., p. 659 serjrp — • Tannkii, Societas Jesu usf/uc ad san- 
guin... militons, p. 539. — Nadasi, Annus dier. nicnior., 7a dec, p. IH2. — 
Dhews, Fasii Sociel. Jesu, 7<'> dec, p. 480. — Bress.v.m, /Relations de 
quelques missions, e'dit. P. Martin, S. J., Montréal, 1852, p. 263 et suiv. — 
Patçignani, Menai., 7 dicemb., p. 65. — Cassani, Varones ilustres, t. 1, 
p. 649. — uE Charlevoix, Histoire de la Nouvelle- France, t. 2, p. 23, 
24. — Carayon, Documents inédits, Document L, p. 226, 248. — de Ba- 
CKER, Bibliothèque.. ., t. 6, p. 171. — Lettres de la Yen. Mère Marie dk 
l'Incarnat., p. 132. — Ferland, Histoire du Canada, l. 3, r/i. 8, p. 3H'i. — 
Pahkman, Les Jésuites dans l'Amérique du nord, c/iap. 28, p. 328 et 
suiv. — Shea, Historij of flw catholic Missions. .. , p. 193. 



Le même jour, l'an 4674, mourut à Santa-Fé, le P. Denis Mesland, 
né à Orléans, l'un des plus illustres missionnaires de r.\mérique 
méridionale. Après avoir cultivé quelque temps les sauvages des 
Antilles, il obtint la permission de pénétrer chez les peuples bar- 
bares du continent <pii n'tivaient jamais (Mitendu le nom de Jésus- 
Christ ; et dans l'espace de dix années, il en visita plus de soi- 
xante, dans ces immenses régions à peine connues même de nos 



vu DÉCEMBRE. — P. PIERRE DAGONEL- 577 

jours, et qui s'étendent entre le fleuve des Amazones, l'Orénoque, 
les Cordillères et l'océan. Plusieurs fois, la jalousie des Espagnols, 
qui craignaient de le voir livrer à la France leur fabuleux pays 
de l'Eldorado, l'obligea d'aller à des distances énormes se justifier 
devant leurs vice-rois, pour assurer à ses néophytes l'annonce 
pacifique de l'Evangile. Le bruit courut même parmi les sauvages 
qu'il avait été attaché au pilori et pendu par les habitants de 
Saint-Thomas ; mais Dieu ne permit pas que cette jalousie allât au 
delà des outrages, des calomnies et des fatigues inouïes qui en 
furent la suite. Néanmoins, au bout de dix ans, le P. Denis Mes- 
land reçut l'ordre de se diriger vers d'autres peuples encore plus 
séparés des colonies françaises ; jusqu'à ce que, épuisé de fatigues, 
il vint passer au collège de Santa-Fé les deux dernières années de 
sa vie. Il y mourut en si grande réputation de zèle et de vertu, 
que l'archevêque, le clergé et toute la noblesse espagnole accou- 
rurent à ses funérailles comme à celles d'un apôtre et d'un saint. 



Pelleprat, s. J. , Relations des missions des Pères S. J. dans les îles 
et dans la terre ferme de V Amérique méridionale. Cf. de Montézon, Mis- 
sion de Cayenne^ 1857 , 2^ partie, p. 83 et suiv. — Patrignani, Me^ 
nolog., 7 decemb., yo. 68. 



* Le même jour de l'année 1650, mourut à Pont-à-Mousson le P. 
Pierre Dagonel, né en 1585 au diocèse de Toul, d'une famille dis- 
tinguée, homme d'une vertu insigne, mais qui avait surtout pris 
à tâche d'imiter l'humilité du Sauveur dans les emplois les plus 
pénibles et les plus obscurs. Elève de l'université de Pont-à-Mous- 

A. F. — T. II. — 73. 



î)78 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DR FRANCE. 

son, il donnait déjà de tels exemples, (juc ses eondiseiples ne l'ap- 
pelaient pas autrement (jue le saint. Après avoii' tait son cours de 
régenccî dans ditï'éronts coUèg-es, il lut applitpu'* au ministère a[)0- 
stolique, et pendant })ius de trente ans, il ne cessa de s'y dépenser 
au service des pauvres, des hundjies et des petits, avec un dévoue- 
ment qu'on peut appeler héroïque. Dîins sa charité, il cndjrassait 
toutes les œuvres (h^ miséricorde spirituelle et corporelle : Voler 
au secours des pestiférés, se renfermer pendant quarante jours avec 
un do nos Frères atteint du terrible mal, panser les plaies et les 
ulcères des malheureux infectés de maladies putrides, qui venaient 
en fouhî demander leur guérison à la sainte \ iergc dans un de 
ses sanctuaires ; à l'approche des grandes lètes, courir sur les 
grandes routes au-devant des troupes de mendiants <pii les encom- 
braient, consoler et encourager ces pauvres g"ens, les confesser et 
les remettre en grâce avec Dieu, étaient ses œuvres les plus chè- 
res. Il avouait lui-mèmo (|u il n'(>proiivait jamais j)lus de joie que 
lorsqu'il se trouvait an milieu des pauvres et des gens les plus 
grossiers. Pour s'enchaîner sans retour à cet apostolat do prédi- 
lection, il lit le vœu de s'y consacrer juscpi'au dernier jour de sa 
vie, et il le garda avec une (idélili- in(''i)ranlable. 

A l'agc; <le soixante-trois ans, h^ régent d'une classe de grammaire 
étant venu à manquer, le P. Dagonel s'olTril à le remplacer ; et 
pendant trois années entières, il mena de front le [x'nible travail 
de l'enseignement et celui du ministère apostolique, consacrant an 
service des Ames les jours de repos et tous les moments dont il 
pouvait disposer ; et pour que sa classe n'eut rien à soulTrir de 
cette multiplicité d'occupations, il enq)ortait avec lui dans ses cour- 
ses évangéliques les devoirs dr. ses ('coliers et les corrigeait en 



VH DÉCEMBRE. — P. PIERRE DAGONEL. 579 

allant et venant. Au retour d'une de ses excursions, s'étant fait un 
jour une grave blessure, il n'attendit pas d'être remis complète- 
ment, et soutenu par des béquilles, il reprit ses missions et sa 
classe. 

Cet apôtre infatigable était au collège le religieux le plus exem- 
plaire. D'une nature vive et ardente, il était parvenu, grâce à une 
vigilance continuelle, à maîtriser si bien tous ses mouvements, que 
jamais il ne lui échappa ni un geste ni une parole qui pût offen- 
ser personne. Nul n'était plus exact observateur du silence, plus 
assidu îi s'accuser de ses fautes au réfectoire, plus détaché de lui- 
même et plus ami de la pauvreté, plus attentif à mettre à profit 
les moindres parcelles de son temps pour le bien des âmes et la 
plus grande gloire de Dieu. C'est ainsi qu'il trouva le loisir de 
composer plusieurs opuscules remplis de piété, le Chemin du ciel, 
la Vocation religieuse^ le Miroir des riches touchant le bon usage 
des richesses pour mériter le ciel... La dernière année de sa vie, 
il parut se surpasser lui-même ; il était sans cesse dans les pri- 
sons, les hôpitaux, les casernes, les lieux où se réunissaient les 
vagabonds et les mendiants, faisait le catéchisme aux petits en- 
fants, et les jours de fête prêchait deux ou trois fois dans les 
villages voisins ; et comme si tant de fatigues ne suffisaient pas 
à son ardeur, il demanda et obtint la permission de remplir, à 
l'époque des vacances, l'office de portier. Enfin il dut s'arrêter. Il 
avait confessé et prêché toute la journée du trente novembre dans 
une paroisse éloignée ; fidèle à ses habitudes d'humilité, il voulut 
revenir à pied au collège, malgré l'état affreux des chemins. Une 
grave maladie se déclara bientôt ; le P. Dagonel la supporta avec 
une patience invincible et une joie toute céleste ; et quelques 



î)80 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

jours après, à l'heure <les premières vêpres de l'Immaculée Con- 
ception, il s'endormit paisiblement dans le Seigneur. 



Elogia de/unvt. Prov. Campan. ( Arch. Hom. ). — Abr.vm, L'Université 
de Pont-à-AIousson, édit. Cahayon, liv. 8, p. ô'il et suiv. — Sotuellls, Di- 
blioth. Script. Soc. Jesu, p. G70. — de B.vckeh, Bibliolh..., t. 1, p. 240. — 
DoM Calmet, Bihlioth. Lorraine, p. 320. 



VIII DECEMBRE 



Le huitième jour de décembre de l'an 1649, mourut de la 
main d'un apostat de la mission huronne, à l'âge d'environ trente- 
six ans, le P. Noël Ghabanel, de la Province de Toulouse, com- 
pagnon d'apostolat du P. Charles Garnier, tombé victime de la 
rage des Iroquois le jour précédent. Le P. Ghabanel avait reçu 
deux jours auparavant l'ordre de s'éloigner de ses chers sauvages, 
et sur-le-champ il s'était mis en route. Mais Dieu ne permit pas 
que sa promptitude à obéir lui fît perdre la glorieuse palme du 
martyre. Parti de France à l'âge de trente ans, il travaillait depuis 
six ans à la conversion des infidèles ; mais par une disposition 
bien extraordinaire de la Providence divine, ces six ans n'avaient 
été pour lui qu'une longue et cruelle épreuve. A peine était-il par- 
venu à savoir assez la langue huronne pour se faire seulement com- 
prendre ; de plus toute sa nature se révoltait avec une invincible 
répugnance contre la vie et les habitudes sauvages ; il avait hor- 
reur de ces huttes toujours encombrées par la fumée et par la nei- 
ge, « où tous les sens, dit le P. Ragueneau, ont chacun leur tour- 
ment de nuit et de jour. Or quand Dieu, ajoute le même Père, reti- 
re avec cela ses grâces sensibles et se cache à une personne qui 

581 



582 MKNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

lu; r(>sj)ir(^ qu'après lui ; (juand il la laisse ou proie à la tristesse 
et aux dégoûts cl aux aversions de; la nature, ce ne sont pas là 
des épreuves (jui soient à la portée d'une vertu commune, et il 
faut que l'amour de Dieu soit alors puissant dans un cœur pour 
n'y être pas étoullé ». 

Or, tel fut l'état de désolation de cette Ame vraiment apostolique 
durant des années, fit dans le même temps, le démon ne cessait 
de lui sug-g-érer plusieurs l'ois le jour, qu'en retournant on l'rance, 
il y trouverait sans peine des emplois où il pourrait travailler au 
salut des ànies avec beaucoup plus de fruit et de joie spirituelle. 
Mais bien loin de jamais dire une parole pour être déchargé de 
sa croix, le P. Gliabanel s'engagea par vœu avec une générosité 
héroïque à la porter constamment jusqu'à la mort. Voici l'acte qu'il 
rédigea et offrit à .lésus crucifié, le 20 juin 10^7, fête du très saint 
Sacrement, c'est-à-dire plus de deux ans avant sa mort : 

« Jésus-Christ, mon Sauveur, qui, par l'admirable disposition de 
votre paternelle providence, avez voulu que je fusse le coadjuteur 
des saints apôtres de cette vigne des Murons, quoique j'en sois tout 
à fait indigne, me sentant poussé du désir de servir aux intentions 
(ju'a sur moi votre Saint-Esprit, pour avancer la conversion à la 
foi des barbares de ces pays : moi, Noël ('habanel, je fais vœu, en 
présence du très saint Sacrement de votre corps et de votre sang 
précieux, (pii est le tabernacle de Dieu avec les hommes, de per- 
pétuelle stabilité en cette mission, entendant le tout selon l'inter- 
prétation de mes supérieurs et selon qu'ils voudront disposer de 
moi. .le vous conjure donc, mon Sauveur, <|u'il vous plaise de me 
recevoir pour serviteur perpétuel dans cette mission et me rendre 
digne d'un ministère si sublime ». Faut-il s'étonner après cela que 



VIII DÉCEMBRE. — P. IGNACE ARMAND. 583 

Dieu l'ail jugé digne de la gloire du martyre, et que l'un de ses 
confesseurs n'ait pas craint de dire, en le voyant partir pour sa 
dernière mission : « Je ne sais pas ce que Dieu veut taire, mais 
je vois qu'il fait un grand saint » ! 



Relations de la Nouvelle-France, Relation du P. Paul Raglenkau. . . , 
envoyée au P. Claude de Lingendes, Provincial S. J. en la Province de 
France, ann. 1650, chap. 4, « De la mort du P. Noël Chabanel ». — 
Mêmes sources que pour le P. Charles Garnier, Cf. sup. , p. 57fi. 



Le même jour de l'année 1638, mourut à Paris le P. Ignace Ar- 
mand, qui fut avec les PP. Sulfren et Coton le plus illustre per- 
sonnage de la Compagnie en France sous les règnes de Henri IV 
et de Louis XIII. Né à Gap en Dauphiné, Ignace Armand était 
venu dès l'âge de dix-sept ans frapper à la porte du noviciat. Ses 
belles qualités ne tardèrent pas à le signaler. Après avoir ensei- 
gné la philosophie et la théologie, il fut chargé du gouvernement 
des Nôtres, au milieu des circonstances les plus difficiles. Recteur 
des collèges de Tournon et de Paris, Provincial à plusieurs re- 
prises des Provinces de Paris et de Champagne, Visiteur : partout 
il se concilia non seulement l'estime, mais la plus tendre affection 
de ses inférieurs, par sa prudence, son zèle à défendre l'honneur 
et les droits de la Compagnie, et l'incomparable suavité de son 
caractère. C'est lui qui, de concert avec le P. Coton, obtint du roi 
Henri IV l'abrogation du décret d'exil porté contre nos Pères a- 
près l'attentat de .Jean Châtel. 



584 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

Ail milieu de tant de soucis et de travaux, le P. Ignace Armand 
trouvait encore le temps d'entrer en lutte avec les ministres de la 
Rélorme, et de publier des ouvrages très utiles à la gloire de Dieu 
et au salut des àmcis. Déchargé du fardeau des allair(;s, il passa 
les quatorze dernières années de sa vie dans le silence et l'obscu- 
rité de la vi(; commune, ne se souvenant des emplois qu'il avait 
exercés que pour se montrer plus humble, plus obéissant et plus 
attentif à toutes les prescriptions les plus minimes de l'observance 
religieuse. Rnfin plein de jours et de mérites, « ce grand serviteur 
de Dieu », selon une expression de sainte Chantai, s'éteignit « en 
grande estime de vertu », dans la soixante-seizième année de son 
Age et la cinquante-neuvième depuis son entrée dans la Compagnie. 



Littcr. ann. Provinc. Franc. ^ ann. 1G38 { Archw. Rom. ). — Sotlellus, 
liibliothcca... , p. 392. — Phat, La Compagnie de Jéaus en France, t. 1, 
p. ii.')? et auw. ; t. 2, p. \)'2 et suiv. , 107 et suiv. ,' 142 et auiv. , 452 et 
suiv. ; 1. 'î, p. T)?! et suw. , 713 et suà>. ; t. \, p. G3.) et suw. — de Ba- 
CKEH, Bibliothèque.. ., t. 5, p. 14. — Ckktinkau-Joi.y, Histoire de la Com- 
pagnie, t. 3, ch. 1, p. 31, 48, 124. — Mémoires de sainte Chantai. .. , 
par la Mère dk Chaugy, Paris, 1874, p. 145. 



Le même jour encore, moururent deux saints religieux de la 
Compagnie, ([ui avaient usé leurs forces dans les rudes travaux 
des missions, le P. Uhbain IIuvé à Vannes Tan 1701, et le célèbre 
F. Coadjufeur Jean-Denis Attihet à Pékin l'an 1708. 



VIII DÉCEMBRE. P. URBAIN HUVÉ. 583 

Le p. Urbain ÎIuvk avait été longtemps l'apôtre des Caraïbes, 
auxquels il annonça l'Kvangile avec des fatigues incroyables. Epui- 
sé par le climat, les fièvres, les privations de la vie sauvage, il 
dut revenir en France, presque mourant, et consacra aux retraites 
de Vannes, avec le même zèle, le peu de vie qui lui restait. Il mou- 
rut à l'âge de quarante-cinq ans, dont il avait passé vingt-neuf 
dans la Compagnie. 

Le F. Jean-Denis Attiret avait été peintre de l'empereur de 
Chine, Kien-Long. En un temps où les missionnaires européens ne 
pouvaient trouver aucun accès à la cour, il recevait presque tous 
les jours la visite de ce prince, qui le faisait peindre en sa pré- 
sence, et souvent même le faisait asseoir dans la salle du trône, 
contre toutes les règles de l'étiquette chinoise. Il essaya même de 
l'élever à la dignité de mandarin, mais l'humble religieux refusa, 
et ce refus fit le plus grand honneur à son désintéressement et à 
sa vertu, parmi les infidèles. Il était en si grande réputation, qu'à 
sa mort, l'aîné des neveux de l'empereur se rendit, au nom de son 
père, à la maison des missionnaires français, et qu'on lui fit des 
funérailles solennelles, aux frais du trésor impérial. Un travail ex- 
cessif, dont ne le dispensaient même pas les douleurs de la maladie, 
dans une cour où tout doit céder au plus léger caprice du maître, 
mit plus d'une fois ses jours en danger, et le réduisit à un état 
habituel de souffrances, que pouvait seul lui faire endurer l'amour 
de Notre-Seigneur et des âmes rachetées de son sang. Il succom- 
ba enfin, après trente années d'une vie où if n'avait pas eu un 
jour de relâche. Quelques minutes avant d'expirer, il témoigna sa 
joie de mourir en un jour si cher à tout enfant de la très sainte 
Vierge, en ajoutant ces dernières paroles : « Oh ! la belle dévo- 
A. F. — T. II. — 74. 



ySO MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

tion ! Va qu'on renseigne bien dans les noviciats de la Compa- 
gnie » ! 



P. Uiui.viN IIlvic. — C'/. Lettre circulaire du i*. ni: \.\ Ch\tei(;neh\ye, à 
la mort du P. Urbain IIui>c\ « à Vannes, ce 10 décembre 1701 » ( Arch. 
dont. ). — Elogia def'unctor. Provinc. Franc. ( Arc/m>. Rom. j. 

F. Je\n-Denis AxiniET. — Cf. Lettres e'di/'., \''^" c'dit., t. 28, préface, 
p. XXX. —Id., édit. 1781, /. 22, p. 518; /. 23, p. 315, 572, 600; /. 2^i, 
p. l'i*). — DE B\CKEn, Bibliothèque..., t. G, p. 23. — Lettre du P. Amiot, 
Cf. Journal des Savants, Juin 1771. — Biographie univers., t. 2, p. G33. — 
Nouvelle Biographie générale, t. 3, p. 550. — Hlc, Le Christianisme en 
Chine, t. 4, ch. 2, p. 99 et suiv. 



IX DECEMBRE 



Le neuvième jour de décembre de l'an 1749, mourut à Rouen 
le P. Jacques Lécuyer, âgé de soixante-huit ans, dont il avait pas- 
sé environ cinquante dans la Compagnie, Presque tout le temps 
de sa vie religieuse s'écoula dans l'humble emploi de confes- 
seur et de directeur d'une congrégation de la sainte Vierge, 
d'abord à Dieppe, puis à Rouen. Le bien qu'il opéra, la ferveur 
de ses pénitents, leur esprit de foi et leurs œuvres apostoliques, 
firent assez voir tout ce que peut un homme de Dieu dans un 
semblable ministère. La haute réputation dont il jouissait, venait 
surtout de la pureté et de l'étendue de son zèle. Jamais on ne dé- 
couvrit en lui la plus légère acception des personnes. Il parlait 
aussi volontiers de Dieu au fond d'un cachot, que devant l'audi- 
toire le plus distingué : « Toutes les âmes n'ont-elles pas été, di- 
sait-il, rachetées au prix du même sang ? Ou bien est-ce l'attrait 
d'un travail moins pénible et plus éclatant qui décidera de leur 
valeur aux yeux d'un apôtre » ? Aussi tous les pécheurs, quels 
que fussent leur rang, leur état, leur fortune, leur éducation, leur 
caractère ou leur extérieur, étaient-ils bien venus auprès du P. Lé- 
cuyer. La persuasion où il était que les congrégations sont la 

587 



'^^^ MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE I)i: 1 HANCE. 

source de biens iinmeiisos, ne lui |)(M-inettait d'en interrompre ou 
(Teii né^Jifrer les réunions sous aucun prétexte. Quand la maladie 
ne lui laissait pas la lorco de s'y rendre seul, il [)riail (juehju'un 
de I aid(M' à s y [rain(;r ; et l'on reniar<|iia, non sans admiration, 
(\no l'assembli-c (pii eut li(Mi la \(!ille de sa mort, el pour ainsi 
(]'\vv an moment de son agonie, avait (''t('' la seule à laquelle on 
ne l'eût point \ ii pic'sider. 



Lettre circulaire du P. de Mingiuval. à la mort du P. Jacques Lécuyer, 
« Rouen^ ce 12 décembre 17'i9 » [Arehiv. doni.}. 



Le même jour rappelle la i)récieuse mort du V. Scolastique Do- 
minique RoMii:r, et du F. Coadjuteur Ambroise (Ilyox. 

Le F. Dominique Romieu, jeune professeur de la Province de Lyon, 
mérita ce bel éloge, de n'avoir jamais transgressé aucune de ses 
règles, durant les dix années de sa vie religieuse. Pour assurer 
sa (id(''lité à celles dont les infractions peuvent échapper plus fa- 
cilement à la fragilité humaine, il s'était engagé par vœu à ob- 
server tout particulièrement celle qui oblige les Scolastiques à 
parler latin. Il mourut à Dole en 1708. 

* Le l'\ Ambhoise Guyon était un modèle de toutes les vertus de 
son degré. On remarquait surtout sa vigilance à ne laisser perdre 
aucun moment, et son amour tout filial pour la Compagnie. A Fépo- 
(jue où l'Université et le Parlement, profitant de l'attentat de .lean 
Chàtcl sur la personne de Henri IV, chassèrent nos Pères du royau- 



IX DÉCEMBRE. — F. AMBROISE GUYON. B89 

me, le F. Guyoïi, avec la permission des supérieurs, fit le vœu de 
porter le cilice et de ne pas le quitter un seul jour, jusqu'à ce ([ue 
cette grande tempête fût apaisée et la sentence d'exil révoquée ; et 
il demeura inviolablement fidèle à son engagement. Il mourut à Pa- 
ris en 1641, plein de jours et de mérites, dans la quatre-vingtième 
année de son âge et la cinquante-huitième depuis son entrée dans 
la Compagnie. 



F. Dominique Romieu. — Cf. Elogia defuncl. Proi>. Lugdim. { Archiv. 
Rom. ). 

F. Ambroise Guyon. — Cf. Litter. ami. Pro{>. Franc, ann. 1641 ( Ar- 
chiv. Rom. ). 



X DECEMBRE 



Le dixième jour tle décembre de l'an 1740, mourut en Syrie, à 
l'Age de soixante-deux ans, le célèbre P. Pikijrk Fromage, de la 
Province de Champagne, un des plus courageux défenseurs des 
Eglises d'Orient contre les avanies et les mauvais traitements des 
Turcs, et les calomnies des quatre patriarches schismaliques d'An- 
tioche, de ('onstantinople, de Jérusalem et de Damas ; le promoteur 
et l'oracle du concile des évêques maronites, qui rendit aux égli- 
ses du Liban tout l'éclat de leur ancienne discipline, et resserra 
si heureusement les liens de cette généreuse nation avec la chaire 
de saint Pierre ; le fondateur des congrégations et des catéchismes 
publics pour les (îrecs, les Maronites et les Arméniens d'Alep, ainsi 
(pie du monastère de la Visitation d'Antourah, destiné à élever les 
jeunes filles catholiques, et à former à la vie religieuse celles qui 
voudraient se consacrer uniquement à Dieu ; enfin le créateur de 
la littérature sacrée des Arabes, qu'il ne cessa d'enrichir, jusqu'à 
sa mort, des plus précieux trésors de la piété chrétienne, tels ([ue 
les ouvrages des PP. Rodrigue/., Dupont, Niéremberg, Bellarmin, 
Ribadeneira, Segneri, Boutauld, d'Oultreman. Parmi tant de tra- 
vaux, le P. Fromage trouvait encore le temps d'instruire les prè- 
590 



X DÉCEMBRE. — P. PIERRE FROMAGE. 591 

très maronites, de leur apprendre à prêcher, et de diriger une 
multitude d'Ames dans les voies de la perfection ; aussi le clergé, 
le peuple et les missionnaires eux-mêmes, l'appelaient-ils à l'envi 
(( le saint Père et le Père des saints », tant il était facile de recon- 
naître entre tous les disciples qu'il avait formés à la vertu. 



Lettre du P. Venturi sur la mort du P. Fromage, « Alep^ 13 de'c. 1740 » 
{ Archiv. dom. ). — Me'moires du Levant, t. 8, p. 436 et suw. — Ibid., 
Relation d'un concile national tenu chez les Maronites le 30 sept. 1736. 
Lettre du P. Fromage au P. Le Camus, Procureur des missions du Le- 
vant, p. 362 et suiv. — de B.vcker, Bibliothèque. .. , t. k, p. 246 et suiv. — 
Daniel, Vie de la Bienheureuse Marguerite-Marie, p. 437 ( note ). — De- 
visme, Histoire de la ville de Laon, t. 2, p. 331. — Biographie univers.., 
t. 16, p. 107. — Picot, Mémoires pour servir à l'hist. eccle's. du 18^ siè- 
cle, t. 4, p. 177. — Nouvelle Biographie générale, t. 18, p. 931. 



*4^* 



XI DKCKMBRK 



\jO onzionic jour de décembro de l'an lGo2, mourut en notre col- 
lège de lii rue Saint-Jacques, à Paris, le P. Denis Prtau, né à Or- 
léans, un des [)lus savants hommes de la Compagnie et du mon- 
de catholique depuis trois siècles, el le digne héritier des grands 
et saints docteurs suscités de Dieu pour l'exaltation de son nom et 
pour la délense de son l"]glise. I]n parlant ainsi, nous ne faisons 
(jue résumer les innombrables témoignages d'admiration, ((ue lui 
ont rendus les plus illustres savants de France, d']]spagne, d'Italie 
et même des nations protestantes, bien ([ue nul autre, dit le P. 
Cassani, dans ses Hommes Illustres de ht Comprtgnic, ne leur ait 
lait plus de mal que lîellarmin et le P. Pelau. Mais e<' (piil v eut 
de plus admirable dans la science de ce grand homme, c'est qu'elle 
lut tout entière le i'ruit de son amour pour la sainte Kglise, et de 
sa loi, si vive et si agissante, <pi'il disait malgré son extrême mo- 
destie : « Je crois avoir été, par la bonté divine, conllmn'' en cette 
vertu ». De là, ce zèle ([ui ne pouvait soull'rii" ([ue les ennemis de 
l'Église prissent sur (die aucun avantage, uième dans \oh lettres 
humaines, et qui le poussait irrésistiblement à s'ai)pli([uer tour à 
tour aux études les plus diverses, aux langues anciennes ot à la 
592 



XI DÉCEMBRE. — P. DENIS PETAU. 59f) 

théologie, aux mathématiques, à la chronologie et; à l'histoire, avec 
une si prodigieuse ardeur, non seulement pour confondre l'héi'ésie, 
mais même pour l'empôcher de prévaloii- en quelque genre que ce 
tût: h' triomphe de ri']glise était sa vie. 

Sa réputation était devenue si grande, qu'à l'env^ les rois dv 
l^rance et d'Espagne et les souverains jiontifes se disputèrent l'hon- 
neui' de ie garder ou de Tattirt^r dans leurs états, et l'on raconte 
que le roi de Pologne ayant ensoyé à Paris des ambassadeurs au 
roi de France, un de leurs j>remicrs soins fut de courir au collège 
des Jésuites de la rue Saint-Jacques, et de demander ie P. Petau, 
l'épétant ensemble à plusieurs reprises, à leur entrée dans la cour 
des classes: Voliimus sidère clarissimuni Petavium ! tant on avait 
conçu pour lui, jusqu'aux extrémités de l'I^Airope, d'estime cl tl'ad'ec- 
tueuse admiration. Cependant, malgré les témoignages d'honneur 
qu'il recevait ainsi de toute part, il ])ut avouer à son supérieur, 
peu de temps avant sa morl. que comme N. B. j*. S. Ignace, 
il ne comprenait même pas comment il aurait pu être tenté 
<lu plus légei- mouvement de vanité : « Je me sens, grâce à Dieu, 
ajoutait-il, tout disposé à sacrifier toute ma science, plutôt que de 
manquer par jna faute à la plus minime partie (Pun examen de rè- 
gle ou d'une oraison ». Il trouvait le temps, au milieu de toutes ses 
occupations, de passer chaque jour des lieures entières au pied d'un 
autel de la très sainte Vierge, ou en présence du très saint Sacre- 
ment. 

Pour soutenir le poids d'une vie si laborieuse, la santé la plus 
robuste eût été, ce semble, à peine suffisante ; et cependant le P. 
Petau était habituellement en proie aux plus douloureuses infirmi- 
tés. Contraint de s'expliquer sur ce sujet, lorsqu'il fut sollicité au 
A. V. — T. II. — 7o. 



'jO^i mhnologl: s. j. — assistAiNCt dh franci:. 

iir))ii (le IMiili|)|){' I\' (ic se iciidi'c ;i Miidiid : " l)('j)uis Niiif^l ans, 
('•fi'ivail-il au i*. Miiliiis \il('llesclM, mon ('-lai coiitimirl de Faiblesse 
nie |)('i'ni('l a |)ciii(' de parlci' |)('iidaiit une dciiii-licun' de siiiu- : les 
(loiilciiis de la piciic cl de ri(''(|ii('ntos colicjiu's ii('j»lir('-li<(iM'?^ inc 
cansciil de si crncllfs lorluros, (|ir('ll('s me rciidciil parfois l:i 
\\c iiiloK'rahic. cl me loicciil d en iiiij)l()r('r de Dieu, coiiiiiif une 
f^ràcc. le; k'i'iiic ixocliaiii. Il m Csl ('o-aJomciil iiiij)f)ssil)lc de su|)[)or- 
Icr. nirmc un inoaicnl, le inou\ cnicnl d un (■li(\al et d une \oitui"»'; 
cl une course à pied lani soil peu prolouf^-c'-e ramène à I inslan! 
des aeeès de liè^|•e (pii ne mOnf |)as (piilU' un seul jour dnianl 
d(Mix ans ». Or celui (pii laisail à son supc'-i'icui- un lahleau si el- 
IVa\anl. mais encore iiic()m|)lcl de ses sonllrances ordinaii'o. (-lait 
ccpendanl si dui' à lni-ni(Mnc, «pu- sc^ inorlilicalions send)laie!ïl d»'- 
passer loiile mesui'c ; d lalliil plus dune lois cmploxcr le se- 
«•onrs de la nu''decine cl de la cliirur^ic poui' cicaliiscr les plaies 
san<^lanles (pie ses mslriimenls i\r p(''nilence axaicnl ouvertes sur 
son c()r|)s. 

Dieu condiiisail ainsi son ser\ileur. par la rude voie de I ('•Inde 
cl de la croix, à la plus suMime perfection. In jour cpie, r<''- 
diiii à la plus exlrème agonie, il l't'pi'lail ces pai'oles de David 
« Ciniiiii<lc<lt'riiii! me dolorcs mort i s. les donieurs de la mort m ont 
environiu'' », cl suppliait IciKlreineiil Noire-Seigneur de lui at'<'oriler 
f[uelc]iies mouKMils dr rclàclie, il recul miraculeiisenieni celle di- 
\ine i'(''ponse : « '/// coi^^ihis de tue iil //o/iio \ Ki;o coi'ifo de le ul 
Dciis ! Tes pens(;es par ra|)|)oii à moi sont les pensées <le I liomnie ; 
cl les miennes par raj)[)orl à loi sont les pensées d un Dieu» ! 



XI DÉCEMBRE. — 1'. MICHEL PEHNET. o95 

Elogia (lef'unetor. P ravine. Franc. ( Arc/iiv. Nom. J. — Lit te/-, annase 
Sociel. Jesu., anno IG52, />. 111. — Lettre circulaire du P. Piiilii'i>k Gii.uiu, 
à la mort du P. Denis Petau, a à Paris ce 12" de'c. \^^î^^ » { Archiv. 
dont. ). — RvHKVHKïE, Scriptor. Provinc. Franc., p. 'i8. — Sotukllus, Bi- 
bliotheca . . . , p. 178. — l)ni:\vrt, Fasti Societ. Jesu, 11" dec, p. 48G. — Pa- 
TuiGNAM, Menolog... , Il dice/nù.^ p. V)4. — C\ss.visi, Varoncs ilusfres, 
t. '1, p. 417-423. — Cahayo.n, Bibliographie liistor. de la Compagnie.... 
«0 2373, p. 323. — Labbe, De Scriplorib. eccL, t. 1, p. 74, 80, 103, 108.— 
BiKEu, Apparatus eruditionis^ part. 8a, p. G38. — de Backeb, Bibliot/iè- 
que..., t. 1, p. 549 et suiv. — Felleh, Dictionnaire fiistor., t. 4,/;. 704. — 
Vital Chatellain, Ze P. Denis Petau, d'Orléans, Paris 1884, in-H". M. 
VAbbé Vital Chatellain a rassemble au chapit. vingt-neuvième de son ou- 
vrage, p. .503, « (juelcjues appréciations générales sur le P. Petau n , et au 
chapit. trentième et dernier., p. 524, il donne la traduction de loraison 
funèbre du même Père par Henri de Valois. — Biographie uinvers. et 
Nouvelle Biogr. générale, article Petau. — Bibliograph. critica, t. 2, p. 195. 



Le onzième jour Je décembre de l'an 1758, à l^u Mèche, « mou- 
rut en saint comme il avait vécu en saint », suivant l'expression 
de son supérieur, le P. Michel Pernet, âgé de quatre-vingt-sept 
ans, dont il avait passé soixante-dix dans la Compagnie. Le P. 
Pernet fut véritablement un homme de douleur, attaché p; ! :il 
plus d'un demi-siècle à la croix de Jésus-Christ, pour être aux yeux 
de tous SCS frères un modèle vivant de patience. « Après ses étu- 
des de Ihéologie, il avait obtenu la permission de se consacrer 
aux missions étrangères ; mais pris par les Anglais pendant qu'il 
se rendait en Chine, et conduit en Angleterre, il contracta pendant 
le voyage un mal dont il ne devait jamais guérir «, et qui lui fer- 
ma pour toujours la carrière de l'apostolat. De retour en l'rance, 



!J9() 



MKNOLOGF S. .1. — ASSISTANCK DK TRANCE 



il lie |)(iisa (l'abord (|u'aii\ moyens do so roiidrc iifiic (laii-> la njc- 
siiic (\c ses forces; mais hiciih')! son mal ^l'andissanl . il dut se 
sépaii M (U- la s()(;iét('' de ses IVères, et pour comble d iMlortune, il 
lui rc'duil à uik; eéeih: compicle. 

(j'ost alors <|ue [)arul dans Ion! son ('elal. son admiiablc patien- 
ce. '(Jamais on ne Tentendil se plaindre; il élait toujours content, 
paicc (piCu loul il envisa^-eail la Nohjulé de Dieu " ; oublié ou 
mal sei\i. il n'en témoi^-nail nul scnlimenl. IJdin (''j)ur('- par lanl 
de soullVances, et api'ès une lente mais douce agonie de (jualre 
jours, (|ui lui laissa j)res(jue jusipi'îui dernier monu'nt son entière 
connaissanee pour multiplier les act(^s les j)lus jiail'ails de charité, 
le P. Pcrnet remit en j)aix son ;uue enli'e les mains de Dieu. 



/.<■///■(■ circulaire du 1*. Li.vwASSKrn, - ù La t'icchc. oc II' de'ccmb. 
1758 » / Arc/iiv. doin. I. 



XJl DECEMBRE 



L<3 douzième jour de décembre de l'an 1685, mourut, le premier 
jour de sa trente-sixième année, dans la résidence de Québec, le 
P. [Ienri Gassoï, dont le supérieur, le P. Beschefer, annonçait la 
perte en ces ternies : « Depuis quarante ans que je suis dans la 
Compagnie, je n'ai jamais vu mourir personne chez nous qui fui 
plus estimé et regretté ; quelques-uns mêmes de nos Pères disent 
qu'ils ne croient pas que depuis longtemps il soit mort dans ton- 
te la Compagnie un homme d'une sainteté plus éminente ». Aussi 
s'était-on partagé sur-le-champ ses moindres reliques, comme 
celle d'un protecteur bien grand et bien puissant près du trône 
de Dieu. Et cependant la Nouvelle-France comptait alors même 
des hommes de Dieu tels que les PP. Joseph-Marie Ghaumonot, 
Jean et Jacques de Lamberville, Etienne de Carheil, Frémin, Al- 
louez et d'autres non moins élevés en perfection. 

Prévenu de Dieu dès l'enfance par des grâces extraordinaires, 
et dans l'ordre naturel doué des plus heureuses qualités, le P. 
Gassot s'était engagé par un acte formel, presque dès les débuts 

597 



•)Î)K MIlNOLOGli S. .). — ASSlSTAXCi: l)i: 1 ItANCi:. 

(le sa \i(' iclio-ieiis»', ;i ne jainais (•li(M'(3lior dans aiicimc aclioii la 
iiioiimIi (' satislacl loii do l'cspril ou <lii coiii^, cl ii ne dciliaiulci' 
daiilic iiiis-^ioii <|ii(; ccAlc oii il poiiirail vivre pins iiicoinni, jjoiir 
iiiiciix imilcr XoIrc-Scio-neiir. Mais en (h'-pit de ses saiiiK désirs, 
on rannoiicail au (laiiada, dès a\'aiil -^oii <I«-|)ar( (\o l'i'ancc, coiiiine 
un lioninic (|ui poilail en lui le cdMir d un UDUVt'au Xavici". Il 
sufïisail de le \<)ir cl (\{' ICnlcndrc pour sculir <pu' I (^n coiivci'sait 
ol (pn* Ton \i\ail a\'cc un sainl. Ou wc pcnl iina^-iucr ncu de plus 
loucliaul, de plus lilial cl ilc plus siuij)k', <[\\c la uianieic donl il 
Irailail avec Dieu en loutc iciiconli'e, dans ses aiidilc's, dans ses 
iuij)uissaiices, dans le s()uV(Miir et l'onVaiKle de ses p(''('lu''s à la houle 
<li\ine, comme il lui scMublail (pic Dieu voulait (|n"il seii souvînt 
el (pTil les oH'iil. i']n altcudani (piil sut assez la lan<^ue des liihus 
saiivag'cs pour se joiiuli'c aux missionnaires (pii poiiaient au loin 
la bonne nou\-ellc, il se dépeiisail au service des I raiuai>> de la 
colonie et des indii^ènes (h'-jà cliréliens (établis dans leur voisinage. 
Les malades el les moribonds élaient surloul I objet de son zèle ; 
il pas>^ail auprès d'eux les jours et les nuits, sans nid souci tic 
la l'atiguo ; et « son assitluilc', ajoute le 1*. In'sclict'er, lui avait 
lellenu'ul ^aciK' rafl'ection de tout le monde, (pi'on ne pouvait, 
sans être \iN-emenl louelu', entendre après sa nioil les gémisse- 
ments i\o nos paii\res l'raueais, cpii di-^aii'ut les laiines aux veux 
([n'ils a^■aienl perdu en lui le pèi'c des jnaladcs ». 

Le jour de la IcMe de sainl l'raneois-XaN ler, le I*. ('■as-.>()l \-enail 
de passer de très longues Iumii'cs aux pieds du saint Sacrement, 
lorsque saisi par les ligtuMii-s d'un l'roid l'xcessif, il sentit ((ue 
Noirc-Seigneur I a])pelail à lui, el a|)rès huit jours de souflVanccs 
suj)porté(>s iwcc une admirable patience, il scndormil dans \o 



Xn DÉCEMBRE. P. HENRI GASSOT. 599 

baiser <lii Seigneur, aussitôt après avoir reçu le sainl viatique et 

le sacrement des mourants, au moment même où le jnôtre 
lormintiil la dernière onction. 



Lettre cirrulaire du P. TiiiKRnv Bksciil:!'!:!!. à la mort du l\ Henri (ias- 
sot, « à Que'ôec, ce 13'-'"'" décembre IGS,") ( copie, Archiv. dom.. L'autogra- 
phe de celle lettre se consei-vc au monastère des Carmélites de Bourges j. 



XIII I)i:(:i:mbhj: 



\a' lr('i/i('Mio jour de <l('ecnil)i'(', Ijin ISO'*, rnoiiiut en Aii^lctcn-c 
iiu «^liMlcaii (le Lullworlli, a))i"c.s avoii' iiieiu'! coiislaninuMit dans I i\il, 
jusqu'à sou •Iciuior souj)ir, la \ i(î d'un \iai (ils d(.' saint Ignace, 
le |>i(Mi\ ot .savant directeur d'un i^iand nombre d'ànies, surtout 
|)ar Tapostolal de la j)lume, le 1'. .Ii.a.n-Nicolas (Iroi , u«'' dans 
l'ancien diocèse de l>ovdogno-sni'-M(M\ cl cnln'- dans la l'roNincc de 
Irancc en 17''j('), à l'agH! de (juinzc ans. (le (juc nous savons de 
SCS picniicres études et de ses \<>rhis scniMc nous ollVir le mo- 
dèle accompli de c<î (|ni' poiixail rire [\\\ jjarlail t'-ludianl de la 
(lompa^iiir, |>rrl à loul cl poni* lonlcs les <Mrconslanccs df la vie. 
Ses iravanx lillciaires j)ronu'llai<Mil à I I\glise nu savanl l'I nu 
Immanislc <le premiei' ordre. Pai'IanI d»> ses j)ul)licalions, le Ira- 
<lucl(MU" des œuvres de Platon, \ icloi- (ionsin, >i |)t'u ('-(inilaMc 
d'aill<Mirs envers la ('onipagiiic de .l(''sns, se \il force'' dr dcularcr 
(pi il n a\ail cm pouNoii- niicnx laii'c (pic (rcnipinmlcr, j)()ui' (pud- 
(ju(>s-nns des jdns imporla.nts dialogues du (li^ci))lc i\{' Socratc. 
la Iradndion A\\ jeune .lesnile, «^ bien supt'iitMirc, ajoule-l-il, à sa 
répntaliou », ipioiepie (l("'s lors ecpendanl les lit lel'alenis cl les 
philologues en eussent |)r()clanic à Tciin i la lid('-litt'' cl l\'l(''g-ance. 
(iOO 



XIII DKCK.MHKK, P. JKA N-M(,01.AS GROU. (iOI 

Après son élévation au sacerdoce, cl snrioul an soitii- d une re- 
traite (jn'il appelait liuinbI(Mnent l'('>poffue de sa conversion <^r tle 
son nnion plus intime avec; iNotre-Seigneur , le l*. (iron parni 
avoii* reçu dans un liani di^gré, n\oc le don dinu; vie tout en 
Dien, celui de diri«^er parlicnliorennnil les âmes f[iii ;»spir(Mil à 
une i>'rande perfection. Le livre de ses Mn.vimes sp/r/Ji/r/Jcs^ ses 
Méditations sur Vainoii}- do Dioii^ ses o))nscnles sni* la Scicucr pra- 
tif/uc du ('j'uc/fir, sur \ liitcilciir de Jrsi/s et de Marie ^ sur V Orai- 
son dominicale., sur le Don de soi.-nièin.e <) Dieu, resjjirent l'onction 
d'une ame où !<' Saint-I>spi"il lèo-iio sans r('>serve, la doc^trine la 
plus élevée et la plus pnr(\ Il (Hail Ini-mènK^ tellement uni de coun' 
avec la volonté i\e Dieu, (pi'eii ap|nenant la p(U'te d'un de ses 
ouvrages, IVnit de (juatorze années de Itavaux, et (|ue la fra>enr 
de {(uelques amis, exposés ou à la prison ou à l'échafaud, leur 
avait fait ii>'i'er aux llammes, il si; contenta de l'épondre : ce Si Dieu 
avait voulu lirer sa gloire de cet oriv)'ag-e, il aurait bien su le 
conserver «! 

Pendant les trente ainnies <ju'il suivi'cnl à la destruction de la 
Compagnie par Clément XIV, le l*. Grou ne cessa jamais d'obser- 
ver encore toutes ses règ-les, avec; une lidélité inviolable, gardani 
jusqu'aux moindres usag-es et aux heures même de ses diflérents 
exercices ; il pratiqua jusqu'à la mort un<.' pauvreté absolue, ne 
voulant rien avoir à sa disposition, mais seng'ageant plutôt à 
demander, et demandant en effet chaque fois avec simplicité et 
humilité au généreux et noble; bienfaiteui" cpii lui donnait asile, le 
peu qu'il croyait être nécessaire à sa subsistance et à ses travaux, 
à titre d'aumône et au iu>m de Jésus-Christ. 

Les souffrances du cor[)S et de Lame ne lui manquèreni pas. 

A. V. T. II. — 70. 



iMVH MÉNOLOGi: s. j. — assistancl: di: trance. 

IjCs coups |)()ii('s à la doiuijag-nic (îl à 1 l^^lisc, la jxoscriplioii cl 
la iiiisèrc, les (Uîsolalions intérieures dont Dieu se sert pouf |)uri- 
licr SCS saiuls, lui l'iaicul 1)H'u plus sensibles (pu' Ic^ «loulcuis du 
corps, la paral^^sic, des (Houllcuu'uls conliuu(ds, cl une liNdropisjc 
(pu nuil cl jour le loreail de demeurer assis, iiuuiohilc, <■! coinuu- 
cloué sui' un laulcuil pai- la \ iolencc du uud. Mais la cioix laisail 
sou lK)nlieur ; la soullrance semhlail donner uu uouncI ('clal à la 
sérénilc de son visage. Apres dix mois cnlieis de celle cruelle 
position, (pu ue ICuipècliail pas (rcxcrccr encore le uiinislère a- 
postoli(pu' de la dirccliou des ;\iues, il rendit le deiuier souj)ir. 
en seri'anl avec amour sou crucilix. et en s'écriaul ; < mon Dieu, 
(lu'il esl doux de uK)urir cuire \os hras » ! 



Notice AJs. sur le P. (iion i Arc/iiw (loin. '. — (". «lHuks. S. ./. . Xtttice 
sur l(t iu'c et les oin'rnges du P. Jeuu-Xicolas (hou. S. ,/., /^a/is 1802. 
m-8". — .1. NoLHY, S. J., Le /iv/c du Jeune /loninie. Ara/it-p/o/fos, Paris 
1874. — (>\iiM.i-i;iu). Bihliot/i. Scriplur. Soc. Jcsu. Suj)j)lem. 2'"". />. \\. — 

nie BvcKK», Bibliot/i('(/ue /. \\. p. .'î'iO. — Fkli.kh, Dictionn. Iiistor.. t. 3, 

/;. 404. — L'Ami (le la lieligion, t. 31, p. 65 et suii'. — liiograpli. univers., 
t. GO. /;. l(')5. — Nouvelle Biogr. ge'ne'r.. t. 11. p. '218. — (Ioisin, Les 
Jjois. Cf. Etudes religieuses, art. du V. m. I^onmot. décembre 1888 et 
janvier 188'.). 



XIV DECEMBRE 



Le quatorzième jour de déceiubre de l'an 174G, mourut saintement 
à Paris le P. Bernard de Cauwet, l'un des derniers de ces hommes 
de Dieu dont la direction spirituelle fit de la cour de Versailles 
et de la famille royale, au temps de Louis XV, l'asile des plus pu- 
res vertus. Sa connaissance intime de tous les secrets de la vie 
intérieure selon l'esprit de saint Ignace, lui avait fait confier de 
bonne heure le soin des novices. L'amour qu'il leur inspirait pour 
la personne adorable du Sauveur, leur émulation à mettre en pra- 
tique toutes les inspirations de la grâce, à s'humilier et à se 
vaincre sans réserve d'eux-mêmes, annonçaient dès lors en lui le 
digne héritier des PP. Saint-Jure et Lallemant, lorsc[u'il se vit 
tout à coup enlevé à sa chère et douce solitude, et nomuT^ par 
le roi confesseur de l'Infante Marie-Thérèse, première femme tlu 
Dauphin. Cette pieuse princesse fit sous la conduite du P. de Cauwet 
de rapides progrès dans la sainteté, et devint le modèle de ses 
belles-sœurs. Bientôt même, elle conçut tant d'estime pour son saint 
directeur, qu'elle inspira au jeune Dauphin son époux, à Mesda- 
mes de France, à la reine Marie Leczinska, le désir de régler 
aussi leur conduite sur les mêmes conseils. 

G03 



()()^l MÉNOLOGK S. I. ASSISTANCK DK KKANCK. 

lN)iir le I*. (le (laiiwcl. loiil son boiiliciir. <l;iri> son ininislcrc. 
(loni il nr snppoi'tail le poids cl I criai (|mc |ioni' lanionr <lc Dieu, 
élail (le passer elia<|Me jonr de longues lienres an pnd dn sainl 
SacrPinent ; Ion disail de Ini ([n il \ avait lixi' sa denn-ni'e. ponr 
tons les nn)ntenls (jin! Ini laissanMil libres l(;s devons de I oluns- 
saïu'c, <le la cliarile, el K's inlérèls de la |)ln-^ «^lainle yloire dtî 
i\<)li'e-S(3ig-nenf. 



Lettre iiriiddirc du I'. ■\y.\s \.\\\\ n. n la iiiorl du I' lUruari' di. ( <iU\\el, 
« // Paris, I.") dricnihrr IT'iC» " / Arr/i. doin. l. 



Le mémo jour, i an I7')7, le I*. (ii ii.i.aimi: Li: I'i.a.nqiois, siipé- 
jMcnr de la i'c'si(l(3nce de lîrost, mournl dans celle ville au service 
des pestil'éi'és. (lomme on le pressait de se nuMui^er nn peu. sur- 
lonl à cause de son inllncnee |)onr le bien cl des services cju il 
p(^n\ail l'cndi'c encore: « Jamais, i-(''[)ondil-il, nn .lesnile n aura 
une plus l)(dl(^ occasion «le mourir > : et après don/e jours d un 
travail inlalig-ablt?, il eonli'acla le bMrible mal, el donna jovense- 
menl sa vie poni' les membres sonIVrauls de .lésus-(!lirisl . 



fjfff/r (irruluiri- du P. .Joiau.Kr, u lu mort du I*. Gialiaufur Le Pluri- 
f/uoi'.s, « ù lirrst. ce 18 dr'ccinhrc I7.")7 \rr/i. doit}. \. 



XV DECEMBRE 



Le quinzième jour de décembre de l'an 1782, mourut à Bourges 
le P. Guillaumb-François Berthieu, non moins illustre par ses 
vertus et sa science des voies de Dieu, que par son incontestable 
supériorité dans les lettres, la p!iiloso|)hie, F histoire, l'érudition 
sacrée et j>rofane, par sa profonde connaissance de la plupart des 
langues anciennes et, moflernes, et par ses vaillants combats en 
faveur de la Compag-nic, de l'Eg-lise et de la foi. A peine était-il 
sorti du noviciat que, de concert avec nu autre jeune religieux du 
collège de Blois, et du consentement de ses supérieurs, il com- 
mença, dès Tage de vingi ans, ces études littéraires dont il devait 
retirer tant de fruit. « 11 régnait entre eux, dit le P. Querbœuf, 
une noble et paisible émulation. C'était à qui entendrait, expli- 
querait et retiendrait le mieux ce que Rome et Athènes nous ont 
laissé de grands modèles dans la poésie, l'éloquence et l'histoire. 
On ne se contentait pas d'une lecture superficielle ; tout était ob- 
servé, développé, digéré en quelque sorte dans de longues médi- 
tations et dans de savantes conférences. C'est ainsi, ajonte-t-il, 
que se forma le P. Berthier ». 

Après sa théologie et quelques années d'enseignement, on le 

60S 



OOr» MÉNOI.OGK S. J. — ASSISTANCE l))' IRANCIÎ. 

mil ;i l;i Iric <lii loiiiiuil de Tvvvoux^ (|Mi, depuis |;i moit de ses 
principaux roiulatoiii's, avail iiiallicurciiscmciil |)('j(lii beaucoup de 
sa valciM" et {\o. son ancienne icj)u!ation. Le nouveau <lirect(Mir lui 
l'cndil l)ientôt son pi-eniier ("clal ; et l'on pul sur-le-el»ani|) s'en 
apcrccvoii', non seulenieni aux l('nioi«"naf»fes «restinu- (piil recul d(î 
tont(^ l'Kurojie, niais encore cl smioul au i ('(l()ui)lenîenf de rnrcîur 
des coryj)lH''es de la pliilosopliie. Mais ui les l'acélies huilesqucs 
de N'oltaire sur " la confession, la nioiL el I apparition du lière 
fîerlliiei' », ni les libcdlcs Inrieux publiés contre lui par les d "Alein- 
l)ert, les Dideiol et leurs innond)rahIes partisans, n(^ parvinrent 
à lui imposer siliMice, et ces liers ennemis en vinrent à lui faire se- 
crètement proj)oser une trêve, s'il (consentait à cesser ses attaques 
conircî ri"]ncyclopédic. Il leur fit r(''j)on(lre f[ne de son cote' il était 
prêt à accepter la |)aix, mais à la eonditi<ni (pn> .l(''sns-(llirist et 
sa doctrine soraicmt désormais respectés. l']t ricMi ne put triom])her 
de sa résistance, ius([u\ni jour où la r,ompa<>nie fut détruite par le 
parlement. Il ne songea plus alors (pi'à passer le reste de sa vie 
dans la prière et la pénitence ; il était même r(''solu à s'ensevelir 
«lans une maison de la Trappe, si la divine volonté, manifestée par 
l'org-ane de ses supérieurs, ne s'y était clairemenl opposée. 

.'\ la deman<le du l)auj)liin, en ([ui les espérances d(> I Mglise et 
les terreurs des philosophes semblaient a])erccvoir un nouv(>au saint 
Louis, mais (pi'une mort prc-niaturéc enleva à la l'rance, le P. 
nerlhier dut prcMidre pari à r('Mlucafion de Louis X\ I : et les let- 
tres i\\\ i\\\v de la Naugnyon, cjuand il lui (d)ligé d'allci' (M1 exil, 
montrent avec <''(dat l'estime (^l l'affection cpie toute la f'amilb" ro- 
yale axait consiMvc'c j)()ui' ses services, (m» fut alors cpi il »'omposa 
ses on\rages asc(''ti(|ues, " un des plus Ixmux prc'stMits, dit le 



XV DÉCEMBRK. — P. GUILLAUME-FRANÇOIS BERTHIER. 607 

comte de Maistre, que le talent ait fait à la piété. Lisez, ajoute- 
t-il, les œuvres spirituelles de ce docte el saint personnag-e ; et je 
suis bien sur que vous nie remercierez de vous les avoir fait con- 
naître ». C'est là, et surtout dans l'étude des Prophètes, de saint 
Paul, de saint Jean de la Croix, et dans l'exercice continuel de la 
prière, c[u il apprenait de plus en plus el enseignait aux autres à 
se réjouir dans la souffrance, la regardant comme « le lien précieux 
([ui nous unit à Jésus-Christ ». Dans ses derniers moments, comme 
un de ses plus fidèles amis lui témoig-nait doucement quelque ap- 
préhension que ses entretiens sans relâche avec Notre-Seig-neur 
ne le fatiguassent à l'excès: «Oh! non, ne craig-nez rien de sembla- 
ble, répondit-il ; l'oraison est la vie du prêtre, et surtout du prêtre 
mourant » ! 



C.vBALLKuo, Bibliotli. ScHptor . Societ. Jesii, Supplem. t"'", p. 9.). — ue 
Backek, Bibliothèque...^ t. 3, p. 152. — Les Psaumes traduits eu fran- 
çais par le P. Berthier. .., avec une préface du P. QuEKBŒur, Paris, 
1785. — MoxTJOYE, Eloge historique du P. Berthier..., Paris 1817. — Fel- 
LEK, Dictionn. historiq., t. l, p. 468. — de Mvistre, Soirées de Saint-Pé- 
tersbourg, 3" entretien. — Biographie univers., t. 4, p. 354. — Nouvelle 
Biogr. génér.., t. 5, p. 707. 



wi Di; ci: .M II ru-: 



* \j(' s('i/i('iiu! jour <\v (l<''('omi)r(.' de rai)ri(''<! hK)-}. iiionnil ;i Dole 
le l. Scolasti((ii(' Jacih Fs Niccjd. \\c h l'oiiliiiiici . l'ciidanl son 
iiovicial, le l\ Nicod nyu\\ (loniic rcxciiipic des plii-^ belles \-ertiis 
ii\ siifloiil (lu |)liis lendi'e allaeliemeiit a la < !()in|)ai>iiie. Mais axant 
<l(^ prononcer ses \(en\, il lui ->()uniis à une <'j)reuvf leriMMe. I ne 
lunienr d abord à peine s(Mtsd)le entre les cpaidcs se rlc'veloppa 
rapidenu'ul el d(''jL>én<''ra en un»* dillorniilc (pu menaçait d'("'lre pour 
lui une cause d exclusion. L(; 1". Nieod, nniipicnicnl jaloux de '^ixv- 
i\ci le liM'sor de sa voealion, s'orTril aux ]dns liuinhles eniplois 
des l'')'cr(»s ('oa<ljul(Mirs, aux missions les plus laborien^-es ; les 
supérieurs ne cruicnl pas pouvoir c(''d(M' à ses mslanees. |,e p;iuNi-e 
<Mii"anl se jcla alor-- loul en larmes aux pit>ds de (-(die «pu es| la 
Mère et la Ixeine de la (loinpa<>nie ; il s enyagea j)ar \<eu à jeûner 
Ions les sanieiiis en son honiuuir, si cette diilorinih' disj)araissait, 
<:! s'il ('(ail admis au bonluMir de j>ron()iicor si>s vieux, l m* prière 
si confiante fui e\aue(''e ; la lumcnr s'(''\anouil d elIc-uK-'uie eoniiiie 
par miracle. 

ncNcnn pour loiile sa \ i(^ reidanl dt' saini Ignace, le I'. \ieod 
ne pens.t plus (pi à reconnailrc um' l'aNcnr bi exlraordinaii'c jiar 
()08 



XVI DÉCEMBRE. - P. FRANÇOIS VAVASSEUR. ()0!) 

\m ledouJjlement cIp zèle; dans l'oliftervatioii de toutes les règles de 
son de£>Té. Professeur et étudiant, il était, dit son éloge, une vi- 
vante inuige de saint Louis de Gon/ague. Atteint bientôt du mal 
<iui devait l'emporter, il laissait éolater sa joie ; et au souvenir des 
périls qu'il avait eourus autrefois, des larmes de reconnaissance 
s'échappaient de ses yeux, et il ne cessait de répéter dans des 
transports d'anionr : « bon Jésns, je vais donc mourir dans vo- 
tre Compagnie » ! 

Florin (le/uncL Proi'. Lugdifn. i Arc/iiv. Boni. ]. 



Le même jour de l'an IGtSi, monrut à Paris le P. François Va- 
VASSEUR, le plus brillant élève du P. Petau, et son successeur 
dans la (3haire d'Ecriture sainte au collège Louis-le-Grand, pendant 
près de trente-six ans. Santeui! et Hapin, Commire et Jouvaiu^y le 
regardaient comme leur maître ; v\ les plus habiles critiques de 
son temps, même parmi les étrangers et les hérétiques, n'ont })as 
craint d'aflirmer que pas un seul des écrivains latins depuis la 
Renaissance ne devait être préféré au P. Vavasseur, pour la pureté, 
l'<?légance, la délicatesse de sou style, et ne leur semblait, disaient- 
ils, s'être plus approché de la perfection de Virgile et de Cicéron. 
Mais ses opuscides Jittéraii'cs n'étaient y)our lui qu'une sorte de 
délassement au milieu d<; l'étude plus grave des Livres saints ; et 
tandis qu'il commentait devant ses disciples les saints prophètes, 
de manière à leur adoucir les regrets d(* la mort de son cher et 
illustre maître, il écrivait, à son exemple et comme en se jouant, 
sa paraphrase en vers du livi'e de .loi) el des l^vangiles, ses vv- 
A. V. T. II. — 77. 



OIO MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCF UK KHANCF. 

|)()iis(s [)l(Mnes (le vcivc cl de scienc(î tlu''oiofi;"i((iu; contre Saiiil- 
Cyran el Janséniiis; cl ses talents, dit le I*. leaii Lucas, n'obscurcirent 
jamais par leur l'-elal s(;s veilus rclig-ieiises, <[ui le faisaient regai- 
tlei' (le tous comme un véritable el parfait enfant (l<' la C()m|)agnie. 



SoTiEi.LLb, Bibliol/icca.. .. /). 2GiJ. — \)v. liACKEit, Biùliuihcrjuc. . . /. ;i. 
p. l^.Vl. — Vav.vssouis, s. ./., opcrd oninia..., in-f", Amsterdam. MiiSi, pra'- 
jat. v~ Fklf.kh, Diclioiiii . /listor., t. 5, j>. ~\'.\. — Jouiiud des Savants, /e- 
vrier IG8;{. />. \'\. — Bio'^raphic universelle. I. '18. /;. \~ . — Xoiivellc Bio- 
graphie genér.. I. \'k p. \(Vi-ï. 



XVII DECEMBRE 



Dans la nuit du dix-sept au dix-huit décembre, l'an 1676, mourut 
à Bordeaux en très haut renom de sainteté, le P. Claude Bastide, 
l'émule du I*. Surin dans la science et dans la pratique du parlait 
abandon au bon plaisir de Dieu. C'était en effet, selon l'expression 
de son supérieur, « un homme de grande droiture de cœur » de- 
vant Dieu, dans sa manière de le chercher en tout, d'aimer vraiment 
« les croix, les humiliations, \a douceur, la simplicité, l'obéissance, 
la charité et l'exactitude en toutes choses «. Le P. Bastide admirait 
lui-même comment Dieu le tenait entre ses mains ; il avait en lui 
tant de confiance, qu'il espérait tout de sa bonté ; il alla jusqu'à 
demander qu'on ensevelît avec hii dans le tombeau un écrit signé 
de sa main, dans lequel il protestait de son complet abandon à la 
divine Providence, et conjurait ses frères de ne prier pour le repos 
de son Ame qu'autant « et comme il plairait au tout adorable et 
aimable bon plaisir de Dieu ». 

Le jour de l'Immaculée Conception, il avait accueilli dans ces 
sentiments les atteintes du mal qui allait le mettre en présence 
de Dieu pour l'éternité, après cinquante-sept ans de vie religieuse. 
La lettre de son supérieur nous le montre étendu immobile sur 

611 



1)1^ MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCK DE KKANCK. 

son lil, (liuaiil lUMil" jours ciilicrs de (loulciirs 1res aiguës, en une 
si grande; j)atiGncc, <[n à l<; voir on cnl cru ([u il ne sonflrail rien. 
Les deux derniers jours scuilenient, le P. liaslide sf)uliaita (|u On le 
laissât seul, désiianl employer ee temps en un suprême; entretien 
avec sou Sauveur, pour adorer d'avaiu-e et baiser la sentence de 
son ju<>-euieut ; malgré son épuisenuMil, il eut encore la lorcc de 
rester à g(;noux, eu adoration, environ une d(Mni-lieur<', au moment 
où lui fut apporté le saint viatiffue, el bientôt après il s endor- 
mit doucement dans le Seigneur. 



Notice Ah. vonlcniporaine {Arr/iii\ dont. IJnrdigal. \. 



->»»«»« 



XVIII DECEMBRE 



Le dix-huitième jour de décembre de l'an 1644, mourut à I^a 
Flèche le 1^. Ri^né Ayrault, angevin, dont la vocation avait excité 
en France une si violente tempête contre la Compagnie, près de 
soixante ans auparavant. Gomme saint Stanislas, il s'était enfui de 
la maison paternelle, sans autre ressource tpie sa confiance en 
Dieu, décidé à lout entreprendre et à tout souffrir pour obéir à 
la voix ih\ ciel. En vain son père l'avait poursuivi d'abord à Pa- 
ris, puis à Home, arnn'^ contre les Jésuites de France d'un arrêt 
menaçant du Parlement de Paris, et muni de lettres pressantes 
de Henri III à son ambassadeur auprès du Saint-Siège, et au car- 
dinal d'Esté, protecteur des sujets de la couronne, pour faire rendre 
le fug-itif à sa famille, par tous les moyens en leur pouvoir. Celui- 
ci, recommençant son pèlerinage et changeant de nom [lour obtenir 
plus sûrement la liberté de suivre Jésus-Christ et de porter sa 
croix, alla terminer son noviciat en Allemagne, désormais à l'abri 
des recherches d'un père qui exhala sa colère tlans son fameux 
traité de la puissance paternelle, et consentit à peine dans les der- 
niers jours de sa vie à rétracter ses malédictions. 

Ce courag-e, dans un jeune homme qui n'avait pas encore vingt 

613 



<iKl MÉNOI.OfiK S. J. — ASSISTANCi: DK rRANCi:. 

ans, |)r('|)arail <ra\aiicc' Rcix'' A\i"aiill aux ('|M(miv("^ (jiii devaient 
achever de l'oiiilier sa vei'lii. ToinlK' peu de leiiips après dans les 
mains des li<''r('li(|ucs, et rédiiil à une dure captivité, contraint à j)lu- 
si(Mirs reprises de s'exiler j)()ui' le nom de .)(''su-; <|U il axait acheté 
si chei', sa l'eiMnet»' dVinu» ^|■aiment h('M'OÏ([ue ne se (K'inentit jamais. 
Il la puisait suiloul dans la prièi'c et dans une iiu-Uranlahle r(''- 
solulion de chercher et d accomplir uni([uement en toute chose ce 
(pu* Dieu désirail de lui : cet amour de la prièi'e et cette d<'*j)en- 
danc(^ absolue de la \'olonl('' divine le taisaient comparcM" à saint 
Louis de (lonza^'ue, |)endanl (pi il a\'ail le hoidunu* d'étudier avec 
lui au r.ollèoe lîomain : et elles rureni jus(prà sa mort, dans tous 
les ministèrcis et dans l(>s plus inij)ortantes (dnirges de la ('onipa- 
^•nie, le caractère distinctit" de son ('Mnincn1<^ sainlcMt'. 



Eloi^id di'l'unrt. Prtwiiif. Franc, i Arr/iiv. Rom. ). — Sum ma n'uni K'itfe 
P . licnati Ayiault ( Arr/iiv. duin. ). 



l.e même jour, mourut à Rouen, l'an 1077, le P. Claude de Bussery, 
dou('' d'un merveilleux talent jioui" inspirer l'amour d(> la vertu aux 
jeunes écoliers de la (lompagnie. L'on a rendu {\o nos jours un 
service signalé aux ('lèves de nos collèges, (mi j)ul)liant de nou- 
veau son pieux et charmant opuscule intitulé : .Icsus en son bas 
àffc% pour .servir de modèle à la jeunesse ehrctienne. <• IMùt à Dieu, 
dit-il en commençant, <jue Ions ccmix fpn se mêlent d'instruire 
les enfants, voulussent enter Jésus-Christ dans leui- cdMir, par l'a- 
nH)ui- lendr(> cl rimitation de sa di\ ine enlaïu'c^ ' Pour moi. je ne 



XYIII DÉCEMBRE. P. FRANÇOIS GUESNIER. 015 

puis douter de la bonté do cette conduite et de la capacité des 
enfants pour la suivre, après l'expérience que j'ai eue do plusieurs, 
([ui goûtaient les choses de Dieu d'une façon tout extraordinaire ; 
et je reconnaissais l'opération du Saint-Esprit habitant dans leur 
àme, qui leur faisait goûter et dire des choses que je no pouvais 
assez admirer » ! 



Elogin defiinctor. Pi ovine. Franc. { Arc/iiv. Roin.j. — Rvbeyrète, Scrip- 
tor. Prov. Franc, p. 41. — Sotuellus, Bihliotheca... , p. 150. — de Ha- 
cker, édit. SoMMERVOGEL, in-f", t. {, col. 982. 



Le même jour encore de l'an 1734, mourut à Québec le P. Fran- 
çois-Bertin Guesnier, qui dès son entrée dans la Compagnie sem- 
blait avoir égalé jusques dans ses moindres emplois les vertus du 
glorieux apôtre saint François Régis, dont la voix publique lui don- 
nait le nom. En vingt mois seulement qu'il venait de passer dans 
la Nouvelle-France, « il a fait parmi nous, dit son supérieur, autant 
que plusieurs en vingt ans ». Il n'osait dater cependant ce qu'il 
appelait sa conversion, que de la retraite ([ui avait suivi sa pre- 
mière année de régence ; grâce aux Exercices de saint Ignace, il 
avait compris que pour la vie intérieure et le sacrifice de soi-même, 
un Jésuite ne peut se contenter de rien de médiocre. A l'entendre 
parler de Dieu, on sentait bien qu'il n'avait d'autre aspiration 
que de procurer sa plus grande gloire. Il s'était oflert d'abord au 
Père Général pour prendre part au rétablissement de la mission 
du Japon ; puis il avait demandé d'aller porter la bonne nouvelle 
aux pauvres peuples des Esquimaux. Mais les forces du corps 



(>H) .\ii:\()i,fK;K s. .1. AssisTA.Nci: dp frange. 

('laiciil loin <l (''j^aNT en lin la vij^iiciir de rrniic; et il dut \'n'\ic à 
rolx'issancc le sacrilicc; de ses «h'-sirs. Il le lil en dip^iir fils de 
sailli li^iiace. (loiniiic il ci'it vi'cii avec ('m|)ressonioiil Tordre de vi- 
\]i' dans les l'oièls, au iiidicit des sauvag'cs ; de iik'-iiic il accueillit 
a\('c joi(;, «ri airi\aiil au collège de (^)u<''bec, l'ordre? «rcn.scig^iicr la 
lli<o|o<^i(', de diriger une <-()ii«>-rt';«>al ion, cl de catéchiser ce ([u ou 
a|)|Klail la [xlilc ('cole, c't^st-à -diic une r<''uni()ii de plus de <-eiit 
petits eiiraiils (|iii appi'euaient à lire <>( à écrire, (le tut là (pie le 
I*. (liiesiiiei" a<fpiil <'U \iu^t mois de vie toujouis eliaiiceiante, 
mais loii|oiiis eoiisaciM'e a IxMiir el à laire aimer Dieu, ce renom 
de zèle des allies el de sainlet»' (|jii taisait ('crire, iieiil nioi^ après 
son d(''part |)our le (îicd : •> Il ii<; se |)asse pas encore un seul jour 
où (piel(pies-uiis de; ses enranis -^pl|•llucls ne \iciincnl jnicr ^ur 
sa lomlx' cl <(' recommander à lui -. 



f'Jloi>;in ficfunctor . Pv<n'inr. l'rdnc. i Archiv. linm. ). — Lettre einulai- 
le (lu P. m; i.\r/,o>, à In niorl iln /'. Ciuesiiier, « (iiie'hee. ot-toh. ITo.) ( co- 
nie. Arc/i/v. liom. i. 



Le iiKMiie jour ciilin nous raj)pcllc le sonxcnir des PP. .Ii:a.\ Siki.- 
i.A cl (Iasi'AI! MvMllli;, de la Proxiiice de L\(m, ^«>lldaleul•-^ de la 
mission d Aie]». <'.e fui en llt^)), à la demande du Pape l rhain \lll, 
que CCS ileu\ i><''n(''reu.\ a|)ùlres arri\crciil en Orienl. Mali^-ré- la 
protection du roi de IVaiice, « les prisons, les chaînes, les hannis- 
scnienls, la panvrett', et une persécntion j)resfpie nniverselie, f'ii- 
l'cnl, dil le P. lîesson, h's rondcmcnls de liMir mission «. ('.liasses 
a\'ec ignominie, jch'-s daii^ un vaisseau anglais. ('•j)i(''s à leur retour 
par les émissaires d un i'uricnx pcr--«''culcur cpii se \autail d avoir 



XVIIl DÉCEMBRE. P. GASPAR MAXILIER. 617 

en réserve onze mille })iastres pour leur procurer un nouvel exil, 
rien ne put les décourager. Le P. Stella, obligé de revenir en 
France pour les besoins de la mission, y mourut le dix-huit dé- 
cembre de l'an 1029, victime de sa charité au service des pestiférés 
d'Avignon. 

Le P. Manilier, demeuré seul au milieu de ses néophytes, y consu- 
ma le reste de sa vie dans des travaux et des souffrances incroya- 
blés. Il vécut plusieurs mois dans un si extrême abandon, qu'en 
se condamnant à un jeûne très rigoureux, il trouvait à peine assez 
de nourriture pour ne pas mourir de i'aim ; et quand un nouveau 
compagnon accourut à son secours, « il paraissait, disent les re- 
lations, plus semblable à une ombre qu'à un homme » . Les Francs 
mêmes, prévenus contre lui par les ennemis de la foi, lui refusaient 
toute assistance ; et il fallut toute la charité qu'il leur témoigna, 
au milieu des ravages de la peste, pour leur ouvrir les yeux sur 
les calomnies atroces dont on avait noirci ses projets et ses vertus. 
La date de la mort de ce grand serviteur de Dieu ne nous est 
pas connue ; mais nous savons que les sectateurs de Mahomet 
eux-mêmes entourèrent sa mémoire d'une pieuse vénération. 



CoHDARv, Historîa Soviet., part. (S, lih. 15, ti. 218, p. 406 seqq. — Bes- 
soN, La Syrie et la Terre Sainte, l'"" part., p. 19 et suiv. — Mémoires 
du Levant, t. 4, p. 21 et suiv. — Alegxmbe, Heroes et Victimœ charit., 
ann. 1629, cap. '2, p. 281. 



V. — T. II. — 78. 



XIX DKCK.MBIÎK 



Le (li\'-ii('iivi('iii<> jour de <l(''ccjnl)r('. deux rclig-ieiix de la (loinna- 
i^iii(; (loiiiicTciil <^(''ii(''rciis('m('iil leur \ ic an service (le> iiieiuhres 
soullVaiils (le .lésus-Cîhrist, les 1*1*. .Iacqiks di: la \ ai.mkiîe el Amoi- 
M-; Ki;sti:ai , le |)remier en Kl^JO dans I île de Saiule-Ci'oix aux 
Antilles; le second en KlcS'i à .{(''rnsaleni, au j)ic(l uiènie du (ial- 
vaire. 

\jV 1*. .1 \(:(,)ri:s dk i.a \ ai.i.ii:i!I. ('-lail du diocèse de Tour>. A|>rès 
avoir i'enonc(i de l)onne lieure à lonles les espérances (iiu- son 
nom el sa liinidle lui pronicllaienl dans le monde, il l'ut enlralut' 
par la L>('n(''rosil('' nalurelle de son caraelère Ncrs les missimis «le 
la (divanc, oii il esp(''rail trouNt'r jdus de (h'nuenu'ul. |)liis de Ira- 
vaux el moins d'i-clal. Il cnIliNiul à peine (le[)uis deux ans les 
jieupies de ces conlin'-es, l()i-s(pril a|)[)ril loul à coup tpu' l'ile de 
Sainle-droix <'lail ravagc'e- |)ai' la peste, et (piun i;raud nomhr.e 
d lial)iianls ('laienl [)iès de iuouiir sans secours. Il \ <'ourul siir-le- 
cliamj), el l'un (l(> ses prenners soins fut (['('«lever une clia|)elle en 
1 honneur de 1 Inimacnlc'c (!once|)hon ci de nu'llre lotis ses malades 
sous la i)rolecliou de la saiule \ icii^-c, iMi l'onjuranl celle di\ine 
Mère de ne pas iMi laisser mourir nu seul sans saci'emenK. il a\ail 
(ils 



XIX DÉCEMBRE. P. ANTOINE RESTEAU. (Ut) 

déjà reçu de la Reine du ciel des faveurs extraordinaires ; cette 
Ibis encore sa confiance ne l'ut pas trompée. Le P. de la Vallière 
ne se contentait pas de consoler et d'assister ces malheureux jus- 
qu'à leur dernier soupir ; il se chargeait encore de les ensevelir 
après leur mort ; puis il les prenait sui* ses épaules, les portait 
au cimetière et les enterrait de ses propres mains. L'inlection 
([u'ils répandaient, le dang-er de la contagion, la multitude même de 
ceux qui mouraient chaque jour, semblaient un nouvel attrait pour 
son zèle. Enfin le mal s'apaisa; Dieu, qui l'avait jusque-là conservé 
])Our son trou[)eau, comme par un perpétuel miracle, permit alors qu'il 
lut à son tour atteint du lléau, en assistant ses derniers malades ; 
et après quekjues jours de souflrances, ([ui furent pour lui des jours 
de joie, d'actions de grâces et d'avant-goùt de la béatitude céleste, 
il l'endit saintement son àme à Dieu, à l'âge de trente-quatre ans, 
dont il avait passé près tie quinze dans la ('ompagnie. 

* Le P. Antoine Resteau, du diocèse de Laon, avait supporté des 
fatigues incroyables pour ramenei- au giron de l'Eglise Ronmine 
les schismatiques grecs de Syrie, prêchant, catéchisant, et parce que 
la charité est plus persuasive que les discours, assistant les ma" 
lades et les moribonds dans les temps de contagion, et leur pro- 
diguant, au péril de sa vie, tous les soins de l'âme et du corps. 
Pendant qu'il entendait les confessions de quelques-uns de ces 
malheureux à .lérusalem, il fut lui-môme atteint du lléau et il ne 
tarda pas à succomber, « bien digne, lisons-nous dans son éloge, 
après avoir été crucifié et enseveli avec Jésus-Christ, de rendre le 
dernier soupir, sur la terre sacrée du Calvaire et dans le baiser 
du Sauveur Jésus ». 



r>20 MÉNOLOGi: s. r. — assistance df: frange. 

P. JxcotEs DE i.A \ .M.i.iKRE. — Cf. Hlogift cli'functor. Provinc. Franc. (Ar- 
c/iiv. Rom.). — Lilter. ann. Socict. Jesu, nn/i. IGoO, jj. 192. — Patku;.n\- 
M, Menologùf, lU dicernb.. p. \W1. — Ai.K(;\MnK, Hcroea et victinnr c/iarit., 
p. 47H. — IH-: Mo>TK/.().N, Jjfi .\fissi()n de Cdycmtv. p. 33. — Vie de la 
VÉNKRvnLK M.vuiE DE i.'Inc.\rn.\tion, p. 287. 

P. Antoine 1{estk.\l. — Cf. Lilter. ann. Prav. Campait. . ann. iG8'» 
{ Arcli. lîom.). — Ghktine\u-Joly. Histoire de la Compagnie, t. .*). th. I. 
p. 2. — Devismk. lIi.<itoire de ta ville de Laon. t. 2, /;. 373. 



Le mèinc jour de l'an l/'iX, mouiiil sainlcnicnl dans la maison 
professe do Paris, après eincpiaiite-liuil années de vie relig-ieusc el 
quarante années de prédication dans les premières chaires du lo- 
yaume, le P. Guillaume SÉciAun, dig-ne successeur de Bourdaloue, 
surtout par le caractère apostolicpu' de son éloquence, el par un 
don tellement signalé d'assister les Ames aux approches de la mort, 
qu'on le faisait appeler de toutes parts, pour avoii- le boniunir d'e.x- 
pirer entre ses bras. Il ne portail en eliaire, dit un de ses contem- 
porains, ni les grâces extérieures de la personne ou du langage qui 
préviennent l'auditoire en faveui" de l'orateur sacré, ni les accents 
d'une voix qui enchante ; mais on sentait un homme si pénétré des 
grandes vérités de la foi, (pi'il était comme impossible de ne point 
partager son émotion, (let esprit de foi dont il était plein, ne souf- 
frit jamais aucune acception de personnes ; ou plutôt il se ilédom- 
mageait de l'éclat des Avents et des Carêmes de la capitale el de 
la cour, par des missions données pres(pu' toute l'année dans de 
petites villes et souvent au f()n<l des campagnes, où toute sa ré- 
compense et son bonheur ('laieul de se voir assiégé nuit et jour 
au confessionnal [)ar de pauvies villageois. I]l lors(pie des (cuvres 



XIX Dl'îCKMBRE, P. GUILLAUME SÉGAUD. 021 

plus importantes pour la gloire de Dieu ne lui permirent plus de 
s'éloigner de Paris, il eut toujours au moins quelque auditoire ou 
quelque réunion de pauvres, qui formaient son troupeau de pré- 
dilection . 



Lettre circulaire du P. Frey, à la mort du P. Guillaume Se'gaud, « à 
Paris, ce 28 décembre il iS y) ( Arc/i. dom. ). — de BkCKEj\, Bibliot/ièçue.... 
t. i, p. 742. — Biographie univers., t. 41, p. 445. — Nouvelle Biogra- 
phie gc'ne'r., t. 43, p. 683. — Feller, Dictionn. histor., l. 5, p. 462. 



XX DKCKMlilîi: 



Lo viiigtièiiio jour do dcccinl)i(' <lc l'an ITi;*), iiuniiul au collège 
(le La Flôflu' \o P. (Iabriei.-Etie.nm: Iîaldon, '< le plus saiul religieux 
et l'Iioninic le plus ('ciairc' dans les voi(;s de Dieu (pie jaic connu 
de ma vie», écrivait de l'exlrènie orient, à celte nouvelle, le P. Louis 
Ijollières, un de ses |)lus dignes enfants. La plus grande |)artie de 
la vie du P. Baudon ne l'ut prescjuc (|u"un long eneliaînenient d(» 
soulï'rances, eoninie si Notre-Seign(nir se IVil l'ail un plaisij- de le te- 
nir avec lui eloiu' sur la croix ; une mort encore j)lus douloureu- 
se l'ornui le couronnement d'une si sainte \ie. Dieu scnd)lail ex- 
aucer ainsi le vœu que le zèle o[ llunnilitc' avaient inspiré à son 
serviteur: « Je serai troj) heureux, avait-il dit, (pu- le Seigneur m'ac- 
eepte comnx» victime, à la condition de voir ileuiii- parmi rues frères 
l'esprit (\o ferveur et d'amour [)oui' la perfection i\nr noire sainte 
Nocalion demande de nous > ! A ce sacrifice luMoupu', ;i eeiU' priè- 
re si g(''néreus(> et bien capable de faire violence au ciel, le sainf 
honiuK* joignait eneoie des conseils d'une |)iiulence cl d une chari- 
h- toute ('('leste. <( Dieu seid, dit un i]c ses sujic'rieurs, connaît à 
fond tout le l)i(Mi tpi'il a l'ail, surtout dans la charge si iuïportan- 
te de IN'-re sj)irituel aupr('s des jeunes icligieux de la (lomjiagnie; 



XX DÉCEMBRE. — P. GABRIEL BAUDON. 623 

combien il on a afîormi dans leur vocation ; combien ii en a sou- 
tenu dans les circonstances les plus critiques, combien il en a por- 
té au détaclieinent de toute chose, au recueillement, à l'amour- de 
la vie intérieure, à la plus surprenante générosité » ! 

Ce n'était pas encore assez pour son zèle, bien qu'il eût à peine 
la force de se remuer. J^es communautés religieuses de la ville, mxo 
multitude de prêtres, auxquels il donnait chaque année les Exerci- 
ces de saint Ignace, et dont il forma un grand nombre à la plus 
haute perfeclion, la congrégation des externes du collège de La 
Flèche, dont l'émulation pour les œuvres de piété, tle miséricorde» 
et d'abnégation rivalisait de ferveur avec les noviciats les plus 
exemplaires ; enfin le témoignage unanime de tous les ordres, du 
clergé, de la noblesse el du peuple, jotnî à la voix même de 
Dieu dans les miracles qui accompagnèrenl la mort de son ser- 
viteur : tout proclamait la sainteté du P. IJaudou. Durant ses ol)sè- 
(jues, ce fui {i gi'aiul'peine (jue l'on vin! à bout d(> protéger ses 
restes vénérés contre la pieuse indiscrétion dune foule innoud)ra- 
ble; et l'on nous a conservé, entre plusieurs antres, cette expres- 
si\e el naïve parole d'uiu' lemme du peiq)le, ;i l'un de ceux (pii 
gardaient le saint corps, et empècSuiIenl de inettre en pièces 
les pauvres vêtements dont on voulait faire des leliques : « Va, 
tu peux bien mourir, sans crainte ([ue nous cherchions à t'en 
faire autant! Crois-tu donc ([ue Ton a tous les jours le bonheur 
de se trouver à des funérailles de saint » ? 



Lettre circulaire du P. Lk \.vv\sseur // Lu mort du P. (Uibricl Baudoit. 
« à La Flcc/ie, ce 20<' décembre 1758 ( Arc//. do?n. ). — P. Doli.ikres. Let- 



{')'2^l Ml'îNOl.OGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

(n: inecl. à l<i /irincesse, de Chiinai/, Macao, 7 dcvemb. I7.>8 (Archiv. dom., 
(■<)]).). — Xoiwelles hJrrlésiastif/ues, (inn. \1^\). p. llô; aim. IT-'iO, p. 200. 



Le iiièiiie joui' (Uicorc, deux dignes lils de sainl Ignace, le P. Marc- 
Amoini: (xoi rJiiï.iiK.s cl le 1*. Nicolas Iîolrceois allèrent recevoir la 
récompense d'une vie consacrée font entière aux intérêts des âmes 
<;t (U; la ])lus grande gloii'cî de l)i(Hi. 

Ixî I*. Maiic-A.ntoi.nk (ioLTiUKRivS avail exerce'' duiaiil «le longues 
années les charges importantes de J*réfel du |)eiisionnal dans les 
collèges de La Tlèclie et de l*aris, et de Recteur du collège de 
Tours, lors(|u an récit des travaux et des périls «les |)reniiers ap»)- 
triîs <le la (îuyane, il se sentit embrasé d'un ai'denl désir d'aller 
j)arlagei' les niènn^s soullrances ; et jualgré son âge de cinquante- 
neul" ans, il sollicita et ohiiul, à l'oice d'instances, la grâce d être 
envo>é dans ces lointaines rc'gions. u .lus(|u"aloi"s, dirait-il, il n"a- 
vail pas eiuore commencé de servir Dieu ». Ses vœux de soullrir 
l)eau(,'ou[) pour Notre-SeigiuMii' Turent libéralement exaucés, tant il 
renconti"a de p(''rils et de cioix de toute sorte, >>urtoul pendant I in- 
vasion des colonies IVaucaises par les .Vnglais. Il mourut aux Au- 
lilKîs, en lOt)", dans la soixantième année de son âge et la (pia- 
rante-troisième depuis son entrée dans la Compagnie. 

Après des travaux semblables à ceux du P. (louthières dans les 
îles de lAméricpu", le P. Nicoi.As Bolkceois, épuisé de forces avant 
le temps, lut rappeU' eu I rance el donne'' pour preinii'r eoopéra- 
leur, (hms la dii'ection des uudsous de retraites, au \ ('uérable P. 
\ inceiit llul)\. Il \ liavailla durani (puhpu's anm-es, cl nu-rila, par 
une rai'c alliance des dons »le la natui'c et de la giàce, d'être ap- 



XX DÉCEMBRE. P. NICOLAS BOURGEOIS. 025 

pelô K un parlait ouvrier apostolique selon l'idée de saint Ignace ». 
Mais comme le poids de ses inlirmités ne lui permit pas long- 
temps de soutenir un si laborieux ministère, il fut envo^^é au collè- 
ge d'Arras, où il passa les vingt dernières années de sa vie, au 
milieu des enfants, des prisonniers et des pauvres. Il mourut sain- 
tement en IGDl, dans cet humble mais bien méritoire et bien fruc- 
tueux apostolat. 



P. Mxhc-Antoine Gouthikres. — Cf. Elogia defunctor. Provinc. Franc. 
{ Archiv. Rom. et dom. ). — Lettre circulaire du P. de la Piekue sur la 
mort du P. Gouthières ( Archiv. dom. ]. 

P. Nicolas Bourgeois, — Cf. Elogia dcfunct. Provinc. Franc. ( Arc/i. 
Rom. j. — Vie du P. Huhy, p. 209 et suiv. 



•^-ma 



F. _ T. II. — 79. 



xxi ni:(:i:MBiiK 



L(î ving-t-et-iiniôino jour do (lo'ccmhrc de l'an ITO'Î, le P Jri.iKX 
Dervillk, né dans le diocèse du Mans, à (Ihàtcau-du-Loic. mourut 
sur l'échafaud do la main du bourreau. Son ( rinic ('lail d avoir, durant 
plus d(> Ircnte ans, ])arcouru la plus grande» partie des \illag-es et 
des nionlagries de la iA)iraine, tic la Bourgogne et de la Iianelie- 
(jomté, faisant partout la guerre au \'\ie et lauienant les àuies à la 
vertu. Pendant les jours de la Terreur, il axait résolu d'allVoutiM" les 
derniers périls, plutôt (pie de laisser sans secours le diocèse d'Or- 
léans, oii il s'était retiré d(îpuis les lois sanguinaires de la (Conven- 
tion contre les prêtres fidèles. Sa profonde expérience des voies 
de Dieu avait re'uni sous sa conduite bien des ànies jetées violem- 
ment hors du cloître au nom de la liberté. 

Surplis el arrête'' dans 'l'e.xercice même <lu saint ministère. le 1*. 
Dervillé lut traiiu' à Paris et tiaduil à la baii'e du comité de salut 
public, <pii l'envoya le jour même à rcHlud'aiid. « (le consjiirateur 
fanaticpie, disait dans l'acli' daecusation le trop laineux i'oucpiier- 
Tinville, u"a jamais prête'" aucun serment à la patriiv \A non seu- 
lenienl il n"a pas cessé d habiter dans un pa\s contre les lois 
ducpiel il se déclarait ainsi en rt'bellKUi ou\erle. mai-- mênu> il ua 
(^it) 



X.Vl DÉCEMBRE. — P. JULIEN DERVILLÉ. 027 

pas cessé d'exercer les fonctions sacerdotales, disant la messe, con- 
fessant, administrant la communion, prêchant dans les conciliabu- 
les ; c'était à lui que s'adressaient les prêtres contre-révolutionnai- 
res dans les questions qui les embarrassaient ». Le P. Dervillé, plein 
de joie do verser ainsi son sang- pour .lésus-Ghrist, marcha à la 
mort d'un air si calme et avec tant de sérénité, que la popu- 
lace ivre d'impiété et de sang-, que l'on ameutait autour de la guil- 
lotine pour insulter les condamnés au moment où tombait leur tê- 
te, ne put s'empêcher de dire hautement, en voyant tomber celle 
du P. Dervillé, que celui-là était vraiment mort en saint. 



Cabron, Les Confesseurs de la Foi, t. 3, p. 215. — Glillon, Les Mar- 
ti/ rs de la Foi\ t. 3, /;. 310. 



XXII DKCKMBIU: 



Le vingt-deuxième jour de décemhre de l'an 10 10, iiiomul très 
saintement au collège de .Mauriac le V. Kobi-ht (Iuissot, du dio- 
cèse de Chrdons, et l'une des conquêtes d(i P. Maldonal, dont il 
avait suivi les leçons de théolog-ic. Des le temps de son noviciat, 
on le désignait sous le nom d'inséparable ami de Dieu, et il ne 
cessa plus, durant tout le reste de sa vie, de se montrer digne du 
même éloge. Il était en elï'et vérita])lement affamé de la pensée de 
Dieu et des choses divines. C'étail, disait-i! en empruntant une 
des paroles de Notre-Seig-neur, sa plus fortifiante nourriture. .\u saint 
autel en [)articulier, il était constamment comme i-avi on extase. Iii 
jour <|n"il priait en j)lein aii' dans le jardin, on le trouva tout cou- 
vert de lUMge, sans (piil s'en fVit même aperçu. 

Les montagnes de la llaule-.Vnvergne furent en toute saison, du- 
rant un grand n()nd)re d'aum'cs, le tlu-àlre de l'apostolat du P. Ro- 
l)crl Cuissot. Il avait reçu du ciel un don (\uv Ton regardait com- 
me miraculeux, pour instruire et I'oimiut à la vi(> intérieure les 
pauvres et grossiers habitants de ces contrées. Lois((u'il en ren- 
contrait quehfues-uns dans les champs, il s'arrêtait jiour leur par- 
ler de Dieu : et il le faisait avec tant d'onction et iiiu^ bonté si ra- 
(;2H 



XXII DÉCEMBRE. P. ROBERT CUISSOT. 629 

vissante, que tous se demandaient, comme les disciples d'Emmaiis, 
par quelle puissance irrésistible il ne s'entretenait jamais avec eux 
sans les laisser embrasés d'une ardeur divine. Son visage même, 
disait un grand prélat dont il évangéiisait le diocèse, semblait lan- 
cer des rayons qui pénétraient jusqu'au fontl des cœurs. 11 avait 
dans les yeux et la voix tant de force et d'autorité que, rencon- 
trant un jour une troupe de calvinistes en armes, il leur ordonna 
de s'arrêter pour entendre la vraie parole de Dieu, et il fut obéi 
sur-le-champ. 

A l'âge de soixante-quatre ans, les supérieurs du P. (kiissot, le 
voyant épuisé par ses austérités et par ses courses apostoliques, 
lui interdirent désormais le rude travail des missions. Il se soumit 
sans réclamation, comme il avait fait constamment, en fidèle enfant 
d'obéissance. Mais dans son extrême désir de ne pas demeurer 
dans un lâche repos, comme un serviteur inutile, il demanda et 
obtint à titre de grAce de faire, tant qu'il pourrait se tenir de- 
bout, la dernière classe de grammaire aux plus jeunes enfants du 
collège de Mauriac ; et après quelques mois de ce saint et glorieux 
abaissement, où il laissait éclater son ardeur à former aux plus 
belles vertus ces Ames si chères au Sauveur, l'homme de Dieu alla 
recevoir au ciel la récompense de ses héroïques vertus. 



JuvENcas. Histor. Societ., part. 5., liO. 25, n. 10, p. 859. — Elogia de- 
functor. Provinc. Tolos. ( Archiv. Rom. ). — Na.d.\si, Ann. dier. memor., 
p. 339. — 1d. , Pretiosœ occupation. . . , c. 28, n. 2, p. 288. — Drews, 
Fasti Societ. Jesu, p. 502. — Patrigna.ni, Menologio^ 22 dicemb., p. 188. 



G30 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCF. 

\a\ incMiic joui-, l'an l()."j(), le I*. Oiim.ai.mi: (Jodet tormiiia dans la 
mission (rAl(;|) une vi(î tout aposlolicjuo ot toute sainte, par une mort 
uniffuemenl duc à son zèle du salut des Am(;s, et 1res |>récieuse de- 
vant Dieu. luos s(M"vifes (ju'il avait rendus aux nations cluM-licnncs de 
la Syrie;, semblaient lui avoii' donné sur elles nii empire souverain. 
Sans parler" d'une; mnllihuh; de Grecs, d'Arméniens, de Nestoriens, 
<pi il cul le honhenr de <>-a^ner à l'Kg'lise, i'évé(jue <les Jaeohites 
\()ulul iiioiiiir entre ses bras, après avoir fait la profession de foi 
catliolicpie. l^onr s'ouvrir un aecès plus facib; auprès des héréticjues 
et des infidèles, il avait appiis un peu de médecine; mais Dieu, pour 
inonti'er <pie la vertu des remèdes était due surtout aux mérites 
de son servileui', rendait souvent tout à couj) la santé' à ses mala- 
des, pendant (pi'il entendait leurs confessions ou leur faisait l)aiser 
son crueilix. Ce; saint homme, tout embrasé du zèle des âmes, 
avait fornu'î comme autant de petits apôtres, de tous les membres 
d'une congrégation de jeunes enfants qu'il avait établie dans la 
ville d'Alep et ([u'il cultivait avec le plus grand soin, comme une 
des princij)ales espérances de la mission ; ces aimables chasseurs 
d'Ames lui amenaient souvent leurs parents ou d'autres enfants de 
leur âge ([u'iis avaient retirés de l'hérésie ou du péché. 

Ij'occasion de sa moit, regardée comme^ miraculeuse, lit une im- 
pression [)rofond(; dans toutes les églises de la Svrie. In mallu>u- 
reux apostat avait embrassé la secte infâme de Mahomet. Le P. 
riuillaunu; (iodet alla plusieMirs jours de suite se j)rosterner de- 
vant le saint Sacreunent, conjurant Notrc-Seigneur d*^ j)rcndre sa 
\'\c en expiation de ce crime, et de donner à son troupeau, on 
considération de ce sacrifice, le ccuirage i]o tout soulVrir pour 



XXII DÉCEMBRE. — P. JACQUES DINET. 631 

conserver la foi que ce misérable avait abandonnée. Il lui sembla 
recevoir intérieurement la réponse que ses désirs étaient exaucés. 
Durant cinq mois qu'il vécut encore au milieu de très cruelles 
douleurs, ce fut un admirable spectacle que sa patience et sa joie 
d'avoir été accepté de Dieu pour victime ; on accourait en foule 
pour voir souffrir et mourir le saint ; et peut-être même, disent 
nos annales, les fruits si abondants de sa laborieuse carrière le 
cédèrent-ils encore aux fruits et à la gloire de ce dernier apostolat. 



Elogia defunct. Prov. Franc. ( Arc/iiv. Rom. ). — Histor. Provinc. 
Franc, ann. 1650 { Archw. Rom. }.— Lit ter. ann. Societ. Jesu, ann. 16r)0. 
p. 193. — Bessox. L(i Syrie et la Terre Sainte, p. 53. — Lettre circu- 
laire à la mort du P. Guillaume Godet ( Arch. dom. ). 



* Le même jour de l'an IG53, mourut à la maison professe de 
Paris le P. Jacques Dinet, Recteur des collèges d'Orléans, de 
Toifrs, de Rennes et de Paris, Provincial des Provinces de France 
et de Champagne, deux fois dé[)uté à Rome à la Congrégation gé- 
nérale, et enfin confesseur du roi Louis XII 1 et de Louis XIV 
encore enfant. C'est lui qui assista Louis le Juste à ses derniers 
moments et le préparii à cette mort si belle et si chrétienne, dont 
il a laissé la touchante relation publiée plus tard par le P. Antoine 
Girard ; c'est à lui ([ue le pieux monarque, en témoignage de son 
amour pour la Compagnie et à l'exemple de Henri IV son père 
et de Marie de Médicis sa mère, légua son cœur pour qu'il fût 
déposé dans l'église de la maison professe. Le P. Dinet fut l'ad- 



'••>2 MÉNOI.OGE S. J. — ASSISTANi'E l)H KHANCi:. 

vcisairc (l('(!lar('' (l(;s janséiiislcs cf \o (\('i\'oïis<'\w irilr<''|)i<l(* (|<>s «Iroils 
(le rii^lisc cl (lu Saiiil-Sièj<-e. (î'osl «>Tàce à son iiidiiciicc cl à ses 
démarches prossanles, jointes à celles de saint N'inccnt de Paul, 
(|n(; les évêfjncs de {"rance, dans nue letli-e conininnc, solliciteront 
du Pape Innocent X cl en oblinicnl la hnlle (|ni <ondaninait les 
cin(| propositions extraites du livre de .lanscMiins. Les dcrniei-s jours 
du I*. DincI lirent brillei' sa patience et son adniiial)I<' liuniilil«'. 
Au niili(Mi des plus cruelles douleuis de la maladie, il se conten- 
tait de dir(î : E.xspccto douce vciiiat i inmiitatio inaa : et coinnu' pour 
se consolei' d avoir |)ass(' la plus ^lande partie de ->a vi»' dans les 
cliarg-es les plus iniportanles et îi la cour des rois, il demanda la 
<^rju;e d'être ('tendu sur un lit de cendre, et c'est ainsi (pi'il remit 
son àuK! entre les mains de Dieu, dans la soixante-trei/icmc année 
de son ri<^-c cl la (piai'anle-n(Mivi(Mne de|)uis son entr('e dans la 
Compai»iiie. 

Eloi^ùt (lefunrl. Provinc. Franc. ( Avch. Rom. j. — Liucr. nnn. Societ. 
Jcsit, (III II. 1653, p. IG7. — Lettre circuldire. à la mort du P. Jacques 
J)iiicl, « à Saint-Louis, à Paris, ce 'TM décembre IG.),"] [ Arc/i. dom. }, — 
IVvrix, Mémoires sur le Janséii., t. I. passim. — Sotuellls, BUdioth. Script. 

Soc. Jesu. p. '.\(V.\. — »K Backku, Bibliothèque des Ecricains /. ."{. 

J). 272. — Fu/.3T, Les Jansénistes du A WA' siècle, cliap. .S, p. 2 là et suiw 



Le même jour d(> Tannée hi/o, mourut à liciins le I*. .Ikromi: de 
(Irkil, après avoir exercé |)eu(lant lrent(>-cin(| ans les jonctions de 
ministre. Les annales de sa Province ne craignent pas di^ le pro- 
poser comuK^ le parlait modèle de tous ceux (pii sont charités du 
même emploi, lelleinent il > appoiiait dt* vii^ilance, de dt'iicatesse 



XXIT Dl'^CEMBRE. — P. JÉRÔME DE CREH;. 633 

(>t de zèle à l'aire observer la discipline religieuse. Le P. de Greil 
était encore, ajoutent-elles, l'homme des douleurs, la vivante image 
de Jésus crucifié. Les plus cruelles infirmités faisaient de sa vie 
une sorte de nu\ityre ; non content de tant de souffrances, il se 
torturait sans pitié : les cilices, les ceintures armées de pointes de 
ter, les flagellations prolongées pendant un quart d'heure, souvent 
pendant une demi-heure, étaient sa pratique de tous les jours. Il 
donnait à [)eine quatre heurçs au sommeil, et consacrait à l'orai- 
son le reste de la nuit. Enllammé d'une dévotion ardente pour 
l'adorable Sacrement de l'autel, il offrait tous les jours avec une 
grande piété le saint sacrifice et assistait ensuite à deux autres 
jnesses, en union avec la sainte Victime. Cet héroïque amant de la 
croix s'éteignit plein de joie et «l'espérance, dans la soixante-deu- 
xième année de son -Age et la ([uarante-cinquième depuis son en- 
trée dans la (Compagnie. 



Elogia defiinct. Prov. Cainpan. { Arcliiv. Rom. ). 



F. — T. II. — 80. 



xxm DK(:i:.Mi'>KK 



\a) vingt-lroisiènio jour <l(; (U'ceinhrt! de l'an l(')')8, le P. IUi.tha- 
SAR i)i; Bis, (li<^iie neveu <lu \ <'iu'iitl)le Cesaf de Kus, loudateur de 
la Doctrine Chrétieinu\ uiourul au eollè^-e d(; ('.ai jx'utras. en odeur 
de sainteté. Lattrait intérieur de la g-iàee le poiia, dès les j)reniiéies 
années dt; sa vie reli<^i(Mise. vei>> un exercice continuel de la j>lns 
rig-oureuse jx-nitence el de la |)lus iutinu' union -.xwc Dieu. Avec 
la jx'rniissiou de ses supérieurs, dont il ne si-eaila jamais dun 
seul pas, mais (|ui n osaient s opposer à I inspiration \isil)l»' i\u 
Saint-Espril , il exerçait tour à tour sur sou corps l<)u>> les actes 
de sainte cruauté qu'il trouvait dans les vies des Pères du désert, 
ou des saints h^s jdus eriiciliés des derniers sii'cles et surtout 
dans les vies des premiers Pères de la (iompa^nie. Xotre-Seig^neur 
le récompensait de cette perpétuelle victoire sui- lui-même, par 
une si orainUî abondance de consolations spirituelles, que le P. de 
Bus, confus el pour ainsi dire iiupiiel des libéralités di\iues, priait 
le SauN'cui' de lui laisser ressentir les ainerlumes de la croix, el 
l'ccourait souvent aux liiinieres de ses directeur^ pour s'assurer 
s'il inarcliail véritablement dans la voie des saint->. Près de trente 
ans avant sa mort, on le rei>ardait (le)à comme par\eiiii au plus 
haut degré de I unujii à Dieu. Il semblait ne plus voir ni sentir 
634 



XXIII DÉCEMBRE. P. CHARLES PERRIN. 635 

rien de créé, ou plutôt voir et sentir, comme N. B. i^ère, Dieu dans 
toutes les créatures et toutes les créatures en Dieu. Plus d'une fois 
lu lumière céleste, dont il était comme investi de toutes parts, lui 
faisait pénétrer l'avenir et les plus intimes secrets des cœurs. 

Ses opuscules de piété sur « les Motifs de contrition », les « Exer- 
cices de la présence de Dieu », les « Motifs de dévotion envers la 
sainte Vierge », « l'Occupation intérieure pour les deux semaines de 
la Passion », et la (c Préparation à la mort sur le modèle de Jésus 
mourant », respirent ce parfum de vie intérieure et cette onction pé- 
nétrante qui s'échappent du cœur des saints, tout à la fois avec tant 
de force et tant de douceur. On croit que Dieu lui révéla, deux an- 
nées au moins avant sa mort, le moment où il irait recevoir son 
éternelle récompense ; et après s'être comme surpassé dans les der- 
niers jours de sa vie par ses sentiments de pénitence, de sainte 
joie, d'union et de conformité au bon plaisir de Dieu, qui daignait 
accepter le sacrifice de sa vie, il expira dans un transport d'amour 
et d'actions de grâces, à l'àg-e de soixante-huit ans, dont il avait 
passé près de cinquante dans la Compagnie. 



SoTUELLus, Bibliotheca..., p. 99. — Nauasi, Annus dier. memorab., 23a de- 
cemb., p. 339. — Duews, Fasli Societ. Jesu, 23a dec, p. 503. — Patiu- 
GNANi, MenoL, 23 die, p. 196. — uk Backkh, Biblioth t. 5, p. Hl. 



Le même jour de l'an 1767, le P. Charles Perrin mourut à 
Liège, oii il s'était retiré après la suppression de la Compagnie 
en France. Ses qualités aimables, la douceur et l'aménité de ses 



()'U) MÉNÔLOGK S. J. — ASSISTANCK l)i; l-HA.VCi:. 

maiiirrcs, son obli<^can('(' cl son cniprcsfteineMf à rendre service, 
son altenlion à ne rien dire (|ni piU IVoisser personne, mais sur- 
lonl ses veiius religieuses, son linniililé. sa eliaritc, son /.èle à |M(>- 
cnici la gloire de Dien par lonles les œuvres de sa vocation, le 
rendaieiil cher à loul le monde (M lui a\aieiil nn^ili' de la voix pu- 
l)li(pu' le glorienx snrnom dt; sainl. Après axoir enseigne la rlu'to- 
ri(pio av(M- une g-rande distinction, il l'nl ap|)li(pi('' au ministère de 
la chaire, el il v déploya des (jualilés (pii, au jug;einent «les contem- 
porains, I Oui phuM- painii les meilleurs orateurs de son éporpie, en 
même lemps ipu* sa eonnaissanee des soies de Dieu cl sa pi('l('' en 
iaisaienl un des dirt'cleurs les |)lus reelierehés. 

Quand la (Compagnie l'ut exj)idsee de ses maisons, le P. l'eri'in re- 
cul, aNcc plusieurs autres Jésuites, une généreuse hosjjilalite sous 
le loil de rarchevéque de Paris, 1 illustre et courageux (ihristophe 
de 1>(>auinonL; prot(''g(' pai' ce noble nom, il continua de se dépen- 
ser au seiviee des âmes jus([u'à ce (pie la sentence d'exil portée par 
les Parlemcnls contre les Jésuites obstinément rebelles au serment 
(pion exigeait d'eux, l'obligea de chercher un refuge en nelgicpie. 
C/esl là (pu' le bon serviteur, victime de sa fidélité à sa vocation, 
entcudil l'appel de DicMi el leruiina sa sjiinle vie, ii l'âge de soixan- 
le-dix-sepl ans, dont il a\ail passé ciu(pianle-neur dans la Coui- 
pag-nie. 



Sermons du P. Charles Pcrrin. Paris, I7()»S, yioticc en Iclv du I'' koI. — 
Ménologe Ms. bSVi. j). 'lOS. — i>k IVvckkii, Hihliot/iiquc des h'crifoùis..., 
t. I, p. ô'hS. — I<'kij.eii, Dicfioiin. In'stor.. t. 'i. p. 7(')l). — Lettres sur Us 
ouvra i^es et (euvres de piétc\ t. \. p. X\(). 



XXIV DECEMBRE 



Le vingt-quatrième jour de décembre de l'an 1587, mourut à 
Lorette le P. Claude Mathieu, surnommé par les ennemis de la 
Compagnie, le Courrier de la Ligue^ et mêlé aux plus importantes 
affaires de son temps pour la gloire de Dieu et de la sainte Eglise. 
Né en Lorraine, dans une condition obscure, Claude Mathieu se 
consacrji de bonne heure au service de Dieu, et parvint bientôt 
par son rare mérite aux premières charges de la Compagnie. Le 
roi Henri III l'avait pris pendant quelque temps pour son con- 
fesseur. Le duc de Guise voulut faire sous sa conduite, au fond 
d'un de ses châteaux de Lorraine, où il n'admit qu'un seul de ses 
serviteurs, les grands Exercices de saint Ignace. Le P. Claude fui 
tour à tour l'intermédiaire entre les chefs catholiques de la Ligue et 
les souverains pontifes Grégoire XIII et Sixte-Quint. Les accusations, 
les exils, les menaces de mort ne lui manquèrent pas dans des 
circonstances si difficiles ; mais rien ne pouvait arrêter son cou- 
rage et sa sainte ardeur toutes les fois qu'il croyait la gloire de 
Dieu intéressée dans quelque dessein. Les faveurs divines dont il 
était comblé par Notre-Seigneur, font assez voir combien pur et sur- 
naturel était l'esprit qui inspirait toutes ses démarches. Par une 

637 



()38 MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCFi: DK KKANCE. 

Itiinièie (li\iii(; (|iii lui (';l;iil dovenuc or<linaire, |)jis un de ses infé- 
rieurs iK.' moiiiail, pciidant <[iril ('tail Provincial (l(f IVaiice, sans 
quil en l'ut sur-le-ehaiii{) averti j)ar nue voie miraculeuse, l ii jour 
fju'il (Hait (Ml oraison, lisons-nous dans l'Ilistoire de la Compagnie, 
avant la congrégation générale; «jui suivit la inorl du 1*. I^verard 
Mcrcuiian, il vit la très sainte Keinu du ciel, accompagnée i\(^ saint 
lgna(;(; et Av saint Bernard, (jui présentait elle-même à son divin 
l'^ils et au l*èr(! l']ternel, Claude Aquaviva pour être élu Général de 
la Compagnie ; et il connut aussi par la même voie (pie le gou- 
vorncMuenl du nouvel édu devait durer au d(dà de; trente ans. 

Ce saint homme; partageait toutes ses journées entre la prière, la 
mortification et l'apostolat. .Ius([ue dans ses voyages, comme lors- 
rpi'il se rcMulail de Paris à Rome, ou cju'il visitait sa Province, il 
ne mampiait jamais d'adresseï* à ses (;ompagnons (puîhpie exhorta- 
tion ou famili('re instructif)!» pour leur appi\Midre ;i aimer ci hono- 
rer Dieu ; et nulle laligue ne l'empêchait de terminer toutes ses jour- 
nées par une longue et rud(; llagellation. Enfin ictenu en Italie, lors 
de sa denii("'re visite; à Rome, par le P. Claude .\(piaviva, dont la 
j)rudence, si send)lal)le à celle de; saint Ignace, jngca plus conve- 
nable à la gloire d<; Dieu de ne pas le rendre à la l'rance, dans 
un teinjis où il paraissait à peu près impossible (pi il m» fVit mêlé 
aux allaires politiques du l'oyaunjc, le P. Claude Mathieu obéit de 
bon c(eui', et ])assa la dernière année de sa vie j)res du sanctuaire 
de Notre-Dame de Lorette, où toute la noblesse italienne accourut 
l)ient(M pour r(;ntendi'e et faire à Teini sous sa direction les Ex- 
er'cices (h; saint Ignace, on du moins jioui" recevoii* une règle de 
vie an saint Iribmial de la p('nil(Miee. On ne I apptdait dans tout 
le |»ays (pie le resl;tuiateur de l'usage des saints sacrements ; et 



XXIV DÉCEMBRE. — P. JACQUES DOLLIÈRES. 639 

lorsque la mort interrompit ses prédications de l'Avent, plusieurs 
familles princières, noblement jalouses de lui témoigner leur estime, 
revendiquèrent le dépôt de son sacré corps, pour qu'il sanctifiât 
par son dernier sommeil leur propre tombeau. 



Elogia defunctor. Provinc. Campan. {Archiv. Rom. ). — Abham, L'Uni- 
vers, de Pont-à-Mousson, édit. Garayon, liv. i. p. 40 et suiv. — Poussi- 
NES, Histor. Societ. Jesu, part. 5, lib. 5, n. 131, p. 255 ; lib. 6, n° 69 
seqq., p. 294 seqq. ; lib. 1 , ti. 25, p. 317. — Nadasi. Annus dier. nienw- 
rab., 24a dec. , p. 341. — Drews, Fasti Societ. Jesu, 24a dec, p. 50^j. — 
Bourgeois. Societas Jesu Mariée... sacra..., p. 336, — Crétine\u-Joly, 
Histoire de la Compagnie.. ., t. 2, ch. 4, p. 172 et suiv ; c/i. 7, p. 320 

et suiv. — DE Saint-Victor, i)ot•wwe^/^/.v historiques Les Jésuites ligueurs. 

p. 31 et suiv. 



* Le même jour de l'année 1780, mourut à Pékin le P. .Jacques- 
François DoLLiÈRES, martyr de son amour pour la Compagnie et 
pour l'Eglise de Chine. Il était né à Longu^^on en Lorraine. Dès 
son entrée au noviciat, il fut en proie à de long-ues et violentes 
douleurs ; « il les soutint, dit le P. Bourgeois, avec un courage et 
une résignation qui faisaient dire de lui qu'il était d'une vertu 
supérieure ». Malgré la délicatesse de sa santé, il demanda avec 
in.stances la grâce d'aller se dévouer à la conversion des infidèles 
de l'extrême Orient. Au moment de s'embarquer, il paraissait si 
faible, qu'on lui promettait à peine quelques jours de vie sur le 
vaisseau ; mais on essaya vainement de le retenir , « il n'était pas 
homme à s'effrayer quand la volonté de Dieu lui était connue '). 
Trois mois après son arrivée, il se mit à prêcher en chinois ; il 



()''|0 MKNOI.OOK S. .1. — ASSISTANCE 1)F: FRANCI'. 

iippiil cnsiiilc le tartaro cl soivit (rint(?rpr(*t(î outre le-, «ours <l(r 
Pékin cl <1« Saiiit-Pétcrsbouig-. Son activité et son zèle ne connais- 
saient point (le repos : « Il (loimait le jour an\ bonnes œuvres et 
la nnil à l'étiide ». Il composa en chinois nn catéchisme qui a t'ait 
nn l)icn inhni, cl dont j)lus <\i' cinquante mille exemplaii'es furent 
répandus dans |)resque tout l'empire. Nul irélait plus assidu au 
eoni'essionnal, il dirigeait la congrégation du Saint-Sacrement, qui 
était comme la hase de loule la chrétienté, el ])ar clic il avait la 
principale charge de I administration s|)iriluellc de la mission. 

Les Pères de la résidence française de Pékin étaient censés fai- 
re partie de la l'amille de l'empereur et ne pouvaicMil s'éloigner de 
la ville sans sa permission. Le P. Dollières souffrait beaucoup de 
C(Mte loi ; mais son zèle foi'cait cpielrpiefois les barrières, et il allait 
au loin porter la nouvelle jus(prau delà de la grande muraille ; 
le gouvernement fermait les v(mi.\ cl laissait i'aire. Sous son ('ucr- 
gi([ue impulsion, le nomijre des chrétiens croissait tous les jours; 
une nation cpii habitait dans les montagnes à deux journées de Pé- 
kin, se convertit presque lout enlière ; el gTàce à la dévotion au 
Sacré-Cœur, fpi'il i)ropageait avec zèle parmi les chrc'liens, de bel- 
les espérances s'ou\raient pour l'avcMiir, (piand la suppression de 
la (!onq>agnic et la disette des ouvriers qui en l'ut la conséquence, 
vinrent arrèl(M' le mouvcMuent et bientôt précipite r la décadence. Ce 
coup, raconte le P. Bourgeois, » lui lit uu(> j)laic «pii ne se ferma 
point. .Malgré sa r(''signation, on scnlail ([ue son C(cur était blessé ». 
Sans abandonnci- encoi-e \o travail, le P. Dollières uc^ lit plus tjue 
languir, l lU' diMuière ("preuve, plus délicate cl plus intime, parce 
<|u'elle venait d un faux Irèiv^ acheva «le briser ses forces, l'n vo- 
ligieux d un autre Or<lre, soutenu par un ancien jésuite, se lit sa- 



XXIV DÉCEMBRE. P. JACQUES DOLLIÈRES. ()4| 

crer cveque sans avoir reçu ses bulles, lança l'excommunication 
contre le P. Dollières, qui s'était distingué par une résistance plus 
vive à sa consécration illégale et anticauonique ; et comme le supé- 
rieur Je la résidence française se refusait à lui céder les biens de 
la maison, l'intrus ne rougit pas de })orter l'affaire au tribunal de 
l'Empereur. Cette odieuse conduite révolta si vivement l'ame noble 
et loyale du P. Dollières, (ju'il en fut accablé ; et cfuelques jours 
après, il rendait le dernier soupir entre les bras du P. P)Ourg'eois, 
au milieu des larmes des chrétiens accourus pour les fêtes de 
Noël. Ses frères le vénéraient comme un saint toujours uni à Dieu ; 
par son zèle, son courage, sa grandeur tl'àme, il leur rappelait « les 
premiers enfants d'Ignace ». L'un d'eux même conçut de sa perte 
une si violente douleur, qu'il le suivit au tombeau quelques semai- 
nes plus tard. Le P. Dollières était Jigé de cinquante-huit ans, et 
en avait passé vingt-et-un dans la mission de Chine. 



Lettres édifiantes, e'dit. 1811, /. 24, p. 109 et suiv. ; t. 2G, p. 362 et 

suÙK, p. 385 et suiv. — Pfistek, Notices biogr. et bibliogr.^ ri 412. — 

DE B.vcKER, Biblioth. des Ecrivains..., t. 4, p. 492. — Gbétineau-Joly, His- 
toire de la Compagnie, t. 5, p. 339. 



^C0&»O«ggai 



— ■ T. II. — 81. 



XXV DlXKMBRl!] 



Le vin^l-ciiH[uième jour de décembre, mourut à \a\ rièclic, en 
l'aniu'e lO^iG, le V. (lui Li-: Mknkist, du diocèse de Nantes. L'éclat 
de ses laleuls cl de ses vertus fil dire, par une exception dont il 
serait dinicile de trouver beaucoup d Cxcniples, qu'il semblait avoir 
ig-noré les faiblesses de Tenfance les plus ordinaires. A IVige île 
douze ans, il achevait sa rhétoriipie avec un succès ((ui send)lait 
tenir du prodige, et laissait tous ses condisciples bien loin en ar- 
rière. Quelques années plus tarti, ([uaiid il pai-eouiut le cercle 
entier des sciences sacrées, ses supérieurs iureul persuadés (ju'il 
ég-alerail les plus fameux llu'ologiens de la (lonq)agni(% dès (|u'il 
paraîtrai! dans les mêmes eliaires. Mais sa connaissance des voies 
de Dieu (Hail bien plus élonuante eneoic : elli^ lui til eonlier, pour 
le plus grand bien de la Conq)ag-nie, la charge de Maître des 
novices et d Instructeur des Pères du troisième au. La malurit('' de 
sa vertu, et Ton peu! nu'me dire de sa perfeeli(^n elirétieuni» et 
religieuse, n'avait [)as ('Ic' moins pri'coce. Tandis cpu' ses condis- 
ciples du collège se livraient aux tiélassements de leur âge, li' 
jeune Ciiii Le Mencust aimait à si' retirer à l'i'cart pour senlrete- 
uir avec son Seigneur, lire quehpie livre de piété, surtout le traité 
()V2 



XXV DÉCEMBRE. P. GUI LE MENEUST. 643 

du P. Jérôme Platus sur les biens de la vie religieuse ; et il en 
faisait dès lors la règle de toute sa vie. Aussi était-il cité par ses 
maîtres comme le modèle de la plus fervente jeunesse, et une 
vivante image du Sauveur croissant en âge, en grâce et en sagesse 
devant Dieu et devant les hommes. 

-Ses quarante années de vie religieuse répondirent par un conti- 
nuel accroissement à des débuts qui avaient fait demander : Que de- 
viendra donc cet enfant ? Il semblait impossible de porter plus loin 
l'observation parfaite de toutes les règles, de tous les conseils de 
Notre Bienheureux Père, tant ses moindres actions étaient pré- 
vues devant Dieu, pesées dans la balance et au poids de Dieu, 
accomplies en union d'amour avec Dieu. Son humilité nous a dé- 
robé le détail des faveurs célestes dont son àme était enrichie ; 
mais elles éclataient souvent malgré lui. S'entretenant un jour de 
la dévotion à saint François-Xavier, il laissa échapper l'aveu qu'il 
avait été comblé de grâces ineffables par l'intercession de ce bien- 
heureux apôtre de l'orient. 

La vie austère et pénitente du P. Le Meneust rappelle tout ce 
que nous lisons des Pères du désert. Pour ne parler ici que de 
ses jeûnes, auxquels répondaient ses veilles et ses continuelles 
macérations, jamais il ne prenait plus d'un repas par jour, à l'heu- 
re du souper ; encore s'en privait-il quelquefois. L'auteur de sa 
vie nous assure que ce qui peut à peine suffire à un homme 
pour une journée, dépassait parfois ce qu'il prenait dans l'espace 
d'une semaine ou d'un mois. Enfin Notre-Seigneur lui accorda, 
comme à ses plus chers serviteurs, une mort digne d'une si sainte 
vie. Jusque dans les dernières défaillances de la nature, l'esprit 
toujours libre et le cœur toujours en Dieu, le P. Gui Le Meneust ne 



OVi MÉNOLOGK S. J. — ASSISTANCE DE FRANCE. 

ressii (le s'eiilreteiiir nvvc Nolrc-Sei^noui, la sainte \ icrpfc et les 
sainis, dans une <U)Uce cl lraiH(nill<' joie, avanl-f^oùl <ln l)()nlieur 
«le la .Ici iisalcni cclcslc ; cl cnlin il sCiidoiinil |)aisihlcnicnl nn jx-n 
après le milieu de la belle nnil de Noël. Il étîiit à<^(' de ciiKjuaiile- 
luiil ans, el en avait passé plus dv (juarante <lans la Compagnie. 



Elogiiim P. (iuidonis Le Mcnciist ( Arc/iiv. doin. j. — Lettre circulaire 
dtt P. .JvcQiEs (iu\>D\MY, à la mort du P. (iià le Meneust, » de La FU- 
c/u\ ce Jour de .Voël Ki'iG » ( Arc/iiv. d(t/tt. i. 



Le ivièino jour <Ie l'an I6()7, inoni'ul g-loriensomcnl ])our la foi 
sons les balles des luM'(''li(|ucs, dans la mission d'Orncx près de 
(îenèvc, le W hiXACi: 1\vissi;ai;, de la Province de Lvon. .V peine 
sorti do rcnl'ance, il l('moij>-nait <l(''jà le plus vil" dc'sir de l'épandre 
son sang- pour .lésns-dliiist, en combattant les calvinistes ; el nn 
jour |)<)ursuivi par eux à coups de picii'cs, peu s'en iallul (pi il 
no cueillît dès lors la palme (\\\ martvre. Entré à dix-huit ans 
dans la (lompagnie, et bientôt a|)pli(pié à renseignement de la 
i^iammaire, il cnllamma de la même ardeur, et ses élèves, el nne 
(lorissante congrégation de jennes artisans, (pii dcviniiMit les apo- 
Ires de leuis lamilles. Après son «'lévaliou au saccM'docc et les 
<lernières (''pi-euvcs de son ti'oisième an, le P. Paisseau obtint de 
se consacrer à la mission naissante du Pragelas, dans la partie 
la plus sauvage el la j)lus inabor<lable dn Daupliini'- : il en fut 
retire' <pialr<' années plus lard, poui' tenter l'assaut contre la Rome 
môme du calvinisme. Li's balles (piil avait dc'jà entenihi à plusienrs 



XXV DÉCEMBRE. P. IKAN COMMIHM. fi'^lS 

reprises siiller ù ses oreilles, n'avaient fait (jue lui inspirer un 
nouveau courage ; lorsque Dieu, exauçant enfin ses ardents désirs, 
permit c[u'il tombât dans une embuscade, et fût atteint de ffuatre 
coups mortels, à quelques pas seulement de l'o'iglise où il venait, 
pour la dernière ibis, d'offrir sur l'autel le saint sacrifice, et d'af- 
fermir du haut de la chaire son troupeau contre l'hérésie. 



Histor. Provinv. Lu^dun., arin. 1639-1699 { Arrhiv. Rom.). 



Le même jour encore, l'an 1702, mourut à Paris le P. Jean Com- 
MIRE, une des gloires du collège Louis-le-Grand, où il avait pour 
collègues des hommes tels que les Pères de la Rue, Vavasseur, Ra- 
pin, Jouvancy, Bouhours, qui soutenaient avec tant d'éclat l'honneur 
de la Compagnie. Les rares talents du P. (<ommire pour la poésie 
latine, dont l'exercice lui servit toujours de délassement, même au 
milieu des occupations les plus graves, telles que l'enseignement 
de la théologie et la direction des âmes ; ses compositions si plei- 
nes d'élégance, de grâce et de vie, justement regardées comme de 
véritables chefs-d'œuvre, lui gagnèrent la faveur des plus illustres 
personnages de l'Europe, d'un grand nombre de princes français 
et étrangers, et de plusieurs souverains pontifes, qui lui témoignè- 
rent hautement leur estime et leur affection. Le pieux et zélé fils 
de saint Ignace profitait de cette bienveillance pour glisser, au mi- 
lieu de ses éloges poétiques, tantôt les leçons et les images de la 
piété la plus aimable, tantôt les conseils les plus délicats pour le 
bonheur des peuples et pour le salut des âmes, comme dans la 



046 MKNOLOGF- S. J. — ASSISTANCE DK I RANGE. 

bcll(^ ode qu'il adressa au souvoraiii ponlilc Ch'mcnt XI. a I àgR 
(le soixaiilc-(lix-s<;|)t ans, l()is(|iril (Hait dc'-jà on pioio anx douleurs 
d(; sa dernière maladie. Mais (mi niènie temps, l'innocence de sa 
vie cl une lendrcssc de conscience ({ui avait horreur des iaules les 
plus lég-ères, son ^land amoui" pour Notre-Seig-neur et [)Our la très 
sainte \ ier<^(\ dont il \\c parlait jamais sans (pie les larmes lui 
vinssent aux ncux, son allcntion anx moindres règ-les, qui 'Ser- 
vait de modèle aux plus jeunes el anx plus Ici^vcnls, cidin son as- 
siduilc'* an saint tribunal <le la pénitence;, oii une multitude d ;imes 
pieus(>s s'adressaient à lui, méritèrent à cet aimable el vertueux 
\ieillard, a[)rès soixante années de vie r(dif>iense, une m(^rl |)leine 
de douceui' el de béiKnlietion. 



Litler. ann. Provi/ir. Franc, a/i/i. 170"2 f .l/v7//c. fio/n. ). — Lcltrc n'rcu- 
laire du P. .I\c(ji ks Le Picaht, à la mort du P. Jean Commire ( Arc/iiv. 
doni.j. — i»E li.vcKKn, Hibliol/u-f/uc. . ., t. .), p. \\\. — Cuvvyon, Bihliogra- 
pliic histor., n" I77<S, p. 2'i8. — Fku.ku, Dictioitn. histor., t. 2, p. VM. — 
Chalmkl, Histoire de Touraitw, t. 'i. p. 110. 



* Enfin le même jour de l'an l/^'i^, mourut à Reims le P. Nico- 
las lloMOM) i)i: Bi-HHY, « religieux, dit son (>log-e, d'une sainleti^ 
v(''ritablemenl insigne ». On ne l'apptdait au reste (pie le saint. Il 
avait d('jà l'ail ses ('"tudes (I(> llu'ologie, et les plus belles espé- 
rances s'ouvraient devani lui, (piand il sollicita l'honneur de porter 
sa croix à la suite de Notre-SeigMUMir j)anvre el humilie. Les mi- 
nistères les plus humble'^ et les plus laboriiMix iivaient ses préfé- 



XXV DÉCEMBRE. — P. NICOLAS DE BERRY. 647 

renccs : la confession, la visite des malades, l'instruction des 
pauvres, les plus bas offices de la maison ; il s'y portait avec une 
telle ferveur et un tel empressement, qu'on ne pouvait le voir sans 
être ému et pénétré de respect. Mais au reste sa vertu n'avait rien 
d'austère. .\ voir l'aimable sérénité de son front, nul n'aurait 
soupçonné les douleurs étranges qui faisaient de lui une image de 
Jésus crucifié ; et cependant comme si ces douleurs eussent été 
peu de chose, il y ajoutait des souffrances volontaires capables 
d'effrayer les âmes les plus généreuses : un jeune perpétuel avec 
un seul repas le soir, un court sommeil pris à terre, excepté dans 
ses maladies, les chaînes de fer, les tlagellations. Aussi Dieu ne 
refusait rien à son serviteur, et l'on assure ([u'il fit éclater plus 
d'une fois sa sainteté |)ar des miracles. 

Une perfection si haute acheva de s'épurer dans les longues et 
cruelles infirmités qui assiégèrent les derniers jours du P. de Ber- 
ry ; ce fut une sorte d'agonie. Mais le soldat de Jésus-Christ luttait 
sans se plaindre, et si parfois les soufl'rances paraissaient intoléra- 
bles, il s'animait à la patience et à une sainte allégresse, en invo- 
quant la Reine des martyrs. La ville entière accourut à ses obsè- 
ques, jalouse de payer ce tribut de vénération et de reconnais- 
sance à celui qui l'avait édifiée par ses vertus, et qui avait gou- 
verné pendant trente ans le séminaire du diocèse. 



Elogia defunctor . Provinc. Campan. ( Archiv. Rom. ). 



XX\I DKCKMHRI-: 



Le \ iiigl-sixirinc Jour de (lécciiibic de l'an Ki^iS, inoiinil à (lai- 
pcnlras, dans une douce joie, h; I". (loadjuleui- .Iacqies \'asserot, 
de la Province de Lvon, uuirtyr de la cliaritc' au sci\ ie<* des pesti- 
férés. IMusieni's des historiens de la (!oni|)aj*-nie l'onl le j)lus l)el 
élo<^-e de son dc'vouenienl au liaNad cl Ac son amour pour la 
])rièi'(\ Le I*. (lordai'a nous assure mèine <|uc Dieu aNait ht'ui à 
j)liisieurs repiises, par des <^ri\ces niiiaculcu^^cs, les -^ainl^ désiis 
el les lali^-nes de son lidèle sei'viteiir. Dès (juc la |)e^le exerça ses 
j)reniiers ra\ai>-es ])arnii les habitanls de la ville de (larpcntras, 
le F. \ asserol alla se jeter aux |)ie(ls d(? son supr-rimir, pour ob- 
tenir la ^riU'e d'cîxposer sa ^ ie an service; des pauvres mouranls. 
.Mais an niilicMi même i\o la nuit cpii j)récéda sou cuhi'c à I lu'ipi- 
tal, Nolr(!-Sci^ucur lui appaiiit soudain pcuidaut sou somnicd. lui 
toni'nani le dos cl semblant vouloir s'(''l()i<>ncr. IMcin de douleur el 
de eonl'usion à ce speclacle, le \\ \ asserot se mit à suivre à f^e- 
noux son Sauvcui', en le conjurant de demeurer et de lui l'aire 
miséricorde. .Vloi's .lésasse retourna, el le i'e<;ardanl dun air ])lein 
<le bout('', lui dit, comme autrelois à .Marie Madeleine: i niitiittiin- 
lur tlhi pcccdld tua ! tes péchés le sont riMuis « ! VA il le laissa au 
même niomeni, i(>inpli de la plus intime confiance. 



XXVI DÉCEMBRE. — P. pii:kre ceij.ot. 040 

■ Le leiidcinain, après avoir fait une confession g-énérale do toute 
sa vie cl reen la sainte communion on versant un torrent de lar- 
mes, le pieux l'rère entra dans la lice, avec une joie et un élan 
(pii lirent l'admiration de toute la ville. Seul durant le cours tle 
plusieurs semaines, il eut à remplacer les médecins et les chirur- 
giens de I hôpital, tous emport(;s par la violence du fléau, prodi- 
guant à ses chers mourants ious les soulagements de l'àme et du 
corps. Atteint lui-même une [)remière fois, il échappa momentané- 
ment, comme par miracle, à la mort, })Our la consolation et le 
salut éternel d'un grand nombre d'jimes. Mais sa récompense n'é- 
tait dilférée ijuc de cjuehpies jours. Quand \c lléau fut sur son dé- 
clin, le lendemain Ao la fête de Noid, après de nouveaux protli- 
ges de dévouement suivis d'une nouvelle rechute, le l'\ \ asserot 
rendit en une paix céleste sa sainte àme à Dieu, à l'àg-e de qua- 
rante-et-uu ans, dont il avait jnissé vingt-deux dans la Compagnie. 



CoKDAHA, Histor. SocieL, part. 0, lib. lo, n. 123, p. 211. — Alegambe, 

Heroes et Victim. c/iaiit., ann. 1G28, cap. ô, p. 276. — ÎSad.vsi, ^/mw* 

(lier, mentor., 26a dec, p. 34'!. — Dukws, Fasti Societ. Jesu, 26'^ dec, 

p. 508. — Patrignani, Menolog., 2() dicemh., p. 215. 



* Le même jour de l'an 1654, mourut à Reims le P. Pierre Cei.loi', 
avec la réputation d'un parfait religieux, qui s'était sanctifié par 
l'observation fidèle et constante de toutes ses règles. On a remarqué 
([ue, pendant plus de quarante ans, il ne manqua pas une seule fois 
de se lever le matin au premier signal de la cloche. Chargé tour 
A. V. — T. II — 82. 



f)50 MKNOLOGE S. J. — ASSISTANCE DH KHAN'CE. 

ji loiir <les cliairos de rlH''lori(jii(', «le |)ljilos()|)lii(', de tliéolog-iV 
morale et (ri'iei'iture sainte;, on le \ il loiijouis a|)|)()rl('i' la iiièine 
<lili^(;nc(; à priîparer ses leçons, (|iicl (juc liU le iionil^re de ses 
auditeuis ; et dans un Unnjjs d(; troubles, on les classiîs demeu- 
raient j)i'es(|ue désertes, le \* . (lellol. u Cun isa^eaut <|ue son devoir 
cl la sainte volonté de Dieu, ne se lelàeha pas un uiouieni de sou 
zèle et de sou applieatiou. Il lui vraiiueul le serviteur fidèle dans 
les petites ehoses, et e est pourfjuoi sa mort lui juéeieuse devant 
Dieu. 



hjlo^ia (le/unclor. Prow i'ainpan. ( Archk'. Rom. ). — Lifter, annuu- 
Sor. Jcsu, (inn. Ki.")''!, p. 107. — Nadasi, A/i/ius ilicr. inc/nonih.. 2(ja dc- 
vcinb.. p. '.V\A. — l)uK\v.s. Fasti. Soriet. Jcsu. 2G'« decemb.. p. ôOS. 



XXVll DECEMBRE 



Le vingt-septième jour de décembre de l'an KKil, mourut au 
collège de Sens le P. Ci.aide Tiphaine, né à Notre-Dame des 
Vertus près tie Paris, docle et saint religieux, surnommé le plus 
doux (les lioinnics, et dont un illustre dominicain, Monseigneui" 
Goëfîeteau, évèrpie de Marseille, disait : « Si Aristote et saiirt Tho- 
mas \eiKU(Mit à [)érir, on pourrait retrouvei- toute leur docti'ine 
dans la lèlc (\\\ seul P. Tiphaiue ». 11 s'était senti de bonne heu- 
re [)orté; par l'attrait de la grâce à méditer continuellement sur 
la bonté iidînie de Dieu ; dans ses moindres actions, aussi bien 
que dans les charges les j)lus importantes, celles de Recteur des 
collèges de Pont-à-Mousson et de NCrdun, et de Provincial de 
Ghampagnci, loule sa conduite était profondément empreinte de ce 
sentiment de la bonté divine. Aussi ne semblait-il agir lui-même 
que par amour ; l'observation des règles les plus assujétissantes, 
les morlifications les plus rudes, la privation de tous les adoucis- 
sements que réclamaient son âge ou ses infirmités, lui paraissaient 
faciles à ce prix. Toute sa direction, tous ses discours, aussi bien 
que les exemples de sa sainte vie, ne tendaient qu'à persuader 
aux autres cette douce habitude de n'agir en tout que par amour. 

651 



{V.)'> Mi;.N()i,OGE s. j. — ASSIS! A.NCi; m-: i kanck 

AiiiK' (l(! SOS inférieurs comme une \ ('rilaMc mère, le I'. rijdiaiiic 
lui à sa luori r()I)j('l des rcg-rels uiii\'crscis. Il iciidil (louccuiciil 
son iiuu' (lauN le baiser du Sejoncni-. en prononcaul eueore cetle 
parole qu il axail i'é[)étée des niillieis de lois dui'aul les |)lus \ives 
douleurs de sa deiuière uudadie : " O bonté de Dieu ! (J boulé de 
Dieu » ! 

i)ui' l'on nous [X'rnielle d ajouter ici, eu (|uels lerines d Cstinie 
et d'affectneuse reconnaissnnee s'exprimail sur le e()m|)te du I*. 
Tij)lKiiue un de ses saints amis, le Dienheureux Pierre l'ourier, 
dans une lellre adressée ii ses rcdi^ieuses : <• J Oubliais de reeom- 
nuinder à vos prières le voyaf>-e du II. I*. Tipbaine h lîonie. C'est 
un 1res bon et très sain! Père, un des premiers de la sainte (ioni- 
[)a^nie (pii nous est aifeelionné, el (|ui uous a aidi'-s à lV)nl-;i- 
Mousson plus (pie je ne saurais vous dire. Il uous aime uuicpie- 
nient, et deniaïule d èti'e iceoiiunande aux j)rières de toutes, à son 
départ de Nanc}'. Si vous pouviez avoir le loisir el la dévotion 
de eonlinuej', jus(pi'à ce (pi'il soi! de retour, nous feriez eliose 
agréable à Dieu et profitable au dit saint Père ; et vous vous) 
l'evaneliei iez en (piehpie laeon, des J)onues messes, des belles lettres, 
des voyages utiles, (pi'il a dit, ('criL et l'ait, pt)ur nos pauvres du 
Poni, el par eousécpienl |)our nous tous ". Le P. Tiphaine était 
ri<>('' de soixante-dix ans el eu avait passe'- (piaraute-liuit dans la 
(lompagniiv 

Elof^ia (fr/ii/t(to/\ Provinc. Caïupan. {Arrhiw lioni. j. — Ahium. f/ Universi- 
té de Pont-à-Mdiisson. édil. (]\iuvo,n. //V. S. y). .M 7 et suiv. — Sotikllus, Bi- 

Idiothevd /;. I.')."). — dk H\cke«, Bibliothè(jne .... t. 1, p. 638. — Dom (]m.mkt. 

Bihli<)l/iè(/ue de Lorraine, p. *)'«(>. — Kei.i.kii. IHetionn. /lislor.. t. .). p. iVrl. 



XXVIII DECEMBRE 



Le viiigt-luiitièinc jour de décembre, anniversaire de la glorieu- 
se mort de saint François de Sales, mourut à Ghambér)-, l'an 162-3, 
le P. Nicolas Pollien, compatriote, ami et serviteur insigne du 
bienheureux évèque de Genève. Il avait prié deux de nos Pères cpii 
se rendaient en pèlerinag-e au tombeau du saint, de lui obtenir la 
g-race de quitter la terre le même jour, pour aller partager sa gloi- 
re; et il eut la joie d'être exaucé. (îrand ami du recueillement, de 
l'oraison et du silence, le P. Pollien s'entretenait perpétuellement 
avec les saints et les ang-es, et surtout avec la Reine des anges et 
des saints. Marie fit un joui' éclatei* d'une façon merveilleuse com- 
bien les hommag-es de son dévot serviteur lui étaient chers. Un 
prêtre attaqué d'une maladie g-rave, s'était recommandé aux prières 
de l'homme de Dieu ; le jour suivant, pendant qu'il était parfaite- 
ment éveillé, il vit la très sainte Vierge entrer dans sa chambie, 
accompagnée du P. Pollien. Après l'avoir exhorté à servir son di- 
vin Fils et à l'honorer elle-même avec plus de ferveur, Marie or- 
donna au saint religieux de s'approcher de lui et de lui imposer 
lesxmains, et sur-le-champ il se trouva guéri. 



653 



<^'-i''» MKNor.or.E s. j. - assistanch m: i ranci;. 

('()ni)\)i\. Ilislor. Socicl.. pari. i\. lih. S, //. .S7. p. VM. — llisfor. l'ra- 
vinc. Liii^dun.. I .VIO- Kj.'JH f Ai</iù'. lioin. ). — Nakvsi, Anniis (lier, inrinor., 
•28:» (li'c, p, \\\~ , Dkkws, Fasli Sodrt. Jcsu, 2S:' (/n-.. p. .MO. — P\- 

iHKiNAM, Mcni)/., 2(S (lircnil).. p. 22.'). 



Le iiKMiic jour, I an l(")2!t, le I*. .)A(.Qri;s Is.\ai;i), llcilcur ilu «ol- 
Iri^-c (lAix, iMounil au scrx icc des pcstifV'rés, <mi ^i-aiuliî (('piilalion 
«1{! saiiilcit''. Sailli l'raiirois de Sales le coinptail aussi an nombre 
(les (ils il(> sailli Ignace qu'il a\ail en |)aiii('iirK"'!'(' aircclioii, cl le 
reconiiiiaïuiail aux àiiics dosirruscs «le leur in-t'iccliou, «■oimuk' un 
(les ?^uides h's plus habiles et les plus [)i('u\ de son leiiips. 
« Il est non seulenieiil docte religieux, ('eriNail ce grand maître de 
la direction intéi'ieure des ;lmes, mais eiUM^re tout spirituel et tout 
de Dieu » ! Sa douceur et le dévouement ;i\('c lecpud il travaillait 
au salut des In'rc'tique.s, iiaxaieiit pu le mettre à lalui de bien 
d(>s oulra;^-es et Ak^^- plus iiidig-ucs traitements. Mais il reo-ar«lail 
la croix comme la li'("'s exc(dleiite r('Compense des l'aligues de Ta- 
j)oslolat et de la con\crsion des pt'clieurs. Pour soulager les pau- 
vres malades, sa (diarili' ir(''[)aro-iu»it rien, et c'eut (''té poni' lui 
trop [)eu (pie de se priver en leur faveur des choses les plus ue- 
cessaii'es, s'il ne se lut encore donne lui-même, à la tète de 
ses frères, jus(ju à son dernier souille de vit?. 



CouDMis. Ilistnriit Sorict. Jcsii. pail. (>. Uh. W. n . IIS. p. 'M)~ . — Ai.r- 
c.AMiiK. Hi-ror.s et Virtiin. rlunilut.. ann. IG2'.>, lap. 2. p. 2Sl). — Vies des 
prcmirrcs rr/ia^iri/sc.s dr la \ isitdtioii. t. I • /'• ■V-VÎ. 



XXIX DECEMBRE 



Le vingt-neuvième jour de décembre de l'an 1818, le F. Co- 
adjuteur François Suc, né à Yssingeaux dans la Haute-Loire, 
mourut au collège de Saint-Acheul, où il remplissait l'office de 
portier depuis le i'<''tal)lissement de la Compagnie. La mortification, 
le zèle, le travail et la prière faisaient de lui une fidèle iuuige de 
saint Alphonse Rodrig-uez, pour lequel il était pénétré d'une vive 
et affectueuse d(''votion, layant constamment devant les yeux, et 
ne faisant rien (|u'en union de cœur et de prière avec cet incom- 
parable modèle. Tout ce (pi'il pouvait y avoir d'abject et de répu- 
gnant à la ualui'e dans les différeuts offices, il le demandait comme 
uiu' faveur, afin de soulager ses frères, et s'en acquittait avec un 
sentiment visible de joie. Quand les étrangers, et surtout les 
pauvres se présentaient à la i)orle, il ne perdait aucune occasion 
favorable de leur parler de Dieu et de les exhorter à s'approcher 
des sacrements. 11 avail même obtenu la permission de retenir 
ceux qui chaque jour venaient demander l'aumône, et il les in- 
struisait, avec un cicur apostolique, des vérités les plus importan- 
tes et des ])lus saintes pratiques de la religion. 

Four favoriser ce pieux désii' de ti'availlcr au salut des âmes, 

655 



(i.'iC» 



Mi:.\()i.f>(;K s. .1. 



Assis'jANci: 1)1- iiiA.N<;i:. 



les su|)<'ii('ur.s lui accordi'ix'iil ciicori' la ^rricc de \',\\n' le rah'cliis- 
)ii(' aux nombreux (lomesli(|U('s du roi !('<>•{•. (l'i'Mail un honlK-ui' |)oui" 
SCS IVi'i'cs d(î .s'enlic'icnir a\»'c lui des clioscs de Du'ii, taul on 
('Mail conNaincu t|ud a\ail reçu de Nolic-Scionciir une ^Tricc parli- 
culiri'c |)onr leur iiispiicr (|n('I(|U(' cliosc de la l'ciNcur doni il f'-tait 
aiiiinc : |)lusi(;urs ont a^'ou('' (|ii ils lui ('laiciil icdcx a])l('>-, a|)r('S 
Dieu, de Icui" v()(;alioii l'elig-icusc cl de leur ix-rsc-véraiicc dans la 
Gom])a<^iii<' . [jorsquc la cliaril*' ou l<' devoir de >ou olliee ne l'ob- 
li^'eail |)as à parler, neii ne j)()uvail reiii>a<^-er a roiii|)i(' le plus 
rig'oureux silence; cl c clail un qraiid >^ii,|<'l d'edilicalioii. de le 
\()ir aloi's, au niilion de son Iravail cl de ses conlimiels (U'-rang-e- 
lueiils, dans nn iM'cueillenienl prolond, scnli'clcnir doueeiucnt avec 
Dieu cl pioliler de ses courses rr(M[nenles, jxuir luiiltiplief ses 
allcchieuses visites à Notre-Scio-neur et à sa sainte Mère, loutes 
les fois (|u'ii passait près d'inu^ chapelle cl (piil pou\ail les v sa- 
luer, même un seul inonKMit. 



Annales de Sainl-Ae/ieuL t. I, /). S8. 



>^»-s>«-« 



XXX DECEMBRE 



Dans la nuit du trentième jour de décembre de l'an 1718, mou- 
rut saintement à Dieppe le P. Jacques Barrin, qui n'avait quitté 
son confessionnal, le jour précédent, que pour aller enfin, épuisé 
de forces, recevoir à l'infirmerie l'extrême-onction et le saint via- 
tique. Son invincible patience et sa charité à demeurer chaque 
jour, depuis des années, à la discrétion de toutes les ilmes qui le 
priaient de les mener à Dieu, au saint tribunal de la pénitence, 
seul ministère apostolique dont l'affaiblissement de sa santé, l'eût 
laissé capable, montrent tout ce que peut un homme de Dieu pour 
la sanctification d'une ville entière. Quand il eut rendu sa sainte 
ame à Dieu, dans une tranquillité admirable, plusieurs communau- 
tés de Dieppe réclamèrent pour leur chapelle le dépôt de ses 
restes vénérés, qui furent accompagnés par la ville entière à l'égli- 
se des Dames Hospitalières, choisie de préférence en souvenir de 
la grande affection du P. Barrin pour la pauvreté et pour les pau- 
vres. 



Lettre circulaire du P. de Paris, à la mort du P.Jacques Barrin, a Dieppe, 
ce 31° décembre 1718 » / Archiv. clom. ). 

A. F. — T. II. — 83. 6b7 



658 MÉNOLOGE S. J. — ASblSTANCF. DF FRANCF. 

Le même; jour, l'an ITOO, iiiouriil au colIèg'C' dt- lîouip^cs, lo F. 
PlERRF Ili:i,ii:/, Scolasticjiic, à peine Ti^é de; dix-ncur ans, dont il 
avait passe» près de ciiKi dans la Coinpap;-nie. Dès les premiers 
inonicînts de sa vie roiig-icuse, il avait choisi saint Jean Ik-rclimans 
pour son protecteur et son modèle; et il lui resscudjlait si parfai- 
tement par son innocenee et sa pureté sans tache. j)ar son amour 
pour la perfection dans les [)lus j)etites choses, et sa tendre dé- 
votion pour le Sauveur et sa sainte; Mère, cpic l'on ne se rappelait 
pas avoir jamais vu dans la Province; une pins lidèie image de 
cet ang"éli([ue patron des jeunes religieux de la Compagnie. 



Elogia de l'une tor. Provinv. Franc. { .Irc/iii: Rom. ). 



XXXI DECEMBRE 



Le trente-et-unième jour de décembre de l'an 1640, au moment 
où allait finir la première année séculaire de la Compagnie, saint 
Jean-François Régis rendit doucement son âme à Dieu, dans une 
humble chaumière des montagnes de la Louvesc. Peu d'instants 
avant d'expirer, se tournant vers un de nos Frères Coadjuteurs, qui 
lui avait rendu les services de la charité la plus tendre : « mon 
cher Frère, lui dit-il, quel bonheur, et que je meurs content ! Je 
vois Notre-Seigneur et Notre-Dame, qui m'ouvrent le Paradis. Sei- 
gneur mon Dieu, qui m'avez racheté, je remets mon âme entre vos 
mains ! Gloire éternelle au Père, au Fils et au Saint-Esprit » ! 



Les Vies de saint Jean-François Régis. 



Le même jour à Négrepont, l'an 1679, le P. François Richard, de 
la Province de Champagne, alla recevoir la récompense de trente 
années d'apostolat dans les missions de la Grèce et de la Turquie. 
Ce qu'il eut à souffrir de la part des infidèles, des hérétiques et 
même des mauvais catholiques, effraie l'imagination : tantôt jeté 

659 



{]('){) MKNOLOGE S. 1. — ASSISTANCE Dl- FHA.NCK. 

(H prison, roué de coups, coudaïuné jusqu'à trois reprises dilTé- 
iciilcs à ramer avec les galériens sur les vaisseaux du (iiand-Sei- 
g-neui- : lanlol chargé des ))lus noires calomnies, dénoncé îiu tribunal 
du Saint-Siège, appelé à Konic |)()iir rendre compte de sa conduite, 
dont Dieu lil cependant éclater aux yeux de tous et proclamer 
hautement la sainteté ; tan loi altaf|ué par des misérables (pie le 
démon avait suscités pour lui otci- la vie et se venger diin homme 
(pii enlevait tant d'Ames à rcnfci'. cl dont il n'évita les coups (jue 
pai- la prolcclion de Noire-Seigneur et de la très sainlc \ierge. 
Plus d'une lois aussi, Notre-Danu' le (h'Iivra suhilcmcnl de mala- 
dies mortelles, et lui rendit, pour le salut des pc'chetirs. des forces 
cpi'il prodiguait au service de son divin l'ils, avec un si héroïque 
(l(''vouenicn1. Epuisé par tant de souffrances et de travaux, le P. 
Tuchard allait expirer comnie sainl l'rancois-Xavier. loin de foute 
assistance humaine, sans autre consolation ([ue sou crucifix, ([ui 
daigna, disent les relations du I.evant, s'entretenir miraculeusement 
avec lui pour le fortifier, lorscpi'il l'ut rencontré par (pielques bons 
religieux d(> saint l'raneois. Après avoir reçu de leur charitc* les 
derniers secours et les dernières consolations des mourants, il 
rendit saintement, cl j)I(Mn de la plus douce joie, son Ame bienheu- 
reuse, à l'âge de soixante-ct-un ans, dont il avait passé quarante- 
deux dans la Compagnie. 



Elogi(( defunctor. Proviiir. Campnn. ( Arc/iiv. Honi. ). — Richmu). I{c- 
latioit de vc qui s'est passe en. l'isle de Sant-Erini. passim. — Do.m Cal- 
MET, Bibliothèque de Lorraine, p. 812. 



»4>^-^ 



TABLE DES MATIÈRES 



(1) 



ASSISTANCE DE F H A N C E 



1. 
2. 



'1. 



6. 



/. 





(SECONDE 


PARTIE 




JUILLET 




9. 


P. 
P. 


F. 


Raym. Bourgeois, C 


1 




P. 


P. 


Nicolas Caussin . 


:i 




P. 


P. 


Franc. -Xav. d'Entre 






* P. 


c 


olles 


7 


10. 


* P. 


F. 


Pierre Baron, C. 


9 




P. 


P. 


Barthél. Baudrand 


10 


11. 


P. 


P. 


Antoine Daniel . 


. 12 




* F. 


P. 


Etienne Binet. 


1.5 


12. 


P. 


P. 


Jean-Bapt. Girard. 


. 17 




* F. 


P. 


Norbert de la Bye 


19 


13. 


P. 


P. 


Nicolas Ingoult . 


20 




F. 


F. 


Pierre Vigier, Se. 


. 22 


14. 


F. 


P. 


François Paregaud 


24 


15. 


P. 


P. 


Toussaint Masson. 


24 




F. 


P. 


Jean Jégou. 


2G 


IG. 


P. 


P. 


Pierre Le Dérel . 


28 




P. 


P. 


Simon Fournier . 


29 


17. 


P. 


P. 


Nicolas d'Harouys 


32 


18. 


P. 


P. 


Pierre Sautel . 


34 




P. 



Arnold Voisin . 
Charles de Brévedent 
Laurent Chiffïet , 
Charles Clusel 
Louis de Serres . 
Jean de la Roche . 
Jean Fiteau 
Pierre Péquet . 
Bernard Aubais, Se 
Pierre Vital 
Michel Sartre, C. 
Barthélémy Vimonl 
Charles Pelletier, C 
Dominique Gérard, C 
Antoine de Digne. 
Ignace Fondora, C. 
Louis Frémond 
Jean Papon 
Guillaume Le Roux 
Pierre Boutard . 
Franc. Charbonnier 



(4) Les notices marquées d'un astérisque ont été ajoutées par l'éditeur. 



35 
37 
39 
41 
42 
43 
44 
46 
48 
49 
50 
52 
53 
oo 
57 
57 
59 
61 
63 
64 
65 



661 



Obi 


» 


MKNOI.OfiK S. 


J. — 




F. 


Pi( TIC Doligior. C. 


07 


10. 


* I>. 


.I;ic([iics Giroiist . 


(•)8 




* F. 


Gal)ii('l CJriiïoii, C. 


60 


20. 


1>. 


Jacques FiL'iiiin . 


70 




P. 


Piorro Laiiij^uo . 


7:$ 


21. 


W 


Yves do I^ciiK^ 


75 


•22. 


r>. 


Louis Jaiiiii. 


78 




p. 


Hayrnoiid (îuirhal 


70 




p. 


André Guévane . 


70 


2;j. 


i>. 


Nicolas Bazirc. 


81 




p. 


Jcaii-Iiapl. Soiicict 


81 




F. 


Etienne Viau, C. 


82 


2'j. 


* P. 


Antoine Gauhil 


8:j 




P. 


.Ican-Bapt. Treniblo} 


' 87 


25. 


P. 


Guillannie Bose . 


88 




* F. 


Pierri^ Pagot, C. 


00 


2G. 


P. 


Jean-lîaptiste Beau . 


o;{ 




P. 


Jacques Desniothe.s . 


o;i 


27. 


P. 


Flieune de (^arlieil 


. 05 




P. 


Nic^olas (1(^ lîeaurc- 






gard 


. 08 


28. 


P. 


Panl (le Barry. 


. loi 




P. 


Arnnl[)lie Dnlian . 


102 


20. 


P. 


(>laude Viole . 


. lO'i 




* P. 


François Bourgeois 


. lOG 


30. 


P. 


Charles Gobin. 


. 110 




* P. 


Thomas Dore . 


. lli 


:u. 


* P. 


Klicuiie (le (^Jianins 


. ll:î 




* P. 


.Alarc-Ant. Gharrot 


. 115 




P. 


Fi'ançois Bouville. 


. IIG 



ASSISTANCn DE FRANCE. 



AOUT 

1. B. P. Pierre Le Fèvro . I 10 

* P. Jean d(> la Benaudie. 122 

* P. Jean (]olli<>non. . . 125 

2. P. Anatole Bémnald. . 127 




10 



p. l'raneois Duvergier 
P. Jacques de Bonivard 
P. l'rançois de Barrv 
P. Claude Le Jay. . 
P. (Guillaume Dauheuton 

* P. Pan! Le Jeune. . 
8. P. Joseph Le Coûteux 

P. Martial Cibot . . 
V. l'ieurv B(''chesne, C 
P. lien.'. Ménard . . 
P. Jean Sangenol 
11.* F. François Cagniu, C 

* P. .Matthi.'u Bazire . 

I''. Bi'rtraiid .Moii(jdol,Sc 
12. * P. Claude du Mesnil. 
P. Jac((ues de Saint-Be 

niy 

I;L * P. dFstelan . . . 
t'i. F. Gabriel de lllospi 

tal, Se 

15. P. Jean de la Garde . 

* P. Pierre Chastellaiu 

P. ^L^urice du Baudory 
16. * P. Antoine d'Hodeneq 

F. Florent Bonneiner, C 
17. * I*. Jaccpies Bordier . 

* P. Louis Bochette . 
P. François ]\Lavet . 
P. riioinas de (]reuilly 
l\ Pierre Biehard . 
P. François .Martineour 

François .Maltrail. 
Clainle de Beauvau 
Michel de la Mothe 
{'laude Loj)pin. 
P. Jean Baij^ot. 



18 



10. 




20. 




« 




21. 




')-7 





128 
LU) 
i:i2 
i:{'i 
1:56 
138 

l'il 

ri2 

ri6 

l'iO 
151 
155 
155 
157 

158 
160 

162 
i6'i 
166 
168 
170 
171 
173 
17'i 
175 
176 
170 
170 
181 
183 
185 
186 
187 







TABLE DES 


MATIERES. 


t)0^ 


23. 


p. 


Sébastien Rasles . 


190 


i 


' P. Jacques Fritej're-Dur- 




* F. 


.Toan Dominé, Se. 


193 




vey 


235 


24. 


p. 


Pliilibpii Noyrot . . 


195 


3. 


P. Paul Ragueneau . 


238 




F. 


Jeun Malot, C. . . 


190 


i 


*^ P. Pierre (inérin du Ro- 






* P. 


Cluirles do Laniber- 






cher 


241 




>' 


lle 


196 




* P. François Guérin du 




25. 


P. 


Thonia^î Le Blanc 


198 




Rocher ... . . 


241 


26. 


P. 


Rodolphe Houssin . 


201 


4. 


P. Hyacinthe Le Livec . 


243 




* P. 


Ignace Holin . 


202 


5. 


P. Alexandre Lenfant. . 


2'i5 


27. 


P. 


Pierre .Mandait 


20^1 


6. 


P. Georges de la Haye . 


248 




P. 


Joseph de ConrbeviUc 


204 




P. Florimond de Refuge. 


250 


28. 


* P. 


Nicolas Place . 


205 


7. 


F. Alexandre Deleige, Se. 


25 J 




F. 


Laurent Bardouil, C. 


207 




* P. Etienne Luzvic . 


253 




P. 


Claude Allouez 


209 




* P. Nicolas Abram. . . 


253 


29. 


P. 


Jean-Baptiste Codure. 


211 




* P. Vincent Bigot. . . 


254 


30. 


P. 


Léonard Carreau . 


214 




* F. Cliarles Hallu, Se. . 


255 




P. 


René Cothereau . 


215 


8. 


P. Jérôme Queyrot . 


258 




P. 


Antoine Garaudel. 


210 




* P. Antoine Savignac. . 


259 


31. 


P. 


Joseph de Callifet. . 


218 




* P. Etienne Chanon . 


261 




* F. 


René Milson, C. . 


221 


9. 


P. Clément Pnjol. . . 


264 




* P. 


Claude Milley . . . 


223 




P. Jean Pari sot . 


264 




* F. 


Jean Parent, Se . 


225 


10. 
M. 


P. Jean de Brisaeier. 

* P. François Le Maire . 
P. Esprit Roux . . . 

* P. Louis Le Valois . 


266 

269 
27! 






SEPTEMBRE. 




12. 


273 












P. François Longe aux . 


277 


l 


P. 


Erard Maimbourg. . 


227 


13. 


* P. Jean Gentil. . . . 


279 


9 


. P. 


Michel Le Tellier. . 


229 




F. Franc. Campistron, C. 


28! 




* P. 


Jean de la Cour . 


231 


14 


P. Pasquier Broët 


283 




* P. 


Claude des Granges . 


233 




* F. Jacques Ducroc, C . 


285 




* P 


Jean Charton . 


233 




* P. Pierre Iluré . 


286 




* P 


Guillaume Déliant. . 


234 




P. Enieric deChavagnac. 


287 




* P 


Charles Légué. 


234 




* P. Robert Saulger. . 


288 




* P 


Jacques Bonnaud . 


234 


15 


P. Louis Richeôme . 


291 




* P 


Vincent Le Rousseau. 


234 




P. Jean Sufl'ren . 


292 




* P 


Mathurin Villecroin . 


234 




P. Timoléon Cheminais. 


295 



IC. * l\ 

* w 
p. 

17. W 



MKNOLOGK S. I. — 





' F 




l> 


18. 


P 


19. 


P 


20. 


P 




P 


21. 


P 




P 




1'^ 


22. 


F. 




F. 




* I\ 


2:5. 


P. 


■2'k 


P. 


2:). 


P. 


2('). 


P. 




F. 




F. 




I>. 




l>. 




F. 


27. 


' P. 




P. 




P. 


2H. 


1». 


•2\). 


F. 




P. 


M). 


P. 



Jean lîiiilK'icau 
Aimé (llH'Zîind. 
Jean Tt'llicr 
.Icaii (irillot 
l'ibaiii Bordior, C. 
Fraiw;ois (jillaid, C 
'ramiii (l'IrlaïuJo . 
Cliailcs (!(• lîroissia 
Louis André 
Wvnr (1(> ('aillé. 
Jeau-Bapt. GeoiTioy 
.Ican Pinai'd 
.Icaii !.(> Bel . . 
Louis l3oissiu, Se. 
.Icaii P>oiirgeois, C. 
Claude Pvoussol, Se. 
•Icau Bi'oquiii . 
.loscpli Fi('Mard. 
P^tiriiiie do la (]ioi\ , 
h'ronloii du Duc 
Frauçois Saloiiy . 
Franc. Cassagno, Se 
l'idiiiond 0/aiin(\ Se 
l'^ram.'ois Moican . 
.loan Altriol. . 
Nicolas Béginald. Se. 
I)()inini(iue Parennin. 
Jean Poliiier . 
I^iorro de la (lliasse . 
Slanislas .lusliniani . 
Ilenc' (joupil. C . 
Piiiliiiert do Loches . 
(îillnMt Higaull . 
LauiiMil (iodelVoid 



297 
298 
:U)0 
M):) 
•M)\ 
:J0() 

M'y 

;u)8 
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:\ l 'i 
:\ ! C) 
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:îI9 
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:\-2'i 
:}2:) 
;527 
:!29 



;j:5:) 
;;;57 

:\v.\ 
iriô 
;ri(; 
:ri8 
:ri9 



ASSISTANCE DK FRANCK. 

OCTOBHL 



1. 


' p. 


S(''bastieii dos Moli- 






ncaux 


:i.M 


2. 


P. 


Ignacc Balsamo . 


. liy.i 




P. 


Bar(li('l.iii\ Germon 


. 3.).) 


:\. 


F. 


l'ilieiiii"' Mailellange. 






( 


' 


. :$.-)7 




F. 


Pierre de Si-Gilles. C 


. :{.-)8 


' 


P. 


Pi(M-rc de Sesmaisons 


. :i58 


^1. 


P. 


Charl.'s Mallian . 


. :î(;I 


."). 


I>. 


Nicolas de Coudé . 


. 363 




P. 


Augustin Barruel. 


364 


(J. 


P. 


Baitlu'lemy de Fume 




7. 


e 
P. 


hou 


367 


Jacques Sirmond . 


'9\f 9 

368 


8. 


P. 


J<'an de Quen . 


371 


* 


P. 


Joseph Amiol. 


372 


9. 


P. 


Balthasar Belly . . 


376 




F. 


Guillaume Pacol, C. 


377 


10. 


P. 


Nicolas Cordier . 


378 




P. 


Anloine N'atier. 


379 


II. 


P. 


Jean Blouse 


381 


*- 


P. 


François .Mazillier 


382 


12. 


P. 


François Laniberf. 


38 'i 




P. 


Anloine Silvy . 


:{86 




P. 


Jean Bouclier . 


38(i 




P. 


Nicolas de Poiresson. 


386 


l:L* 


F. 


Jacques (^.hapelle. C. 


388 


* 


F. 


Bichaiil Denselin, C. 


388 




I>. 


Michel Forlier. 


389 


* 


W 


Charles Pajol . 


.390 




\\ 


(!lau(l<> l-'ontenai . 


390 


ri.* 


P. 


Guillaume de hi Bon- 






J?»^''""' 


392 




P. 


Jacipies (îaulfier . 


393 



TABLE DES MATIÈRES. 



663 



16 



17 



p. 
p. 
P. 
P. 

* P. 

* P. 
P. 



P. 

P. 

P. 

P. 

P. 

P. 

P. 

P. 

P. 

P. 

P. 
*F. 
*P. 

P. 

* P. 
P. 
P. 
P. 
P. 

* P. 

28. P. 

* P. 

29. P. 
P. 

30. P. 

* F. 

31. P. 

* P. 



18. 
19. 
20. 
2J. 

22. 

23. 

l'i. 
25. 

■m. 



il. 



Giiillrtuinc Trébos. 
Paul Séguin . . 
Pierre Trapès . . 
Gui SistridM'cs . 
François Solier . 
l']licune Noël . 
Antoine Nolhac 
François Bouton . 
Thomas Corret . 
Isaae Jogues. . 
Olivier du Ilanicl . 
Jacques Montai 
Jacques de la Baunc 

("<ui Tachard . 

Charles Uaynihaul 
ThéoiVoi Paraudier 

Michel Benoît . 
Jean Le Sec 

vSinion Dunicsnil, ( 
Innocent Piquet. . 
Jean Corlet . . . 

André Frusius. 

l^^tienne Charlet . 

Jean Garnier . 

Guillaume Baylc . 

Pierre Meslant. 

René Rapin. . 

Nicolas Bailly . 

Michel de (^ouvert 

Pierre Bouault. 

François Gandillon 

Claude d'ilédicourt 

Jacques Bidaut, C. 

Théophile liaynaud 

Pierre Mambrun . 



395 




395 




396 


1. 


396 




397 




:J98 




399 


1, 


402 , 




404 i 




406 ' 




'ilO 


• > 


^j12 




414 


4 


415 




'.18 


5 


420 


kS 


421 




424 


7 


425 


8 



427 

428 

429 

431 

433 

435 

437 

439 

442 

443 

445 

446 

'^47 

'j49 

450 

453 



9 

)0. 

Il 



12 
13 



NOVEMBRE 

P. Claude de Sainte-Co- 
lombe 

* P. François Rousselet 

* P. Didier Barba/an . 
P. Jacques François . 
P. François de Saint- 

Remi 

F. Philibert Guéneau, Se 
P. Noël Juchereau . 
P. Jacques Bonnin . 

* F. Bertrand Verdier, Se 
F. Jacques L'Argilier, C 
P. Alexandre de Rhodes 
P. Jean Aniieu. . 

* V. Jacques Desses, (]. 
F. Gaspard Arbé, C. 

P. .!can-Baptiste Atha- 

nase 

P. lîoniface (Constantin 
P. Robert Gauteron . 
P. Charles L(;maire . 
P. i*]lzéar d'Oraison . 
P. Vincent Martin 
P. Antoine SuflVen . 
V . B(M'nard Rhodes, C. 
P. Jean Gontery . 

* F. Jean Panageau, C. 

* P. [.lOuis de Cressolles 
P. Bernard (Coudert . 

, * P. Louis Codret . . 
P. Gabriel de Kcrgariou 
P. (Claude Dui'our. 
P. Henri de la Crochi 
nière 



4oo 

458 
458 
460 



461 



462 
463 
464 
466 
467 



^^8 

1:72 



t76 



478 
478 
478 
478 
479 
481 
483 
485 
488 
490 
492 
493 



497 



498 



498 



A. F. 



T. I. 



84 



GOG 



MKNOI.OGE S. J. — ASSISTANCK DK KHANCi:. 



11. 1'. .lacfjiits Courtois, {]. 
" V. ^ v«'s (Juclio, (!. 

l.'). I*. Louis li;iriialj(''. 

F. IkMiiard Go/ciillol, (.'.. 

IG. * 1». Claude Pijail . . . 
I'. .Icaii-Haptistij .loul)erl 
P. Jean Cliappuis. 

17. W Joan Hilly .... 

* P. .lacriucs H()uU)ii 

18. I>. Charles J.allemanI 
I'.). I>. Pierre liiard . . . 

■ P. Jeai) Jiouchor . 

P. Honore'; Chauiand 
20. P. .leaii de la lirelesclie. 

P. ,lean liaiole. 
2(. P. Pierre liouliii . . . 
22. P. .Icaii Cordier . 

F. .losepii llilaire, C. 
2:{. F. Franeois Suard. C. . 

* F. Louis le (îouz l)u[des- 

sis. Se 

i\. P. Siiiion Ijû Moyne . 

* P. Pierre Uenauld . . 
2.'). P. Fraiu;ois Poiré. 

P. Pierre Foureaud . 
2(). P. Aune de \ Oj^iii'- 
27. P. Ilui>ucs Manihnin. 
2H. P. Piern; Beniaid . . 
2'.). P. .Facques de J^augle 

P. .\\inar (luériu. 
.*{(). V. Anihroise li('"ard. Se . 

ULCImMBHK 
I. p. Adaiu Lonriu . 



Mil 

Mn 

MV, 
.■)UG 
:)0t) 
.■>l(l 
.•>M 
.-) I .{ 
.-)L-> 
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.•)2:{ 
.•)24 

;)25 



52S 

y.\ I 
.">:{;$ 

.ViO 
.Vil 
y ri 
.Vi.-i 

yi(\ 

.") 'i 7 



/i9 



P. liuguéraud de la Mare. .*).")() 



2. i>. (;rrard Tlivllois. . . 
P. Ilippolyte lioucliard . 

ï*. Fraii(;ois-\a\ iiT i)n 

Plessis 

;L F. Kdni. d.- .Malpa-^. Se. 

P. .lean Cliauhard. 

P. Ftienne Baunv. 
'i. P. .leau Chevalier. . . 

l'\ .lean Le Cikj, C. . 

I'\ .Vutoiiii- Hcrnùn, .Se. 

I". OdoM P('rier. .Se. . 
•"). Mgr .loseph d'Fsparlx's . 

F. Félix .Mitivir-, Se. . 
G. P. Pierre Caut<'l . . . 

* l-\ Milliard Fèvr»'. C. . 
7. P. Charles Garni«'r . 

P. Drnis Mr^land . . 

* P. Pierre Dairunrl . . 
S. P. Xo.-l Chahan.'l. . . 

P. Ignace Armand 
I*. Urbain lluv*' . . 
F. .lean-l)(Miis Attiret. C. 
\). P. .Jacques Li'cuycr . 
F. Doniini(|ue lioniicn. 
Se 

* V. Anibroise (juyon, C. 
1(1. P. Pierre Fromage. . 

11. P. Denis Petau. . . . 
P. Michel Pern.M . . . 

12. P. Henri Gassol . . . 
LL I*. .lean-Nieolas (iron 
14. l*. Bernard de Cau\v(>t . 

P. (iuillannic Le Plan- 

qnitis 

I."). P. Cuill.-Frauç. Berthier 
1(). * I'. .Iae(|ues Nicod, .Se. . 



.').') 2 



."..")« 

:»G2 

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.")C).J 

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.•)•.).■> 
M)7 
(iO(l 



(iO.") 
(iOS 



TABLE DES MA'I'IKRES 



067 





P. 


François Vavasscur 


609 


23. 


17. 


P. 


Claude Bastide 


611 




18. 


P. 


René A^^rault . 


613 


'2\. 




P. 


Claude de Busserv 


. 614 






P. 


François Guesnier. 


. 615 


25. 




P. 


Jean Stella . 


. 616 






P. 


Gaspar Maniliev . 


. 616 




19. 


P. 


Jacques de laV^allière 


. 618 




* 


P. 


Antoine Hesteau . 


. 619 






P. 


Guillaume Ségaud 


. 620 


26. 


20. 


P. 


Gabriel-Etienne Bau- 








don 


622 


27. 




P. 


Marc-Ant. Gouthières 


. 624 


28. 




P. 


Nicolas Bourgeois 


624 


• 


21. 


P. 


Julien Dervillé. . 


626 


29. 


22. 


P. 


Robert Cuissot. . 


628 


30. 




P. 


Guillaume Godet . 


630 




*- 


P. 


Jacques Dinet . 


631 


31. 




P. 


Jérôme de Creil . 


632 





P. Balthasar de Bus . 
P. (Charles Perrin. 
P. Cilaude Mathieu . 
P. Jacq.-Franr. Dollières 
P. (îui Le Meneust 
P. Ignace Paisseau 
P. Jean Commire . 
P. Nicolas-Edmond d( 

Berry 

F. Jacques Vasserot, (] 
P. Pierre Cellot . 
P. (Claude Tiphaine 
P. Nicolas Pollien. 
P. Jacques Isnard. 
F. François Suc, C 
P. Jacques Barrin. 
F, Pierre Héliez, Se 
S. Jean-François Régis 
P. François Richard . 



637 
639 
642 
644 
645 

646 
648 
649 
651 
653 
654 
655 
657 
658 
659 
659 



TABLE ALPHABÉTIQUE O 



KOMS ET PRENOMS 



LIEU ET DATE DE LA MORT 



PAGES 



P. Abram Nicolas. 
P. Abriot Jean. . 
P. Adam Nicolas. 
P. Aix (d') François. 
P. Albert François. 
P. Allouez Claude. 
P. Amieu Jean. 
P. Amiot Joseph . 
P. André Anselme. 
P. André Louis . 
P. Anjou (d') Jacques 
P. Annat François 
P. Antoine Gabriel 
F. Arbé Gaspar., C. 
P. Armand Ignace. 
P. Arnoudie Pierre 
P. Arnoux /<?«/i . 
P. Artaud Michel. 
P. Astorg /e«/2. . 
P. Athanase Jean-Bapt. 
F. Attiret /<^«/^, C. . 
F. Aubais Bernard., Se. 
P. Aubergeon Guill. . . 
P. Aubertin Nicolas. 



Pont-à-Mousson 
Dôlc . . 
La Flèche 
Lyon . 
Naxie . 
Canada. 
Syrie . 
Pékin . 
Verdun. 
Québec. 
Smyrne 
Paris . 
Pont-à-Mousson 
Toulouse 
Paris . 
Alep. . 
Toulouse 
Gandelour 
Toulouse 
ilome . 
Pékin . 
Agen . 
Antilles. 
Ponl-à-Mousson 



7 septembre 1655. II 253 
26 septembre 1636. II 335 
29 mars . . 1659. I 427 

10 février . 1656. 1 222 
19 janvier. . 1651. I 102 
28 août. . .1689. H 209 

6 novembre 1653. II 472 

8 octobre. . 1793. II 372 
24 juin. . . 1636. I 776 
19 septembre 1715. II 314 

3 mars . .16^8. 1 320 

J4 juin . . 1670. I 737 

22 janvier. . 1743. 1 115 

7 novembre 1652. II 476 

8 décembre 1638. Il 583 
26 juin . . 1719. I 785 
14 mai. . .1636. 1 622 
18 mai. . .1761. 1 644 
26 janvier. . 1729. 1 142 

8 novembre 1630. II 478 

8 décembre 1768. Il 585 

11 juillet. . 1617. 11 48 

23 janvier. . 1654. 1 119 
22 janvier. . 1659. I 112 



(1) Les dates de mois et de jours en caractères italiques sont celles qui 
ont été adoptées dans le classement des notices, quand les dates véritables 
étaient incertaines ou inconnues. 

669 



670 



MENOLOGL' S. J. — ASSISTANCE 1>K KHANCK, 



NOMS KT )'HKNOMS 

I*. Augcr tCnioiid. 

W Aullry UX) Jsaac . . 

F. Auvergne (d') Iiene\Sc. 

V. Avaugoiir (d) Louis . 

[*. Aveneavi (Haudc . 

V. Avrigiiy (d) llyacinl. 

V. A V rail II René. . . 



P. 
P. 
P. 
P. 

J». 
P. 
P. 
P. 
P. 
V. 
P. 
P. 
P. 
P. 
F. 
P. 
F. 
P. 
P. 
P. 
P. 
I>. 
I>. 
1>. 
P. 
P. 



Haborier Ignace, . 
Bagot Jean. 
Bailloquet Pierre. 
Bailly Nicolas. . 
Haiole André. 
Baiole Jean. . . 
Balniain François. . 
Balsamo Ignace . 
lialtus François . 
Ha lige u Valrad, (J. . 
lia rai. Claude. 
Bara/erde Lanuurien. 
liarba/aii Didier . 
Barbereau Jean . . . 
Bardouil Laurent, ('. 
Barnabe'' f^ouis . . . 
Baron Pierre, C . 
Barri M Jacfjues 
BarruoI Augustin. 
Barry (de) François. 
iiarry (de) Paul . 
liaslide Claude. . 
Baiidon (Gabriel. . 
Baudory (du) Joseph . 
Baudory (du) Maurice 
Baudrand Barlhél. 



i.iKL KT ))\ri; 


UK \.K MOHT 




i'a<;k 


(lôuie 


]*> jaiivitT. . 


I.)9I. 


1 08 


Xaxu; .... 


Il) janvier. . 


ig:)9. 


I H'i 


.Vrras .... 


1 avril 


I7:)8. 


1 VH 


Paris .... 


'\ f(''vri<;r. 


I7:J2. 


1 lO'i 


Canada. 


l'ï septembre 


1711. 1 


1 ;{;{o 


.Vlençon. . 


l'i avril . 


171*). 


1 .ViO 


J.a Flècbe. . . 


18 tlr'cembre 


1644. I 


1 6i:j 


(]anlon. 


\'\ juin. . 


1727. 


I 730 


ParJH 


li août . 


166^1. 1 


1 187 


(Canada. 


7 juin. . 


16'.)2. 


1 711 


Caen 


28 octobre 


I6.W. 1 


1 'i42 


Saintes. 


1 1 mars . 


1660. 


1 340 


Périgueux. 


20 novembre 


\i\W.\. \ 


1 :vi\ 


Paris 


2 septembre 


1792. 1 


1 237 


Limoges 


2 octobre . 


1618. 1 


1 3;>3 


Beims .... 


1) mars . 


1743. 


1 333 


Damas .... 


21 juin 


1670. 


1 76:» 


Dôle 


. 2*) avril . . 


1618. 


1 :.:»8 


Paris .... 


2 septembre 


1792. 1 


1 237 


Pont-à-Mousson . 


1 novembre 


l(i:{.-). 1 


1 '..•)8 


Bouen .... 


l() septf.'mbre 


1716. 1 


1 208 


La Flèehe . . . 


28 août . . 


I6;)2. 1 


1 207 


Mer Baltique . 


15 novembre 


1687. 1 


1 .■)03 


La Flèche . . . 


;J juillet . . 


17:50. 1 


1 


Dieppe. 


.'{0 décembre 


1718. 1 


1 (i.")7 


Paris 


.") octobre . 


1820. 1 


1 36'* 


Montpellier . 


5 août . 


i(i;ri. 1 


1 132 


Avignon . 


. 28 juillet . . 


1661. 1 


1 toi 


Bordeaux . 


18 décend)re 


1676. l 


1 611 


I^a Flèche. . 


20 d«''cembre 


I7:):j. 1 


1 (i22 


Paris .... 


'\ mai. . 


1740. 


1 .-.83 


('anton 


15 août . . 


1732. 1 


1 KnS 


Lyon .... 


:J juillet . . 


1787. 1 


1 10 



TABLE ALPHABETIQUE 



671 



NOMS ET PRENOMS 



HEU ET DATE DE h\ MORT 



P.VGK 



Mgr Baume (de la) Gilles. 
P. Baune (de la) Jacques. 
P. Bauiiy Etienne. . 
P. Bayle Guillaume . 
F. Bazin Louis, C. . 
P. Bazire Matthieu . 
P. Bazire Nicolas . . 
F. Béard Anibroise^ Se . 
P. Beau Jean-Baptiste. . 
P. Beauregard Nicolas . 
F. Beaurein(de)ZoM/'ç,5e. 
P. Beauvau (de) Anne . 
P. Beauvau (de) Claude. 
P. Beauvollier Antoine . 
F. Béchesne Fleury, C. 
P. Belingau (de) e/.-^<7/?^ 
P. Belly Balthasar . . 
F. Belvaux Etienne, C. . 
P. Benoit Michel . . 
P. Bérardier Jean . 
F. Berger François, C. 
P. Bernard Pierre. 
P. Bernard Pierre. . . . 
P. Bernier Claude. . 
F. Bernon Antoine , Se. 
P. Berry (de) Nicolas . . 
P. Berthier Guillaume . 
P. Berthold Emmanuel . 
P. Besson Joseph . . 
P. Beuth François. . 
P. Bèze (dej Claude . 
P. Biard Pierre . 
F. Bidcau Jacques, C. . 
P. Bienaise Jean . . 



Léon 



Tulle . 
Paris . 
S.-Pol-dc- 
Bordeaux. 
Pékin . 
Londres . 
Seyde . 
Rome . 
Montpellier 
Groningen. 
Paris . 
Dijon . 
Autuu. . 
En mer. . 
Alep . . 
Paris . 
Moutiers . 
Pont-à-Mousson 
Pékin . . 
Carpentras 
Avignon . 
Quimper . 
Andrinople 
Amiens . 



Fribourg 

Reims. 

Bours-es 

o 



Paragua}'. 



Alep . 
Macao. 



Bengale 



Avignon . 
Arras . 
Pont-à-Mousson 



10 
21 

:i 

27 

15 

11 

23 

30 

26 

27 

1 

23 

20 

7 

!) 

9 

9 

10 

23 

2 

>) 
•> 

28 

25 

17 

4 
25 
15 
17 

6 , 
19 

5 
19 
30 
13 



juin. . . 


1709. 


! 


722 


octobre. . 


1725. 


IJ 


414 


décembre 


1649. 


H 


559 


octobre . . 


1620. 


11 


435 


mars . 


1774. 


1 


355 


août. . . 


1650. 


II 


1 55 


juillet . 


1707. 


Ji 


81 


novembre 


1820. 


il 


.547 


juillet . . 


1670. 


II 


93 


juillet . 


1804. 


II 


98 


avril . 


1656. 


1 


441 


mai. . 


1669. 


. 1 


665 


août . 


1694. 


II 


183 


mars . 


1708. 


I 


328 


août . 


1634. 


II 


144 


mars . 


1743. 


1 


334 


octobre . . 


1639. 


II 


376 


janvier. 


1650. 


I 


52 


octobre. . 


1774. 


II 


421 


janvier. . 


1629. 


1 


II 


avril . 


1827. 


1 


449 


novembre 


1654. 


II 


542 


janvier. 


1685. 


1 


128 


juin. . 


1655. 


1 


750 


décembre 


1771. 


II 


565 


décembre 


1745. 


II 


646 


décembre 


1782. 


II 


605 


janvier. 


1687. 


1 


89 


/uin. . 


1691. 


I 


708 


avril. . 


1747. 


I 


521 


janvier. 


1695. 


I 


26 


novembre 


1622. 


II 


517 


octobre. . 


1642. 


II 


449 


mars . . . 


1619. 


1 


346 



072 



MENOLOGE S. J. — ASSISTANCE DE I RAXCE. 



NOMS KT IMIKNO.MS 



LIEU ET DATE DE I.A .\|(JHT 



P. 

I>. 

I». 

1>. 

1». 

I». 

I». 

\\ 

l>. 
p 

i>. 
P. 
P. 
P. 
P. 
P. 
l\ 
P. 
P. 
P. 
P. 
P. 
I> 



I». 
P. 
P. 
1>. 
1>. 
P. 
P. 
I». 
P. 



\V\L!;i>\ Vincent . . 
P)ili;iiiiii(' Jean . 
liillv Jean . . . . 
lîiiK'l K tien ne . 
!)l(iii Pierre. . 
lilcijse Jean. . 
Pocl hnherl 
lîoilfau Louis. 
Poilosvc Charles. 
P)(»i>s;iid Lêopold. 
Hoissv (<le) Louin. . 
!5()ni|);ir Mareellin. . 
lion a 1(1 Fr aurais . 
liouivard (do) Jacques 
llonuauil Jacf/ues. 
lk)iiiicl'ous .{niable. . 
Ponncnier Florent, C. 
Poiiiict Jean . 
lioimcl Pierre. 
Poiiiiiii Jacques . 
l)orde (do la) Henri . 
Hordes (de) François. 
Hordes (do) Jean . 
Bordior Jact/iies . 
JJordicr l'rhain, (' . 
Pouaiill Pierre 
lictiiciiard Ilippoli/te . 
Pouclici- Jean . 
Bouilier Jean . . 
liouj^oanl (jiiUlaunie. 
P»oidiours Dominique. 
P)onillol Louis . 
Bourdalono Louis. . 
Poiirdonnayo (i\i' la'^. 



Paris . 
Arras . 
l'aHs . 
l\nis . 
Damas. 
Nancy . 
Sens. . 
Vm . . 
Nôgropon 
Dôlo. . 
Santorin 
Le Pny 
.Monlins. 
Vosoiil. 
Paris . 
Paris . 
(hiébec. 
Poitiers. 
Nicohar 
La Martini 
Antilles. 
Périgueux 
Sl(^-Mari(» 
Paris . 
Honrges 
Vannes. 
Arras . 
.lu lia. . 
Oloron. 
Paris. . 
Paris. . 
Monlélinuu 
Paris. . 
Paris. . 



■jUC 



rc 



Ol 



(^M 



7 septembre 
\ avril 



17 


novornhre. 


/, 


juillet. . . 


20 


mars . . . 


11 


octobre . . 


l:{ 


juin. . . . 


;u) 


juin. . . . 


10 


janvier . . 


1 


niaj's . . . 


•2.-, 


janvier . . 


\ 


lévrier . . 


\) 


mars , . . 


'i 


août . . . 


■2 


septembre 


ii) 


mars . . . 


l() 


août . . . 


28 


lévrier . . 


:^9 


Janvier. . 


:{ 


iiovendtre . 


20 


avril . . . 


\\) 


mai. . . . 


■y 


avi'ii . . . 


17 


aoùl . . . 


17 


septendjro 


29 


octol)re. . 


2 


décembre. 


12 


octobre . . 


19 


novembre. 


7 


janvier . . 


27 


mai . . • . 


\{\ 


l't'vritM- . . 


\:\ 


mai. . . . 


27 


jivril . . . 



1720. 

IC)7I. 

I.S29. 

HV.V.). 

1720. 

IC)!.'). 

IC)27. 

170:). 

I (■)(•) I. 

1819. 

1704. 

I(i2;$. 

Kil'i. 

ICI 9. 

1792. 

IG.).!. 

I(;8:L 

Ki.Vi. 
•) 

16.59. 
KitiG. 

!G20. 
1G72. 
1728. 
I(;9;}. 
1702. 
IC)9(). 
I(i20. 
17'i:L 
1702. 

ig;u). 

1701 
l(W). 



PAGE 



V.)7 

ôll 
I.-) 

:}80 
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7:{| 

802 

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129 
19.3 
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l.U) 
23^1 
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171 
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(;79 
2.-,:{ 

(519 
.•).-)0 



TABLE ALPHABETIQUE. 



673 



NOMS ET PRENOMS 



LIEU ET DATE DE L\ MORT 



PAGE 



P. Bourgeois François . 
F. Bourgeois Jean, C . 
P. Bourgeois Nicolas. . 
F. Bourgeois Ray m., C. 
P. Boussel Gabriel . 
P. Boutard Pierre . 
P. Boulin Pierre . . 
P. Bouton François. 
P. Bouton Jacques . 
P. Bouvet Joachim . 
P. Bouvet Jean . 
P. Braconnier François. 
P. Braissoud Toussaint. 
F. Brand Claude, C. . 
P. Brébeuf (de) Jean. . 
P. Bretesche (de la) Jean 
P. Bretonneau François 
P. Brèvedent (de) Charl. 
P. Brignon Jean. 
P. Brisacier (de) Jean . 
P. Broët Pasquier . . . 
P. Broissia (de) Charles. 
P. Broquin Jean . . 
P. Brotier Gabriel . 
P. Brumoy Pierre . 
P. Brun /(?a/i , . . . 
F. Brunet Pierre, C. . 
P. Bruyas Jacques . 
P. Bus (de) Balthasar . 
P. Bussery (de) Claude. 
P. Busson François. 
P. Bussy (de) Louis. . 
P. Buteux Jacques . 
P. Bye (de la) Norbert. 

A. F. — T. II. - 



Pékin 29 juillet . . 

Paris 22 septembre 

Arras 20 décembre 

Syrie i Juillet. 

En mer 8 mai . , 

Bourges . . . .18 juillet . 

Saint-Domingue . . 21 novembre 

Lyon 17 octobre . 

La Flèche. ... 17 novembre 

Pékin 19 juin 

Nancy 28 janvier 

Turquie 1 février. 

Lyon 3 avril . 

Billom 6 avril. . . 

Canada 16 mars . 

Paris 20 novembre 

Paris 30 mai 

Ethiopie .... 9 juillet . 

Paris 17 juin 

Blois 10 septembre 

Paris 14 septembre 

Chine 18 septembre 

Billom 22 septembre 

Paris 12 février 

Paris - 15 avril . . 

Turin 12 juin . 

? 11 avril . 

Canada 15 juin . . 

Garpentras. . . . 23 décembre 

Rouen 18 décembre 

Pondichéry. ... 26 juin 

Saint-Acheul ... 9 février. 

Canada 10 mai . . 

Séez 4 juillet . 

85. 



1792. 




106 


1562. 




324 


1691. 




624 


1652. 




1 


1764. 




599 


1669. 




64 


1742. 




525 


1628. 




402 


1658. 




513 


1730. 




757 


1643. 




154 


1716. 




179 


1763. 




452 


1827. 




464 


1649. 




357 


1624. 


II 


523 


1741. 




692 


1698. 


II 


37 


1712. 




749 


1668. 


II 


266 


1562. 


II 


283 


1704. 


II 


311 


1652. 


II 


325 


1789. 




234 


1742. 




504 


1719. 




729 


1680. 




486 


1712. 




742 


1658. 


II 


634 


1677. 


II 


614 


1782. 




782 


1822. 




215 


1652. 




608 


1743. 


II 


19 



()7^l MÉNOJ.OGK S. J. — ASSISTANCE I)K FRANCE. 

>OMS ET l'IUÎNOM.S LIEU ET DATE DE L\ MOUT 



PAGE 



Ca 



agniii François, C. 
nipistron Franc. ,C'. 
anayo Jean . . 
an^' Stanislas, Se. 
uni 1 lac (doj François 
auLcl Pierre. . 
arlicil (de) F tien ne. 
amt" (de) He/ic . 
arrière (le'rard . 
assa^nc Franc.., Se 
asti lion André' . 
auUior Pierre . 
aussin Nicolas . 
aiiNvcïl, (de) Bernard 
a y i( ) n Jean-Pierre. 
a/.ol Joseph . 
ellot Pierre . . 
ha])anel Noël. . 
haisc (do la) Franc. 
lianijtion Pierre. 
Iiainps(dc) AV/<v^/ie . 
liaiiou F tienne . 
hanon Sebastien. . 
liiipcUe Jacques, C. 
hajx'Ue Jean-Pierre 
happuis Jean. 
harbonnicr Franc. 
liai-let Ftiennc. . . 
ha rlovoix (de )/'/•- AV/c. 
harjirntici- Louis. . 
liarré Nicolas . 
\vM\oiMarc-. \nloine 
harlon Jean .... 



J^yon. . 
Mauriac. 
I^ouen . 
En nier, 
l^illoni . 
Raris. . 
Québec , 
Paris. . 
Dijon. . 
Dôle. . 
Paris. . 
Tours. . 
Paris. . 
Paris. . 
Toulouse 
Québec. 
Ueims . 
Canada . 
Paris. . 
Nantes . 
I.n Flèche. 
J>aviil . 
Forcalquie 
Ton mon 
l<"'or(al(juic 
Dôle. . 



i oulousc 

Paris. . 

I^a l-'lèche 

Antilles. 

Ilcimes. 

Coiislantinoph 

Paris. . . . 



H août. . 


1<;17. 


II 


151 


13 septembre 


1677. 


II 


281 


26 février. 


1670. 


I 


298 


23 juin. . 


17.50. 


I 


770 


24 avril . 


1628. 


I 


536 


G décembre 


1684. 


II 


572 


27 juillet . . 


1726. 


II 


95 


20 septembre 


1705. 


II 


316 


7 février. 


1628. 


I 


210 


26 septembre 


1636. 


II 


334 


25 mars , 


1671. 


1 


405 


22 février. 


1709. 


1 


282 


2 juillet . . 


1651. 


il 


3 


14 décembre 


1746. 


II 


(i03 


31 janvier. . 


1754. 


I 


176 


16 mars . 


1800. 


I 


361 


26 décembre 


1654. 


II 


6^*9 


8 décembre 


1649. 


II 


.581 


20 janvier. . 


1709. 


1 


104 


28 juin. . 


1701. 


I 


791 


31 juillet . 


1701. 


II 


113 


8 septembre 


1826. 


II 


261 


13 janvier. . 


1828. 


1 


70 


13 octobre. . 


1611. 


II 


388 


1.5 mars . 


1821. 


I 


353 


16 novembre 


1738. 


II 


510 


18 juillet. . 


1676. 


11 


65 


26 octobre. . 


1652. 


11 


431 


1 février. 


1761. 


1 


182 


.? juin. . . 


1669. 


1 


700 


8 février. 


1652. 


I 


211 


31 juillet . . 


1751. 


II 


115 


2 septembre 


1792. 


II 


233 



TABLE ALPHABETIQUE 



675 



NOMS ET PRENOMS 

P. Chasse (de la) Pierre. 
P. Chastain Claude . 
P. Chastellain Pierre . . 
P. Châteigneraye (de) R. 
P. Ghaubard Jean . 
P. Ghauchetière Claude. 
P. Ghaiichon Timothée . 
P. Ghaumonot Joseph . 
P. Ghaurand Honore' 
P. Ghaussée (de la) Jean. 
P. Ghauveau Jean 
P. Ghavagnac (de) Èmer. 
P. Gheminais Tinioléon. 
P. Chénart Pierre . 
P. Ghessoy Adrien . 
P. Chevalier Alexandre 
P. Chevalier Jean . 
P. Ghézaud Aime' . 
P. Ghifflet Laurent . 
P. Ghiquet Louis. 
P. Gibot Pierre-Martial 
P. Glémenson Christophe 
P. Glorivière (de) Pierre 
P. Clusel Charles . 
P. Godret Louis . 
P. CodureJean-Baptiste 
P. Coince Nicolas- Jos. 
P. Colin Désiré . 
F. Collet Aez-re, C. . 
P. Gollignon /<^<7/^ . 
P. Colombière (de la) C/. 
P. Commire Jean 
P. Commolet Jacques . 
P. Condé (de) Nicolas . 



LIEU ET DATE DE L\ MORT 

Canada 27 septembre 

Agen 1 mai. 

Québec 15 août . 

Moulins. .... 9 avril . 

Billom 3 décembre 

Québec. .... 17 avril . 

Vais 12 janvier 

Québec 21 février. . 

Avignon . . . .19 novembre 

La Flèche. ... 6 février. . 

? .... 20 avril . . 

Chine 14 septembre 

Paris 15 septembre 

Gaen 9 avril . 

Auxerre .... 9 mai. 

Avignon 11 février. 

La Flèche . . . , 4 décembre 

Perse J6 septembre 

Anvers 9 juillet . 

Besançon . . , ,31 mars . 

Pékin 8 août . 

Tarascon .... 6 avril . 

Paris 9 janvier 

Bordeaux .... 9 juillet . 

Paris .12 novembre 

Rome 29 août . 

Laval. ..... 10 mai 

Le Puy 5 mars . 

Tournon 22 mars . 

Pont-à-Mousson . . 1 août . 
Paray-le-Monial . .15 février 

Paris 25 décembre 

Paris 22 janvier. . 

Dijon 5 octobre . 



PAGE 



1749. 


II 


341 


1700. 


I 


567 


1684. 


II 


166 


1708. 


I 


477 


1675. 


II 


558 


1709. 


I 


51J 


1829. 


I 


64 


1693. 


I 


273 


1697. 


II 


521 


1654. 


I 


202 


1735. 


I 


525 


1717. 


II 


287 


1689. 


II 


295 


1651. 


I 


476 


1631. 


I 


601 


1717. 


I 


229 


1644. 


II 


562 


1664. 


H 


300 


1658. 


11 


39 


1681. 


ï 


435 


1780. 


II 


142 


1611. 


1 


466 


1820. 


! 


43 


1636. 


11 


41 


1572. 


11 


495 


1541. 


II 


211 


1833. 


I 


604 


1609. 


I 


325 


1628. 


I 


393 


1633. 


II 


125 


1682. 


1 


244 


1702. 


11 


645 


1621. 


1 


111 


1654. 


II 


363 



0/0 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE I)F FRANCE. 

NOMS KT l'RÉNOMS LIEU KT IJATK DE I.A MOHT 



P. 


Consl.'iiitin iJoni/'ace. 


Vienne . 


p. 


Co relier Jean . 


Dijon. . 


p. 


Cordier Nicolas . 


Hochefort 


p. 


(iOrIct Jean 


Lyon . . 


F. 


Cornol Guillauine, C. 


La Flèche 


P. 


(lorrct Thomas . 


Paris . 


P. 


Cothcreau Jacques . 


Bordeaux 


P. 


Cothcrcaii René . 


Ghambéry 


P. 


Coton Jacques 


Dôle. . 


P. 


Coton Pierre. 


Paris. . 


P. 


Coudcrl Bernard. 


Alep . . 


P. 


Cour (de la) Jean . . 


Vannes. 


P. 


Courheville (do) Jos. 


Garnate 


P. 


Courheville (de) Jos. 


Paris. . 


F. 


Cour])on Antoine^ Se. 


Dôle. . 


F. 


Courtois Jacques., C. 


Borne . 


P. 


Couturier Jean . 


Léry . 


P. 


Couvert (de) Michel. 


Québec. 


P. 


(loyssard Michel. 


Lyon. . 


P. 


Crassct Jean . 


Paris, . 


P. 


Creil (de) Jérôme 


Beinis . 


P. 


Cressolles (de) Louis . 


Borne . 


]\ 


Creuilly (de) Thomas 


Cayenne . 


F. 


Crcvel Jean, C. 


Beims . 


P. 


('rocliinière (de la) //. 


Tours . 


P. 


Croisef Jacques . 


Paris. . 


P. 


Croiset Jean . 


Avignon . 


P. 


Croix (de la) lùicnne 


Goa . . 


P. 


Cuissot Robert . 


Mauriac. 



W Dahlon Claude 

P. Dagonel Pierre 

P. Dalnias Antoine 

P. I)aiii(>l Antoine 



Québec . 
l^ont-à-Mousson 
Canada. 
Canada. 



8 novembre 10.") i. Il 

22 novembre i673. II 

10 octobre .1793. Il 
25 octobre . 1628. II 

9 mars . .1751. I 

17 octobre . 1782. II 
8 février . 1647. I 

30 août . . 1598. II 
2 mars . . 1622. I 

19 mars . . 1626. I 

11 novembre 1714. Il 

2 septembre 1641. II 
27 août. . 1712. II 

23 juin . 1746. I 
22 février. . 1653. I 
14 novembre 1675. Il 
22 mars . . 1799. I 
28 octobre . 1715. II 

10 juin . . 1623. I 
4 janvier . 1692. I 

22 décembre 1675. II 

11 novembre 1634. II 

18 août . . 1718. Il 

20 mai . . 1628. I 
13 novembre I72;{. Il 

7 janvier . 1()95. I 

31 janvier . 1738. I 

24 septembre 1643. Il 
22 décembre 1610. Il 

3 mai . . I(i97 I 
7 décembie 1650. 11 

4 mai . . 1693. 1 
'. juill.-l . . t6'i8. II 



PAGE 

478 
527 
378 
428 
336 
404 
212 
215 
316 
371 
493 
231 
204 
772 
281 
499 
393 
443 
720 

19 
632 
492 
176 
651 
498 

37 
174 
329 
628 



79 



.>/ / 

586 

12 



NOMS ET PRENOMS 

P. Daniel Gabriel . . 
P. Daran Adrien. 
P. Darde Jean . 
P. Daubenton Guill. 
P. Dauphin Paul-Ant . 
F. Deleige Alex., Se. . 
P. Delfaut Guillaume . 
P. Déliot Jacques . 
P. Demaine (du) Mathur. 
P. Dervillé Julien . 
P. Desbans Jacques. 
P. Desmothes Jacques . 
P. Despréaux Charles • 
P. Despréaux Julien. 
F. Desses Jacques, C. . 
P. Destrictis Raymond. 
F. Deuselin Richard., C. 
P. Diez François. 
P, Digne (de) Antoine . 
P. Dimittre Le'onard. . 
P. Dinet Jacques. 
F. Doissin Louis, Se. 
F. Doligier Pierre, C. . 
P, DoUières Jacques. 
F. Dominé /e«w, aSc. 
P. Donguy Claude . 
P. Dore Thomas . 
P. Doujat Martin . . 
P. Doy (du) /e«rt . . . 
P. Druillettes Gabriel . 
P. Dubreuil Charles. 
P. Duc (du) Fronton . 
F. Ducroc Jacques, C. . 
P. Dufour Antoine . . 



TABLE ALPHABETIQUE. 

LIEU ET DATE DE LA MOHT 



Paris 23 

Vannes 21 

Paris 27 

Madrid 7 

Le Puy .... 17 

Toulouse .... 7 

Paris 2 

Toulouse 26 

Brest 4 

Paris 21 

Moulins .... 14 

Orléans 26 

Rennes 4 

Nantes 19 

Vesoul 6 

La Rochelle ... 27 

Rouen 13 

Paris 18 

Embrun .... 15 

Bar-le-Duc ... 25 

Paris 22 

Paris 21 

Avignon . . . .18 

Pékin 24 

Pont-à-Mousson . . 23 

Toulouse .... 14 

? 30 

Bourges .... 1 

Paris 19 

Québec 8 

Paris 4 

Paris . . . , . 25 

Gaen 14 

Rouen 2 



677 



PAGE 



juin . . 


1728. 


1 


773 


mai 


1670. 


1 


657 


avril . 


1641. 


1 


549 


août . 


1723. 


I] 


136 


avril . 


1744. 


1 


510 


septembre 


1670. 


II 


251 


septembre 


1792. 


II 


234 


avril . 


1638. 


I 


546 


mai 


1691. 


I 


585 


décembre 


1793. 


II 


626 


février. 


1649. 


I 


242 


juillet . 


1725. 


II 


93 


avril . 


1747. 


1 


458 


avril . 


1790. 


I 


517 


novembre 


1635. 


II 


474 


juin 


1640. 


I 


788 


octobre . 


1653. 


II 


388 


février. . 


1687. 


1 


259 


juillet . . 


1630. 


II 


57 


juin . . 


16.56. 


I 


780 


décembre 


1653. 


II 


631 


septembre 


1753. 


II 


322 


juillet . 


1604. 


11 


67 


décembre 


1780. 


II 


639 


août . 


1622. 


II 


193 


mai 


1697. 


I 


625 


juillet . . 


1700. 


II 


m 


mars . 


1607. 


I 


313 


mars . . 


1704. 


I 


377 


avril . 


1681. 


I 


471 


mai. . . 


? 


I 


584 


septembre 


1624. 


II 


.331 


septembre 


1668. 


II 


285 


mai. . 


1610. 


I 


.573 



078 



MÈNOLOGK S. J. — ASSISTANCE I)K FRANCK. 



NOMS KT cnKNOMS 

I*. Diifoiir Claude 
P. Dufour Claude. . 
P. Duhan Amulphc. 
P. Dumans Léonard . 
F. Duniosiiil Simon, C. 
P. Duiiod Pierre-Joseph 
P. Duplcix Gabriel . 
P. Durand Sauveur . 
F. Dussol Louis, Se. 



F.IEl ET D.VTK DK L\ MORT 



Dôle 
Vienne; . 
.lulfa. . 
Québec. 
La Flèche 
Besançon 
Lyon . 
Toulouse 
Montrouge 



P. Duvorgier François . Bordeaux 



P. Entrccolles(d')/'>--A'. 
Mgr Esparbès (d') Joseph. 
F. Esrangiu Claude, C. 
P. Estelan (d). . . . 
P. Estriugant (de 1') Fr. 



P. 
F. 
P. 
P. 
P. 
P. 
F. 
F. 
1>. 
\\ 
P. 
P. 
P. 
P. 
P. 
P. 
P. 



Fabri Honoré . 
Falloux François, Se. 
Fauque J'jlzéar 
Faure Pierre . 
Fédon Pierre . 
Ferry Dominique. 
Fèvre Richard, C. 
Fhiedot Jean, C. . 
Ficluït Alexandre. 
Fiérard Joseph . 
Fil eau Jean . 
FoUoppe Marc 
Foui ai ne (de la) J.-B 
Foutaucy (de) Jean 
Fontenay Claude. 
Forlier Michel. . 
I^'oureaud Pierre . 



Pékin . 
Toulouse 
Vienne. 
En nier 
Srayrne 

Rome . 

Naples . 

Avignon 

Nicobar 

Clerniont-I 

Paris. . 

Dôle . 

Orléans 

(^banibéry 

Milan . 

Orange. 

Laval . 

Paris 

La Flèche 

La Flèche 

Amiens . 

Bordeaux 



er 



I'\GB 



and 



24 janvier 


1698. 


I 


122 


13 novembre 


1679. 


II 


498 


28 juillet . . 


1750. 


II 


102 


27 mars . 


1715. 


I 


415 


24 octobre . 


1761. 


II 


425 


2 janvier 


1725. 


I 


14 


18 février. 


1794. 


I 


257 


8 avril . . 


1647. 


I 


474 


9 février. 


1827. 


I 


218 


3 août . . 


1720. 


II 


128 


2 juillet . . 


1741. 


II 


7 


5 décembre 


1625. 


II 


569 


5 février. 


1616. 


I 


198 


Î3 août . . 


? 


II 


160 


6 mars . 


1718. 


I 


327 


9 mars . 


1688. 


I 


336 


20 février 


1625. 


I 


270 


26 janvier 


1772. 


I 


140 


29 Janvier 


:> 


I 


165 


6 janvier 


1799. 


I 


28 


1 1 février 


1794. 


1 


231 


6 décembre 


1695. 


II 


573 


2 janvier 


16.S3. 


I 


12 


30 mars . 


1659. 


I 


430 


23 septembre 


1773. 


II 


327 


10 juillet . . 


1794. 


II 


44 


28 mai . . 


1822. 


I 


68 'i 


27 mars . 


1821. 


i 


411 


16 janvier 


1710. 


1 


86 


13 octobre . 


1742. 


11 


3^X) 


13 octobre . 


1634. 


II 


389 


25 novembre 


i(;2(). 


II 


538 



TABLE ALPHABETIQUE 



679 



NOMS ET PRKNOMS 



LIEU ET DATE DE LA MORT 



PAGE 



Georges 



p. Fourier Jean 
P. Fournier 
P. Fournier Simon . 
P. Franchomme Vincent 
P. François Jacques 
P. Frémin Jacques . 
F. Frémont Jacques^ C. 
P. Frémont Louis . 
F. Frèredoux Louis, Se. 
P. Friteyre-Durvey Jac. 
P. Fromage Pierre . 
P. Frusius André' . 
P. Fumeehon (de) Bart. 

P. Gad (du) Louis . 
P. Gagneras des Granges. 
P. Gaillard Honore' . 
P. Gallifet (de) Joseph. 
P. Gandillon François . 
P. Garasse François 
P. Garaudel Antoine 
P. Garde (de la) Jean . 
P. Garnier Charles . 
P. Garnier Jean . 
P. Garreau Léonard. 
P. Gassot Henri . 
P. Gaubil Antoine . 
P. Gaultier Jacques. 
P. Gaultier Jean. 
P. Gaultier Louis . 
P. Gauteron Robert. 
P. Gédoyn Claude . 
P. Gentil /drt/i 
P. Geoffroy Jean-Bapt. 



Saint-Mihiel . 


. 26 janvier. . 


1636. 


I 


132 


La Flèche. . 


. 13 avril . 


1652. 


1 


494 


Santorin . 


7 juillet . 


1644. 


II 


29 


Charleville. . 


. . 28 mars . . 


1637. 


ï 


423 


Reims . 


. . 2 novembre 


1639. 


11 


460 


Québec. 


. 20 juillet . . 


1690. 


II 


70 


La Flèche 


. 26 juin 


1680. 


1 


784 


Cayenne . . 


. . 16 juillet . 


1677. 


II 


59 


Saint-Amour . 


. 23 février. 


1620. 


I 


287 


Paris . . 


2 septembre 


1792. 


II 


235 


Syrie . . . 


. 10 décembre 


1740. 


II 


590 


Rome . . . 


. . 26 octobre . 


1556. 


II 


429 


Rouen . . . 


6 octobre . 


1662. 


II 


367 


;) 


. . 25 mars . 


1786. 


I 


404 


Paris . . . . 


2 septembre 


1792. 


11 


233 


Paris . . . 


. 11 juin 


1727. 


1 


724 


Lyon . . . , 


. 31 août . . 


1749. 


II 


218 


Alençon . 


. 29 octobre . 


1631. 


II 


446 


Poitiers . . 


. 14 juin 


1631. 


I 


734 


Pont-à-Mousson . 


. 30 août . . 


1638. 


II 


216 


Ile de Ré. . . 


. 15 août . 


1622. 


11 


164 


Canada. . . 


7 décembre 


1649. 


II 


574 


Bologne 


. 26 octobre . 


1681. 


II 


433 


Canada. 


. 30 août . 


1556. 


II 


214 


Québec. 


. 12 décembre 


1685. 


II 


597 


Pékin . . . . 


. 24 juillet . . 


1759. 


II 


83 


Grenoble . 


. 14 octobre . 


1636. 


II 


393 


Pont-à-Mousson . 


. 19 octobre 


1609. 


II 


411 


Paris . . . . 


2 septembre 


1792. 


II 


237 


La Flèche. . . 


8 novembre 


1652. 


II 


478 


Alençon . 


. 21 juin . . 


1636. 


I 


762 


Dijon . . . . 


. 13 septembre 


1623. 


11 


279 


Bourgogne 


. 20 septembre 


1782. 


II 


317 



680 



MENOF.OGR 



J. — ASSISTANCE I)F FRANCE. 



NOMS KT PHKNOMS 



LIKV KT DATE DK I.A MOHT 



PAGE 



P. Georges Alexandre . 
F. Gérard Dominique, C. 
P. Gorbillon François . 
P. Germon Barthélémy 
P. Gettc Antoine. 
F. Gillard François, C. 
P. Girard Jean 
P. Girard Jean-Baptiste 
P, Giroust Jacques . 
P. Gisbert Jran-Baptiste 
P. Gissoy (de) Chhn. . 
P. Gobin Charles 
P. Godefroy Jean-Bapt. 
P. Godefroy I^aurent 
P. Godot Guillaume 
P. Gonnelieu(dc) Jérôme 
P. Gontery Jean. 
P. Gorré Richard . 
F. Goupil René, C. . . 
P. Gournay (de) Franc. 
P. Gouthières Antoine . 
P. Gouyo Thomas . 
F. Gozenflot Bernard, C. 
P. Grandami Jacques 
P. Gravier Jacques . 
P. GrifTet ^^wr^ . . . 
F. Griiïon Gabriel, C. . 
P. Grillet Jean . . . 
P. Grou Jean-Nicolas . 
P. Grniïal Antoine . 
F. Gueho Yves, C. . . 
F. Guéneau Philibert, Se. 
P, Guéret Jean . 
P. Guérin Aymar. 



Paris .... 


. \ 


juin 


. i(J2l. 


1 703 


Pont-à-Mousson . 


. 14 


juillet . 


lf)54. 


Il 55 


Pékin .... 


. 22 


mars . 


1707. 


1 391 


Orléans . . 


2 


octobre 


. 1718. 


Il 355 


Lyon .... 


. 22 


mars . 


1729. 


1 389 


Bourges 


17 


septembre 


1719. 


Il 306 


Fontenay-le-Comte 


5 


mai. . 


. 1711. 


1 587 


Dôie . . . : 


. 4 


juillet . 


1733. 


Il 17 


Paris .... 


. 19 


juillet . 


1689. 


Il 68 


Millau .... 


. 29 


janvier 


1715. 


1 165 


Toulouse . 


. 9 


mars . 


1743. 


I 336 


Galata .... 


30 


juillet . 


1612. 


Il 110 


La Flèche . . . 


. 13 


mars . 


1728. 


1 347 


Tours .... 


. 30 


septembre 


1619. 


Il 348 


Syrie .... 


. 22 


décembre 


1650. 


II 6.30 


Paris .... 


. 28 


février. . 


1715. 


1 305 


Paris .... 


. H 


novembre 


1616. 


Il 488 


Scio 


2 


avril . 


1712. 


I 447 


Canada. . . 


29 


septembre 


1642. 


Il 345 


Nancy .... 


. 20 


janvier 


1699. 


1 1.30 


Antilles 


20 


décembre 


1667. 


Il 624 


Paris .... 


24 


mars . 


1725. 


1 400 


Pont-{\-Mousson . 


15 


novembre 


1615. 


II 504 


Paris .... 


12 


fi'vrier. 


1672. 


1 232 


Illinois 


23 


avril . 


1708. 


I 533 


Bruxelles . . . . 


22 février. 


1771. 


I 279 


Aubenas . . . . 


19 


juillet . 


1656. 


Il 69 


En mer . . . . 


17 


septembre 


1677. 


Il 304 


LulKvorth . . . . 


13 


décembre 


1803. 


Il 600 


Montmorillon. 


8 


juin 


1825. 


1 715 


Vannes 


14 


novembre 


1761. 


Il 501 


Paris .... 


2 


novembre 


1656. 


TI 462 


Nancy .... 


25 


avril . 


1630. 


I 541 


Lyon 


29 


novembre 


1(>2S. 


Il .^46 



NOMS ET PRENOMS 

P. Guesnier François. . 
P. Guévarre André . 
P. Gueymu François 
P. Guignard Jean 
F. Guillet Antoine^C. 
P. Gui Hier Denis. . 
P. Guilloré François . 
P. Guimond Hervé' . . 
P. Guirbal Raymond . 
F. Guyon Ambroise, C. 

F. lidignAys Nicolas, Se. 
F. Hallu Charles, Se. . 
P. Hamel (du) Olivier . 
P. Haraucourt (de) Fr. 
F. Harel Jean-Fr., Se. 
P. Harouys (d') Nicolas. 
P. Haudiquer Claude . 
P. Haye (de la) Georges 
P. Hayneufve Julien. 
P. Héard François . 
P. Hédicourt (d') Claude 
F. Héliez Pierre, Se. . 
P. Hénart Nicolas . . 
P. Hervieu Jean-Bapt . 
P. Hesdin Jacques . 
F. Hilaire Joseph, C. 
P. Hochet 7\^oé/ . . . 
P. Hodencq (d') Antoine 
F. Hospital(del')a,5c. 
P. Houdry Vincent . . . 
P. Houssin Rodolphe 
P. Huby Vincent. 
P. Huré Pierre . 



F. 



ï. I. 



TABLE ALPHABETIQUE. 

LIEU ET D\TE DE LA MORT 

Québec 18 décembre 

Turin 22 juillet . . 

Antilles .... 23 janvier 

Paris 7 janvier 

Orléans .... 14 janvier. . 

Lorette 12 janvier. . 

Paris 29 juin . . 

La Flèche .... 24 mars . 

Billom 22 juillet . . 

Paris 9 décembre 

Moulins .... 2 février. 

Saint-Acheul ... 7 septembre 

Paris i9 octobre 

Paris 26 février. 

Rennes 16 mai 

Nantes 7 juillet . 

Damas 26 juin. . 

La Flèche .... 6 septembre 

Paris 31 janvier. . 

En mer 15 avril . 

Bapaume ... .30 octobre . 

Bourges .... 30 décembre 
Paraguay . . . .18 janvier. . 

Nantes 21 janvier. . 

La Martinique . . 24 avril . 

Arménie . ... 22 novembre 

Arras 3 janvier. . 

Paris 16 août. . 

Billom 14 août . 

Paris 21 mars . 

La Bassée. ... 26 août . 

Vannes 22 mars . 

Saïda 14 septembre 

86. 



681 



PAGE 



1734. 


H 


615 


1724. 


II 


79 


1654. 


I 


120 


1595. 


I 


33 


1688. 


1 


77 


1646. 


I 


60 


1684. 


I 


799 


1719. 


I 


398 


1656. 


H 


79 


1641. 


H 


588 


1615. 


I 


187 


1825. 


II 


255 


1583. 


II 


410 


1640. 


I 


295 


17.56. 


I 


637 


1698. 


II 


32 


1684. 


I 


785 


1652. 


II 


248 


1663. 


I 


171 


1663. 


I 


500 


1686. 


II 


447 


1709. 


II 


658 


1638. 


I 


94 


1726. 


I 


108 


1693. 


I 


538 


1684. 


II 


528 


1671. 


I 


17 


1656. 


II 


170 


1671. 


II 


162 


1729. 


I 


385 


1647. 


II 


201 


1693. 


I 


386 


1700. 


:n- 


286 



082 



MENOLOGE S. J. ASSISTANCE DE FRANCE. 



NOMS ET l'IlKNOMS 

P. Huvé Urbain . 

P. Imbcrt Joseph. 

P. Iiigoult Nicolas . 

P. Irlande (d) Taurin . 

F. Islo (de 1) Jean, C 

P. Isiiard Jacques . 

P. Jacqiicsson Robert . 

P. Janiu Louis 

P. Jarric (du) Pierre 

P. Jégoii Jean 

P. Jobart Louis . 

P. Jogues Isaac . 

P. Joniu Gilbert. 

P, Joubert Jcan-Bapt . 

P. Joublet Etienne . 

P. Jouvancy (de) Joseph 

P. Joyeuse (de) Edmond 

F. Juchorcau Noël, C. 

P. Judde Claude. 

P. Justiniaui Stanislas. 



LIEU ET D\TE UK 

Vannes. 



Rochefort 
Paris . 
Gaen 
Nancy . 
Aix . 



Quimper 
Lyon . 
Saintes. 
Rennes. 
Nantes . 
Canada. 
Tournon 
Amiens 
Brest . 
Rome . 
Metz . 
Canada. 
Paris . 
Sniyrnc . 



P. Kerenor (de) Charles La Guadeloupe 
P. Kergariou (de) Gab. Cacn . . . 
P. Kcrivon (de) . 
P. Kohhnann Antoine 

P. Labbe Philippe . 
F. Laberic Pierre, C. 
I\ La (juille Jjouis. 
P. Lalleinant Charles 
P. Lallemant Gabriel 
P. Lallemant Jérôme 



Ne vers 
Rome 

Paris 



Strasbourg. 
Pont-à-.Mousson 
Paris . . . 
Canada . 
Québec . 



I,\ MOUT 

8 décembre 1701. 

9 juin. . . 179'i. 
4 juillet . . 17.')^. 

17 SL'ptiMubre 1701. 

7 mars . . 1()08. 

28 décembre 1029. 



1 janvier. 
22 juillet . 

2 mars . 
juillet . 

8 mars . 
18 octobre 

9 mars . 
16 novembre 
21 mars . 
28 mai. . 

9 janvier. 

'.\ novembre 
1 1 mars . 
28 septembre 



1091. 
1072. 
1010. 
1701. 
1710. 
lO'iO. 
lO.'ÎH. 
1000. 
1758. 
1719. 
1077. 
1072. 
1735. 
1758. 



20 juin. . . 109'*. 
13 novembre 1720. 
26 mars . . 17'iO. 



10 avril . 

17 mars . 
27 mars . 

18 avril . 
18 novembre 
17 mars . 
26 janvier. 



1836. 

1067 
10)99 
17'r2 
107'i 
10'»9 
1673 



PAGE 
II .Î85 

717 
20 
308 
328 
654 

10 

78 
317 

26 
332 
'i06 
336 
509 
384 
683 

48 
463 
3'iO 
3'i3 

759 

Al 



97 
410 
478 

36'* 
4 1 8 
515 
515 
3()2 
136 



NOMS ET PRENOMS 

P. Lallemant Louis. . 
P. La Maze (de) J.-B. 
P. Lambert François . 
P. Lamberville (de) Ch. 
P. Lamberville (de)7flc^. 
P. Lamberville {àc)Jean. 
P. Lançart Nicolas. 
P. Langle (de) Jacques. 
F. Langlois Jean, C. 
F. L'Argilier Jacq., C. 
P. Lartigue Pierre . 
P. La Rue Amable. 
P. Lassudrye Pierre . 
P. Lattaignant Charles. 
P. Laurent Jacques. 
P. Lavernhe .... 
P. Le Dansais Siméon . 
F. Lebé Pierre, C . . 
P. Le Bel Jean . . 

P. Le Blanc Augustin . 
P. Le Blanc Marcel. . 

P. Le Blanc Thomas . 

P. Le Brun Guillaume. 

P. Le Brun Pierre . 

P. Le Camus Pierre. . 

F. Le Coq Jean, C. 

F. Le Coussy il/â!;/i., C 

P. Le Coûteux Joseph . 

P. Lécuyer Jacques. 

P. Le Dérel Pierre . . 

P. Le Favre Jacques . 

P. Le Fèvre Etienne . 

F. Le Fèvre GuilL, C. . 

B. P. Le Fèvre Pierre. 



TABLE ALPHABETIQUE. 

LIEU ET DATE DE LA MORT 

Bourses .... 5 avril . . 1635. 

Chamakié .... 4 mars . . 1709. 

Syrie 12 octobre . 1659. 

Amiens 24 août . . 1747. 

Sault Saint-Louis . 18 avril . .1711. 

Paris 10 février . 1714. 

En mer 18 mars . . 1692. 

La Flèche . . . . 29 novembre 1755. 

La Flèche. ... 9 mars . .1751. 

Québec 4 novembre 1714. 

Clérac 20 juillet . . 1792. 

Toulouse . . . . 19 août. .